VINGT-SEPTIÈME LEÇON
Beaucoup moins rare que la gastrite aiguë, Tinflammation chronique de la muqueuse stomacale est même Hssez communément observée, à titre de manifestation secondaire, dans le cours de certaines maladies aiguës et surtout chroniques.
Les CAUSES de cette variété de gastrite sont assez complexes. On a signalé l'existence de cette affection à tous les âges de la vie : les enfants eux-mêmes n'en seraient pas exempts. Le sevrage, la mauvaise alimentation, ont été principalement incriminés ; mais s'agit-il à cet âge d'une véritable inflammation chronique de l'estomac? Le doute est tout au moins permis ^ En réalité, la gastrite chronique s'observe surtout chez les adultes ; elle est plus rare dans la vieillesse. Les hommes
1. Consultez les remarquables travaux de M. le professeur Parrot ^nr la gastropathie des athrepsiques.
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y sont surtout sujets ; nous en verrons bientôt la raison.
Parmi les causes déterminatites de la maladie, il faut d'abord noter le passage à l'état chronique d'une inflammation aiguë de la muqueuse stomacale, celle qui succède à certains empoisonnements, par exemple. C'est particulièrement aux formes subaiguës qu'appartient ce mode de terminaison : à la suite de nombreuses récidives ou après quelques rechutes, surtout lorsqu'elles sont amenées par la reproduction des mêmes causes, par des imprudences ou des traitements défectueux, la gastrite chronique s'établit d'une façon définitive.
La condition étiologique la plus fréquente de cette affection est sans contredit la mauvaise hygiène alimentaire, les excès de table et surtout les excès de boissons. V alcoolisme est en effet la grande cause de la gastrite, celle qui est la mieux connue et la plus fréquente : c'est pourquoi les hommes sont atteints plus souvent que les femmes. Toutefois l'affection stomacale n'apparaît pas indifféremment chez tous les alcooliques : elle attaque d'une façon spéciale ceux qui supportent bien l'intoxication et chez lesquels ne surviennent pas des phénomènes nerveux précoces ; chez eux , l'alcool est bien toléré, les excès succèdent aux excès, et l'agent toxique irrite lentement, mais sûrement, la muqueuse de l'estomac. La bière , l'eau-de-vie , les liqueurs de mauvaise qualité, plus encore que le vin, produisent ce résultat.
Quand elle n^est pas d'origine alcoolique, la gastrite chronique est presque toujours secondaire^ consécutive h une maladie antérieure. Tel est le mal de Bright^ alors que l'urée, insuffisamment éliminée par les reins, passe parles sécrétions gastriques, où, se décomposant, ainsi que Cl. Bernard Ta montré, elle donne naissance à du carbonate d'ammoniaque, corps irritant au premier chef.
Les maladies du cœur et du foie, sous l'influence des troubles circulatoires qu'elles occasionnent, peuvent,ainsi que Budd Ta montré, retentir sur Testomac et faire naître une inflammation chronique. Toutefois l'interprétation de ces faits, déjà signalés par Bamberger, laisse quelque place au doute : on peut se demander si ces lésions du ^ur et du foie sont réellement la cause déterminante de la phlegmasie stomacale, ou s'il ne faut pas plutôt admettre que la même circonstance étiologique (l'abus de ralcool par exemple) a déterminé des lésions multiples.
Je vous citerai ensuite la phthisie pulmonaire. Wilson Fox a rencontré, dans 31 autopsies de tuberculeux atteints de vomissements, 16 fois les lésions de la gastrite chronique. Si ces chiffres étaient confirmés par des recherches ultérieures, il faudrait en conclure que les tubercules du poumon déterminent très -fréquemment 1 hyperémie chronique de l'estomac * .
1. Dans un assez grand nombre d'autopsies que j'ai faites dans mou service de Vhdpital LaCnnec depuis le commencement de Tannée, je D*ai pas rencontré cette gastrite qui serait si fréquente au dire de W. Fox. Che« un tuberculeux qui accusait récemment encore des sym-
Dans la goutte^ les troubles dyspeptiques sont, vous le savez, fréquents; mais s'agit-il là d^une véritable gastrite? Doit-on expliquer ces symptômes par l'excès d'urate de soude constaté dans le sang (Garrod) , excès qui donnerait aux expériences de Zalesky une assez grande valeur au point de vue spécial de la gastrite goutteuse, puisque cet auteur, enlevant les reins à des serpents, aurait vu Tacide urique s'éliminer par la muqueuse stomacale ? Nous ne pouvons répondre encore avec une certaine précision à cette question : la pathogénie et même la nature des troubles gastriques d'origine goutteuse restent indécises ; mais la fréquence de ces troubles est incontestable, et Ton peut dire avec M. Bail que la goutte est à l'estomac ce que le rhumatisme est au cœur. Quoi qu'en disent certains observateurs, qui, à l'exemple de Watson, estiment qu'il s'agit bien plutôt d'indigestions chez les goutteux, ou qui avec Brinton , admettent tout au plus un peu d'irritabilité gastrique chez les goutteux, nous devons accepter, avec Budd, Scudamore, Dittrich, M. Gharcot, l'existence de la gastrite goutteuse. Il £aut ajouter que ce ne serait pas la goutte larvée à forme stonuicale qui constitue la gastrite goutteuse, mais bien la goutte rétrocédée ou remontée à l'estomac.
L'action pathogénique du rhumatisme est beaucoup
ptômet dMnflammaUon chronique de restomac, j'ai pu m^assnrer que la gastrite était d'origine aleooliqae : il y a pealritfe lien d'interpréter de cette façon les faits rapportés par robsenrateur anglais.
plus discutable que celle de la goutte ; elle n'est même guère admise de nos jours.
Les ALTÉRATIONS ANATOMiQUEs do la gastrito chronique correspondent, mais avec de notables modifications, aux lésions constatées à l'état aigu.
La rougeur manque souvent, ou bien elle est incomplète, partielle ; bien plus ordinairement, il existe une teinte ardoisée, une pigmentation de la muqueuse, pou«vant même former des taches noires plus ou moins sombres. Hais ces lésions , qui sont les reliquats d'anciennes extravasations sanguines à peu près résorbées, n'ont ici que peu d'importance : elles ne sont aucunement nécessaires pour caractériser la nature phlegmasique des^ lésions constatées.
La muqueuse n'offre pas toujours le même aspect. Tantôt elle présente une surface lisne^ plane, tout à fait régulière, recouverte par une petite quantité de mucus ; c'est ce que l'on observe notamment quand l'affection reconnaît, pour cause déterminante, l'alcoolisme. Tantôt la surface de la muqueuse est irrégulière, avec des sûUies plus ou moins volumineuses, séparées les unes des autres par des dépressions en forme de rigole. M. Louis a décrit le premier cet état mamelonné de la muqueuse : Trousseau donnait à cette lésion le nom d'estomac à colonnes. Tantôt enfin , l'altération s'exagère, et l'on voit se former de véritables masses saillantes,
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d'apparence polypeuse, et que Ton rencontre surtout dans la région pylorique.
La muqueuse de Testomac est épaissie; elle présente en outre une plus grande consistanco, due à l'induration des couches profondes et moindre par conséquent au niveau des parties saillantes qui sont en grande partie constituées par l'élément glandulaire.
La tunique sous-muqueuse et la musculeuse sont toujours notablement épaissies et comme infiltrées de produits plastiques.
Vexamm microscopique fait voir que les lésions, disséminées dans les différentes couches, occupent d'une façon toute spéciale les glandes de l'estomac et la muqueuse qui les environne. Handfleld Jones, W. Fox onl bien décrit ces altérations, dont la plus commune consiste dans l'état granuleux de l'épithélium glandulaire. Le fond des glandes gastriques, et surtout leur cul-de-sac est granulo-graisseux : on trouve en outre dans les cavités glandulaires une accumulation remarquable de matières muqueuses : l'atrophie est plus rare. D'autres glandes subissent la dégénérescence kystique, et l'on rencontre alors, disséminés dans l'épaisseur de la muqueuse, des kystes plus ou moins volumineux; chez les vieillards, il peut même se former des polypes (Cornil) : la lésion élémentaire est à peu près la même que dans la dégénérescence kystique, car il se fait là un travail analogue à celui qui préside au développement des polypes mu-
GASTRITE OBaONIQDE 497
queux des fosses nasales, une véritable hypertrophie des saillies villeuses de la muqueuse qui existent normalement à rétat rudimentaire (Frerichs, Gornil) et aussi des glandes. Parfois, le processus pathologique qui a envahi certaines glandules en a déterminé la suppuration , et le liquide purulent a été versé dans Testomac.
Le tissu cellulaire intersliliel est épaissi, par suite d'une hypergenèse lente et progressive. Dans les formes les plus chroniques, peut-être surtout dans la gastrite alcoolique (les lésions consécutives à l'alcoolisme offrent tou-
jours cette tendance), il existe un état granuleux du tissu conjonctif.
Les couches musculaires de l'estomac sont également épaissies : les fibres lisses semblent tuméfiées, mais la lésion principale occupe le tissu cellulaire intermusculaire, qui présente une véritable hyperplasie. Enfin la séreuse péritanéale et surtout le tissu cellulaire sous-sé- ^ux seraient fréquemment, d'après Brinton, le siège d'une phlegmasie chronique, qu'il décrit sous le nom de Imtis plastique (du grec X(vov, rete ex lino factum) : nous croyons cependant devoir faire sur ce point quelques réserves.
Ces différentes lésions s'accompagnent souvent de modifications notables dans le calibre de la cavité stoma- ^
cale. Deux sortes d'altérations consécutives peuvent en œsulter, le rétrécissement ou la dilatation.
Le rétrédssemenl de l'estomac, sur lequel Broussais
DAKASCBINO. 32
498 MALAE^IBS BE L'ESTOMAC
avait taiit iBS^sté, est assez firéqueat lorsque IHaflam* mation chronique eat généralisée à toute l'étendua de Torgane : on le rencontre surtout dans la gastrite aleoo* lique (Leudet).
La dUatatùm accompagne d'ovdinaire l^troplM et ramincissemeRt des parois stomacales; elle s'abserve en particulier lorsque les lésions, siégeant plus spédalement au niveau du pylore, déterminent une arféoose de cet orifice. Il faut cependant se défier de certaines descriptions , car on a beaucoup exagéré la firéquence des faits de ce genre et l'on a tràs<positivement décrit, sous la dénomination de gastrite chronique, des néoplasies de la région du pylore* avec épaississement considérable des tuniques sous-muqueuse et musculaire.
Quelquefois aussi. Ton rencontre des ulcératùms, tantôt petites, foUiculeuses , tantôt plus larges, mais superficielles , ne dépassant pas la couche muqueuse. Ces ulcérations sont ordinairement multiples et paraissent être le plus souvent d'origine alcoolique (Leudet).
Parfois enfin, on trouve des abcès dans répaîsseur de l'estomac : ils caractérisent la gastrite j^legmaneuse cknh nique ^ qui n'offre rien de bien particulier à noter. 11 est exceptionnel que ces collections purulentes se développent vers le péritoine : dans ce cas , des adhérences existent dans leur voisinage; aussi la péritonite aiguë consécutive est-elle rare.
Le contenu de la cavité stomacale varie suivant les
cas; il est en rapport avec les diverses lésions constatées sar la muqueuse.
On peut trouver des altérations disséminées dans divers organes : l'intestin est plus particulièrement at« teint, et notamment le duodénum. Cette dmodénilSj ordi* nairement alcoolique, est remarquable par la présence d'ulcérations bien décrites par M. Teillais dans sa thèse
(Paris, 1870). Le foie est atteint fréquemment de cirrhose, en même temps que les reins présentent les lésions du mal de Bright; enfin, il existe souvent de i'athérome cardio-vasculaire : ces altérations sont d'ordinaire la conséquence de la cause qui a donné nais* sance à la gastrite, c'est*à-dire de l'alcoolisme. Il faut donc se garder de croire que les lésions viscérales concomitantes de ra£R9Ction stomacale lui soient forcément consécutives.
Les STMFTôsnGB de la gastrite chronique ne sont autres que ceux de la forme aigud légèrement modifiés. Quel que soit le mode de début , qu'il ait été lent quand rafléctîon est d'emblée chronique, ce qui est rare; ou qu'il ait eu lieu par petites poussées subaiguës suivies de rémissions, comme c'est l'ordinaire ; ou bien enfin qu'il ait été subit et constHué par la gastrite aiguë, le tableau symptomatique est toujours à peu près le môme.
La douleur ne fait presque jamais défaut, mais elle est rarement spontanée. Plutôt sourde, elle se caractérise
par un sentiment de lourdeur, de poids à Tépigaslre, sauf cependant lorsqu'elle se complique de gastralgie, auquel cas les symptômes douloureux peuvent être trèsviolents. C'est surtout après l'ingestion des aliments que ces sensations pénibles se réveillent : le malade éprouve une pesanteur, une brûlure, ou même une sorte de déchirement dans la région de l'estomac ; parfois il lui semble qu'une barre comprime la base du thorax. Cette douleur, si vive qu'elle soit, dififère des souffrances véhémentes occasionnées par l'ulcère simple de l'estomac. Elle occupe la région épigastrique, et dans les formes intenses se fait sentir dans le dos : très-rarement, notez bien ce fait, elle se propage vers un côté du thorax, donnant lieu alors à une véritable névralgie intercostale; cependant ces irradiations latérales sont possibles.
En outre , les malades se plaignent de vomissements fréquents, quotidiens : les matières vomies sont constituées par des aliments rendus parfois après un séjour plus ou moins prolongé dans l'estomac , ce qui s'expliquerait par le rétrécissement de la région pylorique, avec dilatation consécutive de la cavité stomacale ellemême. Outre les substances alimentaires, les malades rejettent, par le vomissement, des matières muqueuses constituées par les sécrétions gastriques et par la salive, ainsi que Frerichs et d'autres auteurs l'ont noté : ces pituites apparaissent surtout au réveil, sans que Taffec-
tion soit nécessairement d'origine alcoolique. D'autres fois enfin, les matières rendues sont brunâtres ou noires, ce qui tient à la présence du sang altéré par les sécrétions stomacales; pour expliquer cette coloration, M. Andral admettait que dans la gastrite alcoolique les malades peuvent vomir du sang, sans qu'il y ait pour cela des ulcérations : le fait n'est pas impossible, mais nous savons que dans cette variété les ulcérations sont assez communes. Enfin, on a retrouvé, dans les vomissements, certains cryptogames, entre autres la sarcine.
Les éructations sont fréquentes : elles consistent dans le renvoi de gaz nidoreux, ou même acides; ces derniers sont attribués par quelques observateurs à la décomposition des aliments dans la cavité stomacale.
En même temps, l'appétit est diminué; le besoin de manger se fait rarement sentir : il est vite satisfait; d'ailleurs, l'inappétence la plus absolue n'est pas rare, surtout chez les alcooliques. Par contre, la soif est souvent assez vive; la langue est ordinairement sèche, souvent elle se couvre d'aphthes, ou mème^ à une période avancée, de muguet. Les fonctions intestinales sont ralenties et une flatulence extrême accompagne d'ordinaire la constipation : des hémorrhoïdes peuvent se développer, mais elles ne donnent pas lieu à de grandes pertes de sang; plus rarement, la diarrhée, même lientérique, a été notée. L'ictère, quelle qu'ei) soit la cause, se montre parfois dans le cours de la maladie.
VHat du ventre est souvent remarquable par un balionaement excessif : l'abdomen , oomme le rraiarque M. Durand-Fardel, est alors tendu, résistant; plus fréquemment peut-être, modérément gonflé par les gaz gastro-intestinaux, il reste mou, dépressible, et se laisse explorer en tous sens. Cette distension n'est d'ailleurs pas constante et nous savons que la loi de Stokes n'est applicable qu'aux inflammations aiguës. Aussi peut-on, chez quelques malades, trouver le ventre rétracté, et la paroi antérieure véritablement aplatie; dans ces cas, on a quelquefois senti, par la palpation méthodique, une rénitence , et même une sorte de tumeur épigastrique (Jaccoud), qu'il faudrait bien se giurder de prendre pour un cancer de l'estomac.
Vélat général du malade s'aggrave par degrés. Bien que Taffection conserve jusqu'aux derniers jours son caractère d'apyrexie absolue, comme l'indique la lenteur du pouls, on voit fatalement se développer les symptômes d'une cachexie plus ou moins profonde, et le malade ne tarde pas à tomber dans le marasme : il maigrit progressivement, en même terni» que le &cies présente les signes d'une anémie croissante, sans toutefois qu'il prenne jamais la teinte jaune paille spéciale au carcinome.
Un certain nombre de phénomènes sympathiques accompagnent l'évolution de la maladie. La céphalalgie, les douleurs de tête, quelquefois de véritables migraines
s'observeat daw le oour& 4% la gastrite chro&ique ; aussi devrez^vous toujours tenir pour suspectes les migraines tenaces dont se plaignent certains malades. L'hypoohondrie elle*mélne> Tapathie intellectuelle sont des mani* festatioDS névrôpathiques fré^^uemment observées à la suite des inflammations chroniques de l'estomac.
La MAiKua de l'afiection mérite d'être bien éonnue. Le début) no«» le savons, peut être brusque, lorsque la gastrite chronique succède à la gastrite aiguë : ou bien il est lent et graduel, vraiment insidieux. Le malade éprouve d'abord, pendant un temps variable, de légers troubles des fonctions stomacales : les digestions deviennent pénibles ; quelques douleurs se montrent : on croit à une simple dyspepsie; mais il faut toujours vous méfier de ces dyspepsies bizarres, et soyez sur vos gardes, csr vous avea peut^tre afibire à une maladie bien autrement sérieuse. Bientôt, en effet, les phénomènes s'acosntuent, les accidents se rapprochent, et Texistenoe de la gastrite chronique est nettement établie.
Les rechutes sont fréquentes, occasionnées par des causes minimes, par un excès de teble ou de boisson , parfois même paî une fatigue corporelle ou bien par une maladie nouvelle. Il y a par contre dans la gastrite chro*nique de fréquentes aiûéliorations, des rémissions quelquefois très-complètes; malheureusement, les espérances de guéridon sont trop souvent tout à fait déçues.
504 MALADIES DE LESTOMAC
La durée de la gastrite chronique se compte par mois et par années. On peut la voir persister jusqu'à la mort, malgré les traitements les plus variés et les mieux appropriés, soit que Taffection stomacale tienne à une maladie générale conune la goutte, ou bien que les altérations de la muqueuse soient trop profondes pour n'être pas devenues absolument irréparables.
Ce n'est pas à dire pour cela que la guérison soit impossible. Cette terminaison favorable de la gastrite chronique, quoique assez rare, a pu être observée : tantôt c'est à la suite d'une amélioration graduelle que tous les symptômes disparaissent; tantôt au contraire, comme l'ont fait voir MM. Hardy et Béhier, la guérison survient après une gastrite aiguë, véritable inflammation substitutive qui se charge ensuite de toute la réparation : ce dernier mode est très-rare.
Bien plus fréquemment, la gastrite chronique se perpétue , entretenue souvent par une autre afiection de même origine, notamment la cirrhose hépatique, ou par une affection causale, le mal de Bright, la tuberculose pulmonaire.
La mort arrive plus ou moins vite, en général par ioanisation progressive. D'autres fois, une complication grave, la gastrite phlegmoneuse par exemple, vient accélérer la terminaison fatale. On a parlé aussi de cancer surajouté à la gastrite chronique et la compliquant : ces faits sont susceptibles d'une toute autre explication, les
symptômes de la soi-disant gastrite chronique n'étant en somme que ceux du carcinome au début.
Est-il besoin de vous faire remarquer que le pronostic est toujours sérieux dans cette maladie? À plus forte raison, lorsqu'elle sera secondaire à une affection déjà très-grave par elle-même, ou lorsque la gastrite chronique évoluera chez des individus prédisposés par un état de débilité antérieure.
Il n'est pas nécessaire d'insister sur le diagmostig différentiel de la gastrite aiguë : il suffit de reconnaître les symptômes qui en signalent le passage à Tétat chronique. La marche de la maladie, son amendement relatif, malgré la persistance de plusieurs des phénomènes morbides, et surtout la disparition de la fièvre, tels sont les indices certains de la cessation de Tétat aigu.
On a quelquefois confondu la gastrite chronique avec la gastralgie. Cependant, si Ton tient compte de ce fait que dans celle-ci les douleurs prédominent, intenses, parfois atroces, que les symptômes dyspeptiques sont au contraire bien moindres, et peuvent même faire défaut, on parviendra le plus souvent à éviter l'erreur. Ajoutons encore à ces signes différentiels que,' dans la gastralgie, il existe des troubles de Tappétit devenu souvent bizarre, capricieux, et que la pression dans. la région épigastrique soulage quelquefois la douleur, et vous aurez un ensemble de symptômes différentiels vraiment important.
5«6 MALADIES DE LBSTOMAC
J# a'iiisnto ptt ici rar la liM^ose du cùuMscr de f fstk>macj ni de FuloéM sHû^e» dont nous aUoira bientôt km rétade oomplàte.
La cirrhose hépatique^ au début, est souvent fort malaisée à distinguer de la gastrite chronique, car pendant la longue période initiale ou de dyspepsie, les symptômes et la marche sont à peu près les mêmes. Vous devrez, en cas de doute, mesurer avec le plus grand soin la matité du foie, et reclrarcher s'il n'existe pas quelques traces d'épanchement datis le péritoine. 11 est d'ailleurs toujours difficile de savoir si les troubles gastriques, presque contants dans la cirrhose, tiennent seulement à l'affeotion hépatique ou bien à une gastrite concomitante : ce diagnostic est d'autant plus complexe que l'alcoolisme préside fréquefmment au développement de l'une et de l'autre affection.
La gastrMe chronique étant constatée, il fietut en reamr naUre les cames. Indépendamment des excès alcooliquesi l'une des plus fréquentes et des plus fecilement méconnues, c'est Vurimie : il fitndra donc, toutes les fois que vous serez en présence d'un msdade atteint de gastrite chreoique, songer à examiner les urines* Vous ne pouvez) en effet, vous baser sur les hydropidies, car, dans cesdrconstanoes, elles manquent assez souvent ; quant aux vomissements moqneux, ils ont lieu non seulement )e matin, aomam obea les alcooliqfiwS) maie mette éans
la journée; d'ailteun l'analyse chimique des matières rendoea y décèlerait souvent la pKésenoe du carbonate d'ammoniaqne«
Parmi les symptômes de la gastrite alcoolique^ le rejet de la pituite est l'un des plus caractéristiques. C'est le matin à jeun que les vomissements muqueux se montrent, précédés de troubles vagues, de lassitude, d'abat* tement, de céphalalgie : les nausées surviennent, bientôt suivies de rejets pituiteux souvent faciles, rarement très-pénibles, et plus ou moins abondants. En outre, le sommeil est troublé par des cauchemars caractéristi* ques; il existe des troubles de la vue (bluettes, sensations de flamme au-devant des yeux) et surtout un tremblement des membres très-marqué le matin , au point de gêner les mouvements quand les malades veulent s'habiller, tremblement qui disparaît en général après l'ingestion d'une petite quantité d'alcool. Enfin je vous rappellerai Texistence fréquente des désordres de la sensibilité (hyperesthésies, fourmillements).
La première indication dans le TRArrsuSNT de la gastrite chronique est de supprimer la cause productrice, lorsque la chose est possible; Talcoalisme, par exemple, et l'urémie seront, s'il y a lieu, le point de départ des prescriptions appropriées.
Le traitement consiste surtout dans le régime. Les ali*» ments les mieux choisis, de meilleure qualité, seront
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prescrits avec précaution : le lait constitue tout à la fois un aliment et un médicament qui produit des effets souvent merveilleux. La viande crue ou peu cuite est bien digérée par quelques estomacs délicats ; d'autres tolèrent parfaitement les viandes salées et famées, le jambon, ou autres aliments qui passent pour être lourds : il y a donc lieu, à ce point de vue, de tenir grand compte des particularités personnelles que le malade indiquera lui-même. La quantité d'aliments sera sagement réglementée; de môme, les heures des repas devront être suffisamment espacées.
Quant aux médications proprement dites, je ne vous parlerai pas des antipMogistiqties, qu'il faudrait tout au plus réserver pour les poussées aiguës. Par contre, les révulsifs donnent d'assez bons résultats : les vésicatoires, les mouches de Milan, au besoin même les pointes de feu ou un cautère seront prescrits et souvent avec grand avantage.
La médication vomitive a été préconisée par Graves. M. Jaccoud en approuve l'emploi; il est incontestable que l'action de l'ipéca peut être utile en certaines circonstances où l'appétit est perdu et où les fonctions stomacales sont plutôt alanguies que gravement compromises. Dans ces conditions, on peut et on doit essayer de faire vomir une ou plusieurs fois le malade, qui en obtient souvent un certain bénéfice.
On a conseillé et employé, non sans succès, pour
GASTRITE CBRONIQUE 509
modifier Tétat de la muqueuse, certains médicaments, parmi lesquels je vous citerai surtout le nilrale d*argent donné à jeun sous forme pilulaire; dans certains cas de gastrite chronique avec petites exulcérations décelées par une douleur assez violente au moment des repas et par la présence d'une petite quantité de sang plus ou moins altéré dans les matières vomies, le sel d'argent a paru véritablement salutaire au malade. Le perchlorure de fer, le sous-nitrate de bismuth peuvent être prescrits dans le même but
Lorsque l'état général est sérieusement affecté par les progrès de l'anémie, comme aussi dans certaines formes légères tenant à l'alcoolisme, V hydrothérapie rend de réels services : sous son influence, vous verrez une modification parfois rapide se prodmre et aboutir même à une guérison définitive. Vous conseillerez aussi le séjour aux stations minérales de Vichy, Garlsbad, Royat, Fougues, Plombières, où l'usage des eaux à l'intérieur est uni à l'emploi des moyens balnéaires.
La prédominance de quelques symptômes pourra nécessiter une médication appropriée. C'est ainsi que la douleur, quand elle est trop vive^ commande l'emploi des applications calmantes, des vésicatoires morphines, des injections hypodermiques. Les amers et les toniques ^macération de quassia, de colombe, teinture ou poudre de noix vomique, gentiane, quinquina) seront prescrits pour combattre l'inappétence. On essaye d'activer le
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travail de la digestion à Taide de quel({ues boissons ohaudes et aromatiques ; la pepsine donnée dans ce but, pendant le repas même, n'a pas toujours tenu les promesses qu'avaient faites eeux qui Tout prônée.
Bnfln la gastroniié^, la fiatolence iq^rès les repis nécessitent l'usage des absorbants (sous-nitrate de bismuth, craie préparée, charbon de Belloc) auxquels on associe volontiers la poudre de cannelle ou de colombo et assez souvent la magnésie décarbonatée ou la poudre de rhubarbe, qui conviennent en raison de la constipation habituelle : crtle-ci sera d'ailleurs combattue par le podopbyllm, ou même par les eaux minérales purgatives. Reste un dernier moyen, Fuaage de la pompe stomacale, qui, pour certaines pituites, paraît avdr donné de bons résultats et auquel il faudrait recourir en dernier lieu.