‹ Maladies du systáeme nerveuxChapitre 34 sur 73 · Charcot. lot: cit., p. 15G · texte numérisé non relu

Charcot. lot: cit., p. 15G

avait été suivie d'un tel affaiblissement de la croissance des os, que le membre correspondant, examiné deux ans après la guérison de la paralysie, était plus court que l'autre membre de cinq centimètres .

Les changements éprouvés par la circulation dans les membres frappés de paralysie atrophique de l'enfance expliquent facilement le refroidissement qu'on y constate. Sous l'influence de la diminution du calibre des artères, le sang n'est plus poussé avec une force suffisante dans les vaisseaux capillaires, et il en résulte un ralentissement du passage du sang au travers de ces vaisseaux : il se produit ainsi une stagnation relative dans les réseaux capillaires de la peau et dans les veinules cutanées. L'apport moins actif de calorique, par suite de la réduction de l'irrigation sanguine artérielle et, d'autre part, la déperdition plus grande de chaleur, qu'entraîne nécessairement la stagnation du sang dans les capillaires cutanés, donnent clairement la raison du refroidissement des membres atrophiés. Cet état de la circulation permet de se rendre compte facilement aussi de la teinte rouge sombre, souvent cyanosée, que la peau présente alors si souvent.

Nous ne connaissons pas l'état de la circulation, pendant la durée des accidents initiaux, dans les régions du corps qui doivent être atteintes de paralysie atrophique. Lorsqu'on examine ces régions, quelques jours après que la paralysie s'y est déclarée, on y constate déjà, comme l'a vu Duchenne (de Boulogne), un abaissement de température.

Nous avons vu que les muscles, en même temps qu'ils perdent leur contractilité, deviennent bien moins sensibles que dans l'état normal. Cette insensibilité relative des muscles est déjà très frappante peu cle jours après le début de la maladie : les courants faradiques, même assez intenses, sont facilement supportés lorsqu'on les fait passer au travers des muscles paralysés, tandis que l'on provoque des pleurs et des cris, lorsqu'on faradiseles muscles sains avec des courants d'une moindre intensité.

La faradisation de muscles dont la contractilité est abolie donne les mêmes résultats dans des cas d'une tout autre sorte, par exemple dans le cas de paralysie saturnine des extenseurs de la main.

L'insensibilité des muscles, dans de telles conditions, ne peut guère s'expliquer que si l'on admet ou bien que les fibres

nerveuses sensilives des muscles s'altèrent en même temps que les fibres nerveuses motrices ; ou bien que les sensations pénibles provoquées par la faraclisation des muscles sont dues à la contraction même des faisceaux musculaires primitifs.

Examinons la première hypothèse. Les fibres sensitives clés muscles proviendraient-elles, comme les libres musculomotrices, des cellules des cornes antérieures et seraient-elles entremêlées aux fibres des racines antérieures? Une pareille question n'a môme pas de raison d'être, puisque la physiologie expérimentale a prouvé que les racines antérieures ne contiennent pas d'autres fibres sensitives que des fibres récurrentes. Mais s'il restait des doutes, on pourrait les dissiper, en rappelant les résultats de l'expérience suivante : Si l'on sectionne, sur un chien ou un autre mammifère curarisé et soumis à la respiration artificielle, toutes les racines antérieures des nerfs rachidiens destinés à l'un des membres postérieurs, on peut constater, soit a l'aide des mouvements des iris, soit au moyen des réactions hémodynamométriques, que la faraclisation des muscles provoque encore de la douleur. Des excitations du même genre, portant aussi sur les muscles, mais après section isolée de toutes les racines postérieures des mêmes nerfs, ne donnent plus lieu à aucune manifestation de douleur.

Les fibres sensitives des muscles sont donc conduites à ces organes par les racines postérieures. Or, ces racines ne sont pas altérées clans le cas de paralysie atrophique de l'enfance. Pourquoi donc la faraclisation ne produit-elle plus de douleur, lorsqu'elle porte sur les muscles en voie d 'altération atrophique? 11 se pourrait que les fibres sensitives des muscles, contenues dans les racines postérieures, fussent paralysées, quoique non altérées, puisque l'intégrité de leur structure dépend de la persistance de leurs relations normales avec les cellules des ganglions spinaux et qu'elles pourraient rester saines alors même que les éléments récepteurs des impressions musculaires, dans la moelle, seraient profondément altérés. Mais il est à peu près certain qu'il n'en est pas ainsi. Les muscles qui viennent de perdre leur contractilité farado-musculaire et dont la faradisation n'excite plus de sensations pénibles ou douloureuses ont conservé sans doute leur sensibilité et nous sommes ainsi conduits à adopter le second mode d'explication.

Je crois donc que fou peut, sans choquer aucune vraisem-

blance physiologique, attribuer les douleurs ou les sensations désagréables que fait éprouver la faradisation, dans la profondeur de la région électrisée, à la contraction musculaire ainsi provoquée. Cette contraction détermine probablement dans les fibres nerveuses sensitives des muscles une irritation particulière du même genre que celle qui est si douloureuse dans le phénomène de la crampe. Dès que la contractilité musculaire ne peut plus être mise en jeu par l'électricité, les sensations dont il s'agit ne peuvent plus se produire et la faradisation ne provoque plus sans doute, dans les muscles dont la propriété physiologique est abolie, qu'une impression vague et relativement légère.

Si la sensibilité musculaire, du moins celle qui donne lieu aux sensations provoquées par l'électrisation, est abolie en même temps que la contractilité, il n'en est pas de même de la sensibilité générale et de la sensibilité de la peau. Ces sensibilités sont absolument intactes dans presque tous les cas et cela est bien d'accord avec ce que nous savons de l'état de la moelle épinière et des racines postérieures des nerfs rachidiens.

La persistance de la sensibilité de la peau est, comme on'le sait, une condition défavorable à la production de lésions trophiques cutanées. Si l'on ajoute que la nutrition intime de la peau n'est pas soumise à l'influence des éléments cellulaires des cornes antérieures de la substance grise médullaire et qu'elle n'est régie dans une certaine mesure, que par d'autres éléments de la substance grise de la moelle et par les ganglions spinaux, on comprendra sans peine pourquoi, dans la paralysie atrophique de l'enfance, les lésions trophiques de la peau sont si rares.

^ Un mot enfin de l'état normal de la miction et de la défécation dans cettemaladie. Comme c'est là un fait qui a été observé même dans des cas où la paralysie était généralisée, au début, il peut contribuer à démontrer que les centres nerveux médullaires qui président à ces actes physiologiques sont distincts de ceux .qui tiennent sous leur dépendance les mouvements des muscles de la vie animale. On a vu, d'autre part, des faits d'un tout autre ordre, dans lesquels la paralysie de la vessie, soit isolée, soit accompagnée d'une certaine parésie du gros intestin et des sphincters de l'anus, semblait ne pouvoir être rap-

portée qu'à une lésion médullaire, bien qu'il n'y eut pas trace de paralysie des membres inférieurs. Ces faits confirment les premiers et tendent bien à prouver aussi qu'il y a, dans la moelle épinière, des centres tout à fait distincts, pour l'excitation et la régulation des fonctions de la vessie et du gros intestin. L'expérimentation a nettement déterminé la région médullaire dans laquelle siègent ces centres ; mais on ne sait pas quelle est la disposition de ces centres et quelles sont leurs relations topographiques avec les autres centres fonctionnels situés dans la même région 1.

Traitement. — Ce sont les données de physiologie pathologique qui doivent servir de guide au traitement de la paralysie atrophique de l'enfance. Les règles ont été tracées, pour la plupart, avec une grande netteté, par Duchenne (de Boulogne).

Au début de la maladie, ce que le médecin doit avoir présent à l'esprit, c'est qu'il s'agit d'une affection aiguë, inflammatoire, de la moelle épinière. Pendant les premiers jours surtout, l'immobilité aussi complète que possible, l'application de ventouses sèches sur la région vertébrale, les frictions un peu excitantes sur cette région, les vésicatoires volants, doivent être les principaux moyens mis en usage. On devra aussi prescrire des préparations d'ergot de seigle, pour cherchera obtenir le resserrement des vaisseaux dilatés dans les régions congestionnées des centres nerveux.

Lorsque les premiers jours sont passés, les phénomènes phlegmasiques proprement dits ont disparu ; l'inflammation a produit son œuvre ; la lésion qu'elle a fait naître dans la moelle va évoluer. Parmi les éléments anatomiques affectés dans le tissu médullaire, les uns récupéreront peu à peu leur état normal; les autres, plus profondément modifiés, s'altére-

1. Dans un cas que le D'". Mallez considérait comme un fait de paralysie vésicale produite par une lésion des centres nerveux (il y avait eu une paralysie complète de la vessie, et parésie du gros intestin, sans paralysie des muscles de la vie de relation), ce médecin me pria d'examiner la moelle épinière. Je constatai très nettement une modification morbide des corne antérieures de la substance grise médullaire, modification exclusivement bornée à la partie antéro-interne de ces cornes, dans la région dorso-lombaire. Dans certaines coupes, le groupe antéro-interne ne contenait qu'une, deux ou trois cellules normales et parfois une ou deux cellules revenues sur ellesmêmes, dépourvues de noyau et de prolongements. La névroglie de cette région avait subi manifestement un»; altération sclérosique. D'après cette observation, je suis disposé à croire que c'est le groupe cellulaire antéro-interne des cornes antérieures grises de la moelle épinière qui est, dans la région dorso-lombaire, le centre médullaire des mouvements de la vessie . il influerait aussi sur ceux du gros intestin, pour l'acte de la défécation.

rontdeplus en plus. La période qui s'écoule, depuis le moment où la paralysie s'est manifestée, jusqu'au moment où cette paralysie aura disparu dans un nombre plus ou moins grand des parties primitivement atteintes, pour se montrer définitive dans les autres parties, constitue donc, dans une certaine mesure, une période de réparation. Nous avons vu que la réparation peut être totale, de telle manière que toute trace de paralysie s'efface ; mais c'est là un fait exceptionnel ; le plus souvent la réparation est partielle.

Pendant cette période, il ne faut pas non plus perdre de vue que le travail réparateur essentiel s'effectue clans la moelle épinière. Les nerfs et les muscles déjà altérés, ou en voie d'altération, ne peuvent récupérer leur état normal qu'à la condition que les cellules de la moelle, qui exercent sur eux une influence trophique, aient elles-mêmes repris leurs caractères anatomophysiologiques normaux. 11 est donc nécessaire de ne pas cesser de se préoccuper de la moelle épinière dans la direction du traitement. Les frictions excitantes sur la région vertébrale sont encore indiquées, ainsi que les badigeonnages de teinture d'iode. Lespointes de feu elles-mêmes peuvent être appliquées, si l'enfant n'est pas trop impressionnable, car la prudence exige, surtout dans les premiers temps qui suivent l'invasion de la maladie, qu'on ne provoque pas une forte agitation et des cris violents : ces débats de l'enfant pourraient avoir pour résultat de congestionner la moelle et peut-être de déterminer — bien que cela soit bien peu à craindre — une récidive de l'affection aiguë médullaire.

De même, on pourra prescrire, aux doses convenables, des préparations de strychnine ou de noix vomique, pour exGiter les cellules de la moelle qui ont récupéré l'intégrité de leur structure, mais dont les énergies physiologiques n'ont pas repris leur degré normal *.

En même temps, il ne faudra pas négliger de soumettre les muscles à une électrisation méthodique. On pourra employer les courants continus ou les courants interrompus : ceux-ci ont fait leurs preuves et suffisent à produire les meilleurs résultats. Il sera bon de faire usage de ces courants presque dès le début. Les expériences de John Reid et celles de Brown- Séquard ont montré que F électrisation des muscles, auxquels

1. Je ne crois pas beaucoup à l'efficacité des révulsifs intestinaux ni à celle du calomel préconisé par Kennedy.

se distribue un nerf que l'on vient de couper, peut, si elle est pratiquée dès les premiers jours de l'opération, retarder ou empêcher même, plus ou moins complètement, leur atrophie progressive ; elles ont prouvé, en outre, que cette électrisation, pratiquée lorsque les muscles ainsi énervés ont subi un notable degré d'atrophie, favorise et hâte leur régénération. M. Dejerine a répété ces expériences dans mon laboratoire, du moins en ce qui concerne l'influence de la faradisation sur les phénomènes d'atrophie et il a constaté, sur des cobayes, que l'atrophie musculaire provoquée parla section du nerf sciatique, sans être empêchée tout à fait, peut du moins de la sorte être notablement retardée.

Il ne faudrait cependant pas, en s'appuyant sur ces résultats de pathologie expérimentale, concevoir l'espérance de suspendre, au moyen de la faradisation, la marche du processus d'atrophie musculaire, chez les enfants atteints de téphromyélite antérieure aiguë. Duchenne, de Boulogne, a reconnu que, chez l'homme, après la section d'un nerf, les muscles perdent leur contractilité et s'atrophient à peu près complètement, quand même on les soumet à une faradisation régulière.

11 en est de même chez l'enfant, dans la paralysie atrophiqne, pour les muscles dont les centres trophiques ont perdu irrévocablement leur structure normale et leurs propriétés physiologiques.

Mais nous avons vu que toutes les cellules nerveuses atteintes ne sont pas condamnées à subir des altérations irrémédiables. Il en est qui ont été si peu modifiées qu'elles redeviennent entièrement saines au bout de quelques jours. S'il ne s'écoule qu'un petit nombre de jours entre celui où elles sont touchées par l'intlammation et celui où elles reprennent leurs caractères anatomiques et physiologiques normaux, il est clair qu'elles n'ont éprouvé que les modifications les plus légères et, dans ce cas, les fibres nerveuses auxquelles elles donnent naissance seront demeurées saines ou à peu près et il en aura été de même des faisceaux musculaires innervés par ces fibres. Par conséquent la contractilité de ces faisceaux n'offrira probablement pas d'affaiblissement, ou bien elle sera si peu affaiblie qu'elle reprendra, au bout de peu de jours, son degré primitif d'énergie.

D'autres cellules ont été plus fortement atteintes. Elles ont perdu, dès le début, leurs propriétés physiologiques et leur pou-

voir trophique. Les modifications qui s'y sont produites ne sont pourtant pas assez profondes pour entraîner consécutivement leur atrophie progressive. Ces modifications sont destinées à disparaître peu à peu, lentement, et, après un temps plus ou moins long, les cellules reprendront leur constitution normale et leurs propriétés. Les fibres nerveuses motrices qui naissent de ces cellules commencent, dans ces conditions, à s'altérer peu de jours après l'invasion et passent par toutes les phases de l'atrophie granuleuse. Les muscles cessent de répondre aux excitations faradiques, cinq à douze ou quinze jours après le début de la maladie et ils subissent aussi les effets du travail d'atrophie qui s'y opère dès qu'ils ne sont plus soumis à l'influence trophique delà substance grise médullaire. Pour le rappeler en passant, ces faits montrent bien que les fibres nerveuses qui conduisent aux muscles l'influx nerveux médullaire sont bien, comme j'ai cherché à l'établir, les fibres nerveuses motrices elles-mêmes. Le retour des cellules nerveuses à l'état normal sera naturellement plus ou moins tardif, suivant que leur lésion aura été plus ou moins considérable. Quelquefois, il aura lieu au bout de peu de temps, après deux ou trois semaines par exemple : mais la motricité nerveuse et la contractilité musculaire ne reparaîtront pas immédiatement dans les nerfs et les muscles en voie d'altération. Le processus atrophique continuera même sa marche dans les uns et les autres. Seulement les nerfs deviendront bientôt le siège d'un travail de régénération qui évoluera parallèlement au processus d'atrophie, et qui sera d'autant moins lent qu'il s'agira d'un enfant plus jeune ; l'altération musculaire cessera, au bout d'un certain temps, de progresser et les faisceaux musculaires commenceront à reprendre peu à peu leurs caractères normaux. La contractilité faradique y reparaîtra comme la motricité dans les nerfs ; puis la transmission des incitations venues des centres nerveux se fera de nouveau, d'abord faiblement, comme difficilement, et enfin, après des jours, des semaines, ou même des mois, suivant la gravité des modifications subies par les cellules de la moelle, les derniers vestiges de la paralysie pourront n'être plus reconnaissables.

Si Ton peut présumer avec confiance, comme nous l'a appris Duchenne, que les muscles récupéreront leur fonctionnement normal lorsque les courants faradiques y déterminent des contractions, même faibles, dix ou douze jours après le début de

la tépbromyéKte antérieure aiguë de l'enfance, on ne peut pas affirmer que d'autres muscles qui ne répondent pas, au même moment, à l'électricité faradique, devront s'atrophier définitivement. D'ailleurs l'examen par l'électricité peut n'être fait que deux ou trois semaines après le début et il est pratiqué parfois plus tardivement encore. Dans ces conditions, les muscles destinés à recouvrer leur contractilité au bout de deux ou trois mois peuvent alors ne pas se contracter sous l'influence des courants faradiques. Mais il suffit de savoir que le retour du fonctionnement des muscles est possible , même après la disparition de leur contractilité faradique, pour que l'on n'hésite pas à les soumettre à l'électrisation méthodique. Ce moyen peut être inutile, il est vrai, si les muscles qu'on électrise sont en relation avec des cellules nerveuses vouées à une destruction inévitable, mais quand même il ne serait utile que pour un petit nombre des muscles atteints, même pour un seul, il ne faudrait pas hésiter à le mettre enusage. 11 est certain, en effet, que la faradisation du tissu musculaire, a;insi que nous l'avons rappelé, y retarde la marche de l'atrophie. Lorsque les nerfs qui se rendent à des muscles en voie d'atrophie se régénèrent et recouvrent leur structure et leurs propriétés, les premiers indices de contractilité farado-musculaire se montreront bientôt si, à l'aide de la faradisation méthodique, on a empêché l'altération de ces muscles d'arriver rapidement à son terme. La faradisation agit donc, ainsi qu'on l'admet en physiologie, sur la nutrition intime du tissumusculaire; elle active même la régénération de ce tissu et, sous ce rapport, il est très utile, comme le dit Duchenne, d'en continuer l'emploi, même après que les muscles paralysés ont commencé à se contracter de nouveau. Le volume et la force de ces muscles s'accroissent bien plus rapidement, par suite de la formation de nouveaux éléments musculaires, lorsqu'on électrise ces organes, que lorsqu'on ne les soumet à aucune excitation de ce genre. Ajoutons encore que l'électrisation des muscles, commencée peu de temps après le début de la maladie, agit sans doute à distance, par l'intermédiaire des nerfs sensitifs musculaires, sur la moelle épinière et y provoque une excitation qui, à la longue, retentit peut-être indirectement sur les cellules engourdies des cornes antérieures.

D'ailleurs, quand même cette dernière considération serait absolument illusoire, ce que j'ai dit auparavant me paraît légitimer complètement l'emploi des courants électriques, sinon

dès les premiers jours de la maladie, du moins dès la seconde ou la troisième semaine.

Duchenne, de Boulogne, fait ressortir avec raison toute l'importance que l'on doit attacher à retarder la marche de l'atrophie musculaire. Les déformations articulaires, les pieds-bots par exemple, sont dus, dans la paralysie de l'enfance, à l'atrophie de certains muscles et à la rétraction de leurs antagonistes. Or, on peut espérer, dans certains cas, qu'en retardant l'atrophie de ces muscles et en les faisant contracter chaque jour, on s'opposera, dans une certaine mesure, à la rétraction des antagonistes et qu'on empêchera la déformation d'atteindre un aussi haut degré que si on avait laissé aller les choses, sans intervenir.

Enfin, on peut être appelé à donner des soins à un enfant dont les muscles sont atrophiés depuis plusieurs mois, ou depuis une année, ou même depuis plus longtemps encore. L'électricité peut-elle rendre encore des services dans des cas de ce genre? Si les muscles atteints sont entièrement atrophiés, il n'y a pas à compter sur une action utile de l'électricité. Mais on ne peut pas toujours reconnaître si la destruction des faisceaux musculaires est complète. Ils peuvent être restés en trop petit nombre pour que l'on puisse agir sur eux, à l'aide des courants faradiques, de façon à produire des effets constatâmes : ou bien le tissu musculaire qui a échappé à l'atrophie ne possède qu'une faible contractilité et répond à peine à ces courants. Il est vrai que, dans ces cas, la galvanisation du tissu musculaire pourra parfois permettre de reconnaître l'existence d'un reste de contractilité, alors que la faradisation ne produit aucun effet. Mais si l'enfant est très impressionnable et s'agite, pleure et crie, quand on l'électrise, si les muscles en voie d'atrophie sont atteints de stéatose, si la peau est doublée d'une épaisse couche de tissus adipeux, l'électricité galvanique pourra rester elle-même impuissante alors que le tissu musculaire n'a encore perdu complètement ni sa structure, ni ses propriétés physiologiques. Quand l'examen des muscles altérés, au moyen de l'électricité, laisse des doutes, il faut les soumettre à la faradisation quotidienne pendant quelques semaines, afin de s!assurer de la disparition du tissu musculaire. Si l'on ne voit pas la contractilité reparaître ou devenir plus évidente après une telle épreuve, on est en droit de considérer, les muscles que l'on cherche à exciter comme altérés

d'une façon incurable. Il n'est pas rare que les résultats de la faradisation méthodique soient, au contraire, tout à fait satisfaisants. On constate alors le retour progressif de la contractilité dans des muscles qui demeuraient immobiles au début du traitement, et il arrive encore bien plus fréquemment que des muscles qui se contractaient très faiblement, lorsqu'on les avait soumis pour la première fois à l'influence des courants électriques, offrent des contractions d'une certaine énergie après un ou deux mois de faradisation. Ces muscles deviennent en même temps plus volumineux par suite du développement de nouveaux éléments musculaires \

D'une façon générale, il convient de tenter un essai de traitement par l'électricité, même dans les cas où la maladie date de quelques années. En parlant ainsi, je suis tout à fait d'accord avec Duchenne (de Boulogne) et avec Hitzig et Jiirgensen qui ont combattu, sur ce point, l'opinion de Yolkmann 2. Si les muscles ne sont pas entièrement détruits, on obtiendra toujours des résultats notables 3 ; si un certain nombre d'entre eux ont tout à fait disparu, il en est presque constamment quelques-uns qui ont été moins gravement atteints et qui con-

1. Duchenne de Boulogne a constaté, dans quelques cas, en même temps que la. réparation des muscles sous l'influence de la faradisation méthodique, une diminution de l'épaisseur anormale du tissu cellulo-adipeux sous-cutané de la région correspondante.

2. E. Hitzig- et Th. Jiirgensen. Zur Thérapie der Kinder iahmung . Anal, in Centralblatt., 1872, p. 203.

3. Chez une jeune fille âgée de 15 ans, atteinte, à l'âge de 3 ans et demi, de poliomyélite antérieure aiguë et chez laquelle presque tous les muscles du tronc et des membres avaient subi une atrophie et un affaiblissement notable (Voir : Vulpian, Clinique médicale delà Charité, pp. 778 et suiv.), j'ai prescrit la faradisation quotidienne des différents muscles, de l'iodure de fer et du vin de quinquina. La faradisation a produit une amélioration incontestable ; les mouvements des membres étaient déjà devenus moins difficiles au bout de quelques semaines.

Cette malade est morte plus tard d'accidents d'irritation spinale aiguë. L'examen de la moelle épinière n'a pas été fait à l'état frais, mais seulement après durcissement dans une faible solution d'acide chromique et sur des coupes colorées par le picrocarmin ammoniacal, traitées successivement par l'alcool et l'essence de girofles et montées dans le baume de Canada. On n'a donc pas pu voir nettement dans tous leurs détails, les modifications produites par la reprise terminale de l'irritation inflammatoire de la moelle. Comme lésions anciennes, on a constaté la disparition d'un grand nombre de cellules nerveuses dans les diiiérents groupes des cornes antérieures, sauf dans le groupe interne qui paraissait peu atteint en général. Les cornes postérieures et les colones vésiculaires de Clarke étaient intactes. Dans certaines régions de la moelie épinière, il y avait une sclérose très manifeste des faisceaux latéraux, particulièrement d'un côté, ce qui rendait la lésion encore plus évidente. Cette sclérose avait pour siège la partie de ces faisceaux qui borde le milieu de la substance grise et s'étendait jusqu'à une faible dislance de la surface de la substance grise.

Un frère de cette malade (c'est par erreur que, dans l'observation, il i/est fait mention que de sœurs de cette jeune fille) m'a été amené en 1882 par la mère. Il était alors âgé de G ans et, depuis six mois, la mère avait remarqué que le membre

tiennent encore une quantité plus ou moins considérable de faisceaux musculaires, soit normaux, soit devenus plus grêles et moins contractiles que dans l'état normal : l'électrisation de ces muscles pourra leur rendre de nouveau l'aptitude à effectuer le mouvement qu'ils sont chargés d'exécuter.

11 ne faudrait pas négliger, dans tous les cas, de soumettre les malades à un traitement interne par la noix vomique ou la strychnine. Les préparations iodées pourront être utiles aussi. On devra, en outre, appliquer des pointes de feu sur la région vertébrale. On pourra encore prescrire le massage des muscles affaiblis, des frictions excitantes sur les parties atrophiées, des bains sulfureux ou salés, etc. \

J'ai dit que l'on pouvait employer, pour électriser les muscles, dans la polio-myélite antérieure aiguë de l'enfance, les courants faracliques ou les courants galvaniques, c'est-à-dire les courants induits saccadés ou les courants continus. Si l'on fait usage de l'électricité induite, il faut éviter de se servir de courants de très forte intensité, surtout lorsque la maladie est de date relativement récente : il est prudent aussi de ne pas prolonger les séances de faradisation au delà de 8 à 10 minutes. Les électrisations très énergiques et très prolongées pourraient produire un résultat inverse de celui qu'on veut obtenir, c'est-à-dire activer le travail d'atrophie au lieu de modérer sa marche. Lorsqu'on se sert de l'électricité galvanique, il ne faut pas non plus employer des courants très intenses ; mais on peut, surtout si les courants sont faibles, prolonger l'électrisation pendant 20 minutes, 1/2 heure, 1 heure, et même pendant un temps plus long encore. On peut placer les deux excitateurs sur les muscles à électriser; ou bien on peut n'en mettre qu'un sur ces muscles et appliquer l'autre sur un point

supérieur droit diminuait de volume et qu'il en était de même, depuis trois ou quatre mois pour le membre inférieur droit. Je constatai une atrophie bien manifeste des muscles de ces deux membres. L'enfant éprouvait des douleurs dans la région rachidienne. 11 y avait de temps à autre des contractions fibnllaires dans les muscles en voie d'atrophie. Ces muscles avaient conservé leur contractilité. Un traitement par les courants faradiques, continué pendant plusieurs mois n'amena aucun changement notable dans l'état des membres du côté droit. Cet enfant a été perdu de vue, au bout de dix-huit mois. La colonne vertébrale s'était alors déviée un peu. L'atrophie paraissait s'être étendue aux muscles vertébraux.

1. M. Robert Lee préconise l'emploi de la chaleur artificielle. Dans un cas grave, il a soumis le membre malade à des fomentations chaudes, jour et nuit. 11 aurait vu, dans un .cas, sous l'influence de ce moyen, le membre malade récupérer assez promptement un volume égal à celui du membre sain. L'affection datait de 8 ans. (Journal of Nervous and Mental Disease ; janvier 1883. — Anal, in L'Union médicale, 26 juillet 1883.)

plus ou moins élevé delà région vertébrale, suivant l'étendue de la paralysie. On doit de préférence placer sur les muscles l'excitateur qui est en rapport avec le pôle négatif, de façon à produire un courant descendant. Il n'est pas certain, d'ailleurs, que cette disposition du courant ait une réelle importance .

Les courants continus offrent un avantage incontestable : c'est qu'on peut les employer sans produire de la douleur et c'est une particularité dont on doit tenir compte, lorsqu'il s'agit de traiter des enfants dont la sensibilité s'émeut outre mesure à la moindre souffrance. En outre, comme nous l'avons dit, ces courants, dans une certaine période, peuvent provoquer encore des contractions dans des muscles qui ne répondent plus à l'électricité faradique. Cependant, il est nécessaire de dire que M. Eisenlohr 1 a constaté, chez plusieurs enfants atteints de paralysie atrophique infantile, qu'un traitement persévérant (pendant neuf mois ou une année) par les courants galvaniques n'avait produit presque aucun effet bien appréciable, lln'en estcertainementpas ainsi dans tous les cas.

En somme, puisque les courants faradiques ont fait leurs preuves et qu'ils ont, maintes fois, donné de bons résultats, je n'hésite pas à conseiller d'y avoir recours de préférence, lorsque rien ne s'y opposera 2.

Le traitement de la paralysie atrophique de l'enfance comporte l'emploi d'autres moyens : ce sont ceux qui sont destinés à s'opposer, autant que possible, à la déviation des parties entraînées par des rétractions musculaires.

Il s'agit d'appareils mécaniques de prothèse ou d'orthopédie : ils varient nécessairement suivant les muscles qui sont atteints et suivant le sens dans lequel telles ou telles parties tendent à être entraînées. On trouve dans les écrits de Duchenne, de Boulogne, les indications principales, relatives à ces appareils. Dans certains cas même, il peut être utile de pratiquer la ténotomie, avant de recourir à l'orthopédie ; il en sera ainsi surtout dans les cas de pied-bot équin simple ou compliqué 3.

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