‹ Maladies du cœurChapitre 98 sur 204 · V. — Traitement · texte numérisé non relu

V. — Traitement

Pendant l'accès, les malades recherchent l’immobilité,

(I) Le Dentu, Médecine moderne , 1891. — H. Huciiard, Soc. méd. îles hop., 1891, et Journal des praticiens, 1889 et. 1890. — Faisans, Soc. méd. des hôp., 1891. — J. Trcmpp, Miinch. med. Wneh., 1897. — Talamon, Soc. méd. des lulp., 1891. — Buckland, Soc. méd. de Londres, 1892. — Trechsel, Revue méd. de la Suisse romande, 1893.— M aixner (de Prague), La tachycardie paroxystique essentielle (Sbornik klinicky,l 902f.

TACHYCARDIE PAROXYSTIQUE. TRAITEMENT.

le repos, le décubitus dorsal de, préférence au décubitus latéral droit ou gauche qui exaspère les accidents; ils redoutent d’instinct les émotions, Jes mouvements un peu brusques. J’ai vu un malade chez lequel le pouls s'élevait de 130 à 220 pulsations lorsqu’il passait rapidement de la position horizontale à la station verticale, et chez un autre de vingt-six ans le pouls marquait 80 dans le décubitus dorsal et 250 dans la station assise. Il s’agit ici de tachycardie orthostatique dont j’ai parle.

Il est inutile d'ajouter que pendant la période paroxystique ou dans les stades intercalaires il faut proscrire le thé, le café, le tabac, les aliments excitants.

D'après Bouveret, la digitale n’exerce aucune action modératrice sur cette tachycardie, et cela prouverait que le médicament n’a pas une action très accusée sur le nerf vague. Pour ma part, j’ai obtenu parfois de bons effets, même assez rapides, avec la digitale, et Desplats (de Lille) a publié une observation ou ce médicament a été efficace. Dès qu'une crise tachycardique apparaît, je prescris X gouttes de la solution de digitaline cristallisée au millième, et je les renouvelle suivant l’indication quatre à cinq fois dans la même journée pendant un seul jour. Si la digitale, dans un cas cité par Farguharson, a été suivie de phénomènes alarmants, c’est parce que cette médication a été continuée pendant vingt-cinq jours, ce qui est excessif (1).

A titre de médicament vasculaire et vaso-constricteur, le sulfate de quinine à la dose de I .sr,50 m’a donné parfois de bons résultats. L’association, dans la même formule, de la quinine et de la digitale — deux « antagonistes réciproques », comme dit Stokvis, produit de bons effets, puisque ces deux substances ont une action opposée sur le myocarde. C'est ainsi que dans un cachet, on peut associer utilement la poudre de digitale (0,05 centigrammes) au sulfate de quinine (0,10 centigrammes), quatre h cinq fois par jour

(1) Fahguhahson, Soc. tned. de Londres, 187b.

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pendant quatre à cinq jours (l). Je recommande encore la digitaline à doses très faibles et continues (un dixième de milligramme chaque jour pendant une ou deux semaines), comme nous l'avons établi pour la maladie de Stokes-Adams. Cetle pratique a été encore utilisée après nous par Henrijean (2).

Comme la tension artérielle est très abaissée, on pourrait, a l’exemple de Chauffard, avoir recours aux injections de sérum artificiel. Dès 18X7, L. Rosenbuch avait recommandé l'emploi d'injections sous-cutanées de sel de cuisine (20 à 30 grammes d'une solution de chlorure sodique à 6 p. 100, puis quotidiennement 5 h 10 grammes) contre la faiblesse cardiaque. La même année, Prégaldino vantait les bons elfets de ces injections pour relever la tension artérielle des anémies aiguës (3). Les résultats thérapeutiques sont douteux.

Pour modérer la tachycardie, le traitement qui jusqu’ici aurait donné les meilleurs résultats est celui que Czermak en 1838 et Quincke en 1875 ont imaginé : il consiste dans la compression île la région cervicale exercée vers le trajet des carotides el surtout vers celui de la carotide gauche. Cette compression, pratiquée à la hauteur du cartilage thyroïde pour éviter la compression du vaisseau, agit en excitant mécaniquement le tronc du nerf vague; elle serait assez promptement suivie du ralentissement des battements du cœur.

Voici encore un autre moyen, qui, indiqué par Nothnagel, a été employé avec succès par Bouveret : Le malade peut arrêter un accès ou en retarder l'explosion, lorsqu’il suspend ses mouvements en inspiration profonde. « Une grande inspiration exerce des tiraillements sur les filets pulmonaires du pneumogastrique. Il en résulte une forte excitation

(1) H. Huchard et Fiessinger, La thérapeutique en vingt médicaments: la digitale {.tournai des praticiens, n0< 41 et 42, octobre 1909).

(2) Huchard et Fiessinger, La digitale dans le pouls lent permanent ( Clinique thérapeutique du praticien, 2,: édition, 1908). — Henrijean. La digitale administrée à doses continues [Acad, de méd. de Belgique, 1908).

(3) Chauffard, Bull, méd., 1890. — L. Rosenbuch, Berl. /clin. Woch., 1887. — Prégaldino, Acad, de méd. de Belgique, 1887.

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de ces filets nerveux, et il est probable <|ue cette excitation, transmise au bulbe rachidien, y réveille l’action défaillante des centres modérateurs. »

Je donne l’explication pour ce qu'elle vaut. Mais, puisque le traitement a pour but de « réveiller 1 action détaillante des centres modérateurs », je me demande pourquoi on n a pas cherché à agir directement sur ces centres nerveux, plutôt que d’une façon indirecte et par le mécanisme des actes réflexes. On agirait plus directement et plus près du centre bulbaire en appliquant des pointes de feu au niveau de la nuque ou encore des courants électriques à ce niveau.

J'ai insisté sur les bons effets des pulvérisations de chlorure de méthyle ou d'éther sur le trajet de la colonne vertébrale dans l’irritation spinale et la chorée, pulvérisations que j’ai utilisées dans le traitement des névroses bulbaires, de la tachycardie essentielle, et même dans celui du goitre exophtalmique. C’est ainsi que j’ai réussi à calmer les accès de tachycardie si fréquents et si douloureux dans cette affection, quoique l’application du froid et du sac de Chapmann rempli de glace sur le trajet du rachis ait été recommandée autrefois par Ilodgkinson pour accélérer le pouls (1). Chez un jeune homme de vingt-huit ans, atteint d'insuffisance mitrale, et qui souffrait d’accès fréquents de tachycardie paroxystique depuis trois mois (190 à 230 pulsations par minute), accès qui s’exagéraient au moment des digestions lentes et difficiles, Thomas Oliver aurait obtenu la guérison par l’emploi de pulvérisations d'éther sur la nuque et de courants interrompus sur le trajet dés pneumogastriques.

On a eu recours à la galvanisation des nerfs vagues , courants de 2 à A milliampères (pôle positif à la nuque, pôle négatif entre le sterno-mastoïdien et le cartilage thyroïde). On galvanise chaque pneumogastrique pendant quatre à cinq minutes, deux ou trois fois par jour.

L’ hydrothérapie, sous la forme que j’ai indiquée dans

(I) H. Huchari), Soc. de thérapeutique, 1896. — Hodukinson* Tlièsede Paris, 1864.

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l’observation de tachycardie à accès continus, a produit de bons résultats. C'est donc une pratique à recommander.

En raison de l’origine thyroïdienne probable de la tachycardie paroxystique, j’ai prescrit deux fois l’application d'un sac de glace à ta partie antérieure du cou , et les pulsations sont tombées assez rapidement de 150 à 1)0. Dans la tuberculose pulmonaire, la tachycardie a des origines diverses, mais parfois elle prend le caractère paroxystique, et elle peut être attribuée aux lésions de la glande thyroïde, dont la fréquence a été démontrée par Roger et Garnier, et le moyen que je viens d’indiquer m’a dernièrement donné de bons résultats contre la tachycardie paroxystique d'un tuberculeux. Sur la région précordiale, l’application de la glace produit les effets suivants bien étudiés en 1887 par Bozzolo(de Turin): élévation delà pression vasculaire après trente minutes, diminution du nombre des pulsations avec augmentation de l’impulsion cardiaque. Les applications précordiales chaudes, plus sédatives, sont cependant préférables dans beaucoup de cas (1).

Le thymus est en état d’antagonisme fonctionnel avec la glande thyroïde, et dans toutes les tachycardies paroxystiques d’origine thyroïdienne, je me demande si l’organothérapie thymique ne serait pas alors indiquée, d’autant plus qu’elle a donné quelques succès contre le goitre exophtalmique.

Dans le traitement de la neurasthénie, pour relever les forces et élever la tension artérielle, j’ai parlé autrefois de l'utilité d’ « injections addisoniennes », c’est-à-dire d’injections d'extrait de glandes surrénales (2). On ne connaissait pas alors l' adrénaline. Le mieux est d’employer celle-ci en solution au millième par la voie gastrique (X à XXX gouttes).

.le m’inspire des mêmes idées en proposant l’emploi de la poudre totale de X hypophyse de bœuf à la dose de deux ou

(1) Roger et Garnier, Archives de médecine , 1000. — Bozzolo, Gnzzetla dette clinica, 1887. — Heermann, Deutsch. ined. Woch., 1000.

(2) H. Huchard, Les injections addisoniennes ( Journal des praticiens, 1802). — La médication addisonienne dans la neurasthénie (, Journal des praticiens, 180G).

Huchard. — Consultations médicales, t. IL

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trois cachets à 0e', 10 par jour. Sans doute, 1 extrait du lobe postérieur est celui qui agit surtout sur le système circulatoire, mais il y a intérêt à employer la poudre totale parce que le lobe antérieur possède apparemment d’autres propriétés encore peu connues. On sait que l’hypophyse excite la diurèse, élève la tension artérielle, diminue le nombre des pulsations en augmentant leur force et leur amplitude. Son emploi, associé ou non à l’adrénaline, semble donc indiqué dans cette maladie qui pourrait bien être due à une insuffisance surrénale el hypophysaire.

Jusqu’à ce jour, le traitement hydrominéral de la tachycardie paroxystique était presque nul. On le croyait, et cependant il résulte de mes observations et de celles de mon ancien interne Piatot, que les eaux de Bourbon- Lancy , ces eaux remarquables dont un rapport très ancien de l’Académie des sciences de Paris, en HH7, disait « qu'elles sont meilleures et plus utiles pour la santé qu’aucune des eaux minérales de France », ont une action très efficace sur cette névrose cardiaque. Sur vingt-huit cas traités à cette station par Piatot, quatre fois la guérison définitive a été obtenue, et treize fois une grande amélioration a suivi le traitement hydrominéral (1). Depuis cette époque, je puis ajouter un grand nombre de tachycardies paroxystiques guéries ou très améliorées par celle médication.

Comment expliquer ces faits? Plusieurs facteurs doivent être invoqués : le climat et les eaux qui ont une action sédative se manifestant favorablement sur l’éréthisme cardiaque, sur le goitre exophtalmique, sur l’angine de poitrine névrosique; ensuite, les propriétés radio-actives très puissantes de ces eaux démontrées par les recherches récentes de Curie et Lahorde, propriétés radio-actives exerçant une sédation tout

(1) A. Piatot, Traitement des maladies du cœur, de la goutte et du rhumatisme à Bourbon-Lancy. Mâcon, 1905. Quelques considérations sur les propriétés radio-actives des eaux minérales. Mâcon, mars 1905.— Huchard et Piatot, Traitement hydrominéral des tachycardies (Congrès de physiothérapie de Rome, 1907).

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à fait spéciale sur le système nerveux et l’appareil circulatoire. Or, les eaux hyperthermales de Bourbon-Lancy à 49° et 58°, peu minéralisées (lg,',80 par litre), alcalines mixtes, contenant des traces d’iode, de fluor, de lithine, de manganèse, sont très radio-actives ; elles émettent en abondance des gaz composés surtout d’azote, de traces d’oxygène et d’acide carbonique et des gaz rares (argon, hélium, néon) dans la proportion de 3,04 p. 100. La source du Lymbe débite annuellement plus de 10000 litres d’hélium; c’est la plus riche en hélium de toutes celles qui ont été étudiées à ce point de vue; suivant le mot du professeur Moureu, collaborateur du regretté Curie, elle est une véritable « mine d’hélium ».

Dans certains cas, on a démontré le rôle pathogénique de la dilatation et de la ptose stomacale ou intestinale, démontré par l’arrêt des accès dù à la compression de l'épigastre exercée à l’aide de la main ou du décubitus abdominal, et surtout d'une forte ceinture abdominale. On a pensé qu’alors la tachycardie est déterminée par la gastroptose exerçant des tiraillements sur les nerfs pneumogastriques dont l’action inhibitrice sur le cœur serait ainsi entravée (1).

Voilà bien ces médications; mais là où existe l’incertitude de la pathogénie règne l’incertitude du traitement. La richesse n'est qu’apparente; elle cache une pauvreté thérapeutique.

(1) G. Reynaud, Tachycardie symptomatique paroxystique et gastroentéroptose (Revue de médecine, 1908).— Weinstein, New York medical Journal, 1907.

GOITRE EXOPHTALMIQUE. — TRAITEMENT.

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