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COUTUMES DE CHIRURGIE CRANIENNE

morceau de verre ou une dent de requin. Puis, le crâne ouvert, le chirurgien ne craignait pas de s'attaquera la substance cérébrale; la partie du cerveau malade était enlevée et remplacée par de la cervelle d"un porc fraîchement tué. Enfin, àPaide d'une plaque de noix de coco habillement taillée, placée entre la peau et le cerveau, il obturait l'orifice de trépanation pour empêcher la hernie cérébrale.

En Amérique, la trépanation était jadis très répandue chez les Peaux-Rouges, auMexique, dans l'Amérique centrale, au Pérou. Dans son histoire delà médecine au Mexique, le D'' Flores rapporte que, avant le xvi" siècle, les médecins indiens employaient la suture dans les fractures du crâne; ils appliquaient ensuite le jus d'une plante qui, en faisant adhérer les lèvres de la blessure, la soustrayait à l'action de l'air. Aujourd'hui aucune coutume de chirurgie crânienne ne semble avoir persisté chez les peuplades sauvages qu'on y rencontre encore en grand nombre (Capitan).

Eu Europe, nous retrouvons les mêmes pratiques de chirurgie crânienne. Albucasis, qui exerçait aux environs de Cordoue, à l'époque arabe, jugeait que « la cautérisation de la tête estutile quand l'humide ou le froid sont en excès dans le cerveau, ce qui est la cause de la céphalalgie,... afin queles vapeurs du cerveau s'exhalent en ce point ». Le même auteur conseillait la cautérisation dans le traitement de la mélancolie et de l'épilepsie. On devait raser le crâne du malade et cautériser sur le milieu de la tête, sur l'occiput et sur les bosses frontales. Dans plusieurs autres auteurs, on rencontre les mêmes préceptes exposés.

Ils ont été suivis jusqu'à une époque très rapprochée de nous, puisque, en France, aux xvi% xvii% xvui° siècles et même au début du xix% on employait la cautérisation contre les maladies des yeux, des oreilles, les délires frénétiques, les fièvres ataxiques, les hydrophobies aiguës, la manie, l'épilepsie, la céphalée.

Ces préceptes nous avaient étécertainement transmis de l'antiquité et il semble qu'il y ait une relation à établir entre les cautérisations faites en forme de croix sur le sommet de la tête et les marques sincipitales observées sur certains crânes de la période néolithique.

La trépanation semble avoir été également très en honneur dans certaines contrées de l'Europe. Dans le pays de Cornoiiailles, en Angleterre, elle était devenue au milieu du siècle dernier une véritable coutume, sous l'influence des idées de Pott (1750), qui vantait la grande efficacité du trépan. Elle était appliquée surtout chez des ouvriers mineurs, victimes de traumatismes crâniens. On peut eu juger par le passage suivant emprunté au D'' Redson :/< Un chirurgien vivant encore aujourd'hui nous a déclaré que, pendant son apprentissage, il voyait rarement se passer une semaine sans une ou deux trépanations. Il se rappelle en avoir vu trois le même jour. Après l'opération, le patient gagnait son domicile. J'ai su depuis qu'un

chirurgien aujourd'hui défunt, de Redruth, possédait dans sa colleo^ tion soixante-quatre spécimens d'os trépanés, chacun dans sa petite boîte avec le nom et la date de l'opération. Un autre chirurgien se rappelle avoir vu quarante à cinquante de ces petites boîtes, dans la salle d'opération de son père, remplies pour la plupart pendant son apprentissage. Sans grand'peine, on pourrait trouver en tout temps dans le voisinage immédiat de Redruth ou de Camborne une vingtaine d'individus dont le crâne a été trépané. Je puis ajouter qu'un grand nombre de ces opérés guérissent. »

La trépanation était également très répandue au milieu du siècle dernier Monténégro, où il existait des Irépaneurs comme il y a des rebouteurs dans notre pays. Le Boulogne écrit : « Alors que la chirurgie est, au Monténégro, à l'état tout à fait rudimentaire, on y trouve la manie de la trépanation et la ferme confiance dans son efficacité. On l'emploie généralement contre toutes les douleurs consécutives à des contusions violentes du crâne, dont l'origine remonte quelquefois à plusieurs années. L'idée fixe du malade et du chirurgien, c'est que, dans ces circonstances, il y a eu fracture de la boîte osseuse, suivie d'un épanchement sanguin entre l'os et le cerveau et qu'il est non seulement utile, mais absolument indispensable de donner issue à ce sang épanché en pratiquant la trépanation. »

III. HISTOIRE DU TRÉPAN. - J'ai signalé, au cours de l'étude qui précède, les instruments bizarres utilisés parfois pour la trépanation. Cependant il y a déjà bien des siècles que les chirurgiens ont eu recours à des trépans rappelant plus ou moins le trépan actuel, puisque Hippocrate (400 ans av. J.-C.) décrivait déjà deux trépans : le trépan à tarière et le trépan à couronne avec pyramide. Mais le trépan à couronne, qui nQus intéresse particulièrement ici, puisqu'il a été conservé jusqu'à nos jours, fut pendant longtemps oublié ; il était ignoré de Gallien (130 ans av. J.-C.) ; et c'est seulement au xv" et au xvi" siècle que nous le retrouvons. Au xvi° siècle, A. Paré et Andréa a Cruce (Venise), décrivaient un arsenal très complet de la trépanation. Les trépans ou tarières de modèles multiples étaient munis d'un chaperon pour les empêcher de s'enfoncer : ils étaient manœuvrés à l'aide de manches, comme le trépan actuel. C'est Bérenger(de Carpi) qui le premier appliqua l'emploi du vilebrequin au trépan. Le trépan tel que l'avaient compris les anciens chirurgiens nous a été transmis sans subir des modifications bien profondes.

Mais la question instrumentale n'avait pas seule préoccupé les esprits; on s'était efforcé aussi de préciser les règles de la technique opératoire. Déjà, à l'époque d'Hippocrate, on évitait de trépaner au niveau des sutures pour ne pas blesser les sinus veineux et dans la région de la méningée moyenne pour ne pas ouvrir le tronc ou les branches de cette artère. Le décollement du périoste de l'os sous-

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