I. — Tendons aberrants diagnostiqués pendantlavie
En 1893, à la Société médicale des hôpitaux, j’ai présenté les pièces anatomiques d'un malade chez lequel j’ai pu faire le diagnostic d’un tendon aberrant du cœur. En voici l’observa t ion résumée :
Un homme de quarante-neuf ans arrive le 13 décembre 1892 à l’hôpital Bichat. Il est en proie à une dyspnée intense due a l'urémie symptomatique d’une néphrite interstitielle arrivée à sa dernière période. 11 y a de l’albumine en quantité notable dans les urines (pii sont rares (à peine 200 grammes par
(1) Bouillaud, Traité des maladies du cœur, 2e édition, 1841.
TENDONS ABERRANTS DU CŒUR
jour), de l’œdème assez considérable des membres inférieurs, des signes de congestion œdémateuse des deux poumons; le foie est volumineux, douloureux à la pression; la pointe du cœur bat dans le sixième espace intercostal, un peu en dehors du mamelon; les matités cardiaque et aortique sont considérablement augmentées, les artères sous-clavières surélevées et les artères du cou animées de battements anormaux. Bref, nous trouvons réunis chez ce malade tous les symptômes d’une néphrite interstitielle avec hypertrophie considérable du cœur et dilatation de l’aorte, et pour ne plus avoir à y revenir, l’autopsie a confirmé d’une façon absolue et complète les termes de ce diagnostic.
L’auscultation du cœur nous réservait quelques surprises. D'abord, j'ai constaté l’existence d’un bruit léger de galop présystolique avec souffle systolique d’insuffisance mitrale. A droite de ce souffle, au-dessus et surtout audessous de l’appendice xiphoïde, on entendait un autre bruit particulier, également systolique, mais absolument distinct par le siège et surtout par le timbre du souffle systolique de l’insuffisance mitrale, sorte de piaulement, de ronflement, de bruit de guimbarde , se propageant vers la droite et en haut sur le trajet de l'aorte et s’entendant à distance. Dans ces mêmes points, la main appliquée percevait une sorte de tlirill, de frémissement vibratoire d’une très forte intensité.
Le diagnostic de sclérose cardio-rénale avec insuffisance mitrale était des plus évident ; mais il n’en était pas de même du bruit et du frémissement perçus au niveau de l’appendice xiphoïde. Ace sujet, un certain nombre d'hypothèses devaient être discutées.
S’agissait-il d’un anévrysme valvulaire ou pariétal du cœur? Je ne pouvais pas m'arrêter à ce diagnostic qui n’a pu, du reste, jamais être établi d’une façon précise. Sans doute, dans une observation ancienne, Lépine avait constaté à l’autopsie l’existence d'un anévrysme valvulaire ouvert à sa partie supérieure sur un malade qui avait présenté pendant la vie