Joffroy. Gaz. Méd., 1370, nos 23 et
breuses publications ont été faites sur le même sujet, tant en France qu'à l'étranger 1 ; de nouveaux détails ont été ajoutés à ceux que nous avions fait connaître au début de nos recherches, mais, si je ne me trompe, on peut dire que l'histoire clinique de la sclérose en plaques était, dès ce moment, établie sur des bases solides.
D'ailleurs la sclérose en plaques ne présente par toujours la même physionomie clinique, et cela ne saurait causer la moindre surprise, dès qu'on sait que les altérations n'ont pas une localisation toujours identique. Les plaques de sclérose peuvent, en effet, être disséminées dans tous les départements des centres nerveux : cerveau proprement dit, cervelet, isthme de l'encéphale, bulbe rachidien, moelle épinière ; elles peuvent, dans certains cas, s'être développées exclusivement dans la moelle épinière et, clans d'autres cas, elles peuvent siéger uniquement dans l'encéphale. De là, trois formes principales admises par M. Charcot et par la plupart des pathologistes : la forme cérébro-spinale, la forme cérébrale et la forme médullaire . Les symptômes, par lesquels se traduisent ces diverses formes, forment des syndromes nécessairement dissemblables sous plusieurs rapports. D'autre part, même dans chacune des formes énumérées, le nombre, le siège et la disposition des îlots de sclérose doivent donner lieu et donnent lieu, en réalité, à des différences symptomatiques parfois Iras accusées. La structure des îlots de sclérose, dans cette maladie, est, au contraire, partout la même au fond, quelle que soit la partie des centres où on les examine : on trouve cependant quelques traits clistinctifs qui résultent forcément de la dissemblance de la structure normale des régions où s'est développée la sclérose. C'est ce qu'une étude sommaire de l'anatomie pathologique de la sclérose en plaques démontre nettement.
Anatomie pathologique. — La forme cérébro-spinale de la sclérose en plaques est celle qui est la plus fréquente ; aussi est-ce cette forme que nous allons examiner sous le rapport de l'anatomie pathologique. Ce choix a encore cet avantage que nous pourrons ainsi passer en revue les lésions scléreuses circonscrites des diverses parties des centres nerveux et décrire du
1. Voir, pour la bibliographie jusqu'en 1878, W. Erb, Krankheiten des Rùckenmarks, pp. 487 et 488, in Handbuch der speciellen Pathologie und Thérapie, herausg. von V. Ziemssen, 1878.
même coup les altérations des différentes formes de la maladie.
Lorsqu'on fait l'autopsie, dans un cas de sclérose en îlots disséminés et généralisés, on trouve, en général, à l'examen de la moelle épinière, que les méninges médullaires sont peu altérées. Parfois le feuillet viscéral de l'arachnoïde offre un peu d'épaississement ; on peut y constater la présence de plaques arachnitiques, blanchâtres, irrégulièrement arrondies, d'aspect fibreux ou cartilaginiforme , mais il n'y a rien là de constant, rien qui paraisse lié, par une relation indiscutable, à l'affection de la moelle épinière. Habituellement l'état de l'arachnoïde n'empêche nullement de voir, sans la moindre préparation préalable, la surface de la moelle épinière revêtue de la pie-mère. On constate ainsi facilement, sur cette surface, et mieux encore après l'incision et Fécartement de l'arachnoïde, des taches disséminées, d'un gris rosé un peu ambré, nettement délimitées, tranchant, par suite, sur le tissu blanc normal circonvoisin. Ces taches prennent une teinte un peu plus rosée après un certain temps d'exposition à l'air. Elles sont plus ou moins étendues : les unes n'ont que quelques millimètres de diamètre ; il en est d'autres qui ont plus d'un centimètre carré de surface. Arrondies en général, assez régulièrement ou irrégulièrement, souvent allongées dans un sens ou dans un autre (longitudinal, transversal, oblique), elles sont dispersées sans ordre. Leur distribution est extrêmement variée suivant les cas; elles sont aussi plus ou moins nombreuses. Si on les étudie dans un cas déterminé, on voit que certaines d'entre elles siègent sur une des moitiés de la moelle; ici, sur un des faisceaux, là, sur un autre ; dans un autre point, elles empiètent du faisceau postérieur sur le faisceau antéro-latéral ou dans le sens inverse ; d'autres taches passent d'une des moitiés de la moelle à l'autre, en franchissant le sillon antérieur ou le sillon postérieur et en présentant d'ordinaire plus d'étendue d'un côté de ces sillons que de l'autre ; il en est enfin qui s'étendent sur une grande partie de la circonférence de la moelle, et, ici encore, la présence des sillons ne paraît avoir exercé aucune influence sur leur disposition. L'aspect tacheté qu'a pris ainsi la surface de la moelle épinière est tout à fait caractéristique. Comme je l'ai vu plusieurs fois, ces taches existent jusque sur le filum terminale.
Si l'on regarde un peu plus attentivement ces taches, il est facile de reconnaître qu'elles correspondent à des plaques de
tissu altéré, plus ou moins épaisses, c'est-à-dire s 'enfonçant plus ou moins dans les profondeurs de la moelle. Ce tissu est parfois tout à fait opaque, parfois à demi transparent. Les plaques qu'il forme sont tantôt un peu saillantes à la surface de la moelle, tantôt un peu déprimées, tantôt de niveau avec le tissu sain environnant.
Les racines des nerfs rachidiens, lorsqu'elles naissent dans des points où siègent des plaques de sclérose, et qu'elles émergent pour ainsi dire de ces plaques, offrent presque constamment leur teinte blanche habituelle et paraissent avoir conservé leur structure normale.
Il n'en est pourtant pas toujours ainsi. Les racines des nerfs peuvent offrir aussi des lésions scléreuses circonscrites. C'est ce que l'on constatait, par exemple, dans un cas recueilli par MM. Liouville et Fontaine dans le service de M. Bernutz, à la Pitié. Ces lésions se trouvaient sur des racines postérieures, mais surtout sur des racines antérieures de certains nerfs rachidiens1. On a observé cette même particularité dans d'autres cas.
Le bulbe rachidien, clans la forme que nous choisissons pour cette description, présente aussi à sa surface des îlots de sclérose plus ou moins nombreux, plus ou moins étendus. Comme nons venons de le dire à propos de la moelle, ces îlots sont irrégulièrement arrondis, allongés dans tel ou tel sens, et ils traversent souvent, sans subir aucune modification de forme, les sillons normaux du bulbe, empiétant d'une partie de ce centre sur les parties voisines. Presque toujours on trouve des plaques de sclérose sur les pyramides antérieures et sur les olives et il est rare qu'un îlot situé, par exemple, en travers de la partie moyenne d'une des pyramides, ne traverse pas le sillon qui la limite en dehors, pour s'étendre sur l'olive conliguë. Parfois, un îlot de sclérose franchit le sillon médian antérieur de séparation entre les deux moitiés du bulbe, coupe transversalement les deux pyramides, en s'allongeant sur l'une d'elles plus que sur l'autre, intéresse les olives lorsqu'il se trouve à leur niveau et se termine sur les parties latérales du bulbe, à une distance plus ou moins grande du sillon médian, différente d'ailleurs à droite et à ganche. Toutes les variétés de disposition peuvent s'observer, aussi bien sur la face antéro-inférieure,
1. Liouville. Observations détaillées de deux cas de sclérose en îlots multiples et disséminés du cerveau et de la moelle épinière (Mém. de la Société de Biologie, 18b8, p. 231 et suiv. voy , p. 628, note 1).
que sur la surface postéro-supérieure et sur les faces latérales du bulbe. Les îlots de sclérose ont tous le même aspect que ceux de la moelle épinière; ils offrent une coloration grise un peu jaune-rosée, et la teinte rosée devient plus manifeste après que le tissu morbide a été exposé à l'air. En somme, la coloration de ces plaques est analogue, mais non semblable à celle de la substance grise des centres nerveux. De même aussi que dans la moelle épinière; ces îlots, vus à l'œil nu, sont nettement circonscrits par le tissu blanc des parties saines voisines.
Les plaques de sclérose de la protubérance annulaire ne diffèrent pas non plus, parleurs caractères reconnaissables à l'œil nu, de celles de la moelle épinière; elles sont peut-être, en général, plus irrégulières; mais certaines d'entre elles sont tout à fait arrondies et leurs dimensions ainsi que leur siège présentent de grandes variétés. 11 en est de même de leur nombre: habituellement, on en trouve de deux à cinq ou six sur la surface antéro-inférieure de la protubérance annulaire ; parfois il y en a plus de dix. Ici encore elles sont nettement circonscrites; elles coupent brusquement sur leurs bords les fibres blanches transversales du pont de Yarole : on voit assez souvent sur ces bords de petites bandelettes de substance blanche qui les dépassent en se prolongeant un peu dans le tissu sclérosé et qui sont interrompues aussi, comme incisées en travers, après un trajet d'un millimètre au plus. Lorsqu'il y a plusieurs prolongements de ce genre, le contour des plaques semble irrégulièrement et finement dentelé sur ses parties latérales. Les plaques sont souvent un peu déprimées au-dessous de la surface des parties saines.
Rien de particulier à dire des plaques de sclérose que l'on peut observer à la surface des pédoncules cérébraux. Elles sont toujours irrégulièrement arrondies et leur disposition n'a aucun rapport avec la direction des fibres pédonculaires. Lorsqu'elles sont situées vers la partie interne des pédoncules, elles débordent souvent, sans se déformer, dans l'espace inter-pédonculaire etentourentparfoisl'origine des nerfs oculo-moteurs communs.
Enfin, pour terminer ce qui concerne l'examen superficiel des centres nerveux, il faut dire qu'après qu'on a dépouillé de la pie-mère les circonvolutions cérébrales et le cervelet, on aperçoit, dans certains cas, des îlots de sclérose à la surface de ces centres nerveux. La présence de ces îlots est révélée par des
taches de forme et de dimensions variées, dont la coloration, bien qu'analogue à celle de la substance grise corticale du cerveau et du cervelet, en diffère cependant assez pour ne pas échapper à un examen quelque peu attentif.
Nous avons vu que les racines nerveuses qui traversent les plaques de sclérose circonscrite de la moelle épinière ont, en général, conservé les caractères de l'état normal, mais qu'elles sont aussi quelquefois atteintes de la même lésion. Peut-être en trouverait-on même sur les nerfs rachidiens, s'ils étaient examinés avec soin, sous ce rapport, dans tous les cas. En ce qui concerne les racines des nerfs bulbaires et celles des nerfs qui naissent de la protubérance annulaire ou des pédoncules cérébraux, on peut répéter à peu près exactement ce que nous avons dit des racines des nerfs rachidiens. Le plus souvent, les racines des nerfs crâniens sont saines, même lorsqu'elles naissent au milieu d'une plaque de sclérose; parfois, très rarement, elles présentent aussi des îlots de sclérose. C'est ce qui avait lieu, par exemple, dans le cas auquel j'ai déjà fait allusion et qui a été recueilli par MM. Liouville et Fontaine. Dans ce cas, le nerf trijumeau du côté gauche présentait des plaques de sclérose, dans la moitié de son épaisseur, depuis son point d'origine apparente, jusqu'à un demi-centimètre de dislance de ce point 1. On a trouvé aussi des plaques de sclérose dans certains cas, sur les nerfs hypoglosses et sur les nerfs moteurs des yeux.
Les nerfs optiques et les nerfs olfactifs offrent assez souvent des plaques de sclérose tout à fait comparables à celles qui existent sur les centres nerveux. Comme les nerfs olfactifs ne sont que des prolongements du tissu cérébral, la présence de plaques de sclérose sur ces processus, n'est qu'un cas particulier de la sclérose polynésique des centres nerveux. Quant à la sclérose des nerfs optiques, elle est à assimiler à celle des nerfs trijumeaux ou des nerfs crâniens en général, malgré la structure un peu spéciale des nerfs optiques.
1. Il convient d'ajouter que, dans la sclérose en plaques multiples et disséminées, on peut observer des atrophies ordinaires des racines de nerfs rachidiens ou de nerfs crâniens, c'est-à-dire des lésions qui s'étendent jusqu'aux extrémités périphériques de ces nerfs. Cruveilhier, dans une de ses observations, avait noté l'atrophie des racines antérieures des nerfs rachidiens et celle des racines du grand hypoglosse, du glosso-pharyngien et du pneumogastrique. Ces sortes de lésions se produisent dans les cas où des plaques de sclérose atteignent les groupes cellulaires dans lesquels naissent ces nerfs et altèrent profondément les cellules intéressées. Ce sont là d'ailleurs des faits exceptionnels.
Dans un des deux cas étudiés dans mon service et publiés par M. Liouville, j'ai observé avec lui l'existence de plaques de sclérose sur les nerfs optiques et sur les nerfs olfactifs : dans l'autre, il y avait un îlot de sclérose sur le chiasma, îlot qui s'étendait, d'une part, sur les bandelettes optiques, d'autre part, sur les* nerfs optiques, jusqu'à une faible distance du chiasma.
Je n'ai parlé, jusqu'ici, que de l'aspect et des caractères des plaques, tels qu'on peut les étudier en examinant la surface des centres nerveux. Pour en connaître exactement la disposition et même pour les voir toutes, il est nécessaire de soumettre la moelle épinière et les centres encéphaliques à des coupes en divers sens.
Si Ton pratique des coupes transversales de la moelle épinière, dans un cas de sclérose en plaques multiples, de façon à examiner successivement tous les points de la longueur de ce centre nerveux, on constate que les altérations pénètrent à des profondeurs variées, suivant les régions de la moelle et même suivant les différents points des plaques ainsi examinées. Dans un point, la sclérose est limitée à la substance blanche d'un faisceau, du faisceau antéro-latéral par exemple; un peu plus haut ou plus bas, elle s'étend en profondeur jusqu'à la colonne de substance grise correspondante dont elle envahit une plus ou moins grande partie. On distingue assez facilement, par le léger changement de teinte et d'aspect qu'elles ont subi, les régions de la substance grise qui sont sclérosées. De même que nous l'avons noté pour la surface médullaire, la sclérose offre une disposition très irrégulière dans les profondeurs de la moelle;ellepeutpasser d'une moitiéàl'autredececentre nerveux sans subir la moindre déformation. Dans certains points, sur une coupe, on trouve une sclérose de la partie antérieure de la moelle, intéressant les deux faisceaux antérieurs proprement dits, les deux cornes antérieures, parfois les commissures, et les parties les plus antérieures des faisceaux latéraux, sans symétrie bilatérale, du reste; dans d'autres points, c'est une large bande de sclérose qui traverse obliquement la moelle de gauche à droite, par exemple, et d'arrière en avant, occupant le faisceau postérieur du côté gauche et une petite partie de celui du côté droit, la partie postérieure du faisceau latéral gauche, une grande partie de la substance grise et la région antérieure du faisceau latéral droit; dans d'autres points en-
YINGT-HUITIÈME LEÇON. 685
core, la sclérose est strictement corticale dans une région ou dans une autre du pourtour de la moelle ; ailleurs, on trouve un îlot de sclérose tout à fait entouré de tissu sain et provenant sans doute d'un prolongement d'une plaque dont une partie seulement est superficielle; ailleurs encore, on constate l'existence de deux îlots séparés l'un de l'autre, situés sous la piemère, pénétrant plus ou moins profondément et différant l'un de l'autre : en un mot, on peut rencontrer sur les coupes de la moelle, dans ces cas, toutes les diversités possibles de disposition des plaques de sclérose, et à différentes hauteurs d'un même îlot, la sclérose offre des configurations et des dimensions très variées.
Les plaques de sclérose de la moelle allongée1, du pont de Varole, des pédoncules cérébraux, offrent les mêmes irrégularités et les mêmes variétés de forme, lorsqu'on les examine sur des coupes transversales. Dans la protubérance annulaire, on trouve assez souvent des îlots de sclérose qui ne viennent pas affleurer la surface et qui s'étendent plus ou moins dans les différents sens.
On ne peut aussi prendre une bonne idée des dimensions des plaques de sclérose de l'écorce grise du cerveau et du cervelet qu'en faisant des sections traversant ces plaques dans toute leur épaisseur.
Si l'on pratique des coupes méthodiques de l'encéphale, de façon à pouvoir en examiner les divers départements, on voit que les parties profondes ne sont pas épargnées. Les plaques constatées à la surface des circonvolutions s'enfoncent dans l'écorce grise cérébrale et envahissent souvent la substance blanche sous-jacente jusqu'à une profondeur plus ou moins grande. On peut trouver aussi des îlots de sclérose dans le centre ovale de Vieussens: les uns sont entourés, de toutes parts, de substance blanche saine; d'autres se prolongent jusqu'à l'écorce grise, l'envahissent et peuvent atteindre la surface cérébrale; d'autres encore sont situés sur les confins des ventricules latéraux et sont recouverts uniquement dans une partie de leur contour par l'épendyme de ces cavités. Il n'est pas
1. M. Joffroy a publié un fait intéressant de sclérose en plaques, dans lequel il a étudié avec beaucoup de soin la structure des plaques de sclérose du bulbe rachidien (Mémoires de la société de Biologie, 1^69). Voir aussi : Hallopeau : Des paralysies bulbaires. Thèse de concours, 1815. La planche annexée à cette thèse contient une reproduction de la photographie, faite par Duchenne (de Boulogne), d'une préparation de M Joffroy.
rare d'observer, dans les corps striés et les couches optiques, des îlots de sclérose qui, le plus souvent, affleurent la surface ventricuhire de ces renflements : certains îlots passent sans se déformer de la substance blanche des hémisphères à telle ou telle région des corps opto-striés. Les coupes du cervelet mettent de même à découvert des foyers de sclérose plus ou moins volumineux, contenus entièrement dans la substance blanche, ou empiétant — ce qui est le plus fréquent, — soit sur l'écorce cérébelleuse, soit sur les corps rhomboïdaux. On peut enfin constater l'existence d'îlots de sclérose soit sur le plancher du quatrième ventricule, soit sur les tubercules quaclrijumeaux et les corps genouillés.
Les îlots de sclérose des parties profondes de l'encéphale ont la même teinte et les mêmes apparences que ceux des parties superficielles et, comme ceux-ci, ils prennent une teinte un peu plus rosée après un certain temps de contact avec l'air.
La structure des plaques de sclérose est à peu près la même dans tous les points des centres nerveux où on les trouve. Pour étudier avec soin cette structure, il est nécessaire d'abord d'examinerau microscope des parcelles du tissu altéré, enlevées lorsque la moelle n'a pas encore été soumise à l'action des liquides dans lesquels on la fait durcir. Ces parcelles, lorsqu'elles correspondent aux faisceaux blancs de la moelle, se montrent formées d'une substance finement grenue, çà et là nettement fibrillaire, au milieu de laquelle on reconnaît encore quelques rares fibres nerveuses dont les unes ont à peu près le diamètre normal, mais dont la plupart sont grêles et deviennent moniliformes dans les préparations. Parmi les fibrilles, il en est qui paraissent être des filaments axiles, surtout par la teinte qu'elles prennent, lorsque l'on traite le tissu dilacéré par de la solution aqueuse de carmin ammoniacal ou de picro-carmin. Plusieurs de ces cylindres d'axe paraissent tuméfiés, soit d'une façon régulière, soit en certains points de leur longueur. Ils semblent parfois être plus fragiles que dans l'état normal. De nombreuses et fines granulations graisseuses et souvent des corps granuleux parsèment la préparation ; on y reconnaît en outre la présence de quelques noyaux de cellules de tissu conneclif, parfois des corps amyloïdes et des vaisseaux. Parmi les noyaux dispersés dans le tissu, les uns sont arrondis; les autres, plus nombreux, subovalaires, ont environ un centième de millimètre de diamètre dans leur plus grand axe et sont le plus or-
dinairement munis d'un nucléole au moins. Les corps granuleux ont aussi, en général, une forme un peu elliptique ; ils sont un peu volumineux et mesurent trois à quatre centièmes de millimètre dans leur plus grande longueur: ils ne paraissent pas toujours circonscrits par une membrane.
Les vaisseaux que Ton voit dans ces préparations sont, les uns, des capillaires ; les autres, des veinules et desartériolesde différents calibres. Les parois des vaisseaux capillaires sontplus nucléées que dans l'état normal : quelques-uns de ces vaisseaux ont l'apparence de capillaires de nouvelle formation : d'autres sont évidemment de date antérieure au début de la lésion : sur leurs parois, ont voit assez souvent des granulations graisseuses. Ces granulations sont bien plus nombreuses sur les parois et à l'intérieur cle la gaine lymphatique des artérioles et des veinules : on y trouve même des corps granuleux en plus ou moins grand nombre et parfois des granulations cle pigment hématique modifié, soit isolées, soit en petits groupes arrondis, constituant des sortes de corps granuleux spéciaux. On peut rencontrer des artérioles enveloppées d'une sorte de manchon, parfois épais, de corps granulo-graisseux : en regardant à l'œil nu, ou à la loupe, directement, les préparations où se trouvent des vaisseaux ainsi altérés, on les aperçoit sous forme de fines lignes d'un blanc crayeux ; si l'on examine à l'œil nu ces préparations par transparence, ces mêmes lignes paraissent noires. Lorsque les corps granulo-graisseux ne sont pas assez nombreux pour empêcher le regard de pénétrer, à l'aide du microscope, jusqu'aux vaisseaux, on reconnaît que les parois de certains d'entre eux ont subi un épaississement plus ou moins marqué : quelques vaisseaux ne présentent pas d'autre modification bien reconnaissable qu'une multiplication plus ou moins abondante de noyaux, particulièrement de ceux de leur gaîne conjonctive. Il semblerait même, dans certains cas, qu'au moment delà mort, l'hypergénèse des noyaux de cette gaîne était en pleine activité ; les noyaux sont, en effet, clans ces cas, cle dimensions très variées; quelques-uns offrent deux nucléoles et un étranglement clans le milieu de leur longueur, comme s'ils étaient en travail cle scissiparité ; d'autres sont devenus vésiculeux, ce qui inclique sans doute qu'ils avaient été le siège d'un certain degré d'irritation morbide, etc.
Les parois de certains vaisseaux, comme je l'ai clit,offrentun épaississement parfois considérable et leur structure ne peut
être bien examinée, qu'après qu'on les a débarrassées des granulations graisseuses et des corps granuleux qui les recouvrent ; mais on trouve toujours, dans ces sortes de préparations, d'autres vaisseaux épaissis au même degré que les précédents et qui sont libres ou à peu près de ces granulations graisseuses isolées ou agminées ; dételle sorte que les modifications de leurs parois sont directement et immédiatement visibles. Les artérioles qui présentent l'altération dont il s'agit sont surtout celles dont le calibre intérieur a un diamètre de deux à quatre centièmes de millimètre. Cette altération consiste principalement en une transformation fibrillaire de la tunique adventive : cette tunique, en même temps très épaissie, forme une gaine qui rend le diamètre transversal du vaisseau trois, quatre ou cinq fois plus grand que dans l'état normal. Le tissu fibrillaire accompagne aussi les ramifications du vaisseau : les fibrilles ont une direction parallèle à celle des canaux vasculaires. Ce tissu devient transparent par l'action de l'acide acétique et l'on peut alors apercevoir les fibres musculaires de la tunique moyenne : dans quelques vaisseaux, il semble pourtant que cette tunique ait disparu.
L'étude de la substance grise de la moelle, dans les points où cette substance est atteinte de sclérose, peut être faite aussi, à l'état frais, par l'examen de parcelles détachées avec la pointe d'un scalpel ou avec des ciseaux. On trouve dans ces parcelles du tissu fibrillaire, des noyaux plus ou moins nombreux, des cylindres axiles, une substance amorphe qui est traversée par ces divers éléments et qui contient, en outre, des granulations graisseuses et quelques corps granuleux ainsi que de rares grains hématiques : çà et là se voient quelques vaisseaux moins altérés que ceux des parties blanches, mais offrant aussi cependant en général des noyaux plus nombreux que dans l'état normal ; les parois de certains d'entre eux sont plus ou moins couvertes de granulations graisseuses ou en contiennent dans leur épaisseur. Si les parcelles du tissu examiné ont été prises dans les points où existent des cellules nerveuses, on constate d'ordinaire que ces éléments sont peu altérés ; mais ce n'est pas à l'aide de ces sortes de préparations que l'on peut obtenir des résultats entièrement satisfaisants par rapport aux modifications des cellules nerveuses comprises dans les îlots de sclérose.
Les coupes minces excisées sur des moelles durcies dans l'alcool peuvent fournir aussi des renseignements utiles, après qu'on les a rendues plus transparentes à l'aide de la glycérine et de l'acide acétique. L'examen est facilité encore par la coloration de ces coupes au moyen du carmin ammoniacal ou du picro-carmin, comme aussi par l'action préalable de l'acide osmique en faibles solutions. L'étude de ces coupes permet de se rendre compte de la disposition de l'altération, dans l'intérieur de la moelle, au milieu de tel ou tel îlot de sclérose et de voir le mode de répartition des corps granuleux et des granulations graisseuses, etc.
Mais pour étudier méthodiquement et à fond les altérations de la moelle épinière, il est nécessaire de la faire durcir dans des liquides appropriés, en particulier dans une solution aqueuse d'acide chromique ou dans une solution de bichromate de potasse et de pratiquer, après un temps convenable, des coupes que l'on soumet aux modes ordinaires de coloration et de montage \ C'est surtout par ce procédé d'étude que Ton peut facilement reconnaître l'étendue et les limites de la sclérose dans tous les points de la hauteur des parties atteintes.
On fait usage maintenant d'un procédé de préparation qui permet une étude plus précise encore des altérations des nerfs et des centres nerveux. C'est ce procédé, indiqué par M. Weigert, que M. Babinski a employé pour ses recherches sur la sclérose en plaques 2. Il a, en outre, coloré, au moyen de l'hématoxyline, un certain nombre des coupes de la moelle ainsi traitées.
Sur les coupes préparées par l'un ou l'autre de ces procédés, on constate que l'altération n7est pas aussi nettement dilimitée qu'elle le paraît à l'œil nu 3. Comme l'a fait re-
1. Lorsqu'on fait des coupes transversales sur la moelle épinière ainsi durcie, les parties sclérosées apparaissent, à l'œil nu et avant toute autre préparation, sous forme de taches grises un peu blanchâtres, nettement circonscrites, tranchant avec neiteté sur les parties des faisceaux restées saines qui ont pris, sous l'influence du bichromate et surtout de l'acide chromique, une teinte sombre, un peu verdâtre.
2. .1. Babinski. Etude anatomique et clinique sur la sclérose en plaques. Thèse inaugurale. Paris, 18^5.
3. Ces coupes sont intéressantes à regarder même à l'œil au, soit directement, soit par transparence. Les parties sclérosées sont, en effet, fortement colorées en rouge par le carmin et la teinte qu'elles prennent permet de distinguer les contours de la lésion, même au niveau de la substance grise qui offre une coloration moins accusée. On reconnaît tout aussi bien la configuration des iésions, en examinant de même, à l'œil nu, des coupes préparées par la méthode de Weigert : les parties saines sont noirâtres, lorsqu'on regarde les coupes par transparence; les parties altérées sont
marquer M. Charcot, le tissu de la moelle, au voisinage des îlots de sclérose, est modifié jusqu'à une certaine distance des confins de cet îlot. Les travées de névroglie des faisceaux blancs sont plus épaisses dans ces points ; les fibres nerveuses complètes sont moins nombreuses et plusieurs de celles qui persistent ont un diamètre inférieur au diamètre normal. De même, pour la substance grise, les caractères du tissu altéré se retrouvent encore, plus ou moins atténués, dans les points voisins de la plaque de sclérose.
Si l'on étudie spécialement l'altération des faisceaux blancs de la moelle, dans les plaques de sclérose, on voit que la névroglie de ces faisceaux est notablement hypertrophiée et forme un réseau à trame assez épaisse. M. Babinski a constaté que, le plus souvent, dans les plaques de sclérose, on ne trouve pas une fibre saine, ce qui différencie cette lésion de la sclérose secondaire. Dans les faisceaux atteints de cette sclérose secondaire, on rencontrerait toujours un certain nombre de fibres nerveuses pourvues encore de leur gaine de myéline et offrant par conséquent les caractères de l'état normal. Sous ce rapport, M. Babinski rapproche les lésions de la sclérose en plaques de celles du tabès où l'on ne trouve parfois pas une fibre nerveuse saine dans les régions des faisceaux postérieurs altérées depuis longtemps \
Mais ce qui frappe le plus l'attention, c'est que les mailles du réseau de la névroglie ne paraissent vides pour ainsi dire nulle part : presque partout, on reconnaît, ainsi que je l'ai noté dans mon mémoire de 1866, la persistance de cylindres axiles dont la gaine de myéline a disparu. Ces cylindres axiles se colorent fortement par le carmin et beaucoup d'entre eux, dans chaque coupe, paraissent moins grêles que dans l'état normal. L'aspect qu'offre l'ensemble de ces cylindres, sur des coupes un peu épaisses, est tout à fait remarquable et me paraît différencier lalésion dont il s'agit ici des diverses autres sortes
plus ou moins incolores et diaphanes. Cette méthode permet même de distinguer, mieux encore que la coloration par le picrocarmin, le tissu altéré du tissu resté normal. On peut s'en convaincre en examinant les planches annexées au remarquable travail de M. Babinski, planches dont la fidélité est complète, comme je m'en suis assuré, en étudiant au microscope les préparations de l'auteur. Les coupes longitudinales montrent bien que les fibres de la substance blanche, qui perdent leur gaine de myéline en pénétrant dans un îlot de sclérose, en sont munies au sortir de cet îlot. On voit nettement ainsi que ces fibres ne subissent pas de dégénération secondaire, ascendante ou descendante, suivant qu'il s'agit des faisceaux postérieurs ou des faisceaux latéraux.