TRENTE-NEUVIÈME LEÇON
Dans ]e système de Broussais, l'inflammation de Fintestin jouait un rôle non moins important que la gastrite à laquelle elle était associée : c'était la gastro* entérite. Aujourd'hui, on décrit l'entérite aiguë et chronique, chacune de ces deux formes pouvant être générale ou partielle; dans ce dernier cas, l'entérite localisée s'appellera, selon son siège, duodénite, iléite, typhlite, colite, rectite.
Nous étudierons d'abord les lésions anatomiques de l'entérite aiguë ; il nous sera facile ensuite de connaître les différences qui caractérisent chacune de ses formes partielles.
Les altérations constatées sur le cadavre (et que l'on n'a guère, sauf circonstances exceptionnelles, l'occasion d'étudier dans l'entérite simple, affection généralement
bénigne) intéressent essentiellement la muqueuse de l'intestin, qui présente une rougeur disséminée par points ou par plaques plus ou moins larges ; Thyperémie est rendue manifeste par une arborisation vasculaire plus ou moins riche. Cette rougeur inflammatoire est tantôt générale, étendue h toute la muqueuse^ et tantôt localisée, occupant alors surtout le pourtour des plaques de Peyer ou des follicules clos, et constituant dans ce dernier cas la psorentérie qui est propre aux enfants *. Ces lésions peuvent disparaître après la mort : c*est ce qui explique pourquoi Bednar dit qu'il ne les a pas constatées.
Si Teutérite est tant soit peu iatense, il existe siimiltanémeat un gûnflsmetU plus ou moins accusé de la muqueuse : ce gonflement peut être général, mais il est surtout limité aux villosités. Le ratnoUîs^eviraC de la muqueuse intestinale a été aussi noté : touJtefois, comme on le trouve surtout à de certaines époques de Taïubée, il est probaJtde qu'il s'agit simplement d'une altération cadavérique.
L'entérite avec lausses membranes et exsudais fibrineux, que les Allemands ont appelée crotêpiEUe (et i|ui est contestée par certains aut^rs et reconnue par d'autres)
1. Chez un enfant de 3 mois qui a succombé cette année même dans non serrice, Tientérite cfaolérifonne âbaît caoaokéEiiée par une lijeetion occupant les valvules conniventes^ le pourtour des follicules clos et les plaqaes de Peyer. Lee lésions oAraienA iear -majâmam et dévék)^' pement sur Tiléon : les follicules clos du gros intestin étaient aoiai très^uméSés.
ENTÉRITE AIGUe 7fô
n'eBt pas commune. On a également admis le démrioppetnent possible du muguet sur la muqueuse enflammée. Renbold nie formellement la présence de l'oïdium albî* cans dans Tintestin ; mais vous savez que M. Parrot en a surabondamment prouvé l'existence : toutefois il s'agit là d'une affectioii spéciale^ d'ailleurs localisée au cœcum, et nullement de l'entérite aiguë qui nous occupeu
Lorsque l'inflammation a été intense et plus ou moins prolongée, des ulcérations existent sur la muqueuse intestinale; le plus souvent, il est vrai, ce ne sont que des érosions soperficieUes et plus ou moins larges. D'autres fois, les exuleérations sont petites,arrondi66, taillées à pie, dévelioppées aux dépens des foUicules dos ; oe sont les ulcères folliculaires <de ftokitansky : il y aurait alors formation de petits abcès auxquels suoeéderait une perte de substance.
Les nuUières cosUmues dam timtesHn sont tantôt des muoosités glaireuses plus ou moins colorées^ à moitié (nnsparentes, tantôt des flooons blanchâtres de uatHCS épithéliale. Rarement (m 7 trouve du sang, môme lors* qu'il existe des uloérations; bien plus souvent, ee sont des glaires muoo-sanguinolentes.
Les ganglions mésemtériques sont engorgés lrès4égè^ rement, mais non toujours; le péritoine intestinal, quelquefois vascularisé, ne présrate pas de braoes d^ne véritable phlegmame. Quant aux organes respûcatoiias, ils sont dans un état d'intégfrité absolue, et n'o£foeut 4e
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lésions inflammatoires que si l'entérite, au lieu d^ètre primitive, constitue une affection secondaire, consécutive à la rougeole par exemple.
L'entérite aiguë peut se développer dans deux conditions ETiOLOGiQUEs différentes : tantôt elle est primitive, apparaissant chez un individu bien portant jusqu'alors; tantôt au contraire elle est secondaire à uae maladie préexistante.
Ventérite primitive reconnaît un certain nombre de causes prédisposantes : en première ligne, nous devon^^ noter Vâge du malade. L'enfance est de beaucoup le plus sujette à l'inflammation intestinale, qui s'observe principalement chez les nouveau-nés et les enfants à la mamelle : à cette époque de la vie, il existe une cause spéciale, la mauvaise hygiène alimentaire. D'autre part aussi, les très-jeunes enfants possèdent une susceptibilité particulière de l'intestin, tandis que chez les adultes c'est surtout la muqueuse bronchique qui est impressiou* nable. Chez l'enfant, on a encore accordé une grande influence causale à la première dentition qui s'étend en général de six à vingt mois ; mais ne s'agit-il pas plutôt d'une pure coïncidence? Il ne faut pas confondre en effet la diarrhée de la dentition avec l'entérite proprement dite.
Quel que soit l'âge du malade, l'influence des saisons est également considérable. C'est surtout pendant les chaleurs, aux mois de juillet, août et septembre, que
Tentérite aiguë est le plus fréquente : les imprudences de toute sorte, commises à cette époque de Tannée, doivent intervenir pour une certaine part dans cette étiologie. De même que les fortes chaleurs, le froid exerce une action réelle, en particulier lorsqu'une réfrigération brusque et passagère se faisant sentir soit sur Tabdomen, soit aux extrémités elles-mêmes, il se produit une congestion viscérale réflexe. Un mécanisme abso* lument analogue doit être invoqué pour expliquer l'entérite aiguë consécutive aux brûlures étendues des téguments. Enfin l'usage immodéré des boissons froides amène finalement une congestion vive de l'appareil gastrO'intestinal ; le terrain est ainsi préparé à l'entérite.
Le rôle des itigesta n'est pas moins considérable dans la détermination de l'entérite aiguë. Les aliments peuvent devenir nuisibles, soit par leur abondance exagérée, soit parce qu'ils sont d'une digestion difficile, comme les fruits verts par exemple; dans les deux cas, il survient une indigestion intestinale. L'usage abusif des condiments et des épices produit une action irritante également nocive; on en peut dire autant de certains médicaments, en particulier des balsamiques employés à haute dose ou trop longtemps continués.
Les fatigues de toute sorte ne sont pas non plus sans action sur le développement de l'entérite : elles affaiblissent en effet l'organisme, qui devient plus apte à contracter une maladie quelconque; le plus souvent
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il est vrai) d^autres causes interviennent plus actÎTement.
Enfin Fentérite se montre quelquefois sous la forme à^épidémies véritables; ponr en apprécier le mode de développement, il serait nécessaire de tenir on compte exact des influences saisonnières.
Ventértte secondaire apparaît souvent, surtout chez les enfants, à la suite de la rougeole; la diarrhée, qui se montre habituellement le premier ou le second jour de réruption^ persiste, augmente, et Tentérite s'établit alors, intense et grave. Moins souvent, l'inflammation intestinale est consécutive à la scarlatine. Quant à la dentition et aux vers intestinaux, leur influence est au moins fort douteuse : il en est de même du rhumatisme et de la goutte. Je ne vous parlerai pas des maladies du foie, ni des troubles circulatoires d'origine cardiaque, car on a fait à cet égard une confusion évidente entre l'entérite et la diarrhée, sous la dénomination un peu trop compréhensive de catarrhe, laquelle s'applique non-seulement aux sécrétions d'origine inflammatoire, mais encore aux simples flux hypercriniques.
Parmi les symptômes de Tentérite aignê, la diarrhée est sans contredit le plus important : d'ordinaire aussi, eUe en est le phénomène initial. Des évacnatîons plus ou moins abondantes et fréquentes amènent d'abord Texpol-* sion du contenu de Tintestin sous forme de matières
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stercorales plus ou moins délayées auxquelles succèdeut bientôt des mucosités. Puis les selles deviennent liquides; l'évacuation diarrhéîque est alors constituée par une sérosité plus ou moins fluide, qui est mélangée à des flocons muqueuxy souvent colorés par la bile; ces évacuations ont une teinte jaunâtre, mais non pas d^un jaune marron , comme dans la fièvre typhoïde. Chez les enfants à la mamelle , les selles sont yerdâtres et acides, £etit important au point de vue du diagnostic : on y retrouve aussi quelques grumeaux de caséum»
Les évacuations alvines ont en général assez^ peu d'odeur. An microscope on y trouve des cellules épitbé-* Maies cylindriques, des leucocytes, et des cristaux de phosphate anunoniaco-magnésien (qui n'appartiennent pas uniquement à la dothiénentérie, comioe on l'avait cru autrefois).
La dùukur qui accompagne l'entérite est caractérisa tique r elle se montre sou» forme de coliques, c'est^àdire de sensations très-douloureuses avec paroxysmes. Bn même temps, les malades ont un malaise général,. de l'agitation, ou bien au contraire on constate une prostration profonde, avec altération des traits.
Fréquemment, il y a des borborfgmes ou bruits hydrô* aériqnes, en même temps que des coliques : Q% sont rindiee de la eontractkyn vive des intestins. GeUe->ci procède par accès, et ces coliques venteuses qui aboutissent à la diarrhée, sont souvent calmées, au moins
pour un certain temps, par les évacuations alvines.
L^appétit est ordinairement diminué : il existe une soif plus ou moins vive, intense surtout chez les enfants. Certains troubles tels que des nausées, une sensation de poids à Tépigastre, se rencontrent fréquemment; quant aux vomissements, ils sont rares, si ce n'est au début même de la maladie ou très-tardivement, alors que Taffection prend un caractère tout particulier de gravité.
L'état de l'appareil digestif fournit^ quelques notions importantes. La langue est presque toujours recouverte d'un large enduit saburral : elle devient assez rapidement rouge à sa pointe et sur les bords, rarement dans toute son étendue, sauf à la fin de la maladie.
L'abdomen est d'ordinaire plus ou moins distendu par des gaz ; ce ballonnement est général, presque jamais partiel, alors même que l'entérite n'occupe qu'une portion de l'intestin. Les gaz ainsi accumulés proviennentils d'une sécrétion intestinale ou sont^ils le fait d'une décomposition (sous l'influence d'un catarrhe gastrique), des substances alimentaires venant de l'estomac? Hais d'abord ce catarrhe gastrique n'est pas constant, et en outre le ballonnement persiste, ainsi que les borbo* rygmes, pendant presque toute la durée de la maladie; c'est donc à une sécrétion gazeuse intestinale qu'il faut attribuer le gonflement de l'abdomen.
Indépendanmaent des coliques survenant sous forme
paroxystique, il existe une douleur sourde, une sorte d'endolorissement permanent, que la pression augmente dans des points variables suivant le siège de l'inflammation intestinale : si c'est aux environs de l'ombilic, on peut en conclure que l'intestin grêle est surtout malade; dans le reste de l'abdomen, la douleur indique la localisation de la phlegmasie au niveau du gros intestin; nous reviendrons d'ailleurs sur ce fait en décrivant la typhlite, la rectite, etc.
La fièvre est un des premiers symptômes généraux de l'inflammation intestinale, car elle fait défaut dans les cas légers ; cet état fébrile présente les caractères de la fièvre calarrhale. Même chez les enfants, la température est peu élevée (de 38 à 39 degrés); elle tombe vite, et sa très-faible élévation est l'indice d'une entérite qui n*est que subaiguë (H. Roger). De même, le pouls est souvent peu fréquent, et les phénomènes réactionnels sont à peine marqués. Rarement le visage est injecté; mais le faciès exprime la fatigue, comme dans toutes les maladies de l'abdomen qui donnent lieu à. des douleurs paroxystiques, à de véritables coliques.
La MABGHE de Tafiection est fort simple : dans les cas très-légers, comme à la suite d'un refroidissement par exemple, le malade éprouve un certain malaise, quelques douleurs de ventre; puis surviennent des coliques suivies d'une diarrhée peu abondante et de
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courte durée. La fièvre est nulle ou du moins trèslégère ; le repos, quelques soins hygiéniques suflBsent le plus ordinairement, et la guérîson est complète en quelques jours.
Dans les formes plus intenses, les symptômes s'accentuent rapidement ; Tétat général ne tarde pas à ressentir le contre-coup des troubles digestifs : il existe une prostration d'autant plus prononcée que les évacuations alvines sont plus nombreuses et plus abondantes. La durée de la maladie se prolonge huit, quinze et vingt jours, surtout chez les enfants; néanmoins, la guirmn est la règle, au moins chez l'adulte; mais elle ne s'obtient qu'au prix d'une convalescence parfois prolongée.
Malheureusement, la terminaison n'est pas toujours aussi favorable : la diarrhée peut en effet persister, le malade s'affaiblit, et l'affection passe alors à Vitat chronique; ou bien elle se termine par la worl, principalement aux deux extrêmes de la vie, chez Tenfant et aussi chez le vieillard.
Chez les enfants en effet, et surtout avant Tàge de deux ans, Tentérite donne lieu habituellement à des phénomènes sérieux. Une diarrhée abondante s'établit, caractérisée par des évacuations liquides et profuses qui affiûblissent rapidement le jeune malade et aboutissent à une dénutrition progressive. La fièvre du début tombe vite, et bientôt, lorsque les selles, devenues séreuses,
sont abondantes et répétées, il se produit une tendance au refroidissement; les traits du visage s'altèrent, les yeux semblent enfoncés dans les orbites, le regard prend une expression vague toute spéciale {natantia lumina)^ le sillon naso -labial se creuse profondément.
C'est alors que le ventre, au lieu de rester ballonné, s'aplatit, se déprime et prend la forme en bateau; les parois abdominales molles, flasques, se laissent déprimer dans tous les sens, comme un chiffon (Rilliet et Barthez). Les évacuations alvines, puis les vomissements deviennent incessants ; la diarrhée, qui est aqueuse, ne tache presque plus les linges. Ceux-ci sont imbibés d'un liquide à peine coloré d'une teinte verdâtre d'emblée, ou d'abord jaunâtre puis verdissant à l'air (ce qui est moins grave).
La durée de cet état sérieux peut être assez longue : vous le verrez se prolonger 5 ou 6 jours, parfois davantage. Cette entérite choUriforme^ ce choléra infantûm diffère donc évidemment du vrai choléra même à ce point de vue spécial. Parfois l'entérite aiguë persiste 8 et 10 jours : c'est ce qui s'observe lorsque les symptômes, légers au début, s'aggravent subitement. La mort survient souvent au milieu d'accidents nerveux, tels que le coma ou au contraire une agitation extrême et des convulsions ultimes. La guérison cependant est possible, mais elle est précédée d'une convalescence très-lente tant l'organisme a été profondément atteint, bien que
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la diarrhée qui déprime à ce point les forces ne soit pas albumineuse comme celle de la dysenterie par exemple.
Le PRONOSTIC de l'entérite aiguë est subordonné à diverses conditions qu'il importe de vous faire connaître. Et d'abord Vâge du malade influe singulièrement sur la gravité de Taffection : chez les jeunes sujets et en particulier chez le nouveau-né et l'enfant à la mamelle, de même aussi que chez le vieillard , l'entérite aigué est toujours une maladie sérieuse et assez fréquemment mortelle. C'est qu'en effet le degré de résistance, la force du patient atteint est une circonstance importante, à laquelle il faut toujours avoir égard dans l'appréciation de la prognose. L'entérite survenant au milieu d'un excellent état de santé est, toutes choses égales d'ailleurs, infiniment moins sévère que quand elle est consécutive à une autre affection, : dans ce dernier cas, ne l'oubliez pas, elle comporte presque toujours un pronostic grave.
Enfin l'intensité des symptômes doit évidemment entrer en ligne de compte , lorsqu'il s'agit d'apprécier la gravité de la maladie. Le grand nombre et l'abondance des évacuations alvines, l'apparition d'un état adynamique ou d'accidents généraux ; chez l'enfant, rin\'asioa de vomissements répétés : voilà autant de données qui ajoutent encore à la sévérité de la prognose.
Le DIAGNOSTIC de Tentérite ne présente aucune difficulté réelle : à peine pourrait-on, dans certains cas et
ENTÉRITE AIGUË l%h
notamment dans la seconde enfance, croire au début d'une fièvre typhoïde. Toutefois, s'il est vrai que bien souvent la diarrhée initiale constitue un phénomène prodromique de la dothiénentérie , il ne faut pas oublier que l'état général dans cette maladie revêt rapidement un caractère spécial : la fièvre est très-vive, beaucoup plus intense que dans l'entérite et surtout la température atteint des chiffres bien plus élevés, 40* et 41* au lieu de 38* et 39* (Roger). En même temps, le ventre, légèrement ballonné, devient douloureux dans la fosse iliaque droite; la céphalalgie, les épistaxis, l'augmentation de volume de la rate , ne permettent guère une hésitatioQ de longue durée. Enfin lorsque l'on assiste h révolution des phénomènes morbides, la marche de la fièvre est absolument caractéristique : vers le 8« jour, il n'y a plus de doute possible, car l'entérite serait guérie, ou elle aurait jeté le malade dans un état de prostration profonde, au milieu de laquelle les vomissements et la diarrhée, la mollesse du ventre ne laissèrent guère de place à l'erreur.
La péritomte aiguë n'ofire que des traits de ressemblance éloignés avec l'entérite : la douleur de l'abdomen, le ballonnement même diffèrent, et si, chez les enfants, la péritonite s'accompagne quelquefois de diarrhée, en revanche l'état fébrile intense, les vomissements verdâ- 4res, répétés, et les douleurs excessives suffisent à carac-* tériser le tableau clinique de la phlegmasie du péritoine.
L'intensité parfois exagérée des douleurs de ventre pourrait faire croire k l'existence d'un rhumatisme des parois abdominales. Mais, dans le rhumatisme, la douleur seule existe : elle est différente de celle des coliques de l'entérite ; beaucoup plus intense, elle est en même temps superficielle; enfin il n'y a pas de troubles fonctionnels, si ce n'est la constipation.
Quant à la dysenterie ^ dont nous ferons bientôt une étude complète, je vous dirai par avance que les selles, extrêmement nombreuses, en sont peu abondantes et caractérisées par des matières muqueuses et muco-sanguinolentes ; enfin il existe des épreintes très-pénibles, du ténesme, lesquels font défaut dans l'entérite proprement dite.
Ventéralgie diffère de l'entérite aiguë par l'absence de phénomènes généraux fébriles et de diarrhée , ainsi que par les caractères fort dissemblables des accès douloureux.
ViléiLs ne ressemble pas non plus à l'entérite, car la constipation y est de règle, et il en est de même pour la colique saturnine.
Le diagnostic du siège de l'entérite aiguë est d'ordinaire trèS'-difficile, parfois même impossible, d'autant plus que dans la majorité des cas, la presque totalité du tube intestinal est simultanément enflammée. Cependant Tinflammation du gros intestin ou colite se reconnaîtra quel-
quefoîs aux caractères des selles, qui sont moins liquides, moins aqueuses, plus fréquentes; en outre, la douleur affecte un siège spécial, qui correspond manifestement au trajet du côlon ; enfin l'abdomen est moins gonflé.
Au contraire, l'inflammation de l'intestin grêle, laquelle constitue plus spécialement l'entérite {iléilCj ;ejuntté)y s'annonce par des selles plus copieuses, plus liquides. Parfois, d'après Niemeyer, les évacuations alvines feraient défaut, et les symptômes seraient réduits aux seuls borborygmes sans diarrhée : c'est là de la théorie pure, à laquelle ne correspondent point les faits journellement observés. Quant à la douleur, elle occupe le pourtour de l'ombilic, mais varie de siège comme les coliques : en outre , le métèorisme est plus considérable, les borborygmes sont plus nombreux que dans la colite.
Broussais a décrit la duodénite; cette inflammation, qui correspond à l'affection que nous désignons aujourd'hui sous le nom de catarrhe gastro-duodénal , offre un symptôme particulier : c'est l'ictère catarrhal, qui se développe du troisième au cinquième ou sixième jour de la maladie et qui rend alors manifeste la nature de la diarrhée du début. On explique cet ictère par la tuméfaction de la muqueuse de l'intestin, d'où résulte l'ocdusion plus ou moins complète du canal cholédoque et par suite la résorption de la bile et son passage dans le sang.
Enfin il est une autre localisation importante de l'inflammation intestinale : c'est la typhlUe; mais je ne vous en parlerai pas ici, me réservant de Tétudier en détail, à cause des considérations toutes spéciales qu'elle comporte.
L'intervention thérapeutique varie selon l'époque de la maladie : les indications du traitement se succèdent en effet en raison de l'évolution des symptômes et ne doivent pas être remplies par les mômes moyens.
La première indication consiste dans la nécessité de calmer la diarrhée. Au début, les purgatifs réussiront quelquefois, surtout les sels neutres, ou même le calomel ; lliuile de ricin est moins utile dans cette circonstance. A une période plus avancée de l'entérite , l'emploi des purgatifs salins est encore indiqué, lorsque les autres agents employés sont demeurés inefficaces.
L'action des évacuants une fois terminée, on aura recours aux opiacés, notamment aux quarts de lavement avec huit à quinze gouttes de laudanum, que Ton fera répéter chaque jour deux, trois fois et même davantage, surtout s'ils n'étaient pas gardés par les malades. L'opium peut encore être administré par la bouche ; mais son action anti-diarrhéique est alors sensiblement moins puissante ; d'ailleurs, les opiacés offrent le double avantage de s'adresser en même temps à la diarrhée et aussi à l'élément douleur. Chez les enfants, et notamment
chez les nouveau-nés, vous ne devrez pas oublier que le laudanum doit être donné avec les plus grands ménagements et à des doses très-faibles, par demi-gouttes seulement.
D^autres moyens sont encore utiles contre la diarrhée. Je vous citerai en première ligne le sous-nitrate de bismuth, que vous aurez soin de faire triturer exactement et que vous prescrirez à haute dose (Monneret), 4 à 8 et 12 grammes par jour. Dès que, le sel bismuthique étant administré, vous verrez les selles noircir, vous devrez bien augurer du traitement : c'est l'indice d'une cessation prochaine de la diarrhée. Le diascordium (4 à 8 grammes par jour) est souvent associé au bismuth, sous forme de bols ou dans une potion gommeuse.
Le nitrate d'argent a aussi été fort conseillé : pour ma part, je préfère ne pas l'employer au début, réservant ce médicament actif pour une période plus avancée, et seulement lorsque la maladie traine en longueur : c'est à ce moment qu'il est efficace. On doit l'administrer par la bouche, en pilules, sauf quand les lésions inflammatoires sont surtout localisées dans le gros intestin, auquel cas les lavements sont plus spécialement indiqués ; les mêmes considérations s'appliquent aux divers astringents.
Pour boisson, vous prescrirez Teau de riz, l'eau albumineuse, la décoction blanche de Sydenham, lesquelles produisent parfois à elles seules de bons effets dans les
cas légers. En même temps, un régime sévère sera institué pour suspendre la diarrhée ou en empêcher le retour : les bouillons, quelquefois le lait (et particulièrement le lait de chèvre chez les très-jeunes enfants) composent toute l'alimentation. Quant au nouveau-né, le lait maternel est encore le meilleur régime , le seul qui, dans le cas d'entérite, devrait être permis.
Une seconde indication pressante, c'est de soulager la douleur. L'opium, vous le savez, est sans contredit le médicament le plus actif et dont Taction est le plus rapide. Vous pourrez encore avoir recours à des applications chaudes sur l'abdomen : les cataplasmes soulagent parfois merveilleusement les douleurs de l'entérite ; ils devront être arrosés de laudanum, largement étendus sur le ventre et maintenus en permanence. Au besoin, les injections hypodermiques de morphine calmeraient rapidement les phénomènes douloureux.
Vous ferez cesser les vomissements qui pourraient survenir (surtout chez les enfants), à l'aide des divers moyens que vous connaissez déjà et que nous avons passés en revue. Ici, l'emploi de l'eau de chaux que l'on ajoutera au lait sera très-utile : j'en dirai autant de l'eau de Seltz donnée par cuillerées à café et qui constitue un excellent palliatif de ce symptôme.
Devez-vous songer spécialement à con^KUlre ViM phlegmasique de l'intestin? Vous savez maintenant que cette période inflammatoire aiguë est d'ordinaire peu
intense et passagère; d'autre part, j'ai suffisamment insisté sur l'affaiblissement rapide et considérable causé par les abondantes évacuations alvines de l'entérite aiguë. C'est donc vous dire que vous devrez rejeter absolument les saignées générales , comme on les pratiquait autrefois. Quant aux émissions sanguines locales^ qui possèdent une action essentiellement topique , elles ont l'avantage de calmer rapidement la douleur ; il faudrait toutefois , pour vous décider à y recourir , vous trouver en présence d'une fièvre vive, qui ne s'expliquerait par aucune affection concomitante ni par aucune complication. Dans ce cas, vous pourriez également employer la teinture de digitale.
Enfin n'oubliez pas que la convalescence de l'entérite est toujours longue et pénible, et soignez à ce moment le malade avec autant de sollicitude que pendant la période aiguë. Soumettez-le surtout à un régime sévère, car il faut éviter à tout prix les imprudences qui conduiraient si facilement aux rechutes.