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PLAQUES

Sclérose en îlots dispersés ou disséminés ; Sclérose en plaques disséminées ; Sclérose polynésique

Nous avons vu que, dans la sclérose transverse, la lésion consiste le plus souvent en un foyer unique de sclérose circonscrite. Parfois il y a deux ou trois îlots de sclérose; mais ces îlots sont voisins les uns des autres et rassemblés dans une région peu étendue de la moelle épinière.

La disposition de la sclérose en foyers circonscrits peut être tout autre. Des îlots de sclérose se développent dans des parties diverses des centres nerveux : dans les différentes régions de la moelle épinière, dans les centres encéphaliques. Lorsqu'il en est ainsi, l'ensemble des lésions prend le nom de sclérose en plaques disséminées ou en îlots dispersés. Cette sorte de sclérose offre une physionomie symptomatique spéciale, une marche particulière : c'est en réalité une maladie distincte.

Quoique cette maladie ne soit pas, en général, cantonnée exclusivement dans la moelle épinière, je ne crois pas devoir me dispenser d'en parler ici. Si, d'ordinaire, la sclérose en îlots multiples se produit simultanément dans les centres cérébraux, l'isthme de l'encéphale et la moelle épinière, il est cependant des cas où l'on a trouvé des lésions uniquement dans les centres intra-rachidiens : ces faits ne peuvent pas être passés sous silence dans un cours consacré à l'étude des maladies delà moelle épinière. D'autre part, lorsque le myélencéphale est atteint dans ses diverses parties, les lésions qui siègent dans la moelle épinière et conséquemment les symptômes par lesquels ces lésions se traduisent pendant la vie, prédo-

minent souvent à un tel degré qu'il est difficile de ne pas faire figurer les cas dont il s'agit dans la pathologie médullaire. Il m'a paru qu'il convenait de ne pas me borner à parler de ces deux catégories cle faits et qu'il était préférable de faire un résumé de nos connaissances sur tout ce qui concerne la maladie dont il s'agit.

C'est Cruveilhier qui a fait connaître les premiers faits de sclérose en plaques. Dans son Atlas danatomie pathologique, 1835-1842, se trouvent relatés deux cas de cette affection. Les observations et les figures qui les accompagnent ne sauraient laisser aucun doute à cet égard. (Liv. XXXII, pi. n, fig. 4, et Liv. XXXY1II, pi. i et n.) Cruveilhier vit bien qu'il s'agissait là de lésions exceptionnelles ; mais il ne put pas démêler dans ces observations un ensemble de signes pouvant permettre de distinguer cette affection médullaire de toutes les autres maladies de la moelle, confondues avec elle sous le nom de myélite chronique. Carswell a figuré aussi cette lésion dans son ouvrage sur les formes élémentaires des maladies *. Ce n'est qu'en 1855 qu'un nouveau fait est publié par Ludwig Tiirck 2. Rokitansky mentionne les lésions de la sclérose en plaques dans son Traité tfanatomie pathologique. Des observations cliniques et des relations anatomo-pathologiques cle cette affection sont ensuite publiées par Frerichs, Valentiner, Rindfleisch, Leyden, Zenker, Oppolzer, Cohnheim, Frommann, Rindfleisch, Skoda, et par un grand nombre d'autres auteurs, tant en Allemagne que dans d'autres pays 3.

L'histoire clinique de la sclérose en plaques n'avait réellement pas été tracée avant les recherches que nous fîmes, M. Charcot et moi, à la Salpêtrière. En 1866, je communiquai à la société médicale des hôpitaux un mémoire sur la sclérose en plaques disséminées : ce travail avait pour éléments principaux, outre les faits de Cruveilhier, de Carswell, de Ludwig Turck, etc., trois observations nouvelles : l'une, recueillie par moi ; les deux autres, communiquées par M. Charcot. Le nom de sclérose en plaques disséminées que j'avais employé dans

1. Carswell. Illustrations of the Elementary Forms of Disease, pi. IV, fig1. 4. London, 1838.

2. Ludwig Tùrck. Beobachtungen ùber das Leitungsvermôgen des menscklichen Rùckenmarks (Sitzung-sberi der KK Akademie der Wissensoh., t. XVI, 1855, p. 329).

3. Des indications exactes sur les principales publications relatives à cette affection, parues avant 1869, ont été données par MM. Bourneville et Guérard (De la sclérose en plaques disséminées . Paris, 1869).

ce travail était celui que M. Charcot avait proposé pour désigner cette affection : il est resté dans la science. J'avais indiqué dans ce mémoire quelques-uns clés symptômes qui permettent de reconnaître la sclérose en plaques pendant la vie; mais, sous ce rapport, l'histoire de cette affection n'était pas encore complète. Nous nous appliquâmes, chacun de notre côté, M. Charcot et moi, à rechercher si les lésions de cette affection ne se traduisent pas par des symptômes caractéristiques et nous ne tardâmes pas à constater que le tableau clinique de la sclérose en plaques offre le plus souvent des traits significatifs, de telle sorte que le diagnostic de cette maladie, dans les cas où ces traits sont bien accentués, est non seulement possible, mais même assez facile en général. J'eus l'occasion, à diverses reprises, de faire voir aux personnes qui suivaient ma visite à la Salpêtrière, en 1866 et les années suivantes, les symptômes qui me paraissaient des indices révélateurs de l'existence de la sclérose en plaques. Dans les deux cas que j'avais étudiés dans mon service et dont M. Liouville, alors mon interne, a recueilli, sous ma direction et publié les observations, le diagnostic « sclérose en plaques disséminées » avait été formellement posé par moi pendant la vie et même longtemps avant la mort.

Comme je viens de le dire, M. Charcot, de son côté, arrivait, à la même époque, à déterminer les véritables caractères symptomatiques de cette affection. Les résultats de ses recherches furent d'abord consignés clans la thèse de M. Orclenstein ' puis précisés et développés clans ses leçons cliniques 2. Je citerai encore, comme ayant contribué à établir l'histoire clinique de la sclérose en plaques, la leçon de M. Jaccoud publiée en 1866 dans la Clinique de la Charité*, puis la revue critique due à M. Bourne ville *, la traduction du cas du docteur Pennock faite par ce même auteur et accompagnée d'annotations \ le travail de M. Jolfroy G. Depuis lors, cle nom-

1. Ordenstein. Sur la paralysie agitante et la sclérose en plaques généralisées. Thèse inaugurale. Paris, 1867.

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