‹ Maladies du larynx, du nez et des oreillesChapitre 205 sur 229 · V. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE L’OREILLE INTERNE · texte numérisé non relu

V. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE L’OREILLE INTERNE

Causes. — L’oreille interne est le plus souvent lésée par action indirecte. Les causes les plus fréquentes sont des soufflets sur l’oreille, des bruits ti'ès violents, des . coups de canon, des coups sur la tête, une chute d’un lieu élevé anienant une fracture de la face ou du crâne.

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Il existe donc deux sortes de causes. D’une part, les fractures du rocher ; d’autre part, l’ébranlement du labyrinthe sans fracture. Dans ces cas, la lésion de l’oreille interne serait le fait d’un refoulement brusque du tym- ' pan, qui, enfonçant la platine de l’étrier dans la fenêtre ovale, déterminerait, dans le labyrinthe membraneux, un ébranlement considérable, suivi de lésions matérielles des extrémités du nerf acoustique. En effet, la surdité complète et persistante qui suit ces accidents ne peut être mise sur le compte de la déchirure du tympan, car ces plaies guérissent facilement et ne gênent qu’imparfaitement l’audition. D’ailleurs, le tympan peut résister et, d’après Politzer, les lésions de l’oreille interne sont, dans ces cas, bien plus graves.

Les fractures de la base du crâne, intéressantle rocher, atteignent fréquemment le vestibule et le labyrinthe ; les malades sont complètement sourds etontle plus souvent des vertiges, de. la titubation, des tintements violents d’oreille.

Enfin on a souvent observé la perte complète de l’ouïe' à la suite d’un ébranlement violent du crâné, sans qu’il y ait fracture. Dans ces cas, l'intégrité de la caisse étant constatée, on est bien forcé d’admettre l’origine labyrinthique de la surdité. Les lésions labyrinthiques ainsi provoquées sont variables : ce peut être une simple commotion des extrémités terminales du nerf acoustique ; on a trouvé à l’autopsie des lésions évidentes ; Toynbee a signalé un épanchement sanguin dans le labyrinthe membraneux et lé limaçon d’un homme devenu sourd à la suite d’un coup reçu sur le crâne. Moos rapporte un cas semblable.

Les surdités traumatiques s’améliorent très rarement. La possibilité delà résorption de l’épanchement sanguin fera réserver le pronostic. La surdité peut être partielle, porter sur les tons bas ou sur les tons élevés, suivant le point lésé du labyrinthe. Schwartze a observé Je cas d’un individu qui perdit subitement la faculté d’entendre les sons aigus sous l’influence d’un coup de sifflet de locomotive. Moos a observé un cas d’abolition de la perception des sons graves.

Traitement. — En présence d’une lésion du labyrin-

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the, le chirurg-ien est bien désarmé. Tout au plus peutil faciliter la résorption d’un épanchement sang’uin.

Il faut surtout prévenir, par un traitement approprié, les complications qui peuvent survenir, et faire en sorte que la lésion s’améliore d’elle-même, à l’abri de tout agent infectieux pouvant venir du dehors.

CpMMOTION LABYRINTHIQUE. — Parmi . les traumatismes de l’oreille, il en est un si caractéristique et si fréquent que nous croyons devoir l’étudier à part.

Il faut entendre par commotion labyrinthique les cas, où, du fait d’un traumatisme direct ou indirect à la tête, l’ouïe est compromise de façon plus ou moins durable. C’est une variété des surdités traumatiques qui fait un « sourd par accident ».

On ne trouve que de rares documents écrits sur la question. Je dois d’autant moins manquer de rappeler l’importante communication deSzenes (deBuda-Pest) (d) sur les lésions traumatiques de l’organe auditif. Un élève de ma clinique, F. Wettervald, a pris la question pour sujet de sa thèse inaugurale, basée sur 12 ob.servations. Celles que j’ai pu recueillir personnellement sont au nombre de 10. Le cas n’est donc pas si rare et si l’on en parle peu c’est qu’il n’a pas intéressé. On peut d’autant plus s’en étonner qu’il se rattache à des questions importantes de médecine légale.

Schématiquement, voici le cas :

Un homme tombe sur la tête ; on le relève en état de commotion cérébrale. Au sortir de son coma, quelques heures ou quelques jours après, il se plaint de surdité et de bourdonnements. Impossible alors de porter un pronostic sur les suites possibles au point de vue de l’audition.

Causes. — Les causes sont diverses. On peut à leur égard faire deux parts des commotions brusques et des commotions chroniques. Dans le premier cas ce sera une chute ou un choc sur la tête, un soufflet appliqué sur l’oreille. Nous avons pu voir, à la Clinique de la Faculté de médecine, un conducteur d’omnibus qui, dans une dis-

(-1) Ve Congrès international d’olologie (Florence, 26 septembre t895).

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cussion avec un voyag-eur, avait reçu de ce dernier une

fifle donnée du revers de la main g-auche sur roreillé roite; immédiatement il eut de la surdité et des bruits qu’il comparait à un g'azouillis d’oiseaux. Quand nous l’avons examiné trois jours après, les bruits cessaient s’il était au calme, mais ils reparaissaient quand il descendait dans la rue. Avec l’otoscope on voyait à la membrane tympanique une petite rupture oblique en bas et en avant. Le soufflet avait atteint l’oreille droite. C’est une exception rare. D’ordinaire c’est l’oreille gauche qui est touchée, puisque c’est surtout la main droite qui envoie la gifle. 11 y a là une notion de quelque importance en médecine légale.

Souvent la commotion est l’effet d’une décharge d’artillerie, surtout pour les servants qui débutent dans l’école à feu, bien qu’il leur soit ordonné de regarder la bouche de la pièce, afin de se présenter obliquement aux vibratioijs sonores. On voit des recrues saigner des oreilles à l’exercice et rester plus ou moins sourds.

J’ai examiné un jeune homme dans ce cas, mais chez lui "le diapason indiquait la participation de l’oreille moyenne. La commotion labyrinthique semblait s’être compliquée d’hémorragie intra-tympanique. Les explosions, celles de dynamite en particulier, commotionnent le labyrinthe. C’est ce que j’ai pu constater sur les trois survivants de l’explosion du boulevard Magenta.

On trouve, dans le travail déjà cité de Szenes, l’observation d’un médecin qui, au cours d’une injection dans l’attique, fut pris de vertiges, vomisseménts, sueurs froides, dyspnée, qui durèrent plusieurs jours et qui ne purent être attribués qu’au choc labyrinthique.

Les commotions chroniques ou répétées se rencontrent surtout dans les professions à marteau, chez les artilleurs de l’armée de terre ou de la flotte. Ceux-ci en sont particulièrement gênés. L’un deux me disait: « Je n’entends plus venir le vent : je ne l’entends plus chanter sa gamme dans les cordages. »

Pathogénie. — Elle peut s’interpréter comme suit : L’ébranlement produit se transmet dans les espaces périlymphatiques par les aqueducs du vestibule et du limaçon, et cet accroissement subit de la pression intra-.

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labyrinthique commotionne les terminaisons du nerf acoustique, surtout si la membrane de la fenêtre ronde est enroidie.

Anatomie pathologique. — Les lésions qui ont été notées dans les nécropsies sont : hémorragies intralabyrinthiques (Toynbee), rupture de la membrane de la fenêtre ronde, destruction des fibres radiales. Dans quelques cas où le syndrome de Ménière s’est montré, l’autopsie a montré que l'extravasation sanguine s’était produite au niveau des terminaisons nerveuses (Politzer, Steinbrugge).

Symptômes. — La clinique de l’affection est assez caractéristique. Nous pouvons y distinguer dés symptômes immédiats ou consécutifs.

Immédiatement, la surdité sera totale ou partielle. Dans ce' dernier cas, elle peut exister pour les sons et non pour les bruits (Brunner). Tel autre aura perdu seulement la perception des sons aigus. On voit le danger s’il s’agit — le cas n’est pas rare — d’un mécanicien desservant une locomotive. Le timbre réel d’une sonorité peut être perçu avec erreur. D’autres blessés se plaindront d’être incommodés par des bourdonnements à caractère musical, par l’exagération de tous les bruits et sons. Un degré de plus et ce sera Thyperacousie douloureuse.

Consécutivement, si les lésions trophiques s’établissent, viennent des maux de tête, des vertiges, des tendances à tomber, à droite ou à gauche, de l’excitation nerveuse, voire même des accès épilepformes.

Diagnostic. — Il n’est pas des plus faciles. Il faut se méfier d’une confusion possible :

1“ Avec une fracture du rocher, qui s’accompagne assez fréquemment de surdité. Cherchez les signes habituels de cette lésion, notamment la paralysie du facial ; voyez dans quel état est la membrane tympanique ;

2° Avec l’enfoncement brusque d’un bouchon de cérumen ignoré du malade. La difficulté est petite, mais bien réelle. •

S" Ne prenez pas une hémorragie intra-tympanique pour une commotion du labyrinthe. Les circonstances étiologiques sont identiques, mais dans le premier cas Castex, — Mal. du Larynx. éd. 49.

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seulement la membrane est roug-eâtre, et le diapason vertex se latéralisé à l’oreille touchée par le traumatisme. Les deux peuvent se combiner du reste ; vous le reconnaîtrez aux données du diapason.

Pronostic. — Il est grave, surtout au point de vue de la fonction auditive. Naturellement, on s'inquiète tout d’abord de la commotion cérébrale, sans songer à celle du labyrinthe qui la complique ; mais quand le trouble cérébral a dispai'u, la surdité et les bruits entotiques persistent, s’aggravant parfois de jour en jour. On pourrait dire, de par cette considération, qu’il n’existe pas de commotion cérébrale légère. Le pronostic auditif doit être réservé. Nous savons d’ailleurs par les études de Kiesselbach que les traumatismes crâniens sont bien plus graves pour l’oreille interne que pour l'oreille moyenne.

Le difficile est de présager la curabilité. Duchenne de Boulogne a conclu de ses recherches que l’exploration électrique du nerf ne permet pas de se prononcer à cet égard.

Médecine légale — Si nous envisageons la commotion du labyrinthe au point de vue de la médecine légale, nous voyons deux questions distinctes :

1" D’abord celle des assurances contre les accidents. La responsabilité du blesseur est amoindrie s’il est établi qu’un peu de surdité ancienne a empêché le blessé d’entendre les signaux. Si vous êtes consulté, engagez votre client à ne pas se presser de signer un règlement, l’avenir de son oreille reste trop incertain.

Ici, comme dans toutes les questions d’assurances-accidents, méfiez-vous des simulateurs, puisqu’il existe une industrie spéciale qui consiste à se porter habilement et sans dangers sous les roues des voitures pour réclamer ensuite une forte indemnité.

Vient ensuite la question de Vouïe chez les employés de chemin de fer. ZwaardemaJcer estime que les signaux sont trop aigus pour l’intégrité de l’oreille, et qu’un examen spécial devrait être fait tous les trois ans des employés du service de la voie, pour la sécurité des voyageurs.

Traitement. — ^ La. thérapeutique n’est guère puissante pour les cas que nous venons d’étudier.

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Il faut le repos général pour éviter les congestions consécutives, et le repos particulier par le silence autour du blessé, parles tampons de ouate dans ses oreilles.

Si des troubles de réaction se déclarent, on a recours aux sangsues sur la région mastoïdienne, à la glace sur la région, à la dérivation intestinale par le calomel.

L’iodure de sodium est indiqué en raison de son rôle résorbant et les courants continus pour leur action trophique .

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