‹ Maladies des voies digestives; leçons professées à la Faculté de médecine de Paris, suppléance du cours de pathologie interneChapitre 20 sur 55 · ANGINE COUENNEUSE DE LA SCARLATINE · texte numérisé non relu

ANGINE COUENNEUSE DE LA SCARLATINE

De toutes les angines couenneuses secondaires, celle ifjai survient dans le cours de la scarlatine est incontes-

tablement la plus fréquente : elle est aussi la plus inté-» ressante.

Nous n'avons pas à nous occuper ici du léger mal de gorge, qui constitue l'un des phénomènes prodromiques les plus constants de l'exanthème scarlatineux; vous en connaissez d'ailleurs les caractères habituels. Vous savez qu'il débute par une rougeur vive du pharynx et des amygdales, au niveau de laquelle apparaît assez vite, du troisième au quatrième jour, d'après M. Lasègue, souvent beaucoup plus tôt , une éruption miliaire bientôt accompagnée d'enduits pultacés, qui constituent les phénomènes fondamentaux de l'angine initiale dans la scarlatine. D'ailleurs ce mal de gorge, si intense et si pénible aux premiers jours, n'occasionne qu'une souffrance passagère et disparaît ensuite de lui-même.

L'angine dont nous allons nous occuper est bien autrement grave, bien autrement importante que cellelà. Elle se montre ordinairement vers le huitième jour de la maladie : l'éruption de la fièvre pourprée s'est déjà produite avec ses variations individuelles , souvent même, elle a presque disparu, lorsque l'on voit se développer l'angine secondaire. L'époque exacte d'apparition de cette dernière est assez nettement fixée, par la plupart des observateurs, du huitième au neuvième jour; pour M. le professeur Lasègue, elle éclaterait plus fréquemment du cinquième au sixième jour de l'éruption. Quoi qu'il en soit, elle coïncide toujours avec le

ANGINE GOUENNEUSE DE LA SGARLATINE 359

complet dépouillement de la muqueuse bucco-pharyngienae : le mal de gorge du début n'ayant pas toujours complètement cessé,, l'angine couenneuse diphthérique se surajoute alors à l'angine prodromique ; peut-être même elle est sollicitée par elle.

Quels sont les symptômes de cette complication de la scarlatine? Dés le début, il y a de la fièvre; la chaleur, qui était tombée progressivement depuis que l'éruption pâlissait, la chaleur reparaît. Une douleur qui serait souvent intense , d'après Rilliet et M. Barthez , que j'ai trouvée le plus ordinairement faible, selon la remarque de M. Lasègue, se localise à la gorge ; en même temps, se manifeste une gêne, habituellement légère, de la déglutition. Si l'on examine à ce moment le pharynx, on aperçoit des fausses membranes tranchant sur la surface rouge vif de la muqueuse, qui parfois est considérablement tuméfiée. Ces fausses membranes ont un aspect pultacé : plutôt jaunâtres ou d'un jaune verdâtre, elles sont molles et se détachent aisément ; elles occupent de préférence les amygdales, mais s'étendent d'ordinaire sur les piliers ou le voile du palais, quelquefois sur la face postérieure du pharynx. Il faut ajouter que l'on a même signalé de véritables ulcérations de la muqueuse.

Les ganglions sous-maxillaires se tuméfient très-vito dans cette angine; ils acquièrent des dimensions énormes, et deviennent assez fréquemment le point de départ

de bubons véritables , ce qui ne doit point vous surprendre, puisque, dans la scarlatine, il existe une tendance bien marquée aux suppurations. L'adéno-phlegmon s^établit alors plus ou moins lentement et s'abcède en général au bout de quelques jours.

L'évolution de cette terrible complication montre bien qu'elle mérite le nom d'angine grave : le plus ordinairement, en effet , elle revêt une forme toxique dont la marche est plus ou moins rapide. Les ganglions sont alors envahis par une suppuration qui devient diffuse et s'étend en disséquant les organes, entre lesquels elle s'infiltre, décolle la peau et détermine le sphacèle de toutes les parties molles de la région cervicale.

Cette grave affection tue parfois en quelques jours. Trousseau, qui avait bien étudié l'angine pultacée bénigne et l'angine grave de la scarlatine, avait dit et n'avait pas craint de répéter, que l'angine scarlatineuse ne se complique pas de croup, qu'elle « n'aime pas le larynx » : cette assertion a besoin de quelques explications. Sans doute, le plus souvent, le larynx reste indemne et ce n'est pas d'ordinaire du croup que meurent les sujets atteints d'angine scarlatineuse toxique : vous n'en serez pas surpris, puisque vous savez que dans les formes infectieuses la mort survient avant que le larynx puisse être envahi. Cependant cette extension n'est pas absolument rare; pour ma part, j'ai vu deux cas où la laryngite pseudo-membraneuse est venue rapidement

Page 1