II. - CRANIO-HIDRORRHÉES
Cette variété consiste dans l’écoulement par le nez, de liquide céphalo-rachidien.
Saint-Clalr-Thomson dénomme ce phénomène : rhinorrhée cérébro-spinale, et Freudenthal : craniorrhée.
Hug’uenin et Trousseau avaient siig-nalé des cas de guérison d’hydrocéphalie par évacuation nasale de liquide céphalo-rachidien, mais c’étaient là des écoulements passagers. Tillaux semble bien être le premier qui ait reconnu un écoulement persistant. Saint-Clair- Thomson a consacré à l’affection, une importante monographie (1). Le nombre des cas indiscutables est actuellement de vingt-un (Molinié).
Etiologie. — Les cas se divisent en ; traumatiques et spontanés.
1“ C’est Bildoo qui a signalé le premier, vers 1650, l’i-ssue du liquide céphalo-rachidien par les narines, à la suite d’un traumatisme. Le choc a porté ordinairement sur la tête ou la racine du nez et l’écoulement doit être considéré comme le signe d’une fracture de la base du crâne, au niveau de l’ethmoïde. Il peut être parfois précédé d’hémorrhagies nasales. Limpide comnie de l’eau de roche, il flue goutte à goutte par une seule narine et son abondance peut dépasser un 1/2 litre en 24 heures. Il a pu se prolonger pendant un mois. Le liquide peut s’échapper à la fois par le nez et une oreille (Camerop, VTeusse). Dans ce cas, l’écoulement ne se faisait par l’oreille que lorsque le blessé se plaçait horizontalement,
(1) Saint -Clair-Thomson, The cérébro-spinal fluid, its spontaneous escape from the nose. London, 1899.
MALADIES DU NEZ
en même temps il cessait du côté du nez. Dans une observation de Tillaux, l’écoulement s’était produit à la suite d’ablation de polypes muqueux qui avait dû arracher un fragment d’ethmoïde.
2° Les cranio-hydrorrhées spontanées s’observent surtout de 20 à 30 ans. Les malaaes appartiennent plutôt à la classe pauvre (domestiques, portefaix). Dans les antécédents, on trouve quelques cas d’hydrocéphalie congénitale ou acquise. Koerner a noté la coïncidence avec la cyphose.
Symptômes. ; — La cranio-hydrorrhée est très généralement précédée de troubles prémonitoires variables.
C’est principalement de la céphalée ancienne ou récente. La douleur peut être atroce, au point d’inquiéter le malade pour sa raison (Freudenthal). Elle est diffuse ou siège à la racine du nez, à la région frontale, surtout du côté de l’écoulement. Cette douleur va en augmentant jusqu’à ce que, l’issue du liquide se produisant, survienne un soulagement immédiat.
Plus rarement ce sont des manifestations du côté de la vue : rétrécissement du champ visuel, diminution progressive de l’acuité visuelle.
Plus rarementencore,la cranio-hydrorrhée est précédée de crises d’hystérie ou d’épilepsie, de vomissements, etc.
La cranio-hydrorrhée se montre sous forme d’un écoulement de liquide limpide, se faisant goutte à goutte par une narine et pouvant persister pendant des mois et des années.
Le malade prend l’attitude d’une personne atteinte d’épistaxis, la tête penchée en avant et le mouchoir sous le nez. Quelques-uns préfèrent tenir leur tête renversée en arrière et quand une certaine quantité de liqiudc s’est accumulée en arrière ils la crachent d’un seul jet. Le liquide tombant dans la bouche y produit un goût salé. Pour dormir, les malades se couchent sur le côté, la tête fléchie en avant, afin que le flux ne se fasse pas dans la gorge, ce qui empêcherait le sommeil.
Le malade n’éprouve qu'un léger prurit dans ses fosses nasales ou une sensation de froid au bout du nez. Ce liquide n’empèse ni ne tache le linge.
Presque toujours la cranio-hydrorrhée est unilatérale
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et généralement à gauche, dans la proportion de 70 0/0, sans qu’on puisse expliquer cette prédominance.
Il peut y avoir des intermittences ou des alternances (Leber), l’écoulement se faisant tantôt à droite, tantôt à ffauche.
Le malade perd en moj^enne 300 gr. de liquide par jour, mais le chiffre peut aller jusqu’à deux litres (Nothnagel).
Les émotions ou les, fatigues physiques font augmenter la quantité rejetée. Elle augmente sensiblement, si le sujet incline la tête en avant au point qu’on a vu le nez couler « comme un robinet ouvert. »
Troubles concomitants. — Dans la moitié des cas environ, d’autres manifestations s’ajoutent à l’écoulement.
Ce peuvent être des troubles de la motilité consistant presque exclusivement en paralysies des nerfs crâniens. : moteurs oculaires, facial. Des troubles de la sensibilité : névralgies faciales, torpeur, ou au contraire excitation cérébrale, crises épileptiformes ou hystériformes, convulsions, vomissements et vertiges.
Il y a encore des troubles sensoriels : diminution de l'acuité visuelle, pouvant aller jusqu’à la cécité absolue
Sar atrophie de la papille, exophthalmie, myosis ou datation de la pupille, nystagmus, strabisme.
La perte de l’odorat n’est signalée que dans quelques observations, coïncidant avec des troubles gustatifs.
Du côté des oreilles, il y a bruits subjectifs, surdité. Celle-ci semble due à une compression d’un nerf auditif, car on l’a vu disparaître au mom ent où venait l’écoulement.
Enfin il y a quelques cas d’affaiblissement intellectuel, mais pas de troubles mentaux.
Bien différente de ce qu’elle est dans la rhino-hydrorrhée, la muqueuse se montre au microscope d’un rouge sombre, tuméfiée et vascularisée. En mettant le malade dans la position de Kilian, c’est-à-dire la tête Inclinée sur la poitrine, tandis que l’observateur se place en contrebas, on peut voir, comme Freudenthal et Saint-Glair- Thomson, le liquide s’accumuler dans la zone olfactive.
Marche. — Durée. — Terminaison. — L’écoulement persiste en subissant parfois des intermissions plus ou
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moins longues, pendant lesquelles les phénomènes g'énéraux et la céphalée notamment empirent.
L’affection peut ainsi se prolonger de manière indéfinie. Dans un cas de Sheppegrell, elle persista pendant neuf années consécutives.
La guérison a été constatée, mais, dans la moitié des cas, l’affection aboutit à la mort et le plus souvent par complications cérébrales.
Composition du liquide. — Incolore, inodore, de saveur salée, car il est riche en chlorure de sodium. La mucine fait complètement défaut. Il réduit la liqueur de Fehling par l’ébullition. Cette réaction est due à la présence delà pyrocatéchine, substance de saveur piquante, qui cristallise en fines aiguilles et qui, selon Halléburton, est caractéristique d’un Hquide céphalo-rachidien. Saint- Clair Thomson atrouvé ce liquide stérile sans micrococus.
Pathogénie. — Plusieurs auteurs expliquent le phénomène par une ouverture existant entre le crâne et les fosses nasales : ouverture congénitale ou acquise. C’est ainsi que Tillaux admet l’arrachement d’une partie de la lame criblée dans l’ablation de myxomes.
Mais les autopsies n’ont pas souvent montré cette ouverture (uniquement dans le cas de Guntz). De là, la valeur de la théorie anatomique qui s’appuie sur les communications diverses que les récents travaux des anatomistes ont montré entre le cerveau et le nez.
a) Gaines périnèurales de Schwalbe, Key et Retzius;
h) Voies lymphatiques, qui mfettent en communication l’espace arachnoïdien avec les canaux Ij’^mphatiques de la pituitaire;
c). Prolongement de la dure-mère au niveau des trous de la lame criblée.
Alors, qu’il y ait pléthore du liquide céphalo-rachidien pour une cause ou une autre, il s’échappera par les voies qui lui sont offertes, d’où l’hydrorrhée et la décompression du cerveau s’accuse par la cessation des phénomènes cérébraux, céphalée et autres.
Pronostic. — Il est grave car ce trouble procède généralement 4 affections cérébrales dangereuses et la statistique montre 50 0/0 de décès.
Traitement. — Il est prudent de ne pas combattre cet
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écoulement qui apparaît comme une décharg-e de l’hypertension cérébrale. Les pulvérisations ou injections risqueraient d’amener des infections (Saint-Clair Thomson).
L’iodure de potassium pourrait être indiqué contre certains états encéphaliques ; de même une intervention chirurgicale, en cas de tumeur cérébrale.