‹ Maladies du larynx, du nez, et des oreilles (volume 2)Chapitre 66 sur 282 · INFLAMMATION OU CORPS THYROÏDE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION OU CORPS THYROÏDE

70 pour 100 des cas (Roger). La fièvre augmente, la douleur devient plus aiguë, lancinante. La peau qui recouvre le lobe, en voie d'infiltration purulente, rougit, adhère au tissu profond, elle s'empâte et devient œdémateuse. Cet œdème peut envahir la région sous-maxillaire, la partie supérieure du thorax. La fluctuation, toutefois, est très difficile apercevoir, en raison de la consistance normalement élastique du corps thyroïde, de la mobilité de la région (Lyot) ; l'œdème, Tempitement de la peau, dénoncent la suppuration, bien avant )e ramollissement de la région.

L'abcès thyroïdien a une tendance naturelle à s*ouvrir à la peau ; l'ulcération du tégument donne issue à un pus fran* chenient jaunâtre, ou teinté de sang noirâtre. La cicatrisation s'effectue rapidement ; une fistule peut persister plus ou moins longtemps. Le pus peut fuser vers le creux sus-sternal, envahir le médiastin antérieur, ou bien ulcérer la trachée, l'œsophage, le pharynx.

La suppuration s'accompagne, dans les cas très graves, de gangrène du tissu glandulaire. Cette complication est annoncée par l'intensilé de la fièvre, et des phénomènes généraux ; le malade peut succomber, en quelques jours, aux progrès de la toxi-infection. Des gaz se ferment sous la peau, et l'ouverture du foyer donne issue à un pus sanieux, fétide, contenant des lambeaux de glande sphacélée. Malgré la gravité de cette complication, la guérison a été observée ( i fuis sur 7, d'après la statistique de Lebert).

A Topposé de ces faits, il faut citer les cas de thyroTditc subiiigu(^ ou chronique, qui évoluent presque sans fièvre, et n'aboutissent, que très tard, à la fonte suppurative.

La convalescence a été marquée, dans certaines observations, par l'apparition d'un syndrome intéressant ; car il doit être interprété comme l'indice d'un hyperfonctionnement de la glande. Le malade de Galliard éprouva, à la suite d'une thyroTditc grippale, quelques vertiges et des palpitations ; il conserva même un certain degré de tachycardie. Benoit (1)

(I) Benoit, Syndrome de Basedow post-typhoïdique (Avch. de neiiroiogie, octobre 1900).

rapporte robservation d*ua jeune homme, qui fut atteint, au cours d'une fièvre typhoïde, d'une thyroldite ; pendant la convalescence de cette thyroïdîte, apparurent divers symptômes basedowiens, indiquant une hyperthyroTdation de l'organisme.

Diagnostic. — Le diagnostic d*inflammation aigué de la thyroïde peut être, en général, assez rapidement précisé. L'absence de fièvre, de douleur sépare la thyroTdite vraie de la congestion simple de la glande, de certains goitres à développement aigu.

Il est plus délicat de distinguer des thyroïditcs les inflammations des organes de voisinage, surlout des adénophlegmons périvasculaires et périlaryngiens. Les adénites péricarotidiennes ont leur siège plus en dehors ; elles laissent distinguer, à la palpation, le conduit trachéal. Par contre, certaines suppurations périlaryngées projettent en avant, les lobes de la thyroïde et empâtent la région cervicale antérieure. Le diagnostic difiFérentiel est souvent impossible; l'incision permet seule d'établir le point de départ de la lésion.

Les thyroïdites, à allure subaiguë, surtout si elles compliquent l'évolution d'un goitre en imposent parfois pour une dégénérescence maligne. L'évolution seule peutédifier le médecin.

Traitement. ^ Certaines thyroïdites réclament une thérapeutique dictée par Tétiologie : le salicylate de soude, dans la thyroïdite rhumatismale, le sulfate de quinine, dans la variété paludéenne. L'application de compresses humides et chaudes, la déplétion sanguine locale à l'aide de sangsues pourront peut-être favoriser la résolution, au moins diminuer l'intensité des douleurs. L'apparition de l'œdème indique la formation du pus; dès lors, il ne faut pas hésiter à intervenir. Duguet (1) a obtenu la guérison de son malade, en évacuant le pus, par ponction simple. Il est préférable de faire une large incision, puis de drainer. La plaie se cicatrise rapidement, la fistulisation s'observe parfois, mais toujours curable spontanément, après un temps plus ou moins long.

(1) Obs. de Duguet, in th. Rascol, Contribution à l'étude des thyroïdites infectieuses, th. Paris, 1891.

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