OLFACTOMÉTRIE - TROUBLES DE L'ODORAT
on la recherche au moyen de corps odorants contenus dans de petits flacons et constituant une série telle que le dernier seul peut impressionner une muqueuse presque complètement insensible. On les présente successivement sous les narines du sujet, en lui cachant la désif^icnation du produit et dans Tordre où je les énumère :
1^ Ether sulfurique.
2o Térébenthine.
3» Camphre.
40 Musc.
5» Vanille.
Il est mieux encore d'employer une solution de vanilline (Passy). yuand un sujet ne reconnaît môme plus Todeur de la vanille, on peut considérer son olfaction comme tout à fait éteinte. Il ne faut pas du reste confondre dans cet examen les deux sensibilités commune et sensorielle. C'est ainsi qu'un malade que j'ai examiné ne sentait pas Todeur de Tammoniaque, mais éprouvait des picotements par les émanations du liquide. Cependant, quand Tanosmie est très prononcée, le malade ne sent pas non plus Texploration tactile faite avec le stylet coudé.
Il est des anosmics passagères, résultant de Tépuisement temporaire de la fonction, chez des gens qui ont naturellement peu d'odorat et qui ont respiré longtemps une même .odeur. Qu'ils s'éloignent quelque temps de ces émanations et l'odorat reparaîtra. Cet épuisement momentané est désigné sous le nom de rhinocopoae (de Kôiro^oc; fatigue).
Etiologie. — L'étiologie de l'anosmie constitue la partie importante de son histoire. Les causes principales sont :
1^ La desh'uction des narines par les traumatismes, le lupus, la syphilis, etc. Le courant d'air n'étant plus dirigé vers la fente olfactive, la perception des odeurs ne se produit plus.
2^ Tout obstacle au courant d'air intranasal : affaissement des ailes du nez, rhinitcs hypcrtrophiques, déviations delà cloison, tumeurs diverses, corps étrangers «dans les fosses nasalesy oblitération des choanes.
3* Les .altérations de la inuqueuse : celles de l'ozène par exeiQple, qui atrophie les cellules olfactives de Schultze ;
celles des rhinites chroniques, surtout si elles sont entretenues par rhabitudede priser du tabac ; celles qui résultent de l'abus de la cocaïne en applications locales.
A* Parmi les altérations du syntème net'veux fi(s|^urent : la déchirure des rameaux olfactifs dans les fractures qui at^ teignent la lame criblée ; les diverses névrites, comme celles qui sont consécutives à Tinfluenza ou celles qui résultent d'intoxications (morphine, éther, tabac, plomb) ; les lésions variées des bulbes olfactifs (paralysie générale, atrophie sénile, absence congénitale) ; celles des centres (corne d'Ammon, hippocampe, insula de Reil. Le tabès débute parfois par la perte de Todorat. J'ai soigné une malade qui avait de Tanosmie, ainsi que des bourdonnements d'oreille, à la suite d'une contusion cérébrale.
Dans ce groupe rentre encore Vhétnianosmie des hystériques, Tanosmie consécutive à des inhibitions ou à des réflexes (opérations nasales, ablation des ovaires).
On a constaté Thyposmie chez les albinos dont les cellules olfactives sont dépourvues de pigment.
Il existe des cas authentiques d'absence du nerf olfactif avec conservation de l'odorat (Cl. Bernard, Lebec, Testut), mais les cellules olfactives ne manquaient pas dans la muqueuse et on suppose que l'impression suivait une voie d'emprunt, par exemple celle du nerf trijumeau. Assez souvent l'anosmie s'explique par l'âge du malade atteint de sénilité sensorielle.
Grâce à l'olfactomètre, Gradenigo a constaté l'altération de l'odorat dans quelques otopathies et découvert des catarrhes que la vue ne permettait pas de découvrir.
Parfois pourtant, malgré un examen minutieux, on n'arrive pas à déterminer la cause.
Pronostic. — II est en rapport avec l'ancienneté de l'affection et le genre de la cause. L'anosmie tire en partie sa gravité de la diminution du goût et de l'anorexie qui en résulte.
Traitement. — Le traitement s'adressera d'abord à la cause. Si elle reste latente, on fera la thérapeutique du symp* tome. Chez les névropathes, on emploiera la suggestion. L'élcclrisation a donné des résultats sous forme galvanique
OLFACTOHÉTniC - TROUBLES DE L'ODORAT 639 OU faradique. Od emploie le courant continu au mo^eii de deux plaques mises l'une sur le nez et l'autre à la nuque. On De doit pas dépasser 6 milliampères (Zarniko). Pour te courant faradique, on dispose un des électrodes sur la raciac du nez et l'autre sur la muqueuse, dans l'intérieurde la fosse nasale. Laker a recommandé le massage vibratoire pour les anosmies.
Il y a enfin un traitement médicamenteux. A l'intérieur,
on prescrit la strvchnine, ta quinine, l'iodure de potassium. On fera priser au malade la poudre :
Sulfate de et ry cl mine Or, 10
Sous-nilratc do liismuth . . . . 10 grammes
Joal B rapporté l'observation de deux cas guéris par des douches d'acide carbonique. On peut employer aussi les douclies intra-nasalcN d'air cbaud (fig. 196).
III. Byperosmie. — Elle s'observe assez rarement, chez des sujets qui sont affligés d'un odorat trop subtil. Ce sont
des nerveux. Ils s*en plaig-nent beaucoup, mais.il est peu fréquent que ce trouble aille jusqu'à produire des Ijpothymies ou des syncopes. Cette exagération de l'odorat ne doit pas être confondue avec l'hyperesthésic non sensorielle de la muqueuse nasale qui se traduit par des prurits, des éternuements faciles.
Traitement. — Il consiste dans l'emploi local de la cocaïne, en poudre ou en solution.
IV. Parosmie. — La parosmie est l'aberration de l'odorat. Presque toujours elle consiste en cacosmie. Les malades se plaig^nent de sentir constamment de mauvaises odeurs : fumier, matières fécales, corne brûlée. Certains de mes malades accusaient des odeurs de cblore, de soufre, d'iode, de relent de cuisine, d'oig^non. Il arrive même que, s'ils respirent une odeur, elle leur paraît désagréable et vice-versa. Une de mes clientes me disait : a Une bonne odeur, comme celle des fieurs, me donne l'impression de l'oignon, et une mauvaise odeur l'impression de vanille. »
Il y a plus : quelques malades accusent une douleur quand on leur fait sentir des odeurs (odynosmie).
Diagnostic. — Le diagnostic doit d*abord chercher si la mauvaise odeur est réelle, objective ou subjective. C'est en questionnant l'entourage qu'on s'en rend compte. En se plaçant alternativement devant le nez et la bouche, on constate si la mauvaise odeur vient des fosses nasales ou de la trachée.
Si l'odeur est objective, on en cherchera la cause dans de lozène, de la syphilis tertiaire, des empyëmes maxillaires ou frontaux, des végétations adénoïdes.
Si le trouble est subjectif, on s'enquerra de quelque névrose. C'est ainsi qu'il y a des épilepsies à aura olfactive.
Traitement. — Le traitement n'est embarrassant que pour les cacosmies subjectives. On donnera les antinerveux à l'intérieur, tout en prescrivant des douches intra-nasales au thymol ou à l'eucalyptol (1 p. 10.000), à l'eau chloralée (1 p. 400) et des applications de vaseline mentholée sur la muqueuse nasale.