CHAPITRE XVI
NÉVROPATHIES DE L’OREILLE
Quand on envisage, en allant vers la profondeur, les diverses parties de l’appareil auditif, on rencontre des troubles variés de nature nerveuse {névropathies ou névroses).
I. NÉVROSES DE L OREILLE EXTERNE. — Dès le conduit auditif externe, des troubles nerveux peuvent exister. Tantôt anesthésies, que Lichtwitz signale chez les hystériques et qu’on peut aussi rencontrer dans les otites externes et moyennes de longue durée, dans les affections centrales (hémorragies et tumeurs du cerveau, du bulbe rachidien, méningite cérébro-spinale). Tantôt hyperesthésies , quand les nerfs sensitifs de l’oreille, trijumeau et autres, sont en cause. Les altérations delà sécrétion cérumineuse chez les vieillards, comme certaines inflammations du conduit, peuvent être expliquées par des trophonévroses.
Le traitement local à employer consiste en vésicatoires devant le tragus, pointes de feu sur l'apophyse mastoïde et électricité en courants continus, sans oublier le traitement général par les bromures, etc.
IL NÉVROSES DE L OREILLE MOYENNE. — Névroses
MOTRICES DES MUSCLES DE LA CAISSE ET DE LA TROMPE. - LcS
Petits muscles de la caisse (muscles du marteau et de étrier), comme ceux de la trompe d’Eustache, peuvent être atteints de contractions cloniques ou toniques. Pour le muscle interne du marteau, les contractions sont surtout cloniques. Elles coïncident souvent soit avec le tic convulsif de la face, soit avec un spasme des muscles tubaires. Symptomatiquement, on constate que la membrane tympanique se rétracte en dedans, tandis que se produit ce bruit de parchemin sec caractéristique des contractions de ce petit muscle. Celui de l’étrier offre plutôt des contractions toniques ou contractures. On les voit coïncider avec le blépnarospasme.
MALADIES DES OREILLES
Comme symptômes, on a noté des bourdonnements et du vertig’e.
Traitement. — Quand les contractions des muscles tympaniques sont occasionnées par du catarrhe de la caisse, leur traitement ne diffère pas de celui de cette dernière affection; sinon, il y aura lieu de recourir aux courants galvaniques et faradiques, aux frictions devant et derrière le pavillon, à l’usage interne des bromures, iodures, du brombydrate de quinine. Habermann a eu des succès en sectionnant le muscle de l’étrier.
Névrosés des muscles de la trompe . — Quand le spasme atteint les muscles de la trompe, il se produit des bruits secs et de l’autophonie. Ces contractions, plus fréquentes que celles des muscles tympaniques et rares néanmoins, coïncident le plus habituellement avec d’autres spasmes de l’extrémité céphalique (face, yeux, pharynx, larynx).
Traitement. — On les . combat par les moyens indiqués pour les muscles de la caisse, notamment par les massages delà région de l’oreille et par la galvanisation du voile du palais.
III. OTALGIE. — Cette variété de névralgie a pour siège les diverses branches du trijumeau, du glossopharyngien et du grand sympathique qui vont innerver l’oreille. Elle peut être circonscrite à lacavité tympanique ou s’étendre à tout l’appareil auditif : en ce cas, elle se rattache à une névralgie diffuse des deuxième ou troisième bi’anches delà cinquième paire (trijumeau).
Étiologie. — Les causes se trouvent quelquefois dans l’organe même (péri névrites par compressions), plus souvent dans le voisinage : tumeurs cérébrales, inflammations du ganglion de Casser, rhumatisme temporomaxillaire. C’est surtout au cours des diverses affections siégeant dans l’arrière-bouche, le larynx et les régions connexes que se déclarent les douleui's d’oreille à type discontinu ou continu ; caries dentaires, sortie difficile de la dent de sagesse, amygdalites, tumeurs ulcérées ou non de la langue, du pharynx, du larynx, de l’extrémité supérieure de l’œsophage. La douleur qu’éprouvent dans l’oreille, sous forme d’élancements, les malades atteints de tuberculose laryngée, est un des symptômes les plus
NÉVROPATHIES DE L^OREILLE
graves de cette redoutable affection. Parmi les otalg-ies réflexes, il faut rappeler celles de l’anévrysme aortique et des maladies de l’appareil sexuel. Quelques autres formes d’otalgies ne sont explicables que par une cause o-énérale (hystérie, chloro-anémie, neurasthénie, syphilis, malaria).
Symptômes. — Les sym.'ptômes de l’otalgie sont : des crises de douleurs très vives pouvant apparaître brusquement, durer une ou plusieurs heures et qui s’accompagnent de bruits entotiques (bourdonnements), d’hyperesthésies ou d’hypoesthésies auditives, tandis que le pavillon de l’oreille et les parties environnantes présentent une rougeur plus ou moins accentuée.
L’affection peut prendre les trois marches : aiguë, intermittente, chronique.
Diagnostic. — Il est facile à établir. On ne peut guère confondre l’otalgie qu’avec une variété d’otite. L’examen direct permet de faire la différenciation et de déterminer ce qui, dans un cas donné, appartient à la névralgie pure ou à un processus inflammatoire antérieur. Dans la névralgie du pavillon, l’effleurement est douloureux, mais non la pression forte (Cozzolino). L’important est de déceler la cause, en cherchant dans le système dentaire. Garnault fait justement remarquer qu’après l’extraction des racines un cal peut se former dans le fond de l’alvéole, qui, en enserrant les fihres nerveuses, entretiendra l’otalgie. On cherchera tout particulièrement dans les l'égions respiratoires supérieures, par la rhinoscopie, la pharyngoscopie et la laryngoscopie. On n’ouhliera pas de voir si l’otalgie ne se rattacherait pas à une névralgie trifaciale ou cervico-occipitale.
La notion de cause prime le pronostic, comme le diagnostic. L’otalgie ne sera curable que dans les affections de l’appareil dentaii-e, les névralgies faciales et les états généraux sur lesquels a prise un traitement conforme.
Traitement. — 11 doit avant tout s’adressera la cause. L’examen fait par un dentiste et son intervention pourront s’imposer d’abord. On agira pour le mieu.x contre les affections chroniques des premières voies, s’il en existe. A défaut de ces indications, on aura recours aux instillations chaudes dans l’oreille, à l’application de dvSTEX, — Mal. du Larynx. 2e éd. *6
m:\EADIES' DES" OItElEEES'
pointes de feu ou de vésicatoires sur la région raastofdienne ou dans le haut de la région carotidienne, au massage local.
Garnault recommande spécialement le massage par la méthode de Kellgren (vibrations et frictions). Les courants galvaniques sont encoi'e un bon moyen. On mettra le pôle positif dans le conduit auditif et le pôle négatif sur la nuque.
Les médicaments les plus recommandables en l'espèce sont : les sulfate, bromhydrate, chlorhydrate, valérianate quinlques, l’iodure de potassium à haute dose, l’antipyrine, l’aconitine.
Urbantschitsch recommande les inhalations de nitrite d’amyle, dont il s’est très bien trouvé. Il a également obtenu de bons résultats avec la suggestion hypnotique ;
Enfin, quand les crises sont très violentes, on a recours aux injections sous-cutanées de morphine, ou on instille dans le conduit auditif quelques gouttes de la solu¬
tion :
Extrait d’opium . 1 gramme.
Chlorhydrate de cocaïne. . 1 —
Eau distillée . 20 grammes.