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MORT PAR ÉMOTION

Telle est l'observation dont plusieurs points importants restent à fixer.

1° L’épanchement existait-il pendant la vie, ou ne s’était-il formé qu’au moment de la mort?

2° Était-ce là un épanchement dû à la péricardite, ou un hydropéricarde ?

3° Cet épanchement est-il par lui-même la vraie cause de la mort, ou bien faut-il incriminer une syncope d’autre origine : douloureuse ou émotive ?

Sous l’influence d’une lente agonie, on peut parfois trouver dans les plèvres ou dans le péricarde une quantité de liquide (100 et 200 gr.) qui, tout en étant pathologique, n’a pas d'importance au point de vue clinique. On peut même se demander si ce liquide n’est pas survenu au moment de la mort, ce qui est probable dans beaucoup de circonstances. Mais, quand la quantité de liquide dépasse 150 grammes, on dit qu’il y a hydropéricarde. C'était vraisemblablement le cas chez notre malade. Aucun signe, en effet, ne pouvait faire croire qu’il s'agit d’une péricardite aiguë avec épanchement séro-fibrineux. Aucune élévation de la température, aucune douleur, soit précordiale sur le trajet du phrénique, soit articulaire et dénotant un rhumatisme aigu, ne peut le faire supposer. Le liquide très clair, l’absence de tout signe de réaction du péricarde qui avait conservé son aspect lisse sans aucune adhérence de ses feuillets, le cœur nageant dans le liquide, écartent cette hypothèse. 11 s'agissait bien d’un hydropéricarde absolument latent, et en l’absence de tout autre épanchement, pleural ou abdominal. Le cœur fut trouvé petit, arrêté en systole, et les cavités droites n’étaient nullement distendues, ainsi qu’il est de règle en pareil cas.

Les lésions cardiaques rendent compréhensible la fin dramatique de la malade, et l’émotion avait sans aucun doute brusqué l’évolution naturellement fatale. Cependant, cette émotion n’est certes pas le seul facteur que l’on soit en droit de faire intervenir, et il est possible que la douleur due à la palpation, très légère à la vérité, de la région épigastrique ail

CŒUR PHYSIQUE ET CŒUR MORAL

joué aussi un certain rôle. Ne voit-on pas assez fréquemment l'association de ces deux phénomènes, douleur et émotion, provoquer des accidents syncopaux qu’un seul d’entre eux eût peut-être été impuissant à réaliser? Sans vouloir citer ici les nombreux cas de syncopes mortelles causées par un choc léger déterminant une douleur insignifiante, mais une réaction émotive intense, je rappellerai que A. Cooper a signalé, un cas de mort subite provoquée par un léger coup du revers de la main sur la région épigastrique, que Jacob Ehrner a rapporté qu’une pierre lancée sur la région abdominale entraîna ce même accident. L'impression produite par un cboc léger sur la paroi abdominale détermine sans doute un réflexe dont le point de départ est l'irritation des ganglions du plexus solaire ou des terminaisons des rameaux du grand sympathique, et le résultat, l'arrêt du cœur, comme Brown-Séquard, Claude Bernard, Tarchanoff, Goltz et Bernstein en ont donné la preuve expérimentale. L’arrêt du cœur amène l'anémie bulbaire, un défaut d’oxygénation du sang avec accumulation d'acide carbonique. Ces phénomènes excitant le bulbe, contribuent ainsi par un cercle vicieux à prolonger l’arrêt du cœur lui-même (1).

C’est sans doute par ce mécanisme que se produisit la syncope qui emporta notre malade. Pareil accident doit rendre prudent pour la palpation du foie, qu’il faut toujours pratiquer avec la plus extrême douceur.

Une autre malade entre à l'hôpital Necker, dans un tel état de faiblesse qu'elle ne peut se tenir debout sans aide. Le plus léger effort provoque une crise douloureuse précordiale avec irradiation dans le bras gauche. L’interrogatoire ne fournit aucun renseignement capable de nous éclairer sur les causes ou la nature de ces accidents. L’àge (trente-quatre ans) n’était pas en faveur de lésions artérioscléreuses.

Les battements du cœur, très rapides et très irréguliers, ne

(IL A. Cooper, Lectures on surgery, 1824. — J. Ehrner, cité par E.-F. IIoçteing, Essai sur la syncope. Thèse de Paris, 1877.

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