‹ Maladies du cœurChapitre 21 sur 204 · I. — Exposé clinique · texte numérisé non relu

I. — Exposé clinique

Les manifestations de l’hystérie au cours des cardiopathies sont familières à tous, et de nombreux exemples en ont été fournis. Les manifestations épileptiques au cours de ces mêmes cardiopathies sont, par contre, moins bien connues. On sait qu’au cours des affections cardiorénales, les vertiges, certaines douleurs de tète, surtout la dyspnée, manifestations nerveuses de l'intoxication générale, sont souvent observés. Survient-il des accès d’épilepsie? On rattache ce nouvel accident à la même cause, et l'on pense avoir tout expliqué en disant ; épilepsie cardiaque.

C’est là une erreur; elle peut conduire à un pronostic erroné et à une thérapeutique fautive. Le plus souvent ces malades font de l'épilepsie, plus une cardiopathie ; on a raison de leurs accès d'épilepsie, non pas en soignant leur

EXPOSÉ CLINIQUE

cœur, mais en soignant leur névrose. Cela, je l'ai souvent dit, et j’ouvre ce chapitre pour l’affirmer encore (1).

Dernièrement, nous observions un malade qui se plaignait de vertiges. Les témoins de ces accès nous avaient rapporté qu'il perdait alors complètement connaissance et qu’il se débattait parfois avec quelques mouvements désordonnés. Chose singulière, ce malade, âgé de trente-huit ans, n’avait ces accès que depuis deux ans. Dans son enfance, pas de convulsions, et jusqu’à trente-six ans pas le moindre accident nerveux. Quelle pouvait être la cause de cette épilepsie?

L’examen complet du malade avait peut-être chance de nous éclairer. La première chose qui frappe est une cardiopathie artérielle très accentuée : arythmie rythmée, tendance à la bradycardie (52 pulsations), léger piaulement systolique à la pointe et dédoublement irrégulier, mais très net, du second temps à la base ; artères dures, pouls tendu ; dyspnée toxi-alimentaire peu accusée.

Le malade ne serait-il pas un brigbtique? Il n’y avait pas trace d'albumine ni aucun signe de néphrite. Il fallait donc écarter l’urémie convulsive. Si ce n’était pas de l’urémie, de quel mal pouvait-il s’agir?

Notre malade était un hystéro-épileptique tout simplement. Chez cet adulte de trente-huit ans, robuste, on constatait une insensibilité complète de tous les téguments à la piqûre et presque générale à la chaleur; pas de réflexe pharyngien, peu de sensibilité cornéenne.

Il y a six mois, nous observions un malade du même genre : cardiopathie artérielle des plus nette (double souffle à l'aorte, artères dures), trente-sept ans; depuis quatre ans, crises d'épilepsie fréquentes, pertes de connaissance, convulsions. En outre, il présentait, par places, des zones d’insensibilité absolue.

(1) Hucharu, Journal des praticiens, 1903.

HYSTÉRIE ET ÉPILEPSIE CARDIAQUES

Voici un autre malade de cinquante ans, atteint de cardiopathie artérielle avec dyspnée toxi-alimentaire et légère albuminurie. Depuis un an, il a des crises convulsives avec perte complète de connaissance qui surviennent tout à coup et qui cessent rapidement. 11 a eu aussi quatre de ces crises dans l'espace d'une année, et on l’a traité, naturellement sans aucun succès, pour une « urémie convulsive ». La chose n'est pas vraisemblable, ni même possible. L’urémie ne survient pas ainsi tout d'un coup, à l'état d’acte isolé; elle est toujours accompagnée d'autres symptômes qui en marquent la nature; elle ne s’accompagne pas d'une perte si complète de la connaissance et d’une disparition si rapide des accidents avec longue accalmie dans leur intervalle. Je démontre ainsi au médecin qu’il s'agit de crises d’épilepsie chez un cardiaque. On prescrit le bromure à haute dose, et depuis deux ans ces crises convulsives ont complètement disparu.

Dernier exemple, d’un caractère différent, mais à rapprocher des précédents : Un malade de trente-cinq ans, de très saine apparence, se plaint de palpitations et perd connaissance. Parfois, après les repas, il sent soudain son cœur battre violemment quelques secondes, et c’est tout, du moins pour lui ; car les personnes qui sont près de lui le voient tout à coup pâlir, tomber sans connaissance, sans mouvement, pour revenir à lui après une ou deux minutes. Pas d’antécédents nerveux. Actuellement pas de stigmates de névrose et encore moins de signes de cardiopathie. 11 s'agissait ici, chez un épileptique, d’une aura cardiaque sous forme de palpitations violentes précédant et annonçant un accès comitial.

Tels sont les faits, lis sont en contradiction, je le sais, avec quelques auteurs qui ont décrit une épilepsie cardiaque (1).

(1) Lebel, Des épilepsies par troubles de la circulation. Thèse de Paris, 1886. — Lemoine (de Lille), De l'épilepsie d'origine cardiaque et de son traitement (Revue de médecine, 1887). — Kantchschke, Epilepsie bei Fetzherz. Inaug. dissert., Wurzburg, 1890.

EXPOSÉ CLINIQUE

Mais, si des accidents épileptiformes peuvent survenir à la suite de lésions artérielles du cerveau, je suis en mesure d’affirmer que les cardiopathies valvulaires ne produisent jamais une véritable épilepsie.

Celle-ci peut cependant déterminer des accidents cardiovasculaires, parmi lesquels des palpitations, de la tachycardie, de l’angoisse précordiale ressemblant de loin à la sténocardie, de l'hypotension artérielle après de longs et fréquents accès et de l'hypertension au cours des accès, la dilatation cardiaque, la syncope mortelle, la rupture du cœur (1), celle-ci le plus ordinairement à la faveur d'un « état morbide antérieur », comme le dit Ch. Feré dans sa description de 1’ « asystolie post-épileptique », basée sur une seule observation, du reste peu concluante, puisqu’elle n’est pas appuyée sur l’examen nécroscopique. Il s’agit d'un homme de quarantesept ans, sujet à de fréquentes attaques comitiales depuis cinq ans environ, ayant eu autrefois des accès de fièvre paludéenne et soumis à la médication par le bromure, à la dose de G à 8 grammes par jour. D’après cette observation, il est probable que le malade a été atteint de dilatation aiguë du cœur avec œdème des membres inférieurs et symptômes asystoliques assez promptement réprimés par la digitaline. On n'avait jamais constaté aucun bruit de souffle au cœur; la respiration était haletante avec de l'insomnie, la face bouffie et cyanosée avec un pouls fréquent, intermittent, arythmique, souvent imperceptible. Or, il y a deux lacunes importantes dans cette observation: aucune mention de l’état du système artériel et de l’examen urinaire. Il était important d'être renseigné à ce sujet, puisque le malade avait été atteint de malaria et que le cœur atteint d’une lésion latente du myocarde devait être prédisposé à la dilatation cardiaque sous l’influence des accès convulsifs ayant pour résultat d'augmenter pendant leur cours la tension artérielle avec les résistances périphériques.

En résumé, l’épilepsie peut aggraver une lésion cardiaque

(I) Lunieh, Deux cas de rupture du cueur chez les épileptiques (Ann. médico-psych., 1865).

HYSTÉRIE ET ÉPILEPSIE CARDIAQUES

et surtout myocardique, elle ne la crée pas; les cardiopathies valvulaires ne produisent pas l'épilepsie, et seules les cardiopathies artérielles sont capables de déterminer, dans des circonstances spéciales, des accidents épileptiformes; à plus forte raison ces conclusions s'imposent pour l’hystérie.

Telles sont aussi les conclusions identiques émises parLeser qui, à l’aide d’une importante statistique recueillie dans le service de Thomayer à Prague, a voulu contrôler mes affirmations formelles à ce sujet. Je les reproduis au risque de me répéter :

1° « L’épilepsie « d'origine cardiaque » n’existe pas. Dans une catégorie de cas, la combinaison de cette névrose et d’une maladie de cœur est seulement accidentelle.

2° « Dans une autre, il s’agit, chez des sujets artérioscléreux, d’épilepsie tardive, laquelle peut être dans un rapport intime avec la lésion des vaisseaux cérébraux, mais pas du tout avec celle du cœur (1). »

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