I. — Le traitement hydrominéral est-il curatif
On rencontre encore des médecins qui semblent triompher en annonçant, avec la diminution d’intensité ou la disparition d’un souffle valvulaire après une cure hydrominérale, la guérison d’une affection du cœur.
Ces médecins peuvent se tromper sept fois :
1° Il s’agit de souffles extracardiaques.
2° On ne guérit pas une affection valvulaire passée à la chronicité, véritable « cicatrice d’une blessure ».
3° Si l'on arrive à réellement atténuer un souffle orga-
LE TRAITEMENT HYDROMINÉRAL EST-IL CURATIE ? 159
nique , on ne dit pas au prix de <|iiol affaiblissement du myocarde.
4° Si uu bruit morbide s’atténue ou disparaît, il ne faut pas oublier que cette atténuation et cette disparition sont souvent dans les allures de la maladie.
.le ne citerai à ce sujet aucun auteur contemporain, parce qu'il convient de toujours rester dans les limites d’une discussion bienveillante. Mais voici ce qu'on peut lire dans un mémoire de Dulraisse de Chassaigne en 1851 et dans bien d’autres travaux de ce genre : « Après deux ou trois saisons à telle station hydrominérale, tout bruit de souffle a disparu, et il n’existe plus de rétrécissement mitral ». Si l'auteur de cette extraordinaire affirmation avait mieux connu sa pathologie cardiaque, il eût triomphé moins vite. Car, parmi toutes les affections valvulaires, le rétrécissement mitral est caractérisé essentiellement par la rapide et grande variabilité des signes stéthoscopiques. La sténose mitrale qu'on dit « pure », sans insuffisance, est très riche en bruits morbides : claquement d'ouverture de la valvule, dureté du premier bruit, souffle diastolique pour quelquesuns, roulement présystolique avec de grandes variétés à la pointe, dédoublement du second bruit à la base. Tout cela peut se trouver réuni chez un malade, quand un jour sans intervention thérapeutique, d'une façon spontanée ou sous l’influence du simple repos et de conditions particulières, il ne reste plus qu’un signe, le dernier : le dédoublement du second bruit, lequel peut s’atténuer au point même de passer inaperçu pour une oreille peu attentive. Alors, ce <1 ne l'on prend pour une victoire thérapeutique n’est autre chose qu’une accalmie trompeuse et fréquente dans les allures habituelles de la maladie.
5° On annonce maintenant tous les jours, par les eaux minérales comme par tout autre moyen thérapeutique, la « guérison » des myocardites, et je réponds qu on a eu affaire à des pseudo-myocardites.
160 CŒUR, STATIONS HYDROMINÉRALES ET CLIMAT
Il y a près de vingt ans, à la Société médicale des hôpitaux,j'ai appelé l'attention sur « l’abus de la myocardite » (1 ). Un malade a des intermittences cardiaques, des faux pas du cœur, de 1 arythmie, de la tachycardie, et comme on ne constate aucun souffle aux orifices, on croit faire un diagnostic d’exclusion en disant : c est une myocardite. Et alors la maladie guérit parce qu’elle doit guérir, parce qu’il s'agit de troubles fonctionnels, liés soit à un état gastrique ou gastro-intestinal méconnu, soit a une perturbation profonde survenue dans la tension artérielle. A ce dernier point de vue, voici un exemple :
Dans les bulletins de la Société anatomique de 1878, on lit l’observation d’un cirrhotiquequi, vers la fin de la vie, présenta tout à coup des symptômes graves de l’appareil circulatoire : affaiblissement considérable de l'impulsion cardiaque contrastant parfois avec des battements faibles, tumultueux, inégaux et pulsations avortées; pouls petit et misérable. Mon collègue ltigal prononce le mot de myocardite. A l’autopsie, lias de myocardite, aucune lésion du muscle, des valvules ou de l’endocarde; mais thrombose presque complète des veines mésaraïques.
A ce moment, on ne connaissait pas suffisamment l'importance de la tension artérielle dans les maladies, on ne pouvait même pas faire d’autre diagnostic, et c'est pour cela que j’en parle. Mais aujourd’hui nous comprenons mieux la filiation physiologique des accidents. Une thrombose des veines mésaraïques, une thrombose de la veine porte équivalent à une hémorragie considérable et permanente, puisque, par ce fait, une grande masse sanguine se trouve immobilisée, d’où abaissement considérable de la tension vasculaire, d’où accidents cardiaques consécutifs qui peuvent aussi prendre naissance dans la toxémie hépatique des derniers jours.
Voilà sans doute un exemple d'incurabilité d’une pseudomyocardite. Il y a d'autres fausses maladies du myocarde, celles-ci curables lorsqu’on s’adresse non au cœur, mais au
(1) II. Huchard, Société médicale des hôpitaux, 1890.