PRONOSTIC
Je tiens encore à vous rappeler que la période préataxique embrasse souvent une durée très longue, et qu'à elle seule, elle peut constituer toute la maladie, particularité sur laquelle insistait déjà Fournier, dans l'ouvrage que je vous citais à l'instant.
Période ataxique. — La période ataxique, qui, je vous le répète, Période peut faire défaut, s'ouvre d'habitude par des troubles de la coor- ^ dination peu accusés, qui sont facilement méconnus lorsqu'on ne met pas une certaine insistance à les dépister. (V. plus loin, les leçons consacrées au diagnostic.) Vous comprendrez, d'après cela, que lalignede démarcation entre les deux périodes préataxique et ataxique est le plus souvent très difficile à établir d'une façon précise. En d'autres termes, l'ataxie peut exister depuis un temps déjà assez long, lorsque son existence vient à être reconnue.
L'incoordination motrice, qui caractérise la seconde période du tabès, évolue elle-même avec une rapidité variable. Limitée d'abord aux membres inférieurs, beaucoup plus rarement aux membres supérieurs, exceptionnellement à l'appareil moteur d'un organe tel que le larynx, il est de règle que l'ataxie tende, sinon à se généraliser, du moins à envahir d'autres groupes de muscles que ceux qui sont primitivement affectés. Il est de règle que cette extension ne se fasse qu'avec beaucoup de lenteur. 11 est de règle aussi que l'incoordination motrice, légère au début, augmente d'intensité, lentement, mais progressivement. Toutefois, il n'est pas rare d'observer dans la marche de l'ataxie ces mêmes temps d'arrêt, ces alternatives d'aggravation et d'amélioration, que je vous signalais à l'instant, en vous parlant de l'évolution de la maladie en général.
Enfin il est tout à fait exceptionnel que l'ataxie ne suive pas une marche symétrique, il est exceptionnel qu'elle se cantonne dans une moitié du corps.
Bien entendu, pendant cette période ataxique, nous retrouvons les mêmes manifestations qui existaient déjà à la première période, nous les retrouvons associées à l'incoordination motrice.
Période ^impotence. — Je l'appelle ainsi, parce que, à cette Période période terminale, les malades sont privés du libre usage de leurs ^' '"^P"^'*^"'membres, en raison des progrès de l'incoordination motrice, et sans qu'ils soient positivement paralysés. Je vous ai décrit dans
une de mes précédentes conférences l'état dans lequel se trouve le malheureux ataxique, lorsqu'une fois Tataxie est parvenue à son apogée- Celte période ultime pourrait encore être désignée sous le nom de période de marasme. En effet, en même temps que les malades deviennent impotents par suite des progrès de l'ataxie, ils dépérissent pour tomber dans un état de marasme, qui, je vous l'ai dit déjà, peut s'aggraver au point d'amener le dénouement fatal.
pales Principales causes de mort. — D'autre part, cet état de marasme
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prédispose les tabétiques à certaines complications, à certaines affections intercurrentes, qu'on voit figurer parmi les causes habituelles de la mort, chez les malades atteints du tabès ; comme telles je v^ous mentionnerai :
La phtisie pulmonaire, avec ou sans complication de tuberculose intestinale;
Les formes bâtardes de la pneumonie, connues sous le nom de pnemnonie lobulaire, de pneumonie hypostatique^ et qui viennent habituellement se greffer sur une maladie antécédente, infectieuse ou cachectique ;
Les ulcérations dites de décubitus parce qu'elles se développent aux parties qui, sous l'influence du séjour au lit, sous l'influence du décubitus dorsal, sont exposées à une compression prolongée. Ces ulcérations, qui ont pour lieu d'élection le siège, la région sacrée, sont une porte ouverte aux germes infectieux du dehors ; elles exposent les malades à des infections septiques mortelles. Or vous verrez tout à l'heure qu'à la période terminale du tabès, ces ulcérations sont plus fréquentes qu'on ne le suppose communément.
Il arrive encore que sous la double influence du marasme terminal et des complications cardiaques qui se rattachent au tabès, les malades, ou bien tombent dans un état comateux d'où ils ne se réveillent plus et qui est en rapport avec l'œdème cérébral, ou bien succombent aux suites d'un œdème pulmonaire.
La cystite, qui n'est pas rare à une période avancée du tabès, peut également précipiter le dénouement fatal, par l'aggravation qu'elle imprime à l'état consomptif des malades et par suite d'une véritable auto-intoxication.
Je vous ai déjà signalé comme autres modes de terminaison,
ÉVOLUTION. — TERMIKAISOX. — PRONOSTIC
observés dans des cas de tabès : la 7nort par asphf/xie, au cours d'une crise laryngée ; la mort par arrêt du cœur, chez des tabétiques affectés d'une insuffisance aortique, ce qui est loin d'être rare.
Plus souvent qu'on ne l'admet communément, le tabès dorsalis conduit à la paralysie (/énérale des aliénés.
Enfin je constate que dans un assez grand nombre de cas de tabès on voit figurer la fièvre tf/pho'ide comme cause de l'issue fatale.
Le tableau suivant, qui comprend un relevé des causes de mort notées dans 100 observations de tabès dorsalis prises au hasard, vous donnera une idée concrète de la fréquence relative des principaux modes de terminaison de cette maladie. J'ai éliminé à dessein de ce tableau, la paralysie générale, parce que, comme je vous le disais à l'instant, le nombre des tabétiques qui meurent en état de paralysie générale est beaucoup plus élevé qu'on ne le supposait jusqu'ici. Aussi j'eus été exposé à inscrire dans le tableau ci-joint un chiffre erroné. Je me propose de revenir ultérieurement sur ce point de statistique.