PRONOSTIC DE QUELQUES SYMPTOMES CARDIAUUES
d’une importance considérable dans l’angine de poitrine. Cette fois, il ne faut pas se tromper : ou c’est la mort, brusque, sans phrases, ou simplement une maladie douloureuse, il est vrai, mais nullement redoutable.
Il y a, je le répète encore, deux sortes d’angineux : 1° ceux qui meurent souvent et guérissent quelquefois; 2° ceux qui guérissent presque toujours. Chez les premiers, la douleur précordiale suit un effort, une marche contre le vent, une course ; c’est l'angine de poitrine liée à une lésion des coronaires. Chez les seconds, la douleur n’est plus éveillée par un effort ou une course; elle est spontanée, et même rarement provoquée par la pression. 11 ne s'agit plus d’une angine de poitrine, mais d’une fausse angine de poitrine.
Tout cela vous a été clairement démontré précédemment, et c’est ainsi que vous ne confondrez plus de simples sensations douloureuses précordiales qui peuvent bien exister dans les cardiopathies valvulaires, surtout compliquées de dilatation cardiaque, et que vous saurez vous reconnaître et vous diriger dans ce dédale des précordialgies, comme je les appelle, décrites d’une façon si obscure dans une étude déjà ancienne de Nothnagel (1). Et cependant, il y aura bientôt un siècle, dès 1814, Kreysig, étudiant les sensations douloureuses qui accompagnent les maladies du cœur, ne s’y était pas trompé, et il disait déjà que les douleurs précordiales « sont souvent mal interprétées » (2).
Une recommandation essentielle consiste à ne jamais faire part au malade du diagnostic. J’ai soigné un angineux qui s’est suicidé. Un médecin de Lyon, qu’il avait consulté, avait eu le tort d’écrire le diagnostic sur l’ordonnance : sténocardie coronarienne. Le malade, atteint seulement de fausse angine, avait ouvert un dictionnaire, cherché l’étymologie du mot. J’eus beau le rassurer et chercher à le détromper. Le coup
(1) Nothnagel, Sensations douloureuses dans les affections du cœur [Zeitschr. f. klin. Mecl., Bd XIX, Heft 3).
(2) Kheysig, Die Krankheiten des Herzens, 1814.