‹ Maladies du larynx, du nez, et des oreilles (volume 2)Chapitre 106 sur 282 · Rhinite atropbique fétide (ozéne). — Le terme · texte numérisé non relu

Rhinite atropbique fétide (ozéne). — Le terme

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ozhne (de oCiiv (sentir), a d'abord servi a désig'ner un symptôme commun à plusieurs affections des fosses nasales. Ce sjmptôme, c'est la mauvaise odeur qu'exhalent par le nez certains individus. Aussi dans cette acception, y avait-il des ozènes de causes diverses : un corps étrang'cr, une sinusite, la syphilis, la tuberculose, les tumeurs des fosses nasales pouvaient se révéler par de Tozène.

Actuellement^ le mot ozène a une sig'nification plus restreinte et plus précise. L'ozène est devenu une entité anatonioclinique, dont les lésions histolog'iques, les symptômes et révolution sont toujours les mêmes.

Cette affection est caractérisée : clinique ment y par la fétidité de l'expiration nasale, par sa ténacité et sa long-ue durée ; anatomxqueme^xiy par Tatrophie des cornets et par un symptôme négatif non moins important, l'absence d'ulcérations muqueuses, de nécroses osseuses ; haclénologiqueoxent^ par la présence d'un microorg'nnisme, dont la connaissance est due surtout aux recherches de Lœwenbcrg-. C'est une maladie toute spéciale.

L'affection qui présente ces caractères mérite seule le nom. d'ozène ; on l'appelle encore rhinite atrophique fétide et jjtinaisie.

Êtiologie. — Elle a été élucidée depuis les découvertes bactériolog-iques.

i* Causes phédisposàntes. — L'ozëne apparaît de préférence chez les sujets jeunes, de 20 & 25 ans (Cozzolino) ; plus rarement il débute dans l'enfance où à Và^o adulte. Presque tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître sa plusg-rande fréquence chez la femme que chez l'homme, dans la proporlion de 3 & i. L'hérédité paraît exercer une certaine influence sur le développement de l'ozène, car on voit quelquefois, dans une même famille, plusieurs enfants atteints. Rosenfeld cite le cas d'une mère et de ses neuf enfants. La syphilis ne peut pas créer l'ozène d'emblée, sans qu'il y ait prcalablemcntdcs lésions nasales spécifiques. D'autre port, les lésions syphilitiques, secondaires, tertiaires et héréditaires des fosses navales sont bien distinctes de l'ozène vrai, mais elles prédisposent les fosses nasales a contracter l'ozène vrai. L'ozène qui

survient dans ces conditions n*est pas un ozène de nature syphilitique, mais un ozène « post-sypbilitique » (Ruault). Souvent aussi Tozéne est fonction de scrofulose. La rhinite purulente des enfants et la rhinite hypertrophique précèdent quelquefois. Parfois Tozène survient après une roug'eole, une variole. Ici encore, il faut admettre qu*il ne s'afjii'it pas d'un ozène de nature rubéoiique ou variolique, mais que les lésions nasales de la rouf^ipeole et de la variole ont favorisé l'éclosion de Tozène. Certains cas viennent compliquer des végétations adénoïdes ou des sinusites.

L'ozène est-il contagieux ? On pourrait répondre non si on ne tenait compte que des expériences d'inoculations pratiquées sur les animaux, mais la pratique journalière nous montre assez .««ouvent des faits de transmission entre mère et enfants, frères et sœurs, domestiques et enfants, à ce point qu'il y a lieu d'admettre cette contagion et d'empêcher, dans la mesure du possible, le contact de Tozéneux avec les personnes de son entourage.

2o Causes déterminantes. — Avant les travaux deLœwenberg et d'autres bactériologistes, la cause immédiate de l'ozène avait été diversement comprise.

Vieussens, Rouge, Michel font dépendre l'ozène d'une maladie des cavités annexées aux fosses nasales : sinusites cthmoïdales, frontales, sphénoïdales, maxillaires.

Pour Bcrlincr, Tozène se développe quand le cornet moyen, en s'appliquant contre la cloison, empêche les sécrétions des régions supérieures des fosses nasales de s'écouler librement.

La théorie de Zaufal est an^ogue ; pour ce dernier, c'est la largeur exagérée des fosses nasales, disposition primitive préexistant a Tozène^qui, en facilitant la sortie de la colonne d'air, empêche Texpulsion du mucus.

Analogue encore Topinion de Guy Patin, Boyer, Percy, Laurent : raplatissement des os propres du nez (autrement dit le nez camard assez fréquent chez les ozéneux) entretient la rétention du mucus nasal, et favorise sa décomposition putride.

A toutes ces hypothèses, on peut faire une même objection : la cause qu'elles assignent à l'ozène n'est pas constante.

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L'insuffisance des théories précédentes a fait chercher par d'autres auteurs la cause de Tozène dans des modifications histolog^iques des épithéliuins glandulaires, ou de Tépithélium de revêtement de la muqueuse pituitaire.

Volkmann ayant observé que Tépithélium normal est transformé chez les ozéneux en épithélium pavimenteux, on en conclut que la fétidité de Fozène était due à cette transformation, et on ne manqua pas de comparer l'ozène aux sueurs fétides des pieds et des aisselles, régions dans lesquelles Tépithélium normal se change en épithélium pavimenteux.

Krause et Habermann trouvèrent dans l'épithélium glandulaire des granulations graisseuses en grand nombre ; on en conclut que leur décomposition produisait la fétidité de l'ozène.

Ces théories histochimiques de l'ozène, qui ont remplacé les théories anatomiques précédemment citées, ont le défaut d'expliquer seulement un des symptômes de l'ozène, la fétidité ; de plus, elles prennent un effet, une conséquence de l'ozène pour sa cause ; aussi ont-elles cédé le pas à la théorie microhienne. Parmi les dernières théories proposées, mentionnons celle de Tissier qui voit dans l'ozène le résultat d'une ostéite localisée et celle de Cozzolino qui le considère comme une dystrophie d'origine scrofuleuse. Lautmann y voit une trophonévrose compliquée de rhinite chronique.

3* Bactériologie de l'ozène. — a. Microbe de Lœwenberg * — De tous les microbes qu'on a trouvés dans les sécrétions nasales des ozéneux, celui qu'a décrit Lœwenberg dès 4884 est le plus constant, et paraît jouer le principal, sinon l'unique rôle pathogène. Il présente les caractères morphologiques et biologiques suivants. C'est un coccus un peu allongé, ayant dans son plus grand diamètre de i /ui à i fx 5, souvent associé en diplocoque, quelquefois en chaînes. 11 est encapsulé. Les couleurs d'aniline le colorent parfaitement, surtout la fuchsine et le violet de gentiane, mais il ne se co^ lorepasparla méthode de Gram. Dan&\c bouillon pcptonisé, il forme lentement au fond un petit dépôt, composé, souvent de grumeaux et de filaments, au-dessus duquel le liquide parait clair. Sur plaques de gélatine, il forme à la Ca«tex. — Mal. du Larynx. 3» édit. 2î)

surface des colonies ovoïdes ou piriformesd'un blanc plus ou moins loiieux, et duns l'épaisseur delà gélatine de petites colonies rondes jaunâtres. Sur gélose, ainsi que sur le sérum, humain ou animal, le microbe forme une couche unie d'un blanc sale tirant sur le gris. Il est semblable au pneumocoque deFricdlacnder, mais celui-ci seul prospère dans le lait et le rend acide. Il ne résiste pas & une tempéraiuro de 60°. La lumière qui est nuisible aux autres microbes semble exaller «> virulence (Goizolino) (fig. IGl et 162).

de Ici

■laie et coloré iclil (fuchsine pliéni(|ute). Oa remarque de lillons du coccobncille caractérislique entoures

ts restées bloncbes (Loiwenberg).

Lœwcnbcrg n'a pu reproduire l'odeur curnclénstiquc de l'ozène avec les cultures, même avec celles fuites sur du mucus nasal sicrilisé. Toutefois les cultures sur de la viande (Lœwenbcrf:^ et Marono) CNhalcnt une mauvaise odeur se rapprochant de celle de l'ozène. De ces faits négatifs, on no peut lircr aucune conclusion, car * si l'on passe en revue les maladies qui s'8ci:om[)agncnt de la production d'une odeur particulière et de la présence d'un microbe spécial, on constate qu'aucune des cultures du microurganismc propre à

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chacune de i:es ufTcctitins ne donne l'oileiir crûèe par wlles-cî, si ce n'est celui de la bronclliU^ putride n (Liewenberç;). Les inoculalions aux animaux u'ont pas davantage donnù de résultats posïtiTs. L'alFrclion n'exisli? pas du reste en pnlhog^nic vétérinaire. Malgré ces lacunes dans la démonslralion de son rôle palhofi^ne, le inicrolie décrit par Lœwcnberjf est gênérnlemcnt considi^ré comme le microbe de l'ozéne. Il a été trouvé d'une Façon constante chez les ozéneux, non sunloment par l'auteur précédent, mais par bien d'autres, nolommcnt

edu

e Ribbcrt (UihII* addili I les capsules soDl leÎDl

it colore avec lo solution aaè d'acide acélique). Les microbes a; celles-ci furmeot un hulo coloré . affectent autour des diplo-kncilles la CuruiE d'un biacuil. La prcpnralioa ne coalient pas de globules sanguins (D'après les préparnlions du D' Lœwenberiç, Le microbe de l'oiiiif, I8!I4).

par Marnno. Il fuul le chercher non à In surface des croilteK, mais sur leur face profonde, dans les Filaments qui se produisent par leur arrachement. Il est bien admis qu'il s'agit d'un microbe spécial, qui no doit pas être confondu avec lo pneumohacillc encapsulé de Fricdlnendcr et autres bactéries analogues.

b. Autres microbes trouvés dans Vozène. — Ils n*ont pas rimportance du précédent.

Hajek a décrit un bacille court (Bacillus fœtidus ozenœ) qu*il considère comme la cause de l'odeur sut generis de Tozène, et G. Gradenigo incrimine un bacille petit, mince, SB cultivant facilement sur les divers milieux, difficilement colorablç, ne résistant ni au g'ramni au g'ram-weig'ert.

A sigpnaler encore le bacille pseudo-diphtérique de Belfanti et Délia Vedova, le bacillus mucosis d*Abel. Cozzolino a vu un pjocyanique qui explique la couleur verdâtre des croûtes.

Pathogénie. — Malg'ré les découvertes bactériologiques, la pathogénie de l'ozène n'est pas encore complètement élucidée.

Néanmpins on peut, à notre sens, la comprendre de la façon suivante. Dans l'ozène, il y a deux éléments essentiels à considérer : un élément anatomique, qui est l'atrophie de la muqueuse et la résorption du tissu osseux, et un élément clinique, qui est la fétidité. C'est la réunion, de ces deux éléments qui caractérise Tozène, et que la patbogénie doit expliquer. Il faut admettre que l'ozène est une rhinite spéciale dans laquelle le processus inflammatoire dû à des microorganismes peut passer, mais ne passe pas forcément, par un premier stade hypertrophique. Puis, tandis que les rhinites banales ou bien en restent là, ou bien aboutissent à la transformation myxomateuse, l'ozène, au contraire, aboutit à l'atrophie de la muqueuse, et cette sclérose atrophique du chorion muqueux et du tissu érectile amène, par un processus ischémique, la résorption du tissu osseux et l'atrophie des cornets caractéristiques de l'ozène. La fétidité de l'haleine, que Zaufal et Gottstein expliquaient par le dessèchement et la putréfaction des mucosités nasales, est le résultat d'une fermentation microbienne ; mais est-ce un même microbe qui produit l'inflammation et la fétidité ? Son action est-elle intraglandulaire, ou bien n'attaque-t-il les sécrétions nasales qu'à la surface de la muqueuse ? Il est probable que son action est intraglandulairc.

Pour Cozzolino (dcNaples), il s'agit d'une dystrophie d'origine scrofuleuse ; d'autres ont parlé de trophonévrose.

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GrQnwald (de Munich) souticut que l'ozëne est toujours coDsécutir& UD foyer de suppuration localisée qu'on trouve le plus souvent dans un des sinus annexes.

Ferez (de Buenos-Ayres) qui a décrit an bacille spécial (coccobacîllus fcetidus) a signalé une corrélation entre certaines iafecttoDs nasales du chien et l'ozëne chez l'homme. Mais SCS observations n'ont pas été contrAlées en Europe.

Anatomle pathologique. — La caractéristique anatomique de l'ozéne, c'est l'état atrophique de la muqueuse nasale, et dans les cas plus avancés, du squelette osseux des cornets (fif(. 163). Ainsi que nous l'avons déjà dil, les ulcérations de

Fig. 163. — Rhinite atrophique (paroi exierne).

a, cornet inrérieur ; A, ToMette île Rosenmalkr ; c. Trompe d'Eustachoj

d, mètX moyen.

la muqueuseel les nécroses osseuses manquent toujours dans Toxénc vrai non compliqué, et ce caractère négatif a une fi^rande importance.

Les lésions histologiques, étudiées par Krausc, Gottstcin, Chatellier, Volkmann, Zuckerkandl, sont les suivantes : transformation de l'épithélium vibratile en éplthélium plat pavimenteux h une seule couche ; infiltration de la couche sa us-épi thé liale par des cellules rondes ; raréfaction et même disparition par places des g'Iandes, avec dégénérescence graisseuse de leur épîthélium. Quant aux os des cornets, ils

peuvent ne pas présenter d'altérations histolog'iques ; toute* fois, certains examens ont révélé de Tostéite.

Symptdnies. — 1* Symptômes fonctionnels. — Les deux principaux sont la. fétidité de V haleine et les modifications des sécrétions nasales.

Vhaleine a une odeur fétide, sui generis, douceâtre et nauséeuse, se rapprochant de celle de la punaise écrasée (d'où le nom depunaisie). Ces caractères particuliers permettent à un rhinologiste un peu exercé de la distinguer de la mauvaise odeur qui accompagne les lésions ulcéreuses des fosses nasales et les suppurations fétides des sinus. L'intensité de ce symptôme est en général d'autant plus marquée qu'il y a une plus grande quantité de croûtes accumulées dans les fosses nasales.

Toutefois la relation n'est pas absolue, et au moment où les malades, par un lavage soigneux, viennent de débarrasser complètement leur nez des croûtes qui y séjournaient, la mauvaise odeur, bien qu'atténuée, n'en persiste pas moins.

Chez un même individu, cette mauvaise odeur peut varier suivant certaines circonstances : ainsi elle est plus forte le matin que dans la journée, et chez les femmes elle s'accentue au moment de leurs règles.

Au début de leur affection, les malades sentent eux-mêmes la mauvaise odeur qu'ils répandent ; mais petit à petit l'anosmie survient et ils ne perçoivent plus cette odeur. Mais ils ne s'aperçoivent que trop, par la répulsion qu'ils inspirent, que leur punaisie ne fait qu'augmenter. La perte de Todorat nuit, dans une certaine mesure, à l'exercice de la gustation.

Les sécrétions nasales dans l'ozène sont peu variables. Au début, elles sont visqueuses, puis bientôt deviennent muco* purulentes ; mais elles ne sont pas abondantes, sauf chez cer« tains individus à tempérament lymphatique. Jusqu'alors elles ne présentent de caractéristique que leur odeur, qui, faible d'abord, va en augmentant peu à peu.

Enfin, dans les cas plus avancés, les caractères des sécré* tiens sont absolument particuliers à l'ozène. De temps en temps, tous les deux ou trois jours, le malade expulse avec peine des croûtes sèches, jaunâtres ou vcrdâtres, qui repro-

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dulsent la forme des cavités où elles se sont formées. Ces croûtes présentent une odeur infecte, qui adhère aux mouchoirs des malades, et Lœwenberg a cite Tobscrvation d'une jeune fille, dont les blanchisseuses refusaient les mouchoirs» et qui se voyait dans Tobligatton de les brûler.

Cescroûtes, qui s'accumulent etse dessèchentdansloncz, pro* duisent de l'obstruction nasale avec toutes ses conséquences: irritation du pharynx et du larynx, céphalalgie frontale, etc.

2o Signes physiques. — L'aspect extérieur du nez est variable chez les ozéneux ; il en est chez qui rien ne révèle Tinfirmité dont ils sont atteints: d'autres présentent la déformation dite : nezcamard, nez en selle, en trompette; d'autres enfin ont le nez petit, comme atrophié.

La rhinoscopie antérieure, sans toilette préalable du nez, montre les fosses nasales pleines do muco-pus ou de croûtes sèches verdàtrcset jaunAtres, qui empêchent de voir l'état des cornets ou de la muqueuse. Mais si l'on a soin de débarrasser les fosses nasales des sécrétions qui les obstruent, l'aspect devient caractéristique.

L'observateur est immédiatement frappé parla diminution du volume des cornets, qui fait paraître les fosses nasales plus larges qu'elles no le sont normalement. C'est surtout le cornet inférieur qui parait petit; il est diminué à la fois dans $es dimensions horizontales et verticales. Le cornet moyen est moins atrophié que le cornet inférieur. Celte atrophie des cornets est en général d'autant plus prononcée que l'affection est plus ancienne; très rarement, elle est localisée à un seul côté.

La petitesse des cornets permet d'apercevoir la cloison des fosses nasales dans presque toute son étendue. 11 est môme des ozéneux chez lesquels on aperçoit la paroi antérieure des sinus sphénoTdaux et les bourrelets des trompes d'Eustache.

L'aspect de la muqueuse est le suivant. Elle apparaît pâle, dépolie, parfois saignante dans les points où l*on vient d'en* lever des croûtes adhérentes. Mais nulle part il n'existe d'ulcérations, de pertes de substances.

L'examen rhinoscopique posténeur montre que les croûtes peuvent envahir le pharynx nasal. L'aspect de la muqueuse

en ce point est le même que dans le nez. Sur la paroi postérieure du pharynx buccal, il existe des croûtes analog-ues à celles du nez, où la muqueuse a un aspect desséché. « L'ozène évolue sans fièvre, et, sauf complications, sans retentissement sur la santé générale. Toutefois les malades atteints d'ozène, vojant la répulsion quMls inspirent, sont enclins aux idées tristes. Pour peu qu'il y ait une prédisposition héréditaire, ils peuvent tomber dans Thypocondrie. Le médecin doit s'efforcer de relever le moral des malades trop disposés à se décourager a cause de l'insuccès ou delà lenteur d'action des différents traitements.

Complications. — Ce sont avant iout des complications de voisinage.

Du côté dès' voies digeatives^ nous avons déjà signalé la gène que l'absence d'odorat apporte à l'exercice de la gustation ; il peut en résulter du dégoût des aliments, et même de l'anorexie complète. De plus, quand le pharynx est envahi par l'ozène, les croûtes fétides peuvent être avalées par les malades, et il en résultera des troubles digestifs inquiétants, au point de vue de la santé générale.

Du côté des voies respiratoires, la propagation de l'ozène au larynx et à la trachée a été bien étudiée par Luc ; il doit être distingué de la laryngite sèche banale, qui peut exister dans l'ozène, comme dans toutes les affections qui obstruent les fosses nasales, et qui est due à la suppression delà respiration nasale. Dans l'ozène laryngo-trachéal, l'examen laryngoscopiquc montre l'existence de croûtes verdâtres dans le vestibule du larynx, sur les cordes vocales, et dans la trachée. Les cordes vocales ont perdu leur aspect normal ; elles sont grisâtres, épaissies, et comme soudées Tune à l'autre au niveau de leur partie antérieure. On comprend les troubles qui en résultent.

- Quelques rhinologistes signalent la disposition des ozéneux à faire de la tuberculose pulmonaire. Le cas est de constatation fréquente. Alexander, sur un ensemble de 50ozéneux, a compté 22 tuberculeux pulmonaires (t). D'après ceque j'ai

(i) Frankel's Atchiv f. Laryng., XIV, !,§ I.

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VU, Tozène ne doit pas, dans ces circonstances, être considéré comme une cause, mais comme un effet de la dyscrasie spéciale qui entraîne en même temps la tuberculose. La rhinite atrophique n'en est pas moins comme un avertissement de tuberculose possible.

L'ozène peut se compliquer, du côté de Vappareil auditif y de catarrhe tubaire, d*otite moyenne chronique catarrhale, d* otite moyenne aig-ué suppurée, dont le pus a Todeur caractéristique.

Les voies lacrymales sont ég^alement menacées par Tozène. Il paratt probable que le microbe deLœwenberg peut remonter le canal et infecter Tœil ; en effet, Cuénod, Terson, Gabriélidès ont retrouvé le microbe de Tozéne dans les dacryo* cystites phlegmon euses, les ulcères cornéens et les conjonc* tivites que peuvent présenter les sujets atteints d*ozëne. Dans Il cas d*ozène, Terson et Gabriélidès ont trouvé six fois le rhino-bacille dans les conjonctives. Aussi les oculistes sont-ils sobres d'interventions opératoires, chez les ozéneux, à cause des complications suppuratives possibles ; en tout cas, il faudra toujours, avant d'opérer, faire une désinfection soigneuse du nez.

Les sintuites diverses, considérées autrefois par certains auteurs comme la cause de Tozènc, n'en sont qu'une complication.

Marche. — Durée. — Pronostic. — L'ozène est une affection essentiellement chronique, à début insidieux, à marche lentement progressive.

Abandonné à lui-même, il dure dix, vingt, trente ans et même davantage; puis, à un moment donné, l'exagération même de l'atrophie amène la disparition des glandes, la cessation des sécrétions nasales, et comme corollaire la diminution ou l'abolition de la fétidité. II existe donc une guérison spontanée, non pas des lésions de l'ozène, mais du symptôme le plus pénible de cette affection. Mais comme cette guérison se fait attendre longtemps, le pronostic de l'ozène non traité est mauvais ; les relations sociales sont difficiles, et l'air inspiré peut déterminer des toxémies. Je citerai comme une exception le cas d'une femme de 76 ans qui s'est présentée à

ma cHaiquc en 1903 et qui, malgré sonÀ|i!cc avancé, présentait un ozène caractéristique par son odeur et ses croûtes.

Diagnostic. — L*ozène est essentiellement caractérisé par la coexistence de deux symptômes capitaux : la fétidité et Tatrophie de la muqueuse. Dans Tozènc confirmé, quand ces deux signes sont nettement constatabics, le diag'nostic ne saurait s'égarer.

Mais dans les cas d*ozènc au début, quand Tatrophie n'existe pas encore, quand la fétidité est peu prononcée, et que les sécrétions nasales ne constituent pas encore les croûtes verdàtres ou jaunâtres que nous avons décrites, le diag>nostice$t plus délicat, et c'est dans ces cas que l'examen bactériologique peut être de quelque utilité. On choisira de préférence, pour l'ensemencement des milieux de culture, ou pour la préparation d*une lamelle, des filaments qui unissent les cornets inférieur et moyen à la cloison, filaments qui, d'après les recherches de Lœwenberg-, représentent souvent une culture pure du microbe qu'il a décrit.

D'autre part, dans les cas où l'ozèneest plus prononcé d'un côté que de l'autre, où le malade expulse du muco-pus par une seule narine, il faut, 'avant de poser le diagnostic de rhi- ' nite atrophiquc fétide, songper à la possibilité d'un certain nombre d'affections qui donnent lieu à la fétidité nasale. Ce sont: la tuberculose nasale, les séquestres syphilitiques nécrosés, les tumeurs bénignes ou malignes, les corps étrangers et les rhinolithes, le coryza caséeux et surtout les sinusites. Nous renvoyons le lecteur aux chapitres consacrés à ces affections; il y trouvera la description des signes qui permettent de les diagnostiquer et de les distinguer de l'ozènc vrai.

Le rhinosclérome et la rhinite lépreuse, qui ne s'observent g*uère dans notre pays, ne sauraient être confondus avec Tozène, car la première de ces affections est caractérisée par riiypertrophie de la pituitaire, et, dans la seconde, l'atrophie ne s'accompagne pas de fétidité nasale.

Rhinite atrophique sans ozène, coryza sec des adultes, — Ces rhinltesatrophiqucs scléreuscs, localisées ou généralisées, reconnaissent des causes diverses : la sénilité, Therpétisme,

RHINITES

rartério-sclérose ; la cicatrisatioa d*une plaie, quand il s'atiçli d'atrophie localisée.

Traitement. — L'ozènc, avons-nous dit, peut g-uérir spon* tanémcnt, mais cette g-uérison spontanée se fait attendre longtemps, et en pratique il ne faut pas y compter.

La thérapeutique est impuissante à réaliser la g>uérison complète de l'ozène, mais elle peut faire disparaître le symptôme le plus pénible de la maladie, c*est-à*dire la fétidité do l'expiration nasale.

Pour atteindre ce but, le malade doit se soumettre à un traitement méthodique, régulièrement continué pendant des années.

Ce traitement consiste dans des irrigations nasales, suivies d'insufflations de poudres ou debadigeonnages de la muqueuse. Le premier nettoyage du nez devra être fait par le médecin avec la pince et le stylet; les nettoyages ultérieurs seront faits par le malade lui-même, qui fera passer dans ses narines, à l'aide du siphon de Weher ou d*unc seringue anglaise, un à deux litres de liquide chaud ; le lavage détache mécaniquement les croûtes, et exerce une action antiseptique.

Ces lavages peuvent être faits sous forme de bain nasal, avec le vase de Fraénkel (fig. 164) ou avec le procédé du verre, préconisé par le D' Derecq (fig. 165 et 166).

Les meilleures solutions sont :

Fig. 164. — Vase de Fraënkel pour bain nasal.

Eau fonnoléo .

Eau n&phtolée.

5 p. iOOO Eau phiiniquùc. . B p. 1000 0,20 — Eau résoriîinée. . 5 —

Après chaque lavage (qui sera répété une, deux ou trois

460 HALADIES DU NEZ

fols par jour), le maUde ÎDSufflera daas son aez ud peu d'acide borique, d'acideci trique (Hanien),d'aristol,(l'europhène, ou d'acéto-tartrate d'alumine ; il pourra Faire un badigeonnage de la muqueuse nasale, avec un pinceau imbibé de naphtol sulforicinéoudc glycérine iodée. Koques (de Cannes) s'est bien trouvé d'insufflations de poudre de collargol (argent colloïdal) mélangé à du sucre de lait dans la proportion de 0,50/10 (Deux insufflations par jour). Pour ramollir et dé-

Fig. 1(i.'>. — BalDéatioD des fosses nasales, procédé de Derecq.

tacher plus racilemcnl les croûtes, Musciiold (de Berlin) conseille des pulvérisations avec :

Borate de soiiile 25 (,'raiiimes

Glycérine neutre PO —

Eaa dialillùc !iO

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Ces pulvérisations sont faciles avec le pulvérisateur de Simal {Gg. 167) ou avec le pulvérisateur à huile de Vaast

(Se.m).

Les badi^onnagesîodo-iodurésaprèsaDestbésie cocalniquc donnent d'assez bons résultats dans le traitement de l'ozéne. Voici la formule :

Iode 1 gramme

lodure de potassium 1 —

Eau diilillée S —

F!g. 166. — BaluëaiioD des fosseq nasales, procédé de Derecq.

1. Binas rrantal; 1. siDUi Bphénoldaui; 3, roùlo palalino;!, cornet intérieur; 5, cornet moyen; 6, cornet supérieur; 7, Lornet de Santorini ; S, orilice de la trompe d'Eustache; 9, repli eai pi □ go- pharyngien ; 10, vestibule des fosses nasales (narines; ; 1 i, luette.

Vaquier coDseillo d'introduire daos les fosses nasales DD tampon d'ouate qu'on lo^ entre le cornet inférieur et la cloison el dans ce tampon on fait une injection d'clher iodé :

Iode 1 gramoio

Elher suirurtque SS —

Les deux oariaes élant fermées les vapeurs iodées se poscDtsur la muqucu!

s les recoins tes plus cachés.

Fig.l(i7-— Culvénsalcurs. 2

I , Piilvi^risnlour poiir lo piiarjm. — S, Piilvi'rrsatour ilc Vansl pour Iv^ pulvérisations il bases d'Iiuilc on de glj'rànnc.

On .1 voulu faire plus qu'un traitement palliatif, et on a lenlé la guôrison radicale de l'ozènc par Viilcctrolijte cuprique proposée p&r Jouslaîn vn Ift'Jî (i ), et par le massage

(1) iIi:r,LES, Thèse de Lyon, 1897.

RHINITE8 463

vibratoire, II nous est impossible de nous prononcer sur le premier de ces moyens; quant au second, il parait avoir donne des résultats encourageants.

Cozzolino a proposé le cur étage .

Dreyfuss (de Strasbour|(|^) et Grosskopff ont eu d*assez bons résultats avec des badigeonnag'es ou pulvérisations de suUophéno-ricinate de soude à 30 0/0 dilué dans quantité égale d'eau distillée.

Belfanti et Délia Vodova, se fondant sur les analog-ies de leur bacille avec celui de la diphtérie, ont proposé les in* jections de sérum antidiphtérique. La méthode n'est pas supérieure aux autres. Gradcnigo (de Turiu) préfère les injections intramusculaires iodiques ù la dose de 1 à 3 centigrammes.

L'iodure de potassium agit toujours favorablement. Il détache les croûtes par l'hypersécrétion qu'il détermine.

La photothérapie a été appliquée à Tozène par divers spécialistes et notamment par Dionisio (de Turin). En considération des résultats remarquables obtenus par Finsen pour les lupus, au moyen des radiations lumineuses, Dionisio a successivenent employé la lumière solaire, le gaz d'éclairage, Tacétylène, les lampes électriques à incandescence, Tare voltalquc. Après avoir anémié la muqueuse nasale au moyen d'une solution de cocaïne et d'adrénaline, il projette la lumière dans les fosses nasales au moyen d'une lampe ou d'un réflecteur. Les narines sont maintenues dilatées au moven d'un spéculum fixé sur le front du malade.

Pour agir sur les parties profondes, Dionisio concentre la lumière dans des tubes de cristal de 4 millimètres de diamètre, sur 8 centimètres de long ou encore il a recours à de petites lampes à incandescence revêtues d'un manchon de verre à circulation d'eau. Ce système thérapeutique a donné des résultats très satisfaisants et durables. La projection de la lumière agit en diminuant la fétidité et provoquant une sécrétion liquide qui détache les croûtes. Quand la radiation lumineuse est trop intense, des vertiges apparaissent. Pour les cas d'ozènes de degré moyen la cure exige environ une centaine de séances, de deux heures chaque. Les heureux

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réaulutsdela méthode doivent tenir au pouvoir autibactéricD

de la lumière et à son excitation sur la oatritioa des tissus.

Dionisio a obtenu des résultais beaucoup plus rapides dans les cas do rhinïteset pharyngites oatarrhales chroniques (1).

Broeckaert (deGand) procède à la restauration des cornets au moyen de paraffine galoformée fusible ÀfiO". Le cornet inférieur se reconslilue, les sécrétionschan^ent d'aspect et les croates verdâ très disparaissent. 11 suffit d'ïnjecler un centimètre cube.

L'injection d'une trop grande quantité de paraffine pouvant

Fig. 168. — Seringue à pt (Pour les injr-'-

occasionncr des accidents, il est bon de faire l'opération en plusieurs sénnccs.

Dans une première séance on se contentera de restaurer la parlie postérieure descornels inférieurs.

Trois semaines plus tard on restaurera la tête des cornets.

Les résultats obtenus par celte méthode sont très satisfaisants puisque, d'après Moure (de Bordeaux), 620/0 des malades ainsi traités ont complètement ^uéri et 26 0/0 ont été améliorés.

Ces injcctionsse pratiquent facilement à froid, avec la serinfii^ue de Mahu (fig-. 168), ou la seringue de Lagarde {&g. 169).

(J) Congrès de Madrid, 1903.

Fi^. 169.— Seringue de Ugarde (pour les iDJecliDna de parafOoe à froid).

A, icringuc 1 B, branche droite du manclic; C. branche gauche du manche; D, piston; E, brancho du levier; F, Tourchc; G, ressort; II, cliquet: 1, eitrjmil« supériourc île la seringue; J, Poignée; K, articulation ou point d'appui ; L, point do résistance du manche. Car» liai, dn Uryni. 3* édit. 30

Eafin, il faudra traiter Tétat général du sujet: donner de llïuile de foie de morue aux enfants scrofuleux, du fer et des douches aux jeunes femmes anémiques ; envoyer les malades à la mer, à Salies de Béarn, à Challes, à Cauterets.

Quel que soit le moyen employé, il faut prolong'er le traitement et persuader le malade que l'amélioration , sinon la guérison, est à ce prix.

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