CINQUIÈME PARTIE
ASEPSIE ET ANTISEPSIE
EN OTO-RHINO-LARYNGOLOGIE ‘
Notre préoccupation première, dans la pratique, doit être de n’aborder le malade que dans les conditions prescrites par la science la plus l'écente. Pour nous, l’asepsie et l’antisepsie sont naturellement un peu différentes de ce qu’elles doivent être pour les autres spécialités.
Examinons ces deux procédés techniques, offensif et défensif, le premier qui détruit les pathog'ènes parla chaleur et l’autre qui les poursuit avec les agents chimiques. Qu’on ne soit pas surpris si nous nous occupons de minimis, puisque les détails ne pardonnent pas qu’on les oublie.
Nous devons régler notre manière de faire dans deux actes successifs : l’examen et l'opération, et dans chacun, notre attention doit se porter a) sur nous, h) sur le malade, c) sur les moyens d’action (instruments, solutions, etc).
I. EXAMEN DU MALADE. — Dans la salle des examens d’une clinique, le spécialiste doit se vêtir d’une blouse et prendre un tablier. Il procédera tout d’aboTd au nettoyage technique de ses mains et aura près de lui une solution de sublimé à 1/2000 ou d’oxycyanure d’hydrargyre à 5/1000 pour y tremper ses mains avant de prendre les instruments.
Le malade doit se présenter sans préparatipn, car s’il
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se débarrassait du pus qui peut être dans son oreille ou ses fosses nasales, un élément manquerait au diag*nostic.
Pour les instruments, le spécialiste a près de lui une solution de phénosaljl à 2 p. 100 qui détruit les pyogènes et bacilles (de Cbristmas), les instruments sont dans une boîte en verre qui a subi le nettoyage avec une solution de carbonate de soude à 1 p. 100. Une autre boîte de verre contient des carrés de linge stérilisés pour tenir la langue du malade. A portée se trouvent des bocaux d’eau bouillie ou naphtolée ou résorcinée, en vue des injections nécessaires. Ayez encore un chalumeau ou une lampe à alcool pour flamber certains instruments et de l’ouate hydrophile stérilisée.
Dans un cabinet de consultation, la blouse et le tablier seraient de trop, mais conservez tout le reste et soyez d’une propreté rigoureuse. Si, l’exaigen terminé, votre client ne vous voit pas laver vos mains, il en inférera logiquement que vous ne les aviez pas lavées après avoir examiné la personne reçue avant lui.
Certains de nos malades sont des contagieux. Nous avons à nous méfier surtout des syphilitiques et des tuberculeux.
Les syphilitiques, il faut tâcher de les reconnaître aux plaques muqueuses des lèvres, des bords de la langue, et prendre aussitôt des instruments spéciaux désignés par un signe quelconque, tel qu’un manche différent de celui des autres. Il est de règle que chaque malade ait sa sonde d’Itard, de la sorte vous ne risquerez pas d’être accusé d’une contamination. Prenez garde que le syphilitique ne tousse en face de votre figure. 11 y a des observations de chancres contractés de la sorte.
Les tuberculeux auront des instruments spéciaux dans une boîte particulière. Ne causez pas en face avec eux, vous pourriez contracter leur maladie.
Isolez les otites moyennes suppurées. On a produit des observations de contagion (Lermoyez).
IL OPÉRATIONS. — Pour l’intervention chirurgicale, le spécialiste sera dans la tenue classique, manches retroussées, mains longuement désinfectées, passées au permanganate et au sublimé. Proportionnez pourtant
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les préparatifs à l’impoi'tance de l’opération et, n’allez pas à la section d’une luette comme vous iriez à l’ablation d’un larynx.
Le malade'doit être préparé de façon différente, suivant la région à opérer.
Un pharynx sera désinfecté avec des solutions chaudes de résorcine ou d’hydrate de chloral. Chez les enfants, l’eau naphtolée est indiquée, car il est sans inconvénients qu’ils en avalent un peu. Mieux que les gargarismes, les irrigations détergent, surtout si on les pousse jusqu’à
groduire la nausée qui ouvre largement l’arrière-bouçhe.
'n s’assurera que les dents sont en bon état et n’ônt pas, besoin d’être désinfectées.
Un larynx recevra, avant l’intei'vention, des pulvérisations phéniquéesou mentholées à 4 0/0 ou des attouchements de naphtol camphré à 1/2.
Les fosses nasales seront désinfectées avec les poudres d’aristol, de dermatol, ou avec des injections antiseptiques chaudes données- comme il convient, c’est-à-dire sous pression très faible, dans une direction horizontale, et le, sujet respirant par la bouche. Ces irrigations, pratiquées plusieurs, jours d’avance, permettent notamment d’opérer les adénoïdes à froid, par conséquent sans, hémorragies ni autres complications. Sans doute le mucus nasal est bactéricide, mais quand on voit quels paquets de muco-pus font sortir les irrigations, on ne regrette pas d’en avoir nettoyé le champ opéi'atoire. ■
L’oreille doit être particulièrement bien aseptisée surtout quand l’intervention a pour but d’ouvrir la cavité tympanique.
Le conduit auditif sera d’abord injecté, pendant les deux jours qui précéderont, avec une solution de carbonate de soude dans de l’eau bouillie (1 0/0). La veille, on y versera- de l’éther, puis du sublimé, et, avec les mêmes liquides et de l’ouate aseptique on nettoiera le pavillon et les parties adjacentes. Après quoi, on bourre l’oreille externe avec de la gaze iodoformée, qui reste en place jusqu’au moment de l’opération; alors, le nettoyage sera recommencé.
Avant d’intervenir sur une mastoïde, il faut raser largement la. région, sans employer d’abord les ciseaux,
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car ils font des fragments de cheveux dont il est ensuite difficile de débarrasser le champ opératoire. Chez les femmes, la chevelure sera enfermée dans une coiffe de caoutchouc ou dans un bandage-capeline de bandes en tarlatane. Les injections antiseptiques préalables sont spécialement indiquées quand on doitenlever des polypes avec l’anse froide ou la curette ; le fond du conduit est dans ce cas très septique, d’où la possibilité de complications post-opératoires (érysipèles, etc.).
La technique générale pour nos opérations s’inspire des règles connues en chirurgie. Les instruments resteront pendant une heure dans le stérilisateur, porté aune température de 170° ; les pièces de pansement passeront à l’autoclave à 150®.
Quant aux agents thérapeutiques, nous devons repousser ceux qui seraient dangereux ou désagréables pour les cavités, tels le sublimé pour la bouche, l’acide phénique, qui a pu produire de l’intoxication chez les petits enfants, le formol, qui exhale une odeur alliacée.
L’antisepsie post-opératoire est des plus utiles après la trachéotomie. On l’assure par des pansements fréquents de la plaie opératoire, parl’installation d’un spray phéniqué à côté du malade et par des instillations d’huile mentholée à 1/20 dans la canule.
Rappelons-nous que presque toujours les complications viennent de nous et non du malade et que, suivant l’expression du P' Berger, après l’asepsie, l’antisepsie peut compléter le « Cercle de précautions » .
BIBLIOGRAPHIE. — P. Berger, Qu'est-ce que la méthode antiseptique, France médicale, 4 décembre 1896. — Che.\tle, Edinb. med. journ,,^. 596, 1898.