‹ Maladies du système nerveuxChapitre 41 sur 85 · II · texte numérisé non relu

II

On a essayé de procédés particuliers dans quelques cas spéciaux. Ainsi, on a fait inspirer des odeurs fortes (ammoniaque, tabac) ; chez des sujets à aura épigastrique, on faisait manger une ou deux bouchées de pain ; chez un malade singulier de Bicétre, il suffisait de monter sur ses épaules au moment de l'aura pour empêcher l'attaque.

On peut faire une objection générale à tous ces moyens. Je vous ai déjà parlé d'un épileptique de l'hôpital Saint- Éloi qui arrêtait très-bien ses attaques par la ligature et qui finit par ne plus vouloir user de ce moyen : il était plus malade après et préférait avoir ses attaques, qui étaient comme des décharges nerveuses utiles. Romberg a déjà dit : Qu'un accès déjà commencé continue; éloignez l'idée de l'interrompre, parce que l'attaque est d'autant plus intense qu'il y a eu un plus long intervalle depuis la dernière.

Dès-lors, le plus souvent, je vous engage simplement, pendant les attaques, à prendre quelques précautions. Le patient est couché par terre ou sur un lit bas, la tête un peu élevée, le cou libre, etc. Il ne faut rien mettre entre les dents, parce que le sujet le casserait et l'avalerait, ou se casserait les dents. Il faut se contenter de repousser la langue en dedans si c'est possible. On peut habituellement mettre un bourrelet à l'épileptique s'il tombe souvent sur le front, etc.

Après l'attaque, si elle a été simple, il n'y a rien à faire; mais quelquefois il y a des signes de congestion cérébrale plus ou moins intense et persistante, surtout si les attaques se sont répétées à courts intervalles ; alors, suivant le degré, vous prescrirez des bains de pied sinapisés et surtout des émissions sanguines locales ou générales ( sangsues derrière les oreilles, à l'anus ou aux malléoles); vous y associerez les purgatifs (calomel ).

Voisin préconise contre le délire maniaque qui suit l'attaque, le curare à la dose de IScentigr. et plus, en injection hypodermique. C'est un moyen qui est au moins peu pratique.

2. Traitement de la maladie elle-même. — Surveillez rigoureusement d'abord le régime et l'hygiène. Il faut proscrire l'alcool, le thé, le café, le tabac, les vins excitants, les excès de tout ordre. Le régime alimentaire doit être le plus doux possible , le laitage en formera une partie importante ; il ne doit pas être cependant la nourriture exclusive, à cause de la nécessité où l'on est de tonifier les sujets. Le patient doit éviter les émotions, les travaux intellectuels, tout ce qui excite le système nerveux. Il faut développer le côté physique par la gymnastique, les exercices corporels, sans aller jusqu'à la fatigue, etc.

Vient ensuite l'indication causale, qui est capitale quand on la découvre. Ainsi, dans les cas de lésion périphérique, l'extirpation d'une tumeur comprimant un nerf, d'une cicatrice, l'ouverture d'un abcès, rendront des services immédiats.

La trépanation a été beaucoup conseillée autrefois; peut-être répond-elle aujourd'hui encore à quelques indications plus restreintes. Sur 10 épileptiques que Mason Warren a trépanés, 3 ont guéri, 2 ont été améliorés et 5 sont morts.

L'état général est ensuite une source importante d'indication : rachitis, scrofule, pléthore ou anémie, herpétisme ( disparition d'exanthème ), etc. C'est là qu'apparaîtra, dans chaque cas particulier, le talent d'analyse propre du médecin.

Le traitement anthelminthique ou antisyphilitique pourra être institué, alors même quelquefois qu'on est encore un peu dans le doute.

QUAEANTE-QUATPJÈME LEÇON

Épilepsîe (fia). — Manifestations nerveuse» des Maladies générales: Sypliilis.

Épilepsîe. — Traitement (suite) : Traitement direct (bromure de potassium, sels de zinc, de cuivre, d'argent-, valériane, belladone, etc.; sternutatoires, électricité, etc., etc.).

Manifestations nerveuses des maladies générales. — Nécessité, importance et difficultés de cette dernière partie du cours.

Localisations nerveuses de la syphilis. — I. Encéphale : Étiologie. — Anatomie pathologique : gommes, lésions des vaisseaux, sclérose, ramollissement. — Symptômes : forme céphalalgique.

Après avoir indiqué, Messieurs, les moyens à opposer à l'attaque, nous avons abordé le traitement de la maladie elle-même et nous n'avons eu le temps de parler que du régime et de l'indication causale. Nous devons énumérer maintenant les agents directement dirigés contre la névrose.

En tète il faut placer le bromure de potassium, que Voisin et la plupart des auteurs contemporains emploient beaucoup; ce sel doit être très-pur, sans chlore ni iode; on le prendra quelques moments avant le repas, à la dose de 2 à 12 gram. par jour, à doses lentement progressives. Roberto' le donne jusqu'à 30 gram. Du reste, on n'est arrivé à la dose thérapeutique que quand on a supprimé la nausée réflexe; à ce moment, d'après Voisin, on ne doit plus augmenter, mais continuer avec persévérance pendant des années entières si la maladie s'améliore et guérit. Après deux ans, on peut ne donner que tous les deux jours, pourvu que la nausée réflexe reste toujours abolie. Le bromure

1 Journ. thérap., 1878, 15, pag. 59G.

de potassium doit rester presque un aliment pour l'épileptique qu'il a guéri, et cela sans intermittences. Un bon signe du reste de l'efficacité du médicament est dans la rapidité avec laquelle ses effets physiologiques se développent. S'il ne guérit pas toujours la maladie, il l'atténue le plus souvent. Il suspend la maladie chez la moitié des adultes et un quart des enfants. Il faut lui associer les diurétiques pour faciliter l'élimination du remède et empêcher les éruptions cutanées. Souvent on y joint le fer (Voisin) .

Il faut se rappeler cependant que le bromure de potassium peut, par l'abus, développer une intoxication analogue à celle de l'opium ou de l'alcool. Seguin a récemment insisté sur les signes de ce bromisme' .

Bon nombre de sujets, par exemple, offrent de la débilité générale, de la faiblesse du pouls, du refroidissement des extrémités ; une tendance à la stupeur, de la difficulté de parole, l'haleine fétide, de l'acné. D'autres ont un bromisme plus grave et paraissent atteints de démence, de manie ou de paralysie générale. On en a vu enfin qui trouvaient la mort dans un affaiblissement progressif. Le D*" Seguin constate une grande analogie entre le bromisme grave et la paralysie générale. — Ces faits ont une grande importance.

En somme, le bromure de potassium manié avec énergie et prudence n'est pas un anti-épileptique infaillible et spécifique; mais c'est un bon moyen, probablement le moins mauvais de tous les agents proposés.

S'il reste impuissant , on peut essayer les sels de zinc et spécialement l'oxyde de zinc. On donne 0"'",10 à O^^SO chez les enfants en trois fois par jour, jusqu'à 6 gram. chez l'adulte. Herpin aurait guéri par ce moyen 28 malades sur 42. Ce résultat n'a pas été retrouvé, mais enfin c'est un agent à essayer.

* Journ. thérap., 1878, pag. 597.

Le sulfate de cuivre ammoniacal est administré sous forme pilulaire une heure après le repas: O^'^jOOS à0^'',07 chez les enfants; jusqu'à O^"", 40 et 0^'",60 chez l'adulte. Il peut déterminer des nausées, des vomissements, de l'inappétence, de la diarrhée. Il faut, paraît-il, avoir donné environ 18 gram. chez l'enfant et 70 gram. chez l'adulte pour constater l'inefficacité du remède et yrenoncer. C'est un agent du reste peu employé et qui ne produit pas grands effets. lien est de même du cuivre porphyrisé, de l'ammoniurede cuivre ( ? ), etc.

Le nitrate d'argent cristallisé est donné de 0^'',01 à 0^'",30 par jour. Certains malades qui ne sont pas guéris voient du moins par ce moyen leur peau devenir d'un bleu noirâtre tout spécial. Le chlorure d'argent est également employé. — Ce sont là les principaux agents métalliques.

La valériane était très-recommandée et très-employée par les anciens. Elle l'est beaucoup moins aujourd'hui, quoique des expérimentateurs, comme Grisar, aient montré qu'elle diminue les actions réflexes chez la grenouille. De même pour la racine d'armoise (en infusion à 15 gram. ), que Nothnagel a de nouveau expérimentée sans grand succès.

La belladone, les injections d'atropine, ont pu améliorer mais non guérir. De même pour la jusquiame. Les autres narcotiques, comme l'opium, ne peuvent pas faire la base d'un traitement chronique et prolongé, comme il le faut

D'autres plantes ont encore été préconisées, parmi lesquelles je citerai seulement le Cotylédon umUlicus (Fonssagrives); elles ne paraissent pas avoir encore fait suffisamment leur preuve.

Je n'insisterai pas sur les sternutatoires, recommandés par Laycock d'après des idées théoriques. On mêle 5 gram. poudre d'ellébore blanc et 60 gram. poudre quinquina , trois fois par jour une pincée dans les narines ; il y a des éternuments pendant dix minutes ; puis on renifle

MALADIES GÉNÉRALES. 6lô7

de Teau froide pour faire cesser les éternuments. On n'a pas ainsi de succès durable.

Le haschisch, le curare, ont pu rendre des services, mais sont difficiles à se procurer.

Voisin s'est bien trouvé des courants continus contre quelques symptômes, comme les points hyperesthésiés, en faisant passer le courant par le bulbe. Pour cela, il met un électrode sur certains points de la poitrine et l'autre sur la face ou sur la langue, en arrière du V ou au menton. Ces malades guérirent ou s'améliorèrent. — Cependant la plupart des autres médecins qui l'ont essayé n'ont rien obtenu de durable.

L'eau froide peut donner de l'amélioration. Nothnagel recommande un traitement de six à douze semaines dans un établissement hydrothérapique, Chapman, Reynolds, se sont bien trouvés d'applications de glace sur la colonne vertébrale.

Les cautères, les vésicatoires permanents à la nuque, les sétons, les purgatifs répétés, sont un bon adjuvant que l'on peut associer à n'importe quel traitement.

Il y a enfin quelques autres moyens, rarement employés du reste : la gymnastique de chambre, surtout pour les enfants ; les vésicatoires volants sur le trajet de l'aura (Récamier); des frictions stibiées sur le cuir chevelu ( Mettais ) ; le cautère actuel sur la région sincipitale (Lebreton); la castration (Frank, et plus récemment les chirurgiens américains); la trachéotomie (Marshal Hall); la ligature de la carotide ( Preston ) ; la ligature et la section des nerfs dans les cas d'aura, etc.

Page 1