III. — Indications thérapeutiques
Il faut instituer la diète des toxines alimentaires , de ces toxines dont les propriétés vaso-constrictives sont indéniables ; il faut modérer ou supprimer l'alimentation carnée dont on abuse et la remplacer par le régime lacto-végétarien. On me répond «pie, depuis longtemps, c’est la le régime alimentaire recommandé pour les arthritiques Tant mieux ; cela prouve que l’empirisme, souvent aveugle et clairvoyant parfois, a devancé les clartés de la thérapeutique physiologique, telle qu'elle découle des recherches de quelques auteurs complétées par nos observations cliniques.
Il n'y a pas de diathèse ou de prédisposition à telle ou telle maladie qui ne puisse résistera un régime judicieux et à une vie rationnelle.
Origines de i.'u.ide urique. — Cet acide joue un rôle important dans un grand nombre d'états pathologiques, dans la goutte et les troubles cardio-vasculaires que je viens de décrire. L’urine renferme surtout de l’urale acide de soude qui précipite par refroidissement, dans les urines concentrées, sous forme de sable rougeâtre ou blanchâtre dont la coloration est due a un pigment urinaire. L’acide urique chez l'homme se forme non seulement dans le foie, la rate, mais encore dans tous les tissus, et le sang doit probablement en contenir. Mais dans le sang, l’acide urique se trouve en présence d’acide nucléique et d’acide thyminique qui en empêche la précipitation. Four Ilorbaczewski, la principale source de l’acide urique excrété serait la désassimilation de la nucléine des globules blancs, de sorte qu’il est juste de dire avec Laval : L’acide urique se forme aux dépens de tout l’organisme parce que ce dernier est imprégné de leucocytes en état de migration incessante. Il y aurait parallélisme entre la leucocytose et l’excrétion urique ; elle pro\ ient du dédoublement des nucléines de l’organisme et des aliments, et c est un produit d oxyda-
CŒUR URICEMIQUE.
lion des bases xanthiques ou purines, directement ou indirectement par dédoublement des nucléo-albumines (1).
On doit distinguer les purines endogènes et exogènes. L’acide urique endogène, résultant de la destruction des nucléo-albumines ou nucléines vraies de l'organisme, est en combinaison avec l’acide thyminique. L'acide urique exogène provient des nucléo-albumines des aliments ou des purines libres et combinées de ces derniers. Les recherches modernes tendent à démontrer que la quantité d'acide urique excrétée est indépendante de la quantité d'aliments azotés ingérés.
Alimentation. — Haig et quelques autres auteurs ont publié des listes des aliments avec leur teneur en purines. Les plus riches par ordre décroissant sont : le ris de veau, le pancréas, le foie, la cervelle, la chair musculaire, les légumineuses, les asperges, les champignons, le chocolat, le café et le thé. Les œufs et le lait contiennent des paranucléines sans acide urique. Les aliments végétaux, sauf les légumineuses, sont généralement très pauvres en purines; de même le lait, le beurre et le fromage (2).
D’après Hall, voici par ordre d’importance les divers aliments d’après leur richesse en purines (pour 100) :
Aliments d'origine animale :
Ris de veau
Jambon
Bœuf (foie)
Bœuf (côtes)
Bœuf (beefsteak
Mouton
Bœuf (filet)
Lapin
Poulet
Plie
Dindon
Veau (cou)
Porc (filet)
Morue
Saumon
Tripes
Veau (filet)
Porc (cou)
(1) IFokuaczewski, Monatshefte f. Chemie, 1889. — Weintrand, Berl. kl. Woch., 1895. — Et). Laval, Sur les lirux de production de l’acide urique dans I organisme humain (Congrès de médecine interne de Na?icy, 18%).
(2) P. Fauvel, Physiologie de l'acide urique. Paris, 1907. — XV. Mali..
The purin bodies of food stufl's. 2e édit. London, 1903. — H. Laure, La diathèse urique, 1908. — A. -P. Luit (de Londres), La goutte. Trad. Ii ançaise, 1908. L.-A. Amblard, Le traitement actuel de la 1 ro u t te
( Archives de médecine, 1908).
INDIC A T IONS T 1 1 É B A PEUT1QUES
Aliments d’origine végétale :
Thé
Pommes de terre. . .
Chocolat
Oignons
Cacao
Biz
Café
Pain blanc
Haricots
0,07Gb
Tapioca
Lentilles
Choux
Farine d'avoine . . .
Choux-lleurs
Asperges... ... ..
Laitue .
Boissons :
Chocolat
Pale ale
Cale
Bière . ...
Cacao
Bordeaux
Thé de Cevlan
Volnav
Thé indien
Sherry
Thé de Chine
Porto
Porter
Une température élevée détruit la combinaison cle l'acide thvminique avec les bases puriques et met celles-ci en liberté. Aussi, la cuisson et le rôtissage augmentent-ils la quantité des purines de la viande. Le bouillon renferme I à 5 p. 100 de matières extractives où dominent les purines. Les œufs n’ont aucune influence sur l’excrétion urique ou xantho-urique.
La viande et le poisson engendrent une grande quantité d’acide urique précipitant facilement et difficile à éliminer; de même les légumineuses qui contiennent beaucoup de xanfhines.
Le vin et l’alcool ne renferment pas de purines; ils n’ont pas d’effets directs sur l’acide urique, mais ils peuvent parfois en modifier indirectement l’excrétion. L’action du cale et du chocolat semble beaucoup moins nuisible pour l’organisme que colle des purines de la viande et des légumineuses.
L’un des premiers, j’ai insisté depuis longtemps sur les principes d’hygiène alimentaire que l’on trouvera exposés dans mon volume de clinique thérapeutique (1).
(1) H. Cazalis, Hygiène et régime des arthritiques. Paris. 189t. — Pascault, Alimentation et hygiène de l'arthritique. Paris, 1505. — ,J. Lacmonieh, La question de l'arthritisme par suralimentation (Bulletin de thérapeutique, 1908).
CÆUI1 URICÉM1QUE.
1 Si
Médicaments. — On doit classer en deux groupes tous les remèdes ayant une action sur l'acide urique. Le nom de preri pilants convient à tous ceux qui en empêchent la dissolution et en diminuent l’excrétion en favorisant sa rétention dans l’organisme. Les dissolvants sont tous les agents facilitant la dissolution et l'excrétion de l’acide urique.
Parmi les précipitants , citons : le froid qui diminue I excrétion urique, l’acide phosphorique, l’acide formique, le calomel, le chlorure de calcium, le tannin, l'atropine, l’ammoniaque et la lithine. Celle-ci et ses sels sont rangés à tort parmi les dissolvants de l’acide urique. Le fait est exact dans un tube à essai, mais nullement dans l’organisme. La raison en serait que la lithine forme avec les phosphates de soude et d’ammoniaque, sels toujours présents dans l’organisme, un phosphate ( ri pie presque insoluble. « On arrive donc à celle conclusion inattendue que, lorsqu'on administre à un goutteux du bicarbonate de soude, des sets de lithine , on n'arriverait pas, si ces sels pénétraient vraiment dans le sang, à dissoudre les concrétions uraliques, mais au contraire on entraverait leur dissolution (1). » L'acide urique est un précipitant de l'acide urique (Haig). De même, les sels alcalins de sodium et de potassium semblent être, eux aussi, des précipitants.
Parmi les dissolvants , nous trouvons : l'acide salicylique qui forme avec l'acide urique de l’acide salicylurique soluble seulement en milieu acide ou 1res faiblement alcalin, d'où le conseil de ne jamais donner en même temps les salicylates et des alcalins. D’après Pierre Lauvel, le salicylale de soude n’augmente pas la production de l’acide urique et des xanthouriqucs, il en modifie seulement l’excrétion. A la dose de I à 2 grammes, il diminue l’excrétion urique ; à partir de d grammes, il l’augmente en faisant ainsi éliminer une partie de l’acide urique normalement contenu dans les tissus.
L acide thyminique, tonne dans l’organisme en même temps que I acide urique lors de la désintégration des nucléines, est
(1) Desfosses, lievue générale des sciences , 11)07.
INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
le dissolvant normal physiologique de l'acide urique. Son emploi parait tout indiqué pour l'éliminer de l'organisme; et de fait l'acide thyminique augmente considérablement l'excrétion urique chez le goutteux. Une bonne formule consiste à prescrire tous les matins, avec un verre d'eau d’Évian ou de Vittel (Grande Source), un cachet contenant 0,1b centigrammes d’acide thyminique et 0,30 à 0,50 centigrammes de théobromine, cette formule renfermant à la fois les deux médicaments, dissolvant et éliminateur de l'acide urique.
L’aspirine, la lysidine, le sidonal (quinate de pipérazine augmenteraient considérablement l'excrétion urique, tandis que la pipérazine, l urotropine n'auraient qu'une action bien faible (1).
Signalons, en terminant, les bons effets des cures de citron, de fraises et de raisin qui transforment dans l'économie des acides organiques en carbonates alcalins diminuant l’acidité humorale.
Le traitement hydromi itérai est liés simple, et parmi les eaux à recommander il faut citer en première ligne Évian, Vittel, puis Contrexéville et Martigny, enfin la source de la Iteine de Bourbon-Lanc) qui, d'après Piatot, augmente 1res notablement l'excrétion de l'acide urique. Selon P. Fauvcl, les eaux de Vichy n’auraient aucun effet sur cette excrétion, ce qui me semble exagéré. Enfin, Royat, Saint-Nectaire cl Brides en Savoie peuvent être encore conseillés.
Aux uricémiques, il faut prescrire l'exercice physique qui augmente l’excrétion de l'acide urique. « Ce n'est pas sans cause, dit Ilaig, que les gens qui travaillent beaucoup physiquement sont rarement goutteux. » Ainsi s’explique l'observation de Cullen qui avait déjà remarqué la rareté des affections goutteuses chez les ouvriers et chez tous ceux qui se livrent constamment à un travail physique, capable de favo-
(I) \Y. Hall, The purin bodios of fond stulfs. London,
CŒUR URICÉM1QUE.
riser toujours l'excrétion urk|ue. Telle n est pas cependant l'opinion d’autres auteurs qui, s'appuyant sur plusieurs expériences, pensent (pie cette influence esl très inconstante. Ils arrivent même à affirmer que l'exercice habituel 1res développé jusqu’à la fatigue, tout en déterminant une augmentation d urée, n'amène aucune modification dans l'excrétion de l’acide urique (1). Comme on le voit, les avis sont partages. Mais l'observation démontre que les conclusions de Ilaig sont plus conformes à la vérité.
La médication hypotensive , dont nous parlerons bientôt, doit être ici toujours appliquée, et par la seule alimentation, c'est là déjà une médication préventive. Vous remarquerez que les végétariens sont moins sensi files à l’action du froid, moins exposés aux maladies a frigore , aux bronchites, même aux pneumonies.
La médication hypotensive est importante et par elle on renonce à la thérapeutique des lésions, toujours tardive et décevante, tandis que celle des troubles fonctionnels, visant le système artériel, est réellement préventive. Par les artères, on devient cardiaque ; on ne devient pas artériel par le cœur. C’est là un fait qui domine la pathologie du système circulatoire et dont s’inspire la thérapeutique physiologique. Si la goutte est aux artères ce que le rhumatisme est au cœur, si le goutteux devient cardiaque, c’est parce qu’il est presque toujours uricémique, par droit de conquête (alimentation) ou par droit de naissance (hérédité). Le système artériel est le régulateur et le soutien du cœur. Veillons à nos artères pour épargner le cœur et pour alléger, pour faciliter le travail du grand ouvrier de la vie.
( H lù). Laval, De l'influence des exercices physiques sur l’excrétion de l'acide urique (Revue de médecine, 1896).
CŒUR, STATIONS HYDROMINÉRALES ET CLIMAT
I. Le traitement hydrominéral est-il curatif? — Sept causes d'erreurs. Itétrécissement mitral, caractérisé par la rapide et la grande variabilité des signes stéthoscopiques, souvent en l'absence de tout traitement. Souilles extracardiaques. Pseudo-myocardites : thrombose «les veines mésaraïques. Fausses angines de poitrine. Intermittences, palpitations, arythmie. Dilatation du cœur et complaisances de la radiographie. Limites de la curabilité des affections valvulaires d’origine rhumatismale. Guérisons organiques et guérisons fonctionnelles: guérisons apparentes et guérisons réelles. Importance de la médication adjuvante.
il. Conditions du traitement hydrominéral. — Indications et contreindications générales; cardiopathies fonctionnelles, cardiopathies artérielles, cardiopathies rhumatismales. Une seule station hydrominérale ne peut convenir à tous les cardiaques.)
III. Stations hydrominérales. — 1° Bourbon-Lancy : Endocardites rhumatismales surtout récentes, principalement chez les enfants ; propriétés sédatives et. radio-actives des eaux, utilisées dans les cardiopathies fonctionnelles (pseudo-hypertrophie cardiaque de croissance et éréthisme cardiaque, tachycardie paroxystique, goitre exophtalmique, pseudo-angine de poitrine). Propriétés radio-actives ; 2° Royal : Cardiopathies en imminence d’hyposystolie et de dilatation cardiaque. Bains earbo-gazeux et leur action thérapeutique. Station des goutteux et uricémiqucs, des arthritiques, des neurasthéniques, des surmenés, des cardiaques en hypotension, etc. ; 3° Évian : Cardiopathies artérielles; leur action sur la diurèse, l'élimination urinaire des chlorures. Médication diurétique» anti-uricémique, vasodilatatrice; 4° Vittel , pour les cardiopathies artérielles des goutteux et des lithiasiques; Brides et Salins île Mou tiers, pour l'adipose, etc. ; Bagnoles de l’Orne et Luxeuil, pour les maladies des veines.