TUMEURS SOLIDES
Au point de vue de leur origine, on en distingue deux variétés : les unes sont de nature épitbéliale : papillomes, cornes, épithéliomas ; les autres de nature conjonctive : lipomes, fibromes, sarcomes, chondromes, ostéomes.
A. Tumeurs de nature épithéliale. — P Papillomes, cornes.
— On rencontre assez fréquemment, au niveau du cuir chevelu, de petits papillomes, qui, sans cesse irrités par l'action du peigne, peuvent saigner, s'enflammer ou devenir douloureux. Le mieux, lorsque ces petites tumeurs sont gênantes, est d'en amener la destruction soit parla méthode des cautérisations (thermocautère, attouchements à l'acide chromique en solution aqueuse à 1 p. 1), soit par le bistouri.
Les cornes ne sont qu'une variété de papillomes cornés. Elles sont fréquentes au niveau du crâne et le plus souvent uniques. Elles sont de formes variables (étalées, coniques, spiroïdes (fig. 65) et ressemblent plus ou moins aux cornes des animaux (corne de bélier, bois de cerf): elles sont tantôt lisses, tantôt rugueuses, cannelées, striées : elles atteignent parfois des dimensions énormes et deviennent alors gênantes et disgracieuses. Reboul a pratiqué l'ablation d'une corne de 11 centimètres de longueur.
On les voit se développer habituellement sur des Fig. 65. — Corne du points irrités du cuir chevelu, dans les endroits front (LeberL). contusionnés, enflammés, sur les cicatrices, au niveau des papillomes ou des kystes sébacés ; la malpropreté n'est certainement pas étrangère à leur développement. L'évolution des cornes est toujours lente; parfois elles se détachent
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spontanément, mais elles ne lardent pas à se reproduire. Aussi le mieux est-il d'en conseiller toujours l'ablation, qu'il sera facile de l'aire, sans anesthésie locale, en circonscrivant la base delà corne par deux incisions courbes, en passant à quelques millimètres en dehors de la tumeur, de façon à enlever toutes les papilles malades. Le derme sera extirpé dans toute son épaisseur. On terminera en suturant les téguments.
•2° Épithélioinas (1). — Il existe au niveau du cuir chevelu deux variétés d'épithéliomas : l'épithélioma diffus et répithélioina sébacé circonscrit, décrit encore sous le nom d'adénome sébacé; cette dernière variété est beaucoup moins fréquente que la première.
a. L'épithélioma vulf^-aire, qu'on rencontre au niveau du cuir chevelu, se présente sous forme de cancroïde ; c'est donc, au point de vue histologique, un épilhélioma pavimenteux. Puginier l'a étudié dans sa thèse intitulée : Contribution à Vétade des épithéliomas épicraniens et de leur propagation à la voûte du crâne (Montpellier, 1897).
ÉTIOLOGIE. — On l'observe surtout à l'âge adulte (de quarante à soixante ans) : mais, bien entendu, comme pour toutes les tumeurs malignes, on peut le rencontrer à tout âge, chez des vieillards et même chez de très jeunes enfants, puisque Chipault l'a vu chez des enfants de quatre et sept ans.
Toutes les causes locales d'irritation ont été invoquées pour expliquer son apparition ; il est un fait certain, c'est qu'il se greffe souvent secondairement sur de petits papillomes, sur des cicatrices, sur des kystes sébacés ou sur des cornes au niveau de leur base d'implantation.
L'épithélioma du cuir chevelu n'est pas très rare; d'après la statistique de Bergmann, il représenterait 5,3.S p. 100 de la totalité des épithéliomes et, d'après Heinecke, 6, "28 p. 100.
Il peut occuper toutes les régions du crâne et, dans sa marche envahissante, il n'est pas rare de le voir se propager en profondeur au squelette (Forgue en a rapporté deux cas dans la thèse de Puginier) etaux parties molles intracraniennes ; en surface aux parties voisines, c'est-à-dire au cou, à l'oreille, à la face.
SYMPTOMES. — Le cancroïde du cuir chevelu évolue à la façon des cancroïdes en général. Il se développe insidieusement, sans réaction, au niveau d'une cicatrice, d'un papillome, d'une corne, etc. Bientôt il traduit son existence par une petite ulcération, d'abord peu profonde, aux bords surélevés et éversés ; l'ulcération repose
(1) IcoNOMOFF, Epithélioma du cuir chevelu, Thèse de Bordeaux, )902-lG03, 16.
sur une base indurée qui s'étend à une certaine distance en deliors de l'ulcération, et à ce moment elle est mobile sur les plans sousjacenls. Le fond de l'ulcération présente un aspect variable suivant les cas : tantôt il estrecouvert de végétations, debourgeonsexubérants [forme végétante (fig. ()G-67 r, tantôt, el plus souvent, il est plat, uni,
recouvert de petits bourgeons, rouges et grisâtres, souvent saignants [forme ulcéreuse (fig.68-69) !.
Àu voisinage de l'ulcération néoplasique, les tissus sont rétractés, comme attirés par l'ulcère, puis, peu à peu, envahis. Cet envahissement a lieu parfois d'une façon très lente, l'épithélioma pouvant rester stationnaire pendant de longues années. L'envahissement se fait soit en surface, soit en profondeur. En surface, il peut recouvrir des portions étendues du cuirchevelu, comme dans un cas de Vaulrain, où
il s'étendait d'une apophyse mastoïde à l'autre; il peut se propager au loin vers les parties voisines, la face, le cou. Il se présente alors sous l'aspect d'une large perte de substance suintante, ichoreuse et fétide. En profondeur, le néoplasme envahit l'aponévrose épicranienne, puis le périoste et l'os; à ce moment, il a perdu sa mobilité du début sur les plans sous-jacents. Il peut même perforer le squelette et se propager aux méninges et à l'encéphale. Brice en a rapporté dans sa thèse, en 1895, une douzaine d'observations. En pareil cas, il n'est pas rare de voir la turneur animée de battements propagés de la dure-mère et d'assister à l'éclosion d'accidents nerveux liésà l'envahissement ou à la compression de l'encéphale. L'envahissement ganglionnaire est fréquent, surtout lorsque la tumeur est arrivée à une période avancée de son évolution.
Pendant une longue période, l'état général est conservé excellent;
Fis. 66.
Épithélioma du cuir chevelu (forme vésétanle).