QUELQUES FAITS
Donc, toutes les fois que l’on se trouve en présence d’une névralgie rebelle et continue, ne présentant aucune rémission sous l'influence du traitement, il y a lieu de penser à la névralgie anévrysmale. Si la douleur névralgique es! intercostale, cherchez au niveau de l’aorte thoracique. Si elle est brachiale, portez vos investigations du côté de l'artère sousclavière ou axillaire. Dans la plupart des cas, vos recherches seront couronnées de succès, et vous découvrirez un anévrysme siégeant soit au niveau de l’aorte, soit au niveau de la sous-clavière ou de l’axillaire.
2° Anévrysmes de l’aorte abdominale. — Dans sa lettre sur la « douleur des lombes », Morgagni parle d'un cocher âgé d'un peu plus de trente ans, ayant eu la « maladie vénérienne » et qui, à la suite d’un traumatisme abdominal, fut pris de souffrances si violentes des lombes et du dos qu'il fut forcé de garder le lit pendant huit mois entiers. On constata l'existence d’un énorme anévrysme, et le malade succomba.
Vésale et Bâillon, puis Laennec, ont observé ces phénomènes douloureux, et Beatty rapporte (1830) une observation où les douleurs étaient d’une violence extrême.
Stokes, qui a donné une très bonne description de l'anévrysme abdominal, a fait judicieusement remarquer que les douleurs sont surtout intenses lorsque la tumeur occupe un point plus élevé du vaisseau, qu'elles peuvent être parfois assez caractéristiq ues pour faire diagnostiquer la maladie. Il cite avec Graves un cas où elles diminuaient toujours par le décubitus sur le ventre et le côté droit, tandis qu’elles augmentaient beaucoup dans le décubitus dorsal et latéral gauche; il ajoute qu’elles ne doivent pas être attribuées exclusivement à l'érosion des vertèbres, cette dernière lésion étant le plus souvent indolente et silencieuse. Pour le médecin irlandais, on ne peut pas reconnaître (ce qui est exact) la destruction des corps vertébraux par des signes certains, et la constatation d’une douleur à la pression des apophyses épineuses n’est pas suffisante pour permettre d'affirmer l'existence de celle
NÉVRALGIES ANÉVRYSMALES.
complication. « Tantôt on rencontre des douleurs névralgiques épouvantables sans érosion des os; tantôt, au contraire, cette lésion existe sans les douleurs lancinantes et sans la sensation sourde et persistante décrites par Laxv ; il y a donc de fortes raisons pour croire que la résorption des os se fait sans douleur. Lorsque celle-ci existe, elle semble devoir être rapportée, d’une part à un état inflammatoire du sac, de l'autre aux effets produits par les filets nerveux avoisinants. En thèse générale, on peut dire que plus l'ouverture de l'artère est élevée, et plus il est probable (pie la maladie sera douloureuse. Les souffrances les plus fortes ont été observées lorsque l’anévrysme était entre les piliers du diaphragme, et que l’ouverture de l’aorte siégeait un peu au-dessous du tronc cœliaque. »
En un mot, les anévrysmes de l’aorte abdominale, par suite de l'énorme volume qu'ils atteignent assez souvent, déterminent des douleurs à siège variable et ayant presque toujours une grande intensité : douleurs paroxystiques ou continues, augmentant ou diminuant suivant les diverses attitudes du malade, pouvant siéger dans les régions lombaire ou lombo-dorsale, autour du corps qu’elles étreignent en ceinture avec irradiations possibles au sacrum, aux membres inférieurs, le long du sciatique, sur le trajet des uretères, du cordon spermatique et jusqu’au testicule, ce qui simule parfois des coliques néphrétiques.