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MORT PAR ÉMOTION

visite du matin, il mourut sous nos yeux. A ce moment même, son voisin, dont l’état était loin d'être aussi alarmant, se pencha en avant, poussa un léger cri et s'affaissa. II était mort. L’autopsie révéla chez, lui des lésions accentuées des valvules sigmoïdes aortiques et des plaques d'athérome oblitérant partiellement l’orifice des coronaires.

Dans un autre cas, chez une malade atteinte de multiples lésions valvulaires et d'un épanchement intrapéricardique latent, l'émotion provoquée par l'examen détermina une syncope mortelle. Au moment même où l’on pratiquait l’auscultation, le cœur cessa de battre. Voici son observation :

Mme D.. . , âgée de quarante-quatre ans, entre le 7 février 1907 à l'hôpital Necker. Elle est dans un état grave : faiblesse extrême, dyspnée excessive, faciès jaunâtre, pommettes violacées, lèvres cyanosées. Un œdème rouge foncé et assez dur déforme les deux membres inférieurs. Le cœur est très rapide et les bruits difficiles à différencier. On croit entendre un souffle systolique à la pointe du cœur. Le pouls est petit, fréquent, très irrégulier. Congestion pulmonaire aux deux bases sans épanchement pleural et dyspnée très marquée. Le foie est dur et douloureux, surtout au niveau du lobe gauche, débordant de trois travers de doigt le rebord costal, sans ascite. La malade urine très peu, et dans la suite la diurèse alla en croissant rapidement, mais avec albuminurie abondante (3 gr. par litre) survenue plus tard. Tous ces graves accidents doivent être rapportés à une cardiopathie avancée, provoquée par les multiples et sévères atteintes de rhumatisme articulaire au cours de la jeunesse.

Stationnaire le jour suivant, l’état général se trouve sensiblement amélioré le surlendemain. L'œdème persiste, mais la quantité d’urine émise s’élève de 100 à 500 grammes, puis à 1 litre le troisième jour; l’albuminurie diminue (2Br,50 par litre). Le cœur, qui s'est ralenti, se contracte avec énergie, et on entend à la pointe un souffle systolique râpeux et très fort qui se propage vers l’aisselle gauche, jusque dans le

CŒUR PHYSIQUE ET CŒUR MORAL

dos. L'orifice aortique est le siège d’un double souffle, systolique et diastolique, le premier granuleux, le second plus doux. Aucun signe d'épanchement pleural ou péricardique ne peut être relevé, l’impulsion du cœur est transmise à la main avec force. La zone de matité précordiale est de dimensions normales. Le pouls, incomptable le premier jour, reste petit et irrégulier, mais notablement moins accéléré.

Dix gouttes de digitaline sont prescrites pendant cinq jours avec le régime lacté. On obtient ainsi une diurèse meilleure, et un litre d'urine est recueilli chaque jour. Au sixième jour, celle-ci ne contient plus qu'un gramme d’albumine.

Sous l’influence de la médication digitalique, l’état général s’améliora sensiblement, et la crise asystolique était conjurée; presque plus d’œdème, plus de congestion pulmonaire. La malade respire librement, l'insomnie a disparu. Les jours suivants, l'amélioration persiste, et le 23 février la malade, étant examinée comme à l’ordinaire, ne présente aucun symptôme inquiétant.

Après une première auscultation, ayant appliqué légèrement la main sur le lobe gauche du foie de la malade, j’entendis celle-ci pousser un léger cri, provoqué par la douleur. Puis je me penchai pour un nouvel examen, lorsque la malade, rejetant la tête en arrière, expira immédiatement.

L’autopsie révéla l’existence des lésions cardiaques antérieurement diagnostiquées : insuffisance et rétrécissement mitral, insuffisance et rétrécissement aortique. Mais un épanchement d'environ 400 grammes de liquide clair distendait le péricarde. Celui-ci ne présentait ni adhérences, ni dépoli, témoignages de lésions péricardiques anciennes. Les artères coronaires, dont l’ouverture n'était obstruée par aucune plaque volumineuse d’athérome, étaient complètement perméables. Quelques plaques discrètes d'athérome étaient disséminées sur l'aorte, les reins étaient congestionnés; le foie gros, dur, présentait l'aspect décrit sous le nom de foie muscade. Les poumons étaient légèrement congestionnés à la base sans infarctus.

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