CHAPITRE III
La tuberculose peut provoquer, dans la glande thyroïde, dffïux variétés de lésions : les unes, histologiquement et macroscopiquement spécifiques, ce sont les tubercules crus ou caséeux ; les autres traduisent rinflammation chronique et interstitielle de la glande, au contact d'un sang imprégné de toxines microbiennes et constituent la sclérose thyroïdienne tuberculeuse, plus exactement paratuberculeuse. Cette dernière lésion a été bien étudiée par Roger (1) et son élève, Marcel Garnier.
i* TUBERCULOSE THYROÏDIENNE PROPREMENT DITE. TUBERCULES THYROÏDIENS
Plusieurs observations de tuberculose primitive, au moins en apparence, de la glande thyroïde, ont été rapportées; ainsi, celle de Schwartz (2), assez caractéristique. Il s'agissait d'un homme de 30 ans, qui fut trouvé porteur d'un abcès froid de la thyroïde ; le pus, inoculé à un cobaye, tuberculisa l'animal. Or, le malade ne présentait aucune autre manifestation clinique de l'infection tuberculeuse. De tels faits sont exceptionnels, et presque toujours, la tuberculose de la thyroïde
(1) RooKA et Gaunier, Sclérose du corps thyroïde chez les tubercoleax {Soe, de bioi.,dO juillet 1898). Des lésions de la glande thyroïde dans la tuberculose (Arch. gin, de méd., avril 4900).
(S) ScBWAiiTX« Abcès tuberculeux du corps thyroïde (ilrcA. de laryng., i894, t. VU).
apparaît comme secondaire à une localisation antérieure du virus, et surtout, chez des phtisiques, plus ou moins avancés. L'infection de la g'iande s'effectue par contiguïté de tissu ou bien par voie sanguine. La glande peut s'infecter, au contact d'un ganglion tuberculeux (Obs. de Virchow). Grasset et Ëstor (1) ont rapporté un cas de tuberculose de la thjroîde,. dans lequel l'infection avait pourpoint de départ un mal de Pott cervical. Les ganglions du cou avaient subi la dégénérescence caséeusc, et l'un d'eux avait, par contiguité de tissu, infecté l'un des lobes delà thyroïde.
L'apport tuberculeux se fait, dans la glande, le plus souvent, par la circulation artérielle ; on l'observe surtout, chez les tuberculeux, porteurs d'ulcérations pulmonaires, et qui succombent à une poussée de granulic.
Les tubercules thyroïdiens se présentent sous deux aspects; il s'agit de granulations miliaires, grises ou jaunes, ou bien de tubercules massifs, solitaires ou multiples, caséeux ou ramollis.
La tuberculose miliaire n'est qu'une trouvaille d'autopsie; le parenchyme se montre à la coupe, tacheté, criblé de fines granulations, du volume d'un grain de mil et qui tranchent, par leur teinte, sur le tissu glandulaire. Les lésions ne sont, parfois, décelables, qu'à l'examen microscopique.
Certains tubercules, même massifs, n'ont pas d'existence clinique. La glande conserve un volume presque normal ; il n'y a pas de s^-mplômes de compression. Dans l'observation de Grasset et Eslor, le lobe gauche de la thyroïde était deux fois plus développé que normalement; et ses faces antérieure et supérieure étaient hérissées de petites tumeurs lenticulaires, rattachées à la glande par un pédicule. Rolleston (2) a rapporté un fait curieux par l'importance des lésions ; la coupe de la glande montra plusieurs abcès caséeux, dont l'un, situé dans le lobegauche, s'était ouvert dans l'œsophage, par deux orifices. Chez une malade de Roger, la pyramide de
(1) Grasset et Estor^ 7?er. de méd., 1897, p. 113.
(2) Rolleston, Transactions of the pathological society of London^ 18y7.
TUBERCULOSE DE LA GLANDE THVROIDE :il3
Lalouetlo conlcnait un pclil abcès tuberculeux, resté j^^iioré pentlaiil la vie.
b'aulres fois, le développement des tubercules s'accoinpaçoe d'une hvprrirophîe diffuse de la glande, qui a permis de décrire CPtte forme sous le nom de gottre tubei-cnlcus. Les orgaoes voisins peuvent être comprimés et l'urifence d'un traitemi^til chirurgical s'est parfois imposée. Barlh (1) a cité une observation do tbjruTdî te casée use, aj'ant aplati la trachée el enirutné la morl par asphyxie. Dans un autre faîl, rapporté par Bruns, la trachée élnil comprimée, et l'extirpation de ta tumeur devint nécessaire. Dans l'observation do Schwartz, il y avait compression du récurrent droit et du sympathique ; l'ouverture de l'abcès amena la disparition de la paralysie de la corde vocale et de l'inéjçalité pupillnire.
2» SCLÉROSE THYROWIENNE DES TVDEliCVLEUX
La sclérose thyroïdienne, che« les tuberculeux, apparaît comme une lésion très fréquente. Ro^er et Garnier ont examiné avec soin la thyroïde che* 12 phtisiques ; dans onze cas, U glande était atteinte de sclérose diffuse.
L'aspect macroscopique de l'organe cirrhose est assez caractéristique ; atrophie de la e;lande, diminution de poids (13, tl, 7 j^rammes, au lieu de Î5 {grammes, chilTrc normal), consistance indurée, étal chagriné de la face externe, surtout accentué vers la partie moyenne des lobes latéraux.
L'examen microscopique décèle les lésions de sclérose diffuse, à maximum péri vasculs ire avec altérations plus ou moins marquées des vésicules thyroïdiennes.
Ro^cr se demande si certainssjmptômcs, constatés chez les phtisiques, ne relèvent pas de la cirrhose du corps thyroTdc et il émet l'hypothèse que la tachycardie, sij^ne de début do l'infection tuberculeuse, pourrBÎI recunnatirc comme cause un excès de sécrétion de la thyroïde, prémonitoire de l'atrophie glandulaire.
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iRTH. Un cas .ufTocsul, Fi;
de Ihïrojdil.
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Deux observations anatomocli niques fournissent un appui à cette interprétation. La première est due à Gilbert et Castaigne (i) ; une femme, diabétique et tuberculeuse, mourut, présentant tous les sig-nes du g'oître exophtalmique. A Tautopsie, le corps thyroïde pesait 40 grammes, et Texamen histolog'ique dénotait des lésions de sclérose diffuse hypertrophique. Il est vraisemblable d'admettre que le syndrome basedowien doit être rapporté à une hyperactivité fonctionnelle de la thyroïde, de nature infectieuse.
La seconde est due à Breton (2) et vise une jeune fille qui présentait la symptomatolog'ie complète de la maladie de Bascdow. Or, la plupart des troubles disparurent progressivement, à mesure que se constituaient des lésions tuberculeuses du sommet droit. L'auteur pense que l'atteinte du parenchyme thyroïdien, peut-être en rapport avec les progrès d'une sclérose interstitielle, a paralysé l'effort sécrétoire de la glande, et détruit peu à peu les conséquences de Thyperthyroïdalion.
(1) Gilbert et Gastaigne, Infection thyroïdienne et goitre exophtalmique (Soc, de 6fo/., juin 1899).
(2) Breton, De la tachycardie chez les tuberculeux pulmonaires (Journal des praticiens, décembre 1899).