ANGINE COOËNNEUSE DE LA SCARLATINE
La plupart du temps, lorsque vous vous trouverez en face d'une scarlatine, le diagnostic de l'angine secondaire sera des plus faciles : il vous suffira, en effet, de surveiller la gorge pour surprendre, à son début même, le déYeloppement de Taffection couenneuse. Que si la chaleur fébrile reparaît tout à coup, sans qu'un rhumatisme articulaire , sans qu'une pleurésie ou une périrardite puisse vous donner aussitôt l'explication de cette recrudescence imprévue, examinez la gorge. C'est même par cet examen qu'il convient de commencer tout de suite quand vous voyez la fièvre s'allumer chez un scarlatineux, car c'est dans la gorge que vous trouverez le plus ordinairement l'explication du mouvement pyrétique.
La diagnose sera moins simple quand vous n'aurez pas assisté au début de la fièvre éruptive. Cependant, si Ton tient compte de ce fait que c'est le plus souvent dans le cours même d'une scarlatine intense qu'apparaît Tangine secondaire, les symptômes de la pyrexie exanthématique seront encore assez marqués au premier examen, pour que la maladie primordiale ne soit pas méconnue. Il peut arriver néanmoins que la scarlatine la plus atténuée se complique à un moment donné d'une angine grave : c'est alors qu'il faudra rechercher les traces affaiblies d'une maladie légère dont le début remonte déjà à sept, huit ou neuf jours. Examinez la langue et vous la trouverez encore rouge et dépouillée de son épithé-
lium ; regardez les téguments, et vous y verrez déjà la desquamation lamelleuse, parfois aussi les traces de l'éruption miliaire caractéristique au bas-ventre et aux aines.
Quant à ce qui concerne le diagnostic différentiel de Fangine pseudo-membraneuse, il ne présente aucune difficulté particulière qui mérite de nous arrêter.
Le traitement sera absolument le même que dans Tangine diphlhérique , à la fois local et général. Je vous rappellerai seulement l'importance des toniques et d'une alimentation réparatrice.
J'aborde, en terminant, un point qui a été l'objet de nombreuses discussions, je veux parler de la nature de cette grave angine : les opinions des auteurs peuvent être ramenées à trois principales,
Pour les uns , l'angine couenneuse des scarlatineux n'est autre que la diphthérie contractée soit à l'hôpital, soit en ville. Trousseau a définitivement adopté cette manière de voir, après l'avoir énergiquement combattue. Cette interprétation des faits, incontestable dans nombre de cas où coexistent d'autres manifestations diphthériques, notamment à la peau, n'est cependant pas toujours admissible.
Dans la seconde opinion, l'on considère cette angine couenneuse comme une affection spéciale, spécifique, essentiellement liée à la scarlatine; le principal argument
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est qu'il existe des faits de scarlatine avortée, ou fruste^ dans lesquels Téruption est de peu d'importance, tandis que la manifestation gutturale est grave : c'est la scarlatine à forme angineuse des adultes. Les partisans de celte théorie insistent sur l'importance de certaines épidémies, en particulier de celles qui sévirent en Angleterre en 1739 et 1796 et dans lesquelles l'angine attirait seule l'attention des observateurs (bien que l'exanthème scarlatineux fût connu déjà , car il avait été décrit) : ils font ressortir la virulence des liquides sécrétés dans la gorge, virulence qui crée ainsi un mal de gorge putride, malin, une angine à tendance ulcéreuse.
D'autres auteurs enfin considèrent l'angine scarlatineuse comme une affection diphthéroide, présentant de grands rapports avec la dipththérie , mais n'étant pas identique avec elle, sinon au point de vue de sa nature, du moins quant à ses symptômes.
Quelle est celle de ces trois interprétations qui répond le mieux à la réalité des faits? Je crois qu'il est impossible de le dire d'une façon absolue. On ne peut certes pas contester que l'influence du milieu épidémique ou nosocomial soit capable d'engendrer la diphthérie chez un scarlatineux ; mais il est tout aussi difficile de méconnaître que l'angine dont je viens de vous tracer la description se présente^ habituellement avec des caractères à peu près constants et identiques; qu'elle offre notamment dans son époque d'apparition, dans son mode
d'évolution et dans l'aspect des fausses membranes, des particularités toutes spéciales. Nous devons donc conclure qu'il s'agit d'une variété d'angine pseudo-membraneuse qui offre de grandes ressemblances avec les manifestations de la diphthérîe, mais qui, survenant comme complication grave de la scarlatine, emprunte à cette dernière des traits tout à fait spécifiques. L'expression d'angine scarlatineuse diphthércide traduit psu^ faitement cette manière d'envisager les faits.
ANGINE COUKNNEUSE DES TYPHIQUES.
Je ne vous dirai que quelques mots seulement sur l'angine pseudo-membraneuse des malades atteints de fièvre typhoïde. Vous savez tous que la rougeur de la gorge est fréquente dans cette pyrexie, et que cette rougeur s'accompagne parfois d'exulcérations, surtout lorsque l'adynamie est intense; dans ces circonstances, le défaut des soins que réclament la bouche et le pharynx occasionne souvent ces lésions superficielles. L'état fébrile prolongé détermine en effet une dessiccation des muqueuses buccale et pharyngienne : l'inflammation ulcérative en est souvent la conséquence.
Mais, indépendamment de ces angines légères, indépendamment aussi des formes graves connues sous le nom de pharyngo-typhus, on observe parfois une véritable angine pseudo-membraneuse. M. Louis, et surtout