HISTOIRE DU TRÉPAN
jacent fait avant Fapplicalion de la couronne du trépan est conseillé également depuis longtemps. La nécessité des trépanations multiples a été admise aussi par les anciens chirurgiens; on en cite des cas célèbres, tel celui du comte Philippe de Nassau (1664), qui subit vingt-sept trépanations consécutives, et c'est seulement à la dernière que l'épanchement soupçonné fut découvert ; tel encore le cas de Méhée de La Touche (1675), qui trépana cinquante-deux fois le même patient.
Enfin les tentatives faites pour obtenir l'obturation des pertes de substance crânienne après la trépanation sont de date bien ancienne, puisque, dès le xvi^ siècle, Magatus conseillait la fermeture des brèches crâniennes à laide d'une lame d'or ou de plomb percée de trous. Ambroise Paré jugeait sévèrement de pareilles tentatives ; il accusait les chirurgiens de mettre « tôt après en leur bourse la pièce d'or», et il ajoutait : « La nature ne peut souffrir un petit poil enfermé en une plaie ou autre petit corps étranger, ce qui est prouvé par Gallien au IV^ livre de sa méthode. » Job a Meckren cite déjà une tentative de greffe osseuse empruntée à un animal ; la pièce osseuse avait été prise sur un chien et transplantée chez un sujet dont on voulait fermer la perforation crânienne ; la guérison avait été parfaitement obtenue, mais : « Notre gentilhomme, dans l'excès de sa joie, raconta de quelle manière il avait obtenu sa guérison, et bientôt les foudres de l'Église furent lancées contre lui. II fallut, pour rentrer dans la communauté des fidèles, qu'il se fît retrancher l'immonde dépouille du chien, quoique solidement consolidée, et qu'il se soumit à un traitement plus conforme au caractère de chrétien. »
En ce qui concerne les indications du trépan, elles étaient déjà formulées d'une façon assez complète aux siècles passés. Hippocrale conseillait, dans les traumatismes crâniens, de débrider la plaie des parties molles pour se rendre compte de l'état du périoste et de l'os saus-jacent : et, si on découvrait une fissure osseuse, il fallait en déterminer la profondeur en raclant l'os jusqu'à la table interne, si la chose était nécessaire.
Hippocrate recommandait la ponction des ventricules dans l'hydrocéphalie. De même Héliodore, qui précisait d'une façon plus nette encore les indications opératoires.
A. Paré conseillait la trépanation pour donner issue <> aux humeurs retenues entre le crâne et la dure-mère » et étendait l'opération à la nécrose des os du crâne.
De Marchettis et Marc-Aurèle Séverin (vers 1650) préconisaient la trépanation dans le traitement de l'épilepsie traumatique, de l'hydrocéphalie, de la mélancolie, de la céphalée; de La Motte (1730), dans l'ouverture des foyers apoplectiques.
Quesnay (1743) proposait les incisions exploratrices du cerveau ; Corvinus (1747), Thiebault (1792), l'incision et l'excision des encépha-
locèles. Desault,au siècle dernier, parlait de rextirpation destumeurs malignes des circonvolutions.
La trépanation a joui d une fortune variable suivant les époques etsuivant lespays. Sans remonterjusqu'à la plus haute antiquité, nous la trouvons très en faveur au xni" siècle, que Terrier et Péraire ont appelé le siècle du trépan. Elle était encore en honneur au xvni'' siècle, malgré ses insuccès très fréquents. Mais, au commencement du xix° siècle, sa faveur déclina : Dupuytren, Malgaigne, Nélaton. etc., la combattaient, et, si Ton en croit Léon Lefort, elle n'aurait été faite que quatre fois en France de 1857 à 1867. La trépanation était tombée dans le même discrédit en Angleterre et en Allemagne. Les choses durèrent ainsi jusqu'à l'avènement de l'antisepsie et jusqu'à la découverte des localisations cérébrales par Paul Broca. A partir de ce moment, ledomainede la chirurgie crânienne s'est considérablement étendu. Dans ces trente dernières années, à la suite des travaux de Bergmann en Allemagne, de Mac Ewen et de Horsley en Angleterre, de Allen Starret de Keen en Amérique, de Lucas Championnière, de F. Terrier, de Lannelongue en France, les publications scientifiques concernant la chirurgie du crâne se sont multipliées. Je dois une mention toute spéciale aux importants travaux de Duplay, Duret, Chipault, Doyen, A. Broca, Gérard Marchant, Nimier, Marion, Wagner, Kocher, Krônlein, Borchardt, Frazier, Hartley, Fedor Krause, Ch. Ballance, Cushing, etc., qu'il m'a été particulièrement utile de consulter pour exposer dans les chapitres suivants l'état actuel de la chirurgie crânienne.