NÉVROSES DE LA SENSIBILITÉ.— Nous y trouvons
a) Anesthésie du larynx. — Elle se rencontre chez les hystériques, à la suite de la diphtérie, -chez les paralytiques généraux, dans certaines tumeurs de la base du crâne, ainsi que dans la phase agonique. L’épiglotte reste immobile et dressée. La muqueuse ne réagit plus contre l’introduction d’un stylet recourbé et l’épiglotte laisse le bol alimentaire tomber dans le vestibule laryngien. C’est même une manièi'e de mourir pour quelques
Earalytiques généraux. Dans ces cas, il faut recourir à i faradisation de la région et même à la sonde œsophagienne à demeure, pour éviter la chute des aliments dans la cavité laryngienne.
h) Hyperesthésie du larynx. — Elle produit surtout la toux nerveuse, qui est quinteuse ou aboyante. Cet état peut aussi déterminer le vertige ou ictus laryngé, dans lequel le malade pousse un cri et tombe sans connaissance (Charcot, Krishaber), mais un bon nombre d’ictus laryngés relèvent du tabès.
NÉVROSES DU LARYNX
c) Paresthésie du larynx. — Elle consiste g-énéralement'dans une sensation de corps étranger qu’accusent les malades et qui disparaît pendant les repas.
d) Névralgie du larynx. — Elle est rare. Le plus souvent il existe une lésion cachée qui explique la douleur. J’appellerai l’attention sur la névralgie spéciale du nerf lai'yngé supérieur, au point où il s’éparpille en un bouquet de rameaux en pei’forant la membrane thyro-hyoïdienne. Trois fois déjà j’ai observé bien nettement cette variété de névralgie. Qu’on appuie fortement au-dessous de Tos hyoïde, à égale distance de son milieu et de sa petite corne, on provoquera chez les malades une douleur tout à fait comparable à celle que détermine la pression sur les bouquets sus et sous-orbitaires, en cas de névralgie faciale.
Ces trois dernières névropathies sont justiciables dés moyens généraux, bromures à l’intérieur et hydrothérapie,
II. NÉVROSES DE LA MOTILITÉ. — Selon qu’il y aura exagération ou diminution de la motricité, on àivd.hyperkinésie ou hypokinésie.
1» Hyperkinésies ou spasmes. — Ils consistent en une contraction des muscles constricteurs de la glotte et comme ces muscles interviennent dans deux actes différents, la respiration et la phonation, les spasmes se divisent naturellement en respiratoires et phonatoires.
A. Spasmes respiratoires. — Parmi les spasmes respiratoires, figurent d’abord :
a) Le spasme glottique des enfants (larjngisme striduleux, asthme de Knopp, asthme thymique), qui se rencontre dans le premier âge, sous l’influence d’un état général mauvais, du rachitisme, de végétations adénoïdes, d’unefrayeur, de la dentition, de vers intestinaux. L’accès survient le jour aussi bien que la nuit. Brusquement la respiration s’arrête, le visage bleuit, puis, quelques secondes après, l’inspiration se rétablit peu à peu. Mais l’apnée peut être définitive et l’enfant succomber. Souvent des évacuations d’urine ou de matières fécales se produisent en même temps. Ces accès peuvent se reproduire plusieurs jours de suite. On cherchera la cause pour in.stituerlem.eilleu,r traitement. La révulsioa chaude
sur le devant du larynx, avec une éponge ou une flanelle imprégnée d’eau chaude, reste un bon moyen d’urgence. b) Le spasme glottique des adultes, que l’on observe
fénéralement dans les compressions récurrentielles par es anévrysmes de la crosse aortique, des tumeui's bénignes ou malignes du médiastin, des adénopathies et des goitres. La contracture est souvent unilatérale. On l’observe aussi dans le tabes, où Féréol la décrivit pour la première fois (1868). Ce trouble, encore désigné sous les noms d’ictus laryngé, ou vertige laryngé, a été bien étudié depuis par Krisbaber, Fournier, Charcot et Oppenheim. Brusquement, le malade éprouve une sensation insolite au larynx (prurit, constriction), puis la glotte se ferme plus ou moins complètement, l’air inspiré
Produisant un sifflement. Le visage, cyanosé, exprime épouvante, mais peu à peu les inspirations deviennent plus faibles et la crise cesse. Parfois elle se complique d’autres troubles : éternuements réitérés, vomissements, évacuations d’urine ou de matières fécales, vertiges et pertes de connaissance, spasmes de tous les muscles thoraciques. Ces crises se répètent avec une fréquence variable, annonçant le début de l’évolution tabétique et très comparables aux crises gastriques, vésicales ou autres de cette affection. Plus elles se reproduisent et plus elles se montrent graves. Ordinairement elles coïncident avec des paralysies musculaires du larynx. L’hystérie provoque aussi des spasmes glottiques. Le sujet commence par éprouver une sensation de strangulation au larynx et finit souvent par l’attaque d’hystérie caractérisée. Quelques autres circonstances peuvent encore déterminer le spasme glottique : épilepsie, méningites, affections nasales, telles que myxomes ou végétations adénoïdes (Coupart).
Le traitement de ces divers spasmes consiste : en révulsions chaudes sur le devant du cou, en inhalations de chloroforme ou d’éther. La morphine, les bromures, et surtout la cocaïne en application locale parviennent à calmer quelques-uns de ces spasmes ; de même les antisyphilitiques, s’il s’agit d’un tabes de cette nature. L’intubation et la trachéotomie sont les ressources ultimes, très indiquées quelquefois.
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B. Spasmes phonatoires. — Ils se produisent soit à l’inspiration, soit à l’expiration.
A l’inspiration, ce seront des hoquets, des sang-lots, des aboiements qui peuvent devenir contagieux, des cris de coq, toutes sortes de tics fréquents chez les hystériques et qui cessent dans le sommeil ou si le sujet se met à parler. Ce trouble est souvent très tenace et rend hypochondriaques les sujets qui en sont atteints.
A l’expiration, c’est la toux dite nerveuse, caractérisée par deux ou trois secousses, sèche, revenant à chaque expiration et pouvant durer toute une journée.
Enfin la chorée, la paralysie agitante, la sclérose en plaques amènent quelquefois des troubles fonctionnels laryngés ; clonismes convulsifs compliqués, pour la sclérose en plaques, de monotonie de la voix.
La nature de ces troubles indique leur traitement.
2° Hypokinésies, ou paralysies, ou laryngoplégies. — Elles sont plus habituelles. Voyons d’abord leurs caractères principaux et distinctifs. Puis nous verrons leurs diagnostic et traitement.
Symptômes. — Les paralysies peuvent être complètes ou incomplètes (parésies), bilatérales ou unilatéi-ales.
A. Paralysie du nerf laryngé supérieur. — On l’a notée surtout à la suite des laryngites à frigore. La paralysie du muscle crico-thyroïdien, qui tend les cordes vocales en rapprochant les cartilages cricoïde et thyroïde, fait que la voix devient voilée et même rauque. Le laryngoscope montre les cordes détendues, laissant entre elles un espace fusiforme. Morell-Mackenzie a signalé que leurs bords libres peuvent être ondulés à cause du relâchement de la muqueuse (fig. 88).
B. Paralysie du nerf laryngé inférieur ou récurrent. — Plusieurs variétés peuvent être isolées dans ce groupe:
a) Paralysie des adducteurs (fig. 89). — On l’a vue chez les hystériques, dans les intoxications par le plomb etl’arsenic, à la suite de la fièvre typhoïde (1), dans quelques compressions récurrentielles. Les cordes restent très écartées les unes des autres. Le malade est tout à fait aphone, mais s’il tousse ou se met à rire, l’excès de la
(1) Boülay et Mendel, Archives de médecine, décembre 1894.
Castex. — Mal. du Larynx. 2e édit. H.
tension aérienne arrive à faire vibrer et résonner les bords libres des cordes. Si la paralysie est unilatérale, la corde indemne peut dépasser le plan médian pour venir à la rencontre de l’autre. La paralysie isolée des adducteurs est niée par quelques laryng-ologistes, par Félix Semon (1), entre autres, qui dit n’en pas exister d’observation authentique. En outre, si les abducteurs et adducteurs sont atteints de paralysie passagère, les premiers sont les plus longs à recouvrer leur contractilité.
La paralysie peut ne porter que sur Y ary-aryténoïdien ■ [Türck, Elsberg (deNew-York)] (fig. 90) ; seule alors la
Eortion postérieure intercartilagineuse de la glotte reste éante dans les efforts de phonation.
h)Paralysie des abducteurs (fig. 91). — Elle est beaucoup plus fréquente, car, ainsi que le fait remarquer Semon, les abducteurs sont souvent les premiers et les seuls atteints. L’origine en est centrale, ou les récurrents sont comprimés. Boulay et Mendel signalent également la paralysie des abducteurs dans la syphilis tertiaire, qu’il y ait pachyméningite ou sclérose centrale. Quelques laryngoplégies compliquent la lésion traumatique ou chirurgicale des récurrents. Nous venons d’observer un jeune hcpnme, chez lequel l’immobilisation de la corde gauche en adduction ne pouvait être expliquée que par
(1) Semon (F.), British medical Journal, 1898, l®r janvier, p. 1.
NÉVROSES DU LARYNX
l’influence du froid. Jobson Home a observé une parésie unilatérale dans un cas de syring-omyélie. Druault en signale un autre cas.
Les cordes étant en adduction constante (fig. 91), la voix est indemne, mais la respiration est plus ou moins dyspnéique, surtout au moment de l’inspiration qui applique les cordes entre elles, et il faut en venir quelquefois à la trachéotomie. Ch. Fauvel a appelé l’attention
sur l’haleine alliacée de ces malades ; il l’expliquait par la fermentation des sécrétions qui s’arrêtent sur la face supérieure des cordes vocales, faute d’une ventilation suffisante.
Dans quelques cas, on peut se demander si l’adduction permanente de la corde est due à une paralysie des abducteurs ou à une contracture des adducteurs. Si la corde paraît détendue, excavée sur son bord libre, si l’aryténoïde s’incline en avant, on peut conclure à la paralysie. Le larynx est alors aphone, car les cordes ne peuvent venir au contact l’une de l’autre. Si au contraire il s’agit de contracture, la voix est intacte.
Un type fréquent, c’est le type récurrentiel unilatéral (fig. 92), ou la corde gauche est en adduction permanente et où l’aryténoïde correspondant est incliné en avant, sur un plan plus antérieur que son homologue.
Sur un relevé de 150 cas de paralysie récurrentielle, Avellis a noté :
24 anévrysmes thoraciques,
14 g-oitres,
7 tuberculoses du poumon droit,
7 adénopathies cervicales,
5 tumeurs de rœsophage.
P. Rangé signale un cas de paralysie du récurrent dans un mal de Pott cervical. Lermoyez en a observé un à la suite de la rougeole par induration des ganglions bronchiques.
A titre d’étiologie exceptionnelle, on peut mentionner un cas de paralysie des muscles crico-aryténqïdiens postérieurs par névrite blennorrhagique des récurrents (Lazarus)(l). Quelques paralysies sont de cause toxique ; saturnisme, arsénicisme (Heymann). D’api'ès Semon, la paralysie des abducteurs passe par deux phases : dans la première, la corde vocale se tient en position cadavérique ; dans la seconde, les adducteurs se contracturent rendant permanente l’attitude phonatoire. Si alors la paralysie est unilatérale, il n’y a pas trouble respiratoire, le dilatateur du côté opposé ouvrant suffisamment la moitié correspondante de icL giuiLc. ±jaLxo ic udues, on peut voir la paralysie des abducteurs compliquée secondairement de contracture des adducteurs [Pel (d’Amsterdam)].
c) Paralysie des tenseurs ou paralysie des cordes mêmes. — Nous y retrouvons tous les caractères de la paralysie du laryngé supérieur, l’effet étant le même sur les cordes vocales.
d) Paralysie totale ou état cadavérique. — Les cordes
(1) L.4ZARUS, Paralysie des crico-aryténoïdiens postérieurs dans la blennorragie. Berlin, 1896.
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se tiennent en position intermédiaire à l’adduction et à Tabduction.
Natier et Thomas (1) ont pu examiner après la mort le récurrent et les muscles paralysés d’une femme qui avait eu une adduction permanente unilatérale par anévrysme de la crosse. Dans le récurrent, les fibres à myéline avaient disparu ; en quelques points, il y avait prolifération nucléaire ; dans les muscles, il y avait diminution très sensible des fibres musculaires.
é) Paralysie hystérique. — Lorsque la voix est éteinte sous l’influence de l’hystérie, l’ensemble des parties molles intralaryngées peut présenter un relâchement dont la fig-ure 93 est un exemple pris sur nature.
Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic des para- Ivsies laryng-ées n’est pas (fifficile pour qui sait manier le larjng-oscope. Encore faut-il une certaine attention pour bien voir sur quelle corde porte la paralysie et sur quelle espèce de muscles. Il faut être prévenu que quelques Eio- 93. — Larynx atteint sujets ont naturellement d’aphonie hystérique, l’axe de la glotte oblique,
ce qui pourrait de prime abord faire croire à une paralysie unilatérale. On évite cet écueil en constatant que, malgré cette obliquité, les deux cordes exécutent tous leurs mouvements physiologiques.
On ne confondra pas une paralysie des adducteurs avec l’infiltration aryténoïdienne qui tient les cordes écartées, ni avec une ankylosé des articulations cricoaryténoïdiennes.
La rupture d’une corde que l’on a pu observer dans un effort vocal, chez des ténors par exemple qui cherchaient à donner Yut dièze, se distingue par une irrégularité du bord libre avec ecchymose sous-muqueuse.
(1) Natier et Thomas, Bnll. de la Soc. anatomique, 18T6, p.468.
MALABIES DU LARYNX
On ne confondra pas certaines parésies laryngées avec \aLneurasthé7iie laryjigée (Peyre, Porcher, Castex), affaiblissement de la voix observée chez quelques sujets fatigués.
Le p7'onostic est grave, car d’une manière générale ces paralysies sont persistantes.
Traitement. — Le traitement comporte des moyens généraux et locaux.
Parmi les premiers ; l’hydrothérapie, l’administration des bromures, do la strychnine :
Strychnine . .0 gr. 10
Conserves de roses rouges . 2 grammes.
Pour 24 pilules, 2 par jour.
La suggestion vient facilement à bout des paralysies hystériques, Malioutine propose l’emploi de diapasons correspondant à la voix habituelle du sujet et qu’on fait vibrer sur la poitrine pour provoquer des vibrations dans les cordes.
Comine moyens locaux, se recommandent surtout : les courants électriques induits, appliqués à l’intérieur, on,
S lus aisément et non moins efficacement, à l’extérieur U larynx. Le massage vibratoire agit bien dans certains cas. S’il était démontré qu’il s’agit d’une névrite récurrentielle, des pointes de feu ou des vésicatoires sur le trajet du nerf seraient indiqués.
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NÉVROSES DU LARYNX
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