I. — RHINO-HYDRORRHÉES
Un premier type est caractérisé par des sensations d’irritation dans le nez, fourmillements, éternuements,
(1]J. ]\IouNiÉ, De l’hydrorrhée nasale. Rapporté la Société fmnçaise d’oto-rhino-laryngologie, Paris, 1901.
bientôt suivis d’un flux abondant et prolongé émanant de la pituitaire. La perte quotidienne de liquide peut s’élever à près d’un litre (Bosworth). Dans un cas de Poulson, l’écoulement durait toute la journée, persistait jusqu’à deux heures du matin et cessait quand le malade s’endormait, pour reprendre au réveil. Un de mesmalades était souvent réveillé la nuit par un flux subit,qui mouillait ses joues et son cou. A la suite de ces pertes il | souffrait de maux de tête, avait dans les deux fosses nasales une odeur de cuivre et se sentait très affaibli.
J’ai noté cette prostration après la crise dans beaucoup de mes observations. Les phénomènes d’irritation du début s’atténuent à mesure que l’écoulement s’établit.
Le liquide qui s’écoule est transparent, légèrement visqueux. Sa densité moyenne est de 1,006. 11 contient un peu de matière protéique coagulable par la chaleur, ne réduit pas la liqueur de Fehling. Les matières inorganiques, dans la proportion de 0,8 0/0 environ, sont représentées par du chlorure de sodium, du phosphate et du carbonate de chaux.
Les rhinoscopies antérieure et postérieure montrent une muqueuse flasque, affaissée, pâle, comme macérée, lavée. Sa sensibilité est très émoussée. On peut la toucher avec le stylet coudé sans provoquer de réflexes. Quand l’hydrorrhée dure depuis longtemps, on peut voir, principalement sur le cornet inférieur, de l’hypertrophie polypoïde mollasse, sur laquelle la cocaïne reste sans effet vaso-constricteur.
Causes. — On n’est pas encore très fixé sur les conditions étiologiques de cette variété. On a pourtant remarqué que les nerveux et les arthritiques, les lymphatiques et les anémiques, les hépatiques et les paludéens,
J sont plus exposés. L’action du froid et les impressions morales se montrent comme causes occasionnelles.
Anatomie pathologique. — La pituitaire de ces hydrorrhéiques a été examinée par Chatellier en 1887, par Brindel et Berbineau en 1898.
Chatellier a vu la membrane basale de la pituitaire perforée par des canalicules qui viennent s’ouvrir en entonnoir à la face interne du revêtement épithélial. L’extrémité profonde de ces canalicules se continuait
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avec les lymphatiques dilatés et multipliés des couches superficielles de la muqueuse.
Brindel a noté la disparition des g-landesjdans la moitié des cas environ. Sur une muqueuse coupée en plein fonctionnement, il a vu la multiplication considérable des vaisseaux sang-uins, la dilatation des veinules, quelques extravasations sanguines et l’accumulation de cellules rouges, au voisinage de l’épithélium.
Pathogénie. — Les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces écoulements abondants et prolongés.
1° Bosworth admet une paralysie du sympathique cervical supérieur ou du trijumeau selon les cas, car il considère que ces deux nerfs ont une action modératrice sur la sécrétion nasale. Une autopsie d’Altaus a montré en effetla coïncidence d’une paralysie du trijumeau avec une hydrorrhée nasale. J. Mackenzie et Sajous se sont ralliés à cette interprétation. Mais l’action que ces auteurs accordent au sympathique et au trijumeau n’est pas con firmée par les sections expérimentales de ces nerfs qu ne s’accompagnent nullement d’hydrorrhée.
Avec Fink, Lermoyez admet qu’il s’agit d’une hypersécrétion glandulaire. Elle est le résultat d’une excitation anormale des filets vaso-moteurs sécrétoires et sensitifs contenus dans le nerf maxillaire supérieur. A Fappui de sa théorie, Lermoyez invoque l’hydrorrhée nasale expérimentale produite parla muscarine., qui, d’après tous les physiologistes, agit sur le système nerveux glandulaire. On peut objecter que la faible teneur du liquide en mucine ne va guère avec l’idée d’une sécrétion glandulaire et que le microscope montre d’ailleurs la presque disparition des glandes.
Pour Chatellier, le flux nasal serait une extravasation lymphatique par les canalicules perforants de la membrane basale, que ses examens microscopiques lui ont fait voir.
Enfin J. Molinié se rallie à l’idée d’une simple exosmose séreuse liée à une hypertension vasculaire dans la muqueuse nasale. En raison de la continuité de l’écoülement, des dilatations veineuses révélées par le microscope, ce doit être une vasodilatation passive, et la cause de cette paralysie des vaso-constricteurs lui paraît devoir
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être rattachée à des lésions du g'anglion de Meckel ou des nerfs sphéno-palatin et palatin postérieur. Il admet encore comme possible que, dans certains cas, le flux soit simplement explicable par l’altération de la muqueuse même.
Diagnostic. — Cette rhino-bydrorrhée doit être disting-uée de quelques troubles similaires :
1° Des flux nasaux d’ordre réflexe, que le point de dé- 1 part du réflexe soit nasal (poussières, corps étrangers, polypes) ou qu’il soit extra-nasal (impression de froid aux pieds, à la tête chez les chauves). Chez les personnes âgées, ce phénomène constitue « la roupies ». Ces écoulements réflexes se font goutte à goutte et n’empèsent pas le mouchoir;
2» Des rhinites spasmodiques, à accès paroxystiques ■tels que l’asthme des foins. Qu’elles soient périodiques ou non, elles se caractérisent par l’accès qui a une durée limitée et par les intervalles de repos qui séparent les crises ;
3° Des hydrorrhées médicamenteuses que produit l’administration de la muscarine, de l’iodure de potassium.
Traitement. — Il faut voir d’abord s’il mexiste pas de lésions qui entretiendraient l’hydrorrhée. Trouve-t-on des hypertrophies polypoïdes myxomateuses, on les attaque avec le galvano-cautère. La turbinotomie partielle peut être indiquée, et même, si on se trouvait en. présence d’une hypertrophie flasque diffuse, on procéderait à la décortication totale des cornets. « La muqueuse dégénérée n’a droit à aucun ménagement » (Molinié).
Les topiques locaux peuvent être utiles : telles les injections astringentes au sulfate de zinc, à l’acide gallique, au tanin.
L’emploi combiné de la strychnine et de l’atropine, conseillé par Lermoyez, atténue souvent l’hydrorrhée, parce que l’atropine modère l’hypersécrétion et la strychnine excite les nerfs vaso-constricteurs.
Sulfate d’atropine. . . 1/4 de 'milligramme.
Sulfate de strychnine . 2 milligrammes.
Pour un granule. En prendre un par jour, pendant une semaine, puis deux pendant la deuxième semaine.
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Nous avons maintenant l’adrénaline, qui devra être essayée.
Les courants continus ont donné quelques succès.
Enfin puisque, comme nous l’avons vu dans l’étiolog'ie, le tempérament et la constitution jouent un certain rôle, on combattra le nervosisme, l’arthritisme, le lymphatisme, lepaludisme, etc., par les moyens appropriés.