HISTORIQUE, CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
syphilis gommeuse. 11 est difficile d’en décrire un syndrome défini, de là les obscurités du diagnostic.
La syphilis gommeuse du cœur est déjà de connaissance ancienne. Les premières observations remontent au xvni1 2 3' siècle. Dès 1775, Portai rapporte l’histoire d'une jeune tille de vingtdeux ans qui mourut rapidement, se plaignant d’une « douleur pongitive au cœur ». L’autopsie fit découvrir une large ulcération qui occupait la face postérieure du cœur dans toute l'étendue des deux ventricules. — Un peu plus tard, en 1783, un autre cas de syphilis cardiaque est enregistré par un médecin peu connu, Penada Jakosso (1).
En 1801, Corvisart, frappé par la ressemblance des lésions valvulaires du cœur avec les excroissances génitales, conclut faussement à l'existence de cardiopathies syphilitiques. La tendance générale fut alors d’exagérer la fréquence de la syphilis cardiaque. Plus tard, Bouillaud devait mettre en relief l’origine rhumatismale de beaucoup d'entre elles. 11 nous faut arriver à la remarquable observation de Ricord pour lire la description complète d une syphilis gommeuse du myocarde avec endocardite (2). Après cet auteur, les observations se succèdent nombreuses, appuyées le plus souvent sur des examens histologiques. Mon ancien interne Péguy, dans sa thèse faite dans mon service, en rapporte 29 observations en 1900 (3). Parmi les plus importantes, citons celles de Cruveilhier (1850), Lhonneur ( 1856), Lebert, Friedreich, Virchow, llaldane, Lancereaux, Oppolzer, Mracek, Rendu et Massary.
Dans une monographie très documentée, Stockman résume, en 1904, environ 70 observations. C’est, dire (pie le nombre des faits cliniques de syphilis gommeuse va sans cesse croissant. Mon intention n'est pas d’en faire une énumération compendieuse ; je me contenterai des quelques observations parues depuis 1900, renvoyant pour les indications hi 1)1 i o-
(1) Poiital, Mémoires de la Société de. médecine, 1775. — Pgnada Jakosso, d’après Neumann, Speciel. pâlit, and /liera]). Nol hnagel, 18%.
(2) Ricord, Gazelle des hôpitaux, 1845.
(3) Deguy, Le cœur et l’aorte des syphilitiques. Thèse de Paris, 1900.
SYPHILIS GOMMEUSE DU CŒUR
graphiques antérieures à la thèse de Deguy ou à la dernière édition de mon Traité des maladies du cœur.
Quensen raconte l’observation d’une femme de quarante ans qui vint le consulter pour un amaigrissement considérable avec sensation de refroidissement généralisé, bientôt apparaissent des étourdissements avec vomissements fréquents. Elle meurt trois jours après avoir été examinée pour la première fois. L’autopsie fait découvrir des gommes nombreuses dans la paroi du ventricule gauche et dans le septum interventriculaire.
La mort est encore plus rapide dans l’observation de Rauscher, où le syndrome clinique fut celui d’un œdème aigu du poumon. Les gommes se localisaient dans le ventricule droit, assez rapprochées de l’orifice pulmonaire, et dans le septum interventriculaire.
Woltke rapporte le cas d’un malade de trente-six ans dont l’accident primitif remonte à dix ans ; il se plaint d’une dyspnée intense avec toux fréquentes et vertiges. Le pouls est à 48, la matité précordiale est augmentée, les bases pulmonaires sont le siège de nombreux râles crépitants. L’autopsie fait découvrir des gommes pulmonaires, un foie’muscade et des gommes dans la paroi ventriculaire gauche.
Le sujet de Wagner et Qwiatowski tomba malade quatre ans après son chancre. Depuis un mois, il maigrit rapidement, se plaint de bourdonnements d’oreilles, de vertiges, de toux et de palpitations. A son entrée à l’hôpital, le pouls est arythmique à 90, les bruits du cœur paraissent tumultueux et assourdis. L’auscultation fait découvrir dans le deuxième espace intercostal droit un souffle diastolique. Bientôt, le malade meurt subitement. Le diagnostic anatomique fut le suivant: Dilatation ventriculaire avec notable hypertrophie, gomme et myocardite chronique (1).
(1) Stockmann, Ueber Gumrnknolen im Herzfleisc/ie. Wiesbadcn, 1904. — Quensen, Nord med. Arkh. 1903. — Rauscher, Inaug. dissertation. Leipzig, 1902. — Woltke, Med. obosrenie , 1903. — Wagner et Qwiatowski, Virchow’s Arch. f. pathol. Anal., 1904.
OBSERVATION
Dans trois observations de Stockmann, il s’agit de malades présentant des lésions aortiques et artérielles avec gommes dans le septum interventriculaire et dans la paroi du ventricule droit. — L’observation plus récente de Tatusescu présente deux points intéressants : l’abondance et la fréquence des hémoptysies, alors qu'au poumon on n'a trouvé que des lésions d’œdème généralisé et de congestion diffuse avec extravasation sanguine dans le poumon gauche, et la localisation auriculaire droite de la gomme syphilitique. Comme nous le verrons, celte localisation est plutôt rare, et le plus souvent les gommes occupent les parois ventriculaires. 11 en était ainsi dans un cas de Schmorl, et dans un autre du même auteur, l’infiltration gommeuse siégeait au ventricule gauche, un peu au-dessous de l’origine de l’aorle (4).