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III. TUMEURS DU PAVILLON

1° Hématome du pavillon. — Cet hématome consiste en on épanchement de sang entre les cartilages et leur périchondre. Son étude n’a été faite que récemment. On la doit surtout à A. Foville, Kühn, Claverie, Gudden et Wilde.

Étiologie. — On l’observe comme conséquence de traumatismes répétés (lutteurs, boxeurs). Son apparition est préparée chez eux par l’ét-it congestif de la tête qu’amènent les efforts de la profession. Gudden a fait cette remarque que, sur les statues antiques d’Hercule, de Castor et Pollux, d’Hermès, etc., le pavillon est déformé, recroquevillé comme chez nos lutteurs. Virchow a constaté, sur un lutteur japonais de trente-quatre ans, que les oreilles étaient épaissies par places, amincies en d’autres; le lutteur japonais heurte son adversaire avec la face latérale de sa tête.

On rencontre aussi l’hématome chez les aliénés, principalement chez les déments paralytiques. Chez eux, Gudden l’attribue aux poings rudes des infirmiers.

Jarjavay, Schwartze et Wendt l’ont observé chez des individus sans aucune tare cérébrale.

Il est surtout fréquent chez les hommes (52 hommes, 10 femmes) (Kühn). II siège à la face externe du pavillon, de préférence vers le haut, au niveau de la fosse navieulaire et à gauche. Il s’en rencontre de bilatéraux.

Pathogénie. — Il n’est pas aisé de s’expliquer l’apparition souvent spontanée de ces extravasats sanguins.

A leur niveau même, diverses altérations ont pu être constatées. A. Foville a publié, en 1877, l’examen histologique de l’hématome d’un aliéné. Il y avait constaté le ramollissement très accentué du cartilage, la dégénérescence embryonnaire des capillaires et vaisseaux sanguins, avec leur rupture au niveau de l’épanchement. Hartmann y a vu des cavités kystiques résultant du ramollissement du cartilage et prêtes à recevoir le sang

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f)our former l’hématome. Se fondant sur ces lésions locaes trophiques, divers physiologistes en ont cherché l’explication dans des altérations centrales du système.nerveux ; on ne pouvait pas oublier la célèbre expérience ] de Claude Bernard qui, sectionnant sur un lapin les 1 filets cervicaux du grand sympathique, a vu toute la 1 moitié de la tête et surtout l’oreille se congestionner et ! s’échauffer. Schiff (1855) n’avait-il pas aussi amené des i congestions du pavillon en pratiquant sur des animaux rhémisection du bulbe? Brown-Séquard (1870), de son côté, a déterminé des hémorragies sous la peau du pavillon, en lésant les corps restiformes ou la moelle cervicodorsale.

Mathias Duval, Laborde, Gellé ont publié les derniers documents relatifs à cette question. Sectionnant, sur un chien, la partie la plus inférieure du plancher du quatrième ventricule, ils constatent tous les troubles circulatoires thermiques que Claude Bernard avait signalés dans la section du grand sympathique au cou. Gellé a étudié ce qui se passe plus particulièrement dans les cavités otiques de ces animaux : muqueuse tympanlque écarlate, ecchymotique, caillots encombrant les rampes du limaçon . Ainsi les hémorragies se produisent dans les profondeurs de l’oreille, tout comme dans le pavillon.

Par ces considérations, l’othématome résulterait de lésions nerveuses centrales (bulbe, grand sympathique, • trijumeau). Ainsi s’explique son apparâtion spontanée, de préférence chez les aliénés et les déments.

En somme, il est des othématomes traumatiques (lutteurs), des othématomes spontanés (aliénés) et des othématomes mixtes où traumatismes et prédispositions combinent leur influence.

Symptômes. — Au début, c’est un gonflement de tout le pavillon, qui est rouge, luisant, douloureux, comme s’il allait être le siège d’un érysipèle. Puis une tuméfaction se montre, occupant ou débordant la fossette scaphoïde (fig. 207). Fluctuante au centre, elle donne à sa périphérie la sensation de caillots écrasés. Les parois sont formées en dehors par le périchondre et la peau, en dedans par le cartilage plus ou moins altéré, ramolli, présentant de petits séquestres chondraux. L’épanchement siège parfois

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dans Fépaisseur du cartilag-e (Gellé). La cavité contient an mélange de sérosité sanguinolente et de caillots noirâtres.

Après quelque temps, ce contenu se résorbe, la cavité

Fig. 207. — Othématome (d’après Mesnard).

disparaît, mais le pavillon est déformé par ce mouvement de résorption. Il se ratatine dans sa longueur et dans sa largeur. Si l’hémorragie s’est produite, comme il arrive, sur les deux faces du pavillon, la résorption consécutive le déforme totalement. L’othématome peut s’ouvrir spontanément sans autres suites. Rarement il suppure.

Diagnostic. — Le diagnostic de l’affection doit être

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établi avec celui de quelques kystes. Ceux-ci ont un développement graduel, tandis que le premier évolue rapidement.

Traitement. — La compression ouatée suffit, si la tumeur est peu volumineuse. Dans le cas contraire, on y | pratique des ponctions évacuatrices. On est rarement ! obligé d’inciser et de cureter. i

2“ Tumeurs ÉRECTILES. — On les rencontre rarement. Elles sont artérielles ou veineuses.

Artérielles, elles se compliquent souvent d’ ectasies artérielles dans le cuir chevelu. Il faut en ce cas recourir, suivant l’étendue de Taffection, à la ligature de telle ou telle artère. Colles a lié avec succès l’artère auricu-, laire postérieure. D’autres chirurgiens ont lié la carotide primitive. Dans un cas où cette dernière opération n’avait pas suffi, Mussey lia, quelques semaines après, la carotide du côté opposé et obtint la guérison complète.

En cas d’angiome limité à une partie du pavillon, l’ablation est indiquée.

Veineuses, elles sont peu saillantes et le meilleur traitement consiste dans la galvanopunctüre.

3° Fibromes. — Les exemples en sont rares. Triqueten mentionne un cas, qui, occupant la face postérieure de l’oreille, la refoulait en avant (1).

Une variété de ces tumeurs est connue sous la désignation àe fibromes du lobule. Ce sont de petites tumeurs, dures et arrondies, qui siègent sur le trajet des boucles d’oreilles. Les unes sont de vrais fibromes, les autres des tumeurs chéloïdes (Dolbeau). Elles sont fréquentes chez les négresses des tropiques qui portent de lourds pendants d’oreilles et sont plus exposées aux chéloïdes. Elles sont symétriques de chaque côté (Saint-Vel), implantées de préférence sur la face postérieure du lobule (Knapp). Leur ablation doit être pratiquée ti'ès largement pour éviter les récidives très fréquentes.

A l’occasion d’un Mémoire du D" Audain (de Haïti), la Société de chirurgie a fait une étude sur cette question des fibromes du lobule (3 juin et 10 juin 1896). Il en résulte qu’il y a lieu de séparer la chéloïde du fibrome,

(1) Triquet, Traité des maladies de Toreille.

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si fréquent dans la race noire (Kirmisson), L’ablation des chéloïdes est souvent suivie de récidive. Richet a vu récidiver la tumeur après cinq ablations. Aussi il ne conseillait plus que la compression. L’électrolyse a bien réussi entre les mains de Quénu pour les chéloïdes, qui sont le plus souvent d’ordre trophique.

On a siqnalé encore quelques cas de chondromes et on peut en distinguer deux espèces : a) des tumeurs congénitales qui sont plutôt des oreilles supplémentaires, bien étudiées par Virchow, Lannelongue et Achard.

h) des chondromes acquis présentant plusieurs variétés : le fîbro-chondrome, le chondromyxome et le chondrome secondaire à celui de la parotide G. Chauveau a publié l’observation d’un de ces fibro-chondromes du lobule (1).

4“ Tophus (tumeurs crétacées). — Ils se montrent, chez les goutteux, sur le bord supérieur de rhéli.x et dans la fosse naviculaire(Garrod, Charcot). Gros comme un pois, en moyenne, entourés de petits vaisseaux, ils ne sont douloureux que durant la crise de goutte. Ils sont constitués par un dépôt d’urate de chaux et représentent un des signes caractéristiques de cette dyscrasie. Ils coïncident généralement avec les dépôts calcaires sur la membrane tympanique.

On ne les confondra pas avec les kystes sébacés signalés par Moos, Toynbee.

On les excise quand ils deviennent gênants.

On trouve mentionnées des observations de pavillons ossifiés chez les arthritiques ou à la suite de périchondrites (Bochdalek, Gudden).

a” Tu.meurs malignes. — Les observations n’en sont pas nombreuses. Treillet en a réuni onze cas (2).

Habituellement il s’agit d’épithéliome. Sur 5.000 malades d’otiatrie, Ferreri n’en a compté que 8 cas. Il y est primitif ou secondaire, émanant des téguments environnants. Quand il est primitif, il débute par une sorte de

(1) Chauveau, Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1901, page 150.

(2) Treillet, Du cancer du pavillon de l’oreille (Thèse de Paris, 1882).

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verrue, que le malade écorche, et qui se transforme en ulcère envahissant. Bouisson a montré que l’eczéma du 1

Pavillon peut dégénérer en cancroïde, de même que impétigo et les psoriasis (Orne, Green). La marche peut être rapidement envahissante. Duplay a vu un malade chez lequel un cancroïde débutant par le lobule avait en quelques mois détruit tout le pavillon, mis à nu le crâne et ouvert l’articulation de la mâchoire. Velpeau a signalé un cancer encéphaloïde. Campbell a observé une variété de tumeur qui se rencontre chez les habitants de la vallée du Népal et qui, siégeant sur le haut du pavillon, le réclinait et obstruait, la conque; il a opéré deux de ces tumeurs, qui lui ont paru être des sarcomes.

Témoin a publié l’observation d’un lymphadénome dont l’examen histologique fut fait par Malassez. Gros comme un œuf de pigeon, il siégeait au-dessus du lobule. La tumeur était demi-molle et d’un rouge violacé.

Quel que soit le genre de ces tumeurs malignes, il faut leur opposer l’excision du pavillon, partielle enV, ou totale, suivant le cas.

BIBLIOGRAPHIE. — Foville (A.), Rech. sur les tumeurs sanguines du pavillon de l’or, chez les aliénés [Gaz. hebdom., 1859). — Kühn, Jiématocèle du pavillon de l’oreille {Thèse de Strasbourg, 1864). ^ — Dolbeau, Soc. de chir., 6 janvier et 24 février 1869. — Glavebie, De l’hématome du pavillon de l’oreille {Thèse de Paris, a).. — Foville, Union méd. de la Seine-Inf., 1877. — Témoin, in Ladreit de Lacharriêre, Dict. des se. méd., Paris, 1882, 2® série, t XVII, p. 172, art. Oreilles. — Gellé, Précis des mal. de Toreille, 1885, p. 11 et suivantes. — Jüllies (L.), Lyon méd., 26 mai 1887. — Hamon du Fougeray, Ann. des mal. du lar. et de Vor., 1890, p. 236. — Addain (de Haïti), Bull.de laSoc.de chir., 3Juinl896. — Rohrer, Hadpmann, Sur l’othématome, IV® Mémoire des auristes allemands. Cologne, 1899. — Mesnard, Hématome du 'ga.viWdn. Bull.delaryngologie, 1900, p. 375.

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