CHAPITRE XV MALADIE DE MÉNIËRE
Tableau symptomatique. — Dans le cours d'une santé parfaite, le malade entend une sorte de détonation, ou des bourdonnements éclatent en même temps que des verlig^es» des nausées et même des vomissements ; parfois c'est une aura (Gellé), qui peut être un sifflement, un souffle violent. Le visai^e pâlit ; le malade, poussant un cri, tombe quelquefois comme une masse, sans connaissance, ou tourne sur lui-même. Cette attaque dure quelques minutes, ou peut se prolonger pendant des heures. Le malade en sort abasourdi et assourdi. Cette surdité porte sur Tensemble du champ au* ditif ou seulement sur une partie. La perception des sons aigus peut uniquement disparaître, ou ce seront les sons du médium, ou encore les notes graves. Quelquefois même, deux ou trois notes ont seules disparu. Ces attaques vont se répétant à intervalles, et le malade en sort de plus en plus sourd. Il a de la tendance à tomber du côté qui bourdonne, surtout s'il tourne la tôte. C'est de ce côté qu'il tient la canne sur laquelle il s'appuie. Un de mes malades, artério-scléreux, percevait une simple détonation de capsule ; voyant le sol tourner, il ne savait où poser ses pieds, et se plaignait d'avoir le roulis.
C'est une triade^ dît Grubcr : bruit, vertige, surdité.
Telle est, dans ses traits principaux et groupés, l'attaque de la maladie de Ménière, mais il est des formes incomplètes, frustes, très embarrassantes pour le diagnostic, comme nous allons le voir.
Les variations du tableau clinique permettent de distinguer :
io La forme aigu6 complète (apoplectique, type).
dOI4 MALADIES DES OREILLES
2® La forme ai^u6 incomplète (fruste).
3* La forme chronique (Tsakyroglous).
D*ailleurs des symptômes insolites peuvent se produire. C'est ainsi que Tsakyrog^lous dit avoir vu deux fois des secousses musculaires dans le bras et la moitié correspondante de la Hj^ure, pendant Taccès. Dans les formes incomplètes, la démarche du malade est assez si|j^nificative. II craint de lomljcr, pour peu qu'il re|îî;-arde latéralement. C'est vers le côté malade qu'il penche. Guye a sig'nalé, au Cong-rès d'Amsterdam, en 1879, l'écriture tremblée de quelques sujets atteints de là maladie de Ménière.
Anatomié et physiologie pathologiques. — A quels désordres dans les cavités otiques répond ce complexus? L'otologie n'est pas en mesure de répondre définitivement à la question. La cause de ce desideratum est surtout dans la difficulté et la raVeté des examens nécroscopiques. Dans l'autopsie qui servit de base à son remarquable travail, Ménière trouva du san»;' dans les canaux demi-circulaires et dans le vestibule, mais le limaçon était indemne. On était encore sous l'impression des belles recherches de Flourens sur les canaux demi-circulaires (1842). Ce physiologiste a démontré, par ses expériences sur des pigeons, que si l'on détruit le canal denii-circulaire horizontal, l'animal exécute des mouvements rotatoires ; si c'est le canal demi-circulaire vertical, les mouvements se produisent verticalement de haut en bas. Quand les trois canaux sont brisés, lacérés, tous les mouvements s'emmêlent et l'animal est pris de vertiges. La destruction doit porter sur les parties membraneuses des canaux. Depuis, Brown-Séquard et Vulpian ont confirmé ces expéricncos. Dans les expériences de Flourens, si le limaçon était seul détruit, la surJité se produisait, mais non la déséquilibration. Mach, reprenant avec un instrument perfectionné les recherches de Purkinjesur le vertige, a vu que les trois canaux sont, par leur direction, les coordonnées des trois dimensions de l'espace et qu'ils sont les organes du sens de rotation de la tôte, parce que l'endolymphe exécute un m.auvement en sens opposé à celui du canal membraneux.
D'après les recherches de James, sur 519sourds-muets qui
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présentaient d-es lésions de Toreille interne, 320 n'avaient pas ou avaient à peine le vertige de rotation, tandis que sur 200 entendants, un seul ne Tavait pas. ir résulte de rcnsemblc des recherches phjsiolog'iques qu^une partie du nerf auditif sert au sens de la situation de notre corps (nerf de Tespace). C'est la branche postérieure ou vestibulairel Le verlige auriculaire peut donc s'expliquer encore par une irritation du nerf auditif. Les physiolog^istes connaissent bien les troubles de la marche, du vol, de la na|^e quand ce nerf est lésé expérimentalement.
La description de Ménière, arrivant après les expériences de Flourens, a fait admettre comme pathogénie de cette affection singulière l'idée d'exsudations brusques dans Toreille interne; mais depuis, Moos, Lucse ont trouvé des labyrinthes remplis de sang ou de sérosité, sans que, pendant la vie, les sujets eussent présenté le complexus de Ménière.
Diagnostic. — Avant tout, il ne faut pas confondre la maladie de Ménière proprement dite, labyrvithique^ avec les autres vertiges otiques que nous avons étudiés ci-dessus. Le diagnostic n'est pas difficile quand le complexus morbide est au complet ou à peu près, et quand l'examen de l'appareil auditif y montre des altérations de l'oreille interne.
L'examen attentivement fait permettra généralement de dilFérencier le vertige ab aure de celui des affections stomacales, cérébrales, spinales, oculaires, nasales. La neurasthénie prend parfois les apparences d'un vertige de Ménière. La congestion apoplecti forme se distingue de la maladie do Ménière par les phénomènes de paralysie. L'agoraphobie sera facilement reconnue. Les maladies du cervelet déterminent aussi des vertiges avec troubles de la marche, mais le sujet a ])lutût l'air d'un homme ivre (Hughling Jackson).
Plus que partout ailleurs, il importe ici de faire un examen complet du malade pour apprécier la part du nervosismo si souvent allié au vertige auriculaire, pour voir si les troubles ne viendraient pas du cerveau (centres auditifs), du cœur (embolies, etc.).
Pronostic. — La gravité du cas dépend de la cause. D'une façon générale, le pronostic est sombre, bien que quelques
cas puissent être très améliorés el môme g^uéris. Mais Taudition reste plus ou moins compromise. Les malades tombent à la longue dans un état d*excitabilitc nerveuse, que Gellé a heureusement dénommée lahyrinthisme,
La maladie de Ménière est a une des plus cruelles affections de la pathologie humaine » (Gellé).
Traitement. — Contre la maladie de Ménière, on emploie spécialement le traitement de Charcot, par le sulfate de quiquine. Le malade prend pendant deux semaines consécutives de 50 à 75 centigrammes de sulfate ; il s'arrête pendant deux autres semaines. Après quatre ou cinq périodes ou saisons de ce genre, les vertiges disparaissent souvent. La quinine agit ici comme anticongestif et anesthésique (Laborde).
Les injections sous-cutanées de pilocarpine sont assez utilement employées aussi ; mais les insufflations d*air par les trompes, en ébranlant la chaîne des osselets, peuvent aggraver l'état du malade.
Ballance aurait fait disparaître des vertiges et la surdité en ouvrant chirurgicalement le vestibule.
Urbantschilsch, s appuyant sur ce fait d'observation que, chez les sujets normaux, le vertige est d'autant plus lons;^à se produire dans les mouvements de rotation que ces sujets sont plus habitués à ces mouvements, a prescrit à plusieurs malades de se livrer à des mouvements de rotation fréquents. Le patient, étant couché, tourne alternativement la tète à droite et à gauche et cesse dès que le vertige apparaît. Ces manœuvres amèneraient la disparition des troubles. Urbantschilsch a pu guérir ainsi un malade dont le vertige semblait avoir pour cause une lésion du canal semi-circulaire horizontal,
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