IV. — Étiologie
Chez notre malade, nous constatons deux faits au point de
(1) James Begbie, Contrib. to pratic. mecl., Edinburgh, 1862. — IIabersohn, Eder, The Lancet, 1871 et 1906. — Mollard et Bernoud, Journal des praticiens, 1901. — Chatin et Gade, Médecine moderne, 1901. — Clunet, Arch. des mal. du cœur, 1908. — Mouriquand et Bouchut, Gazette des hôpitaux, 1908. — L. Zadok-Kahn, Journal de médecine interne, 1909.
(2) Debove, Société médicale des hôpitaux, 1880. — G. Mouriquand et L. Bouchut, Lasystolie mortelle dans le goitre exophtalmique (Semaine médicale, 1908).
G01TI1E EXOPHTALMIQUE.
vue étiologique : l’affection s’est développée chez une femme, ce qui est le cas le plus ordinaire, puisqu'elle est huit fois plus fréquente que chez l’homme ; elle est survenue à l’occasion d’une forte émotion , ce que l’on observe assez souvent, et cette émotion est fréquemment la colère.
Celte maladie est très rare dans l’enfance, surtout avant la huitième année. Les faits de Sehwekcndck (30u mois), Demme (3 ans 1/2), Variot (4 ans), Hawkes (5 ans) sont exceptionnels, et l’affirmation de Stokes reste toujours vraie : « On voit rarement la maladie se développer avant l'époque de la puberté (1) ».
On a signalé des faits A' hérédité, et j'ai vu un cas où la mère et ses deux filles étaient atteintes de la même maladie. L'hérédité peut être hétéromorphe, et c’est ainsi que certains auteurs, frappés des rapports entre l'hystérie et la maladie de Parry-Graves, pensent que la première peut être à la fois cause et effet de la seconde (2). J'ai vu trois fois le goitre exophtalmique chez des filles de diabétique, et bon nombre d’auteurs ont signalé la coexistence du diabète sucré, même du diabète insipide et de la maladie de Parry-Graves. D'autre part, une observation de Manby montre le diabète et le goitre exophtalmique alternant et se succédant chez les enfants et les petits-enfants (3). Ce serait là déjà une preuve de l’origine parfois arthritique de la maladie.
L 'arthritisme paraît se retrouver assez fréquemment dans les ascendants des malades, tantôt sous la forme de goutte, tantôt sous la forme de rhumatisme. Signalée pour la pre-
(1) Schwekendck, Atl. med. Cent. Zeitung, 1883. — Demme, Gerhardl s Handb. der Kinder krank., 1878. — Vahiot, Soc. de podiatrie. 1301. — Hawes, The Lancet, 1801. — Ehrmch, Diss. in. de Berlin. 1890.
— G. Barret, Thèse de Paris, 1901.
(2) üebove, Soc. médicale des hôpitaux, 1887. — Ch. Férê, La famille névropathique, Paris, 1894, cl Nouvelle Iconographie de la Salpétrière.
— Béclère, Société médicale des hôpitaux, 1899. — P:\deh et Robinson Thèses de Paris, 1899.
(3) Dumontpaluer, Société de biologie, 1807. — Gueneau de Mussy, Clinique médicale , 1885. — Souques et Marinesco, Bulletin médical, 1897.
— WoRTiNGTON, Diabète insipide et goitre exophtalmique (Canada med. surg. Journ., 1884-1885). — Manby Brit. med. Journ., 1889.
ETIOLOGIE.
mière fois par Parry en 1 78C», mentionnée parCluircot,eetle (ilialion diathésique a été relevée par Perry et par Rendu (1). J'ai publié en 1883 l'observation d'une jeune fille de vingt-six ans qui, entrée à l'hôpital Bichat, présentait une insuffisance aortique consécutive à un rhumatisme articulaire aigu généralisé datant de sept ans. Elle a toujours été nerveuse, émotive, irritable et a éprouvé de profonds chagrins. Quelques mois après
le rhumatisme, elle vit apparaître la triade de la 'maladie de Parry-Uraves : exophtalmie, goitre, tachycardie, manifestations pseudo-angineuses. Elle présentait un tremblement généralisé si intense que le corps tout entier paraissait entrer en vibration continuelle, une tachycardie à 100, un tlux diarrhéique survenant subitement et disparaissant de même, des accès de fièvre rapides et fugaces et des modifications du caractère.
Les observations de Weill et Diamantberger, celles plus récentes de J. Leweylin, de Vincent, de Sergent, de Mouriquand et Bouclait montrent bien que le rhumatisme joue à l'égard du goitre exophtalmique le même rôle que certaines maladies infectieuses (fièvres éruptives, pneumonie, grippe, fièvre typhoïde). D'après Vincent, le rhumatisme articulaire aigu fébrile provoque à des degrés divers et dans la proportion de six fois sur dix chez l’adulte, la tuméfaction du corps thyroïde, et il a désigné sous le nom de « signe thyroïdien » la douleur presque toujours facile à constater par le pincement entre les doigts de chaque lobe du corps thyroïde (2).
La malad ie peut avoir une origine traumatique comme à la suite d'une chute violente sur la tête (faits de Marie et de Bcgbic). Une observation de Gauthier (de Charolles) montre son évolution dans un cas de tumeur de la hase du crâne (3).
(1) Perry, Glascow med. Journ., 1872-1873.
(2) Weill et Diamantberger, Goitre exophtalmique et rhumatisme, Soc. de médecine pratique de Paria , 1891. — Diamantberger, Pathogénie thyroïdienne du rhumatisme, Société médicale des hôpitaux , 1908. — Jones Leweylin, Graves disease in association with rhumatoïd arthritis. ISrilish medical Journal , 1903. — Vincent, Société médicale des hôpitaux, 1907. — G. Mouriquand et Bouchut, Lyon médical, 1908.
(3) Begbie, Edinburgh medical Journal, 18G8. — Gauthier, Lyon médical, 1893.
Huchard. — Consultations médicales, t. II.
GOITRE EXOPHTALMIQUE.
On a encore signalé ccrlains rapports entre les maladies des fosses nasales et le goitre exophtalmique, et on a vu la disparition de celui-ci après I ablation de polypes muqueux des fosses nasales, de la cautérisation de la muqueuse hypertrophiée des cornets inférieurs 1 . — A la suite de Y ablation des ovaires . Mathieu a vu se développer un goitre exophtalmique. Mais, une autre observation de P. Blocq montre la disparition de la maladie après une ovariotomie double. — Les rapports avec la grossesse ont été diversement interprétés. Charcot et Trousseau ont cité des eas où la grossesse a paru exercer une sorte d'influence suspensive sur les symptômes de la maladie de Parry-Graves, et d’autres auteurs (Jofl'roy, Pastriau) ont vu au contraire se produire la transformation d'un goitre simple en goitre exophtalmique. J’ai vu celui-ci ne subir aucun changement chez huit femmes enceintes.
D'après Roland Curtin, 1 hérédité est la cause prédisposante dans tous les cas, et le séjour à une altitude élevée serait souvent une cause occasionnelle, ce qui est loin d’être démontré (2).