MÉTHODE POUR L'ÉTUDE DES MALADIES PARASITAIRES DES VÉGÉTAUX
L'étude complète d'une maladie comprend plusieurs parties :
1° La recherche du parasite ;
20 La reproduction des symptômes de la maladie au moyen d'infections artificielles ;
30 L'étude morphologique du parasite et des lésions qu'il produit ;
t 40 L'étude des conditions de développement du parasite ;
50 La recherche du traitement.
1° Recherche du parasite. — En général, les maladies parasitaires des plantes sont localisées à un organe donné, feuille, fruit, rameau ou racine, et par simple examen de la plante atteinte il est facile de reconnaître l'organe auquel les recherches doivent être limitées. Ce n'est guère que dans le cas d'une maladie des racines que les symptômes s'étendent à la plante entière ; il peut en être de même d'une branche attaquée à sa base et qui languit et se dessèche dans toute son étendue. Dans ces conditions, d'après un examen superficiel ou l'étude d'échantillons incomplets, on peut méconnaître la cause réelle du mal et l'attribuer à de simples saprophytes développés sur des organes déjà atteints. Mais Texamen d'échantillons complets, et surtout l'étude sur place de la maladie permettent d'éviter facilement ces causes d'erreur.
L'organe atteint une fois bien reconnu, il faut v
mettre en évidence la cause même du maL Souvent le parasite est presque évident ; c'est le cas des blancs, des fumagines, etc., dont l'examen microscopique peut facilement se faire par un simple grattage. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et les coupes minces sont le plus souvent nécessaires. Pour déceler plus facilement la présence des mycéliums dans les tissus, on a recours à des colorants dont beaucoup peuvent être utilisés. Dans la pratique courante, un petit nombre seulement de ces colorants sont employés, notamment l'eau iodée et le bleu coton C BBBB ; ce dernier est' utilisé soit en solution aqueuse, soit plus souvent dans l'acide lactique (on ajoute à l'acide lactique concentré quelques gouttes d'une solution aqueuse saturée du colorant). L'acide lactique offre le grand avantage d'éclaircir les préparations et de rendre aux cellules des échantillons desséchés leur forme et leur aspect primitifs ; cette action est persque instantanée quand on chauffe directement la préparation dans l'acide. Quant au bleu coton, c'est un excellent colorant de mycélium, notamment de celui des Péronosporées. Pour les mycéliums naturellement colorés, il n'est pas besoin de ces réactifs pour les mettre en évidence, et souvent[même leur étude exige une décoloration préalable (eau de Javel, acide azotique, etc.).
La recherche des bactéries dans les tissus est plus délicate que celle des Champignons ; l'emploi des colorants d'un usage courant en bactériologie ne donne pas ici de résultats bien nets ; ils colorent en effet le protoplasma de la plante aussi fortement 'que les bactéries elles-mêmes, et, si l'on veut différencier celles-ci par une décoloration ménagée, on obtient le plus souvent leur décoloration avant celle des tissus où elles vivent. I^s essais de culture sont encore le moyen le plus certain qu'on ait de reconnaître avec certitude leur présence ; cette méthode doit toujours être employée.
d'autant que les cultures sont indispensables pour une étude plus complète de la maladie.
C'est également par la méthode des coupes que l'on peut se rendre compte de la structure des fructifications du Champignon ; un simple grattage peut parfois suffir quand il s'agit de formes conidiennes complètement extérieures à la plante, du moins si l'on ne veut étudier que la forme des conidiophores et le mode d'attache des conidies. Dans ce dernier cas, l'emploi de l'acide acétique, dans lequel on immerge directement le produit du grattage, rend de grands services ; ce corps fixe les conidies et permet de les voir facilement en place au sommet des stérigmates.
2° Infections artificielles. — La présence d'un Champignon ou d'une bactérie dans un organe malade ne suffit pas à prouver que c'est bien là la cause de l'altération ; il faut s'en assurer par des infections artificielles.
Ces infections, qu'on peut faire soit à l'aide du mycélium, soit en partant des spores, s'obtiennent en plaçant le parasite supposé à la surface ou dans l'intérieur même des tissus d'une plante saine ; par un procédé quelconque, on maintient autour du point infecté une humidité suffisante pour éviter toute dessiccation. Il faut tenter l'infection sur une partie saine et sur une partie blessée, pour savoir si le parasite est capable de pénétrer une plante indemne ou s'il ne peut s'introduire que par une blessure, si c'est un parasite vrai ou un parasite de blessure.
Plusieurs conditions sont indispensables pour que les expériences d'infection soient probantes. Il faut d'abord être certain qu'on a opéré avec l'organisme qu'on a en vue et avec lui seul ; aussi les cultures pures, dont nous parlerons plus loin, sont-elles d'un grand secours dans les essais de cette nature ; elles ne sont pas absolument nécessaires quand il s'agit d'un Champignon fructifié dont les organes de reproduction permettent de faire facilement et avec certitude les essais. Il n'en est pas de
même pour les bactéries, qui toujours doivent être cultivées, car les organes atteints par une maladie bactérienne contiennent souvent, au moins quand la pourriture y est déjà assez avancée, diverses espèces de bactéries que l'examen direct ne laisse pas distinguer et que seules des cultures pures permettent d'isoler.
Enfin, pour être probantes, les infections doivent reproduire la lésion typique de la maladie qu'on étudie ; il faut y retrouver l'organisme inoculé, ce dont, pour les bactéries, on doit s'assurer par ensemencement de l'organe infecté.
Ajoutons que, dans les infections artificielles, les résultats négatifs qu'on obtient très souvent ne peuvent rien prouver ; quelles que soient les précautions prises et quoiqu'on cherche à se mettre dans les conditions les plus favorables au développement du parasite, l'essai peut échouer, car beaucoup de parasites ne peuvent pénétrer une plante que si celle-ci se trouve dans des conditions spéciales, des conditions de réceptivité ; c'est un fait qui a été souvent constaté sans que la cause profonde de la résistance de la plante soit bien expliquée. La difficulté que l'on peut avoir à réussir une infection est surtout marquée pour les parasites facultatifs, pour les bactéries notamment, d'autant que souvent ces dernières perdent rapidement leur pouvoir pathogène quand on les cultive sur les milieux artificiels.
30 Étude morphologique du parasite et de la lésion. — L'étude morphologique du parasite est une question de mycologie ou de bactériologie pure sur laquelle nous ne pouvons nous étendre; pour les Champignons notamment, elle consiste dans l'étude complète de la structure du parasite, le mode de germination des spores, leur mode de pénétration et de développement à l'intérieur des tissus, la formation des fructifications, etc.
D'ailleurs les diverses formes de fructification qu'on
peut rencontrer sur un organe malade peuvent ne pas appartenir à la même espèce, et certaines peuvent n'être que des saprophytes. Des essais d'infections faits avec les diverses spores permettent d'élucider la question. La culture pure du parasite, qu'on pratique suivant les méthodes employées en bactériologie et sur la technique de laquelle nous ne pouvons insister, donne aussi de précieux renseignements sur les diverses formes que peut prendre le Champignon ou la Bactérie ; malheureusement elle ne paraît pas toujours possible, et le développement en milieux artificiels de beaucoup de Champignons (Urédinées, la plupart des Péronosporées, etc.) n'a pu encore être obtenu. D'autres fois, le Champignon se développe bien, mais il reste stérile. Enfin, pour les Sphœriacées, il est exceptionnel d'obtenir dans les cultures toutes les formes que le Champignon possède dans la nature, notamment la forme à asques. Aussi les preuves du rattachement de cette dernière aux autres formes de fructification ne peuvent être obtenues qu'au moyen d'infections faites à l'aide des ascospores, infections qui doivent reproduire la maladie avec développement des formes conidiennes, ou bien par la culture des ascospores, qui doit donner un résultat identique à celui qu'on obtient en partant du mycélium ou des conidies.
L'étude morphologique du Champignon doit être complétée par celle de la lésion et des moyens mis en œuvre par la plante pour se défendre ; c'est une question de botanique pure, qui comprend l'examen des modifications de forme, de structure et de composition que subissent les diverses parties de la plante sous l'action du parasite.
40 Étude biologique de la maladie. — Trop souvent on se contente de l'étude morphologique du parasite et de la lésion, sans chercher à se rendre compte de l'influence qu'exercent sur la maladie, d'une part, les conditions extérieures et, d'autre part, les conditions du milieu
même sur lequel le parasite se développe, c'est-à-dire de la plante parasitée.
Les cultures pures permettent une étude facile de la biologie du parasite ; on peut aisément rechercher l'influence qu'exercent sur son développement les conditions extérieures (la température notamment) et la composition chimique du milieu de culture (action des antiseptiques par exemple).
Mais ces renseignements demandent à être vérifiés et complétés par ceux que met en lumière une étude approfondie de la maladie dans les conditions mêmes de la pratique dans les cultures. Pour que l'infection ait lieu, il ne suffit pas, en effet, que soient réalisées les conditions que l'étude du parasite a montrées nécessaires à son développement; un autre facteur entre en ligne, c'est la résistance de la plante, résistance qui peut être due soit à une cause purement physique (impossibihté pour le parasite de traverser la cuticule épaisse des organes âgés, par exemple), soit — et le fait doit être plus fréquent, mais est plus difficile à mettre en évidence — à une cause d'ordre chimique. Pour que l'infection se produise, le parasite doit vaincre la résistance de la plante. Une maladie ne sera donc connue de façon complète que si, outre les conditions favorables au développement du parasite, l'on a déterminé celles qui lui permettront de vaincre la résistance de la plante et celles qui influent sur cette résistance en la favorisant ou en tendant à la diminuer.
50 Recherche du traitement. — Quand une maladie est complètement connue, quand on a déterminé exactement la biologie du parasite d'un côté et, de l'autre, les conditions nécessaires à l'infection, on a en mains tous les éléments pour établir un traitement théorique. Ainsi on pourra prévoir les époques les plus favorables aux traitements, soit qu'on ait pour but la destruction des organes de reproduction du parasite, soit Delacroix et MALULANf.. II. — 25
qu'on veuille mettre la plante à l'abri des attaques. Il va sans dire que ces déductions théoriques ne peuvent avoir de valeur que si elles sont pleinement confirmées par des essais pratiques faits dans les conditions mêmes de la culture et avec toute la rigueur nécessaire.
Malheureusement on est encore loin de connaître avec précision les maladies de nos plantes cultivées, et combien sont peu nombreuses celles où l'évolution du parasite est bien connue et surtout celles où l'on a pu établir les conditions nécessaires à l'infection. C'est ce qui exphque que les quelques traitements vraiment efficaces qu'on connaît soient plutôt dus à des découvertes de hasard que le résultat d'une longue série d'expériences poursuivies concurremment au laboratoire et sur le tjrrain.