II
Les troubles de sensibilité sont plus fréquents que les précédents. En dehors des sensations de l'aura, on constate une céphalalgie fréquente, des vertiges, de la lourdeur de tête, Tous ces signes ne prennent qu'exceptionnellement une grande gravité.
Quant aux phénomènes psychiques, nous allons les décrire tous dans un même chapitre consacré -dVétat mental des épileptiques, car nous n'en avons encore rien dit.
VI. Peut-on être épileptique et être absolument sain d'esprit ? C'est là une question très-grave et qui a été diversement résolue'.
D'abord, il faut s'entendre. — Il serait faux de dire que tous les épileptiques sont des aliénés, au sens ordinaire du mot. On cite des hommes illustres, comme César, Napoléon, Pétrarque, qui auraient été épileptiques; le grand pape qui vient de mourir l'a été pendant une partie de sa vie. Tous les épileptiques ne sont donc pas fous. Mais de là à admettre l'intégrité complète et à tous les moments de l'intelligence, il y a loin.
La question de responsabilité doit toujours être soulevée quand un épileptique a commis un crime : c'est là un fait à se rappeler.
Tout épileptique, dit Voisin, est original, fantasque, difficile à vivre, et peut, à un certain moment et sans qu'on puisse le prévoir, commettre des actes irrésistibles, de cause hallucinatoire et de nature dangereuse. Et il ajoute : la distinction administrative des épileptiques en aliénés et non ahénés est une subtilité qui n'a pas de valeur au point de vue pratique. Sur 148 épileptiques, on n'en trouve que 10 dont l'intelligence soit dans un état de pondération parfaite.
Il faut évidemment se rappeler que ces lignes ont été écrites par un médecin aliéniste ; mais enfin elles ont une grande valeur.
* Voy., pour ce qui suit : Voisin, loc. cit., et Cavalier, Th. Moulpellier. 1850, 99.
Le caractère essentiel de l'état mentaidesépileptiques est qu'ils se laissent dominer par la mauvaise humeur, la colère et les instincts regrettables. Leur irritabilité est excessive ; ils ont des sensations trop vives, qui faussent leur jugement et les empêchent d'apprécier sainement leurs actes et leurs paroles. Ils deviennent souvent insupportables pour leur famille et la société.
Quand la maladie est confirmée (toujours d'après Yoisin), l'épileptique est morose, triste, rêveur, nonchalant, par moments irascible et impérieux ; il se laisse trop souvent aller aux mauvais penchants, aux instincts les plus brutaux. Du reste, comme l'a fait remarquer Peltre, les modifications de mœurs et d'habitudes qu'on constate chez ces malades sonten partie entraînées par les rapports sociaux que leur crée leur infirmité, par leur manière de vivre , l'exclusion dans laquelle ils sont tenus, les obstacles qu'ils rencontrent pour leur établissement et leur bonheur, l'impossibilité où ils sont d'avoir une occupation suivie.
Dans les asiles, les épileptiques sont indisciplinables, souvent rancuniers, haineux et poltrons ; du reste, indolents et paresseux.
L'aliénation mentale peut se présenter chez eux sous la forme aiguë ou sous la forme chronique. La première peut précéder ou suivre l'attaque, survenir dans l'intervalle des accès ou même remplacer les crises convulsives. La deuxième se développe à la longue ou préexiste sous forme d'idiotie.
1. Avant l'attaque, ce sont des hallucinations, des illusions de divers ordres (aura intellectuelle) . Ces hallucinations sont quelquefois terrifiantes, et les malades peuvent alors commettre avec une rapidité terrible des actes complètement inconscients.
2. La folie s'observe surtout après l'attaque; elle se présente alors sous forme de manie simple, de fureur ou de délire partiel.
a. La manie éclate avec une grande soudaineté, à peine
précédée pendant quelques heures d'un peu d'hébétude , d'égarement dans la physionomie, de vague dans l'esprit, de tristesse et de céphalalgie. Puis l'incohérence est complète. Les malades tutoient, sont grossiers, injurieux, sans faire de violences; ils parlent presque continuellement, interpellent chacun. Les réponses sensées ne surviennent que par éclairs et sont ordinairement extravagantes. En même temps les regards sont égarés, avec une expression d'étonnement. L'accès peut durer pendant dix jours et le malade ne dort pas de tout le temps.
6. Les passions et spécialement la colère troublent l'homme profondément , mais ne sont rien à côté des emportements de l'aliéné. La fureur se rapproche plutôt de l'état des animaux : aveugle et brutale au plus haut degré, elle s'accompagne d'une tendance ordinaire à la destruction. M. Cavalier montre amsi qu'il y a autant de différence entre la fureur et la colère qu'entre un aliéné et un homme raisonnable. Avec Horace, il est donc inexact de dire : ira furor brevis est.
La fureur épileptique est, dit M. Cavalier, un emportement violent qui, prenant sa source dans l'affection épileptique, développe une tendance irrésistible à la destruction.
C'est un phénomène très-fréquent chez les épileptiques. Toujours intermittente, elle survient par accès de courte durée et à intervalles variables. A l'asile de MontpelUer, en 1850, il y avait 5 furieux sur 25 épileptiques femmes, et 10 sur 20 épileptiques hommes. — Cette complication appartient à la période d'efflorescence de la névrose, manque à la première phase, et disparaît plus tard dans la démence.
On distingue deux formes dans la fureur épileptique : fureur instinctive ordinairement aveugle et fureur motivée en partie engendrée, souvent entretenue et exaspérée par des hallucinations, des illusions, des idées délirantes.
La première forme est en général bien plus dangereuse
que l'autre. L'épileptique, n'ayant aucune conscience, même momentanée, de ses actes, et poussé par un instinct de destruction extrême, se porte à des actes excessivement graves pour les autres et pour lui.
Cet état se trouve particulièrement chez les épilep tiques idiots. Souvent les accès suivent les attaques: ils détruisent alors automatiquement et sans le savoir, et ne sont arrêtés par rien. Ils ne se rappellent du reste rien de ce qu'ils ont fait pendant la crise.
Cette forme de fureur peut même se présenter sous deux aspects différents : type sombre et type expansif .
Dans ce dernier cas, la face est congestionnée, le visage épanoui ; les yeux sont enflammés , la parole est éclatante; animée, rapide ; les cheveux sont hérissés, les gestes violents ; la force est extrême et le corps brûlant. Les menaces, les plaintes, les injures, les blasphèmes se pressent sur leurs lèvres. Puis viennent les actes de violence, etc.
Dans le premier cas, au contraire, la face est pâle et crispée, le regard froid, furtif, pénétrant ; les traits sont féroces, la bouche est fermée, les gestes sont rares, 1" attitude est pensive ; le malade paraît entièrement absorbé et étranger à tout ce qui l'entoure; cependant il voit tout, observe tout, avec une finesse des sens que l'on ne soupçonnerait pas. Dès que le moment favorable d'exercer une vengeance se présente, il le saisit rapidement, et, d'une main sûre, porte un coup terrible, quïl avait longtemps médité. Tout est mesuré, calculé; U n'y a pas de coups donnés au hasard, la blessure est toujours dangereuse. S'il échoue, il se livre et attend une autre occasion, ou bien un accès violent expansif succède brusquement ; la force est décuplée et les malades deviennent indomptables.
Vous comprenez les conséquences naturelles d"un pareil état mental : homicide ou suicide . Cavalier cite un épileptique qui s'ouvrit le ventre et dévida 3™, 3 5 d'intestin grêle.
Il n'y a rien à ajouter à cette remarquable description
650 QUARANTE-DEUXIÈME LEÇOX.
de M. Cavalier, dont je vous engage à lire la Thèse tout entière.
c. Le délire partiel a des formes variées : prédominance d'idées hypochondriaques et mystiques ; ou bien confusion, lenteur de conception, diminution de la volonté avec crainte vague, illusions et hallucinations; des actes criminels, suicide, homicide, incendie, peuvent encore être la conséquence de ces troubles mentaux.
3. Les phénomènes psychiques peuvent aussi se produire dans l'intervalle des attaques; Delasiauve cite des cas de délire aigu survenant sans être précédés par aucune crise con\Tilsive.
4. Les troubles mentaux remplacent d'autres fois les attaques; c'est ce que Morel décrit sous le nom d'épilepsie larvée.
On observe alors une excitation périodique suivie de prostration et de stupeur, une irascibilité excessive et sans motifs, des actes agressifs ayant le caractère de l'instantanéité et de rimpulsion irrésistible, la tendance à l'homicide et au suicide, des hallucinations terrifiantes, etc. — Quelquefois il y a eu des phénomènes épileptiques antérieurs, d'autres fois ils ont été méconnus.
Sous la forme chronique, on constate la diminution de la mémoire, de T attention, de l'énergie morale. Les malades oublient tout ; leurs actions deviennent enfantines. Ils se livrent à un onanisme effréné. Quelquefois ce sont les symptômes et les lésions de la paralysie générale.
En somme, c'est la démence chez l'adulte et l'idiotie chez l'enfant.
Épîaepsîe (suite).
Épilepsie. — Anatomie et Physiologie pathologiques -. Lésions des os, des méainges, du cerveau, de la moelle alloagée, du grand sympathique, de la moelle. Expérimentation. Mode de production de quelques symptômes. — Marche, Durée et Terminaisons. — Diagnostic. — Pronostic. — Traitement -. 1. Traitement de l'attaque; 2. Traitement de la maladie elle-même : régime et hygiène ; indication causale.
En commençant le chapitre de T Anatomie et de la Physiologie PATHOLOGIQUES, Messioups, Volsin déclare qu'il n'est plus permis de dire aujourd'hui ce que Foville écrivait en 1831 , à savoir: que les résultats de l' anatomie pathologique des épileptiques affectés d'attaques simples sont négatifs. On connaît aujourd'hui des lésions, et il divise les altérations trouvées à l'autopsie en lésions conséquences de l'attaque, lésions déterminantes du haut mal, et lésions secondaires.
Cette division est bonne; elle est très-désirable. Mais il me paraît encore bien difficile de l'appliquer dans l'état actuel des faits. U anatomie pathologique (Lq l'épilepsie me paraît encore complètement obscure, comme vous le montrera la revue suivante.
Du côté des 05, on a d'abord mentionné des lésions du crâne et de la face.
Souvent, quand la maladie est héréditaire ou débute dans la jeunesse, il y a des irrégularités dans le crâne; habituellement c'est une asymétrie plus ou moins prononcée, avec défaut de développement, le plus souvent du côté gauche. Les os du crâne sont assez souvent épaissis et sclérosés, mais cela n'est pas constant; on peut même les trou-
ver très-minces. Ce qui prouve, ajoute Nothnagel, que ces lésions des os sont secondaires et sont peut-être la suite des hyperémies répétées. On a signalé d'autres irrégularités qui ne sontpasconstantes : aspérités à la face interne, exosloses, rétrécissement du trou de la carotide, etc. ,
Une lésion plus intéressante serait le rétrécissement de l'orifice supérieur et de la partie supérieure du canal vertébral, produit par les maladies de l'atlas, de l'axis ou de l'occiput, et comprimant la moelle allongée. Kussmaul et Tenner, Solbrig, Hoffmann, en ont publié trois cas. Il est incontestable que c'est là une cause d'épilepsie, mais elle n'existe pas toujours. Delasiauve et Voisin ne l'ont jamais rencontrée.
Lasègue^ a récemment attiré l'attention sur les rapports de l'épilepsie avec l'asymétrie faciale : «Saillie frontale, le plus souvent droite, très-marquée; saillie malaire correspondante ou existant du côté gauche; rotation de la face; déviation de la ligne os.seuse du palais, oblique au lieu d'être perpendiculaire à l'axe du corps ; déformation de la voûte palatine; abaissement ou soulèvement d'un des orbites ; effacement d'un des côtés de la face répondant à la saillie de l'autre... S'il existe une asymétrie faciale incontestable, l'épileptique a été frappé à l'âge de la consolidation osseuse, et il appartient à l'espèce la plus nombreuse de toutes, celle des épilepsies dues à un vice de conformation ou à une consolidation également vicieuse des os qui forment la base du crâne. »
Les méninges sont normales ou altérées. On trouve notamment un état trouble, de l'épaississement , quand il y a ostéo-sclérose. Quand la mort est survenue après une série d'attaques, on a des lésions consécutives intenses : les méninges ont perdu leur transparence ; elles sont infiltrées d'une sérosité sanguinolente au niveau des scissures; il y a des tramées opalescentes, etc.
' Acad. Méd., 15 mai 1877. — Voy. aussi Acad. Méd., 29 novembre
Echeverria pose en principe que le cerveau des épileptiques est augmenté de poids, et que cela est dû aux exsudats cérébraux et à la prolifération de lanévroglie.Mais Meynert a trouvé, au contraire, une diminution de poids chez un épileptique. C'est en tout cas une lésion secondaire et pas constante.
L'asymétrie des hémisphères a été fréquemment trouvée, comme du reste dans d'autres psychopathies. La théorie que Follet et Beaume avaient édifiée sur ce fait a été renversée par Delasiauve, qui sur 18 cas n'a trouvé qu'une fois une différence de 80 gram., n'a constaté qu'une différence de moins de 20 gram. dans plusieurs cas, et aucune différence dans les autres.
Divers auteurs ont ensuite trouvé des lésions variées de l'encéphale.
Voisin décrit dans la substance grise corticale du cerveau, quand il y a eu des troubles intellectuels avancés, des lésions de deux ordres : 1° Presque uniquement sur les circonvolutions supérieures, antérieures et moyennes, taches d'un blanc jaunâtre, ambrées, irrégulières, siégeant surtout dans la moitié inférieure de la substance grise ; ou bien zones jaunâtres, laiteuses, grisâtres, à la partie médiane des circonvolutions : lésions des gaines périvasculaires avec issue des globules, et secondairement atrophie et dégénérescence des éléments nerveux actifs, tubes et cellules. Ce serait là une altération secondaire à l'attaque, comme le piqueté de la face ; T Adhérences de la couche corticale avec les méninges ; aspect et lésions analogues à la paralysie générale. — Meynert a constaté d'autre part l'inégalité des cornes d'Ammon, mais tout cela n'est pas constant et est secondaire^
* Gallopain a récemment trouvé chez une épileptique un cancer encéphaloïde du lobe frontal gauche ayant fait irruption dans le ventricule latéral et le troisième ventricule ; absence de développement du ph courbe et du lobule du pli courbe du côté droit. [Soc. anat., 23 novembre 1877. — Progr. méd., 1878, 2.)
Schrœder van cler Kolk a étudié spécialement les lésions de \amoelle allongée. Au début, il n'y aurait aucune altération organique appréciable. Plus tard apparaît un exsudât « albumineux intercellulaire » entre les éléments nerveux, qui arrivent ainsi à la dégénérescence graisseuse et au ramollissement. Ensuite il y a élargissement des capillaires et épaississement de la paroi; il en résulte que la moitié inférieure du bulbe est plus rouge et plus hyperémiée que la moitié supérieure, que la malade ait succombé ou non après une attaque. Les ectasies capillaires s'observent surtout au niveau des racines de l'hypoglosse et du vague, plus accusées dans le voisinage du premier nerf si les patients se sont mordu la langue pendant l'attaque. — Ce seraient là encore des lésions secondaires indiquant la gravité etl'incurabilité de la maladie.
Echeverria a constaté aussi les ectasies capillaires dans la moelle allongée, et en outre un exsudât albumineux granuleux, des cellules granuleuses, de nombreux corps amylacés, des cellules ganglionnaires fortement pigmentées, notamment aux noyaux de l'hypoglosse et du vague. Ces lésions peuvent se trouver aussi dans d'autres parties de l'encéphale, mais d'une manière moins constante que dans le bulbe.
Echeverria a également trouvé altéré le grand sympathique cervical. Dans 15 cas qu'il a examinés, les cellules des ganglions cervicaux étaient granuleuses, remplies de pigment et leur tissu conjonctif hyperplasié. Cet auteur voudrait même voir là la lésion primitive de l'épilepsie. Mais, comme Nothnagel le fait remarquer, on peut se demander si cette accumulation de pigment a une signification quelconque depuis que Lubimoff a montré, qu'elle est normale chez les gens âgés, et môme quelquefois chez des personnes jeunes ayant succombé à tout autre chose qu'à l'épilepsie.
Meyer a également trouvé des lésions analogues dans la moelle allongée, la moelle cervicale et Técorce cérébrale.
Mais il les regarde comme secondaires et nullement caractéristiques pour Fépilepsie, puisqu'on les retrouve dans la paralysie générale et d'autres maladies.
Tous voyez donc qu'en résumé rien n'est fait. L'épilepsie est toujours une névrose dont on ne connaît pas la lésion constante et primitive. Il semble seulement qu'on doive surtout à l'avenir chercher du côté du hulhe ou de la zone motrice corticale.
Nous devons maintenant essayer d'éclairer la physiologie pathologique par V expérimentation.
Depuis vingt-cinq ans, Brown-Sequard a beaucoup étudié le développement expérimental de Tépilepsie dans une espèce animale particulière : les cochons d'Inde. Cette névrose se développe chez ces animaux après des altérations dépeints très-variés du svstème nerveux : lésions de la moelle, section d'un sciatiLjue ou des deux, lésion de la moelle allongée et enfin du pédoncule cérébral et des tubercules quadrijumeaux.
Peu de temps après l'opération, se développe un état d'excitabilité exagérée, des secousses convulsives agitent quelques groupes musculaires, et enfin les attaques épileptiques éclatent vers la quatrième ou la sixième semaine (11 à 71 jours). Les attaques surviennent spontanément ou par l'excitation d'une partie spéciale de la peau, zone épileptogène, joue et région cervicale antéro -latérale (trijumeau et occipitar). du même côté que la lésion faite à la moelle ou au nerf, du côté opposé si l'altération a porté sur le pédoncule. Cette zone se distingue par une certaine anesthésie; mais il suffit de l'exciter légèrement pour provoquer une attaque' . Au bout d'un temps assez long, l'épilepsie peut disparaître, et alors l'anesthésie de la zone épileptogène disparaît également.
^ Bochefontaine a trouvé une zone épileptogène analogue chez un homme ; elle comprenait le lobule de l'oreille gauche et la région cervicale correspondante. [Arch. physiol., 1875, 884. — Rev. se. méd.. ^TLII. 209.)
Chose remarquable, les jeunes nés de ces animaux peuvent être épileptiques sans autre lésion.
SchifFjWestplial, ont confirmé les expériences de Brown- Sequard. Ils les ont essayées sur des chats et des chiens. Mais les résultats sont alors moins nets : il n'y a pas perte de connaissance.
Westphal a provoqué des attaques, toujours chez les cochons d'Inde, par un autre procédé : il leur donnait une série de petits coups répétés sur la tête. D'abord on n'observe rien ; puis, quelques semaines après, on voit les mêmes phénomènes que dans les expériences précédentes, pendant six semaines à six mois. A l'autopsie de ces animaux, Westphal a toujours trouvé de petites hémorrhagies dans la moelle allongée et la moelle cervicale.
Hitzig est arrivé aux mêmes résultats en enlevant le centre cortical, de l'extrémité antérieure par exemple ; après un temps variable, survenaient des attaques épileptiques bien caractérisées.
Kussmaul et Tenner ont encore produit du coma et des convulsions générales épileptiformes en développant une anémie subite du cerveau : hémorrhagie ou ligature des quatre grandes artères de la tête.
On ne réussit pas à produire une anémie suffisante en électrisant le sympathique cervical , parce que tous les nerfs vasculaires du cerveau ne passent pas par là. Mais Nothnagel y serait arrivé en faisant resserrer les vaisseaux cérébraux par voie réflexe, en électrisant les nerfs périphériques.
Hermann et Escher ont pu produire les mêmes phénomènes chez le chat eu provoquant l'hyperémie cérébrale par la ligature des veines qui reviennent de l'encéphale. L'effet seulement est plus lent qu'après la ligature des artères.
Citons quelques autres résultats expérimentaux curieux. Brown-Sequard a montré qu'on peut empêcher les convulsions dans les membres chez un cochon d'Inde épilepti-
que en sectionnant la moelle ; mais si la lésion respecte les cordons antérieurs, on laissera les mouvements volontaires intacts et on abolira les convulsions. La conduction dans ]a moelle des deux ordres de mouvements ne se ferait donc pas de la même manière, par les mêmes voies.
Brown-Sequard arrête les attaques au début, chez les animaux en expérience, en tournant rapidement leur tête du côté opposé à celui qu'elle regarde , en comprimant très-fortement, brûlant, détruisant, la zone épileptogène, qui perd ainsi ses propriétés. On obtiendrait encore le même résultat en dirigeant un fort courant d'acide carbonique sur la muqueuse du pharynx ; mais ceci n'a pas été confirmé par Filehne.
Physiologie pathologique. — La plupart des auteurs semblent d'accord pour admettre aujourd'hui que le siège de l'épilepsie est dans la moelle allongée et la protubérance. Vous pouvez accepter cette idée provisoire, tout en vous rappelant qu'il n'y a cependant pas de preuve directe et positive de la chose.
En tout cas, cette altération du mésocéphale pourrait être produite par une lésion du cerveau, de la moelle, des nerfs, ou être directement produite par une maladie géuérale. C'est là qu'aboutirait l'excitation en premier lieu; voilà tout.
Quant à déterminer la nature de l'altération anatomique ou fonctionnelle de cette région qui répond à l'épilepsie, c'est actuellement impossible.
Il nous reste à dire un mot de la physiologie pathologique des divers symptômes de cette névrose.
Les convulsions seraient directement sous la dépendance de cet état du mésocéphale, qui peut en effet être le point de départ de convulsions générales. La moelle peut ne servir que de conducteur; d'après d'autres, elle interviendrait plus activement.
658 QUARANTE-TROISIÈME LEÇOX.
La perte de connaissance est nécessairement sous 4a dépendance du cerveau, mais l'état de cet organe est secondaire. L'excitation du bulbe entraînerait l'excitation du grand sympathique (centre vaso-moteur) , d'où le resserrement des vaisseaux du cerveau et de la face. Chez les cobayes épileptiques, Brown-Sequard a coupé le grand sympathique, et alors l'excitation de la zone épileptogène n'a plus entraîné la perte de connaissance.
Les convulsions deviendraient cloniques par la diminution de l'excitation mésocéphalique , quand l'excitabihté diminue, s'épuise, et quand le sang noir afflue aux centres. La cessation de l'attaque serait due à l'asphyxie qu'elle a amenée. D'après Foville, plus l'asphyxie est rapide, plus vite son action se fait sentir sur la moelle et la rend incapable de réagir, en sorte que le danger est conjuré par son excès même.
Pour MarshalHall, la théorie serait en partie inverse. Il y aurait : 1° excitation périphérique ou centrale directe du mésocéphale ; 2° convulsion tonique, en particulier des muscles du cou (trachélisme), qui comprime les veines du cou, d'où coma; en même temps convulsion tonique des constricteurs delà glotte, asphyxie et convulsions générales par suite même de cette asphyxie.
On a beaucoup discuté sur la nature de Vaura. Elle n'a pas toujours une origine périphérique comme elle en a l'air. Elle serait au contraire le plus souvent d'origine centrale : sensation centrale perçue à la périphérie ou spasme périphérique dont la cause excitatrice est centrale.
Marche, Durée et Terminaisons. — L'épilepsie véritable est une maladie chronique. Elle dure des années et le plus souvent toute la vie. Exceptionnellement on a pu en voir guérir après quelques mois. Les prétendus cas aigus sont épileptiformes. La mort dans un paroxysme peut interrompre plus ou moins tôt le cours de la maladie. Ce n'est cependant pas la règle.
^ Un certain nombre de circonstances peuvent modifier le cours de la maladie. Ainsi, les excès alcooliques entraînent une exacerbation des phénomènes, une explosion d'attaques; de même pour le thé, le café, les excès de table et certains aliments particuliers pour chaque individu. Le coït provoque souvent les attaques.
Les effets delà menstruation sont variables. La maladie une fois déclarée, l'établissement des règles l'aggrave en fréquence et en intensité ; d'autres fois elle produit une certaine amélioration ; la variabilité est la même pour les rapports entre les attaques et les diverses époques menstruelles ainsi que pour la grossesse. Certaines femmes n'ont point d'attaques pendant les grossesses d'un sexe donné et en ont pendant les grossesses de l'autre sexe.
Les maladies aiguës suspendent souvent les manifestations de la névrose pendant leur cours; ce n'est qu'exceptionnellement qu'elles entraînent la guérison. Les maladies chroniques se comportent différemment et sans règle fixe.
Rappelez-vous enfin que la démence progressive est un accident terminal fréquent de l'épilepsie.
Le Diagnostic est assez facile quand la maladie est bien caractérisée. Mais l'important est de reconnaître la névrose de bonne heure, à cause du traitement et de la conduite Sociale.
Il faut se garder de mettre les absences, les vertiges, etc. , sur le compte de l'hystérie ou d'une congestion cérébrale passagère ; il est prudent de se méfier toujours de ces accidents quand ils se répètent. Yous rechercherez les attaques de nuit par les signes déjà indiqués.
Il ne faut pas confondre avec les vertiges gastriques , avec la maladie de Menière ; on se rappellera du reste que le vertige laryngé ou le vertige ab aure lœsa peut bien aussi être une manifestation de l'épilepsie.
La distinction de l'hystérie ne présente de difficultés que
dans les formes graves d'hystéro-épilepsie : vous vous baserez sur la présence ou l'absence des autres signes de rhystérie, comme l'ovarie, les anesthésies, etc., etaussisur l'état absolument normal de la température entre les attaques d'hystérie, même quand elles se répètent à court intervalle.
Il y a un intérêt considérable à reconnaître, quand on le peut, la cause de la névrose, la diathèse ou l'état local.
Nous dirons enfin quelques mots, d'après Voisin, du diagnostic de l'épilepsie simulée.
Cette névrose est une des maladies qui ont été le plus fréquemment simulées, parce qu'elle ne demande qu'une représentation momentanée et qu'il est possible d'être bien portantdès que l'accès est passé (Tissot). On la simule, soit pour exciter la pitié des passants, soit pour échapper au service militaire, etc.
En dehors des attaques, il y a certaines choses difficiles à produire : les morsures de la langue, le piqueté de la face, les cicatrices sur les parties saillantes de la figure, au front, au menton, aux pommettes. — Pendant l'attaque, les signes difiiciles à simuler sont : la pâleur de la face, la dilatation et l'immobilité de lapupille, l'insensibilité de la peau et des muqueuses, la chute n'importe où, la prédominance unilatérale des convulsions, l'hébétude après l'attaque, les caractères sphygmographiques du pouls.... (Voisin).
Pronostic. — L'épilepsie n'est pas incurable. La guérison n'est certainement pas la règle, mais elle peut se produire.
D'abord spontanément on l'observe déjà, quoique dans une faible proportion. Maisonneuve l'exprime par 4 sur 100 ; Herpin par 5 sur 100; Voisin par 3 sur 710; Delasiauve l'a vue 2 fois. — Avec des traitements, on aurait de meilleurs résultats. Herpin a constaté une influence heureuse dans près des trois quarts des cas ; il croit pouvoir
en guérir la moitié ou le quart ; il éloigne les accès d'une manière notable. Voisin dit qu'avec le bromure de potassium Tépilepsie idiopathique gué fit une fois sur deux et que l'épilepsie symptomatique peut disparaître ou être améliorée. Les épilepsies toxiques guérissent facilement.
Gomme éléments pronostiques, l'hérédité de la névrose serait indifférente ; mais l'hérédité de la diathèse, comme la scrofule, la syphilis ou la tuberculose, rendrait la maladie à peu près incurable. Au point de vue de l'âge, la maladie serait très-grave dans la première enfance et dans la jeunesse. Les troubles psychiques, surtout avec démence, sont un signe pronostique fâcheux. Les attaques nocturnes altéreraient moins l'intelligence que les attaques diurnes. Les grandes attaques indiquent une forme plus grave que le petit mal seul. Les climats froids auraient une mauvaise influence.
Traitement. — 1 . Traitement de Vattaque. — Nous avons d'abord des moyens d'arrêter dans certains cas, de faire avorter une attaque au début. Ces moyens sont particulièrement applicables dans les cas avec aura. Telle est la flexion énergique de l'un des deux gros orteils ; la ligature des membres réussit aussi chez un certain nombre de malades. On cite encore le procédé de compression simultanée des deux tempes avec la main gauche et du trou occipital avec la main droite. Ces moyens ne réussissent du reste que dans quelques cas.
La compression des carotides a donné aussi quelques succès. On a essayé les inhalations de chloroforme et plus récemment celles de nitrite d'amyle. Cet agent, rationnellement indiqué contre l'état caractérisé par la pâleur de la face, a cependant besoin d'être encore expérimenté de plus près* .
^ Voy. les recherches de Bourneville, 5oc. Biol., juin 1875. Gaz. méd. , 25 mars 1876. Rev. se. méd., XII, 129.