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Maladies du cœur et des vaisseaux [electronic resource]

En 1870 — il y aura bientôt vingt ans, — j'appelai pour la première fois, avec mon maître M. Desnos dont j'étais alors interne, l'attention sur la myocardite dans la variole'. Ce travail qui devint aussitôt le point de départ de 'recherches semblables pour la fièvre typhoïde, la diphtérie, l'érysipèlc, les fièvres pernicieuses et la puerpéralité, inaugura l'histoire des manifestations myocardiques dans les maladies infectieuses.

A la même époque, M. liayein, après avoir établi les rapports existant entre la mort subite et les altérations vasculaires du cœur dans la fièvre typhoïde, écrivait son étude sur les mijosites symplomatiques^ et nous faisait l'honneur de reproduire notre description cHnique de la myocardite. Comme lui — et tout en attribuant au processus inflammatoire une importance prépondérante, — nous avions admis l'existence a d'endartérites qui, par l'épaississe- « ment de la membrane interne des petites artères et " aussi par l'accurnQlation des globules sanguins et de bou- « chons fibrineux, peuvent, ou rétrécir considérablement la

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« lumière des vaisseaux ou robliiérer tout à fait. Ces « thromboses multiples — ajoutions-nous — donnent lieu à « des infarctus liémorrhagiques, et dans tous les cas, l'is- (( cliémie musculaire qui résulte durétrécissement artériel, doit « singulièrement hâter la dégénérescence graisseuse. Celle- « ci reconnaîtrait donc deux causes dans la myocardite : « l'inflammation et le défaut d'irrigation sanguine par l'ohli- « tération des petites artères ».

Ces lignes, on les dirait écrites d'hier. Elles ont nettement posé et résolu cette question de Vischémie et des dégénérescences du myocarde consécutives à l'endartérite coronaire des fièvres, question dont la confirmation se retrouve encore dans mon travail sur les (( causes de la mort dans la variole ^ » .

Ces recherches fécondes, interrompues de 18T2 à 1877 pendant la période silencieuse et stérile des concours, furent de nouveau reprises, et voici ce qu'à cette dernière date", je disais encore :

« Dans un muscle, dans le myocarde enflammé, il faut « considérer deux choses : d'une part, l'inflammation du « muscle avec tous ses caractères de gonflement, de prou lifération, de multiplication des éléments ; d'autre part, (( l'inflammation des artérioles du muscle, et consécutivece ment le rétrécissement de leur calibre, l'obhtération de « leur lumière favorisant d'une façon plus rapide encore (( l'anémie de l'organe, sa dénutrition et la dégénération de « ses fibres, ainsi que des produits inflammatoires. »

De la sorte, se trouvait? confirmée à nouveau cette question de la coronarite aiguë dans les fièvres (variole, fièvre typhoïde, etc.). . , 1 , ' f

Si je fais ces citations et si je précise les dates, c est moins pour défendre un patrimoine scientifique incontesté, que pour indiquer l'idée dominante et inspiratrice de travaux

. Etude sur les causes de lu mort dans la caria le (Archives de médecine, avril, mai iiiin 1871. el Uièsc inaugurale, Pans, 18/2).

^ Elude critique sur la valkoyénie d, la ,no./ su/.7. da,. la f.nr n,plnude. hrduclions lhéra,,euli'iurs (Union médicale. IX/-).

CO.NSlUÉRATlOiNS GlîlNÉIULES SUll LES CAUUlUrATIllES AllTÉlUELLES m

poursuivis sans relâche et vers le môme but depuis près de vingt années.

Bientôt, apparaît une seconde phase de ces études : Ce que j'avais admis pour les affections aiguës du myocarde, je devais le chercher pour ses afî'ections chroniques, et c'est ainsi que j'arrivai à la conception des cardiopathies ARTÉRIELLES, do CCS « maladies qui ont le cœur pour siège et les artères pour origine » , et dont un de mes élèves ébauchait, en 1886, l'histoire cKnique^

Trois ans auparavant, en 1883, une autopsie d'angine de poitrine qui m'avait permis de constater l'existence deToblitération d'une des artères coronaires me fit abandonner la théorie nerveuse de ce syndrome, que j'avais défendue à deux reprises différentes en 1879 et en 1882" dans le Trailé des névroses ^ et accepter l'ancienne théorie de Parry, de Jenner et de Hunter, laquelle plaçait le siège et la cause de la sténocardie dans la lésion des artères cardiaques. Depuis, les preuves anatomiques se sont encore accumulées, et aujourd'hui la théorie artérielle de l'angor pectoris est définitivement fondée.

En médecine, les études purement spéculatives sont insuffisantes. La théorie artérielle de l'angor pectoris avait trouvé sa preuve anatomique ; il lui fallait la sanction thérapeutique. Or, le raisonnement m'avait dicté cette conclusion : à ?naladie artérielle on doit opposer une médication artérielle, d'où cette notion de la curabilité de 1' angine de poitrine vraie que je poursuivais depuis 1879, que j'avais admise en 1883' et que j'ai démontrée en 1885 et en 1887 par des observations plus concluantes et plus nombreuses \

' Quelques considéralions SU)' les curdiopalhies aiiériellcs, par Uécis SaljaLicr (Jhese inaugurale. Paris, 1886}.

- Angine de poilrine cardiaque cl pulmonaire, parali/sic consécutive du nerf pneumo-rjaslrique. Remarques sur les synerqies morbides du nerf pneumo-qasuique (Société mcdico-pratiquc. Paris, 1879). - Traild des névroses, 2" é'uil.. par Axenlekl et llucliard (1 vol. in-8" de 119.J p., Paris, 1883). Des angines de poilrine (Revue de médecine, 1883),

Nature et traitement cur,Hif de l'aur/inc de po«7j-me i-rw/c (Congrès de (ire-

IV CIIAl'lTlïK l'UÉLLMJ.NAlIŒ

Encore lallait-il se prémunir contre les illusions thérapeutiques, en évitant d'enregistrer des succès dont on aurait pu, à bon droit, contester la valeur ou la réalité. Il fallait établir une distinction précise dans le groupe vague et confus des angines de poitrine, en indiquant les signes diagnostiques entre l'angine de poitrine vraie d'origine artérielle, qui se termine presque constamment par la mort, et les fausses angines, le plus souvent d'origine nerveuse, et qui guérissent toujours <( malgré la médecine et les médecins )j. Car, lorsque le système nerveux — ce fou du logis — , et lorsque l'hystérie, « cette grande simulatrice des affections organiques », — viennent mêler leurs notes discordantes dans le concert symptomatique d'une maladie, il en résulte une fausse apparence de gravité, et les pseudo-angines névrosiques sont de celles dont on peut dire : beaucoup de bruit pour rien {much ado about nothing ') .

L'histoire du syndrome angineux s'était donc complétée à un triple point de vue : l'anatomie pathologique en avait démontré la lésion ; la thérapeutique avait été dirigée dans le sens de son siège artériel ; la clinique, en séparant définitivement l'angine vraie des angines fausses, avait créé deux groupes nosologiques absolument distincts.

La conception des cardiopathies artérieUes, dont la sténocardie est l'un des types les plus importants, s'est aussi affirmée par l'anatomie pathologique , par la thérapeutique, par la clinique, par l'étiologie et la pathogénie.

L3S recherches aiialomiques - laites avec l'assistance de mon interne, M. Weber, dont la thèse inaugurale sur <( l'étude

noble pour Pavancem.ut des sciences, 10 aoùl, IS8o). - ^^f!''/^''!^^^^ IraHcmenl de Vanç,ine de poitrine vraie (Socielé médicale des hôpitaux, -o ma..

"'^l::^>^!^de poitrine (Itevue de médecine, 1883). -

thérapeutique de l'lUpilal Bichal (.Iou,-nai de mcdcc.ne el «le ch.. ... g.e p. al.que. - 188k 1886 cl 1887). . „ ,u,.nco d„ muocardc cou-

Contribution à l'élude anatomo-pathologiguc do '« -^oc n • ■

scculive à la sclérose de^ coronaires, pa.- Ilucl.a.-d et Wobo. (Soc. met. !

CONSIDÉRATIONS GKNIÎIULES SUR LES CARDIOPATIIIKS ARTÉRIELLES v

anatomo-pathologique de l'artério-sclérosc du cœur » fait époque dans riiistoirc des cardiopathies, nous ont permis d'établir plusieurs variétés de scléroses cardiaques dont la plus importante, la sclérose dystrophique d'Hippolyte Martin, est consécutive à l'endartérite coronaire. Cette dernière, en ce qui concerne la pathogénie et Tanatomie pathologique, reste bien distincte de la myocardite scléreusc décrite par MM. Debove et Letulle, Juhel-Renoy et Rigal.

Au point de vue thérapeutique, un fait capital ressort de ces études poursuivies toujours dans la môme voie et suivant la même méthode : La nature artérielle de ces cardiopathies étant reconnue, la médication devait consister, moins dans l'emploi des toniques du cœur dont on abusait, que dans la prescription des médicaments artériels ; elle devait viser les artères pour atteindre plus sûrement le cœur dont la nutrition était devenue insuffisante par la lésion de ses vaisseaux nourriciers. C'est ainsi que la curabilité , des angines vraies a eu pour corollaire la curabilité des cardiopathies ARTÉRIELLES \

La clinique, en établissant le diagnostic précoce et la symptomatologie de l'artério-sclérose dès" ses premières périodes, venait au secours de la thérapeutique. Car, si les cardiopathies artérielles et si l'angine vraie sont curables, elles ne le sont qu'à une seule condition : c'est que les lésions artérielles ne soient pas trop avancées, et qu'à la période vasculaire de l'artério-sclérose, n'ait pas déjà succédé la période viscérale avec ses lésions indélébiles et irrémédiables. La médication iodurée peut bien modifier les parois artérielles et arrêter le processus scléreux dans son évolution progressive, elle peut guérir des anévrismes ; mais elle est incapable de dissoudre des plaques ossiformes d'athérôme, ou encore de régénérer des fibres musculaires à jamais dis-

taux 24 juin 1887). — Coronanie primilive avec atrophies parlielles du cœur [LonlribuUon à l'élude de l'artério-nclérose ducœur\ (Société médicale des hôpitaux, 10 février 1888.)

* Les cardiopathies artérielles et leur curabililé (Congrès do Nancv pour l'avancement des sciences, 18 noùl 1886).

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