ANGINE GODENNEUSE DE LA SCARLATINE
mettre un terme à révolution de la maladie ; et, pour le dire en passant, dans ces deux faits, le diagnostic de la diphthérie s'était, pour ainsi dire, inscrit de luimême sur les téguments, car il existait des fausses membranes cutanées. Graves, vous le savez, avait observé des faits de croup scarlatineux, et Trousseau luimême, convaincu par les observations plus récentes qu'il avait pu faire, a fini par en admettre la possibilité.
Les hèmorrhagies abondantes sont rares dans cette forme véritablement infectieuse de l'angine scarlatineuBe : on ne constate guère qu'un simple suintement de sang, qui colore en brun rougeâtre les exsudations de la muqueuse pharyngée; parfois aussi, vous observerez quelques épistaxis de peu d'importance.
Les manifestations gangreneuses signalées par tous les auteurs sont-elles réelles ? Ou bien a-t-on pris pour un sphacèle l'apparence produite par les fausses membranes teintes de sang et accompagnées de suintements ichoreux. Les épidémies célèbres de Cornouailles, si bien décrites par Fothergill, par Huxham, et qui étaient bien certainement des épidémies de scarlatine, ont été précisément considérées comme des angines malignes gangreneuses; le doute, malgré les bonnes descriptions symptomatiques dont nous disposons, est véritablement légitime.
La MARCHE de cette angine est d'ordinaire très-rapide ; parfois la mort arrive en quelques jours, comme dans les
formes toxiques de la diphthérie. Toutefois, la terminaison n'est pas fatalement mortelle, et cette complication gutturale de la scarlatine peut même , trop rarement il est vrai, être moins sévère. La guérison est alors possible; elle survient en huit ou dix jours (Lasègue); cependant les ganglions tuméfiés, comme c'est la règle, peuvent rester volumineux , douloureux , et finir par suppurer. Dans les cas heureux, on voit la tumeur se ramollir lentement, sans grande réaction, sans mouvement fébrile considérable, la peau rougissant à peine ; puis, après une semaine, souvent davantage, l'ouverture spontanée ou artificielle donne issue à un liquide purulent, verdâtre, généralement épais : la cicatrisation s'effectue avec lenteur. Dans ces cas, la suppuration ganglionnaire est-elle bien réellement la conséquence de l'angine pseudo- membraneuse? N'est-elle pas plutôt le fait de la scarlatine elle-même? Cette dernière hypothèse me paraît plus probable, les caractères de ces bubons étant identiquement ceux qui appartiennent aux adénites scarlatineuses indépendantes de l'angine grave.
La grande rareté de la guérison, dans cette maladie, vous laisse deviner combien sévère devra être le pro^ nostic^ lequel diffère absolument de la prognose bénigne de l'angine scarlatineuse proprement dite ou initiale, puisque cette dernière peut se prolonger un temps plus ou moins long sans entraîner de conséquences bien graves.