A MON ONCLE
A. ESTOR,
Professeur à la Faculté de Médecine do Montpellier, Chirurgien en Chef de THÔpital-Général.
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Exposer simplement et aussi clairement que possible l'état actuel de nos connaissances sur les Maladies du Système nerveux, tel est le but que je me suis proposé en ouvrant un cours complémentaire de Pathologie interne, que ce livre reproduit aujourd'hui.
Les publications se sont tellement multipliées dans ces derniers temps sur cet important sujet, que les élèves ont souvent beaucoup de peine à les parcourir et à les synthétiser dans un exposé didactique. C'est ce travail nécessaire de recherches et de critique que j'ai voulu faire pour eux et leur épargner.
Ce livre n'a pas d'autre prétention.
Ce volume comprend les leçons faites pendant l'hiver 1876-77*, c'est-à-dire: les maladies de l'encéphale, de la moelle et des méninges.
l'ajouterai simplement ici un mot d'explication sur l'expression : maladies du système nerveux.
l'emploie le mot maladies pour me conformer à l'usage et en le prenant dans son sens le plus large et le plus indé* terminé. Je décrirai en effet très-peu de véritables maladies, et je crois que, d'une manière générale, quand on étudie la pathologie d'un appareil ou d'un organe, on n'étudie pas ha-
< Pendant Timpression des dernières Leçons a paru le Traité des mala* dies de la moelle de Erb. J'ai résumé dans un Appendice les principales vues exprimées par cet auteur sur la Pathologie de cet organe.
biluellement de véritables espèces nosologiques, mais sealement des localisations morbides .
Pour moi, en effet, la congestion, l'anémie, le ramollissement, rhèmorrhagie, l'inflammation du cerveau ou de la moelle, ne sont pas des maladies ; pas plus que l'apoplexie, la paralysie, les convulsions» les névralgies, etc.
Ce sont là, pour me servir de l'expression Montpelliéraine, des actes morbides et non des états morbides. Les étudier, c'est faire TAnatomie et la Physiologie pathologiques du système nerveux, mais ce n'est pas en faire la Pathologie complète et définitive.
La Pathologie vraie et complète comprend en effet deux parties, également indispensables: !<> l'étude des symptômes et des lésions classés par organes, par grands appareils: cest une élude de séméioloffiej d'anatomie et de physiologie pathologiques; 2o l'étude des maladies vraies, comme la syphilis, l'impaludisme, etc., étudiées en ellesmêmes : c'est une étude de nosologie dans laquelle la localisation ne joue qu'un rôle secondaire.
Ces deux parties sont également nécessaires pour constituer la Pathologie. La première partie ( pathologie des organes ) est la première chronologiquement ; on doit l'étudier d'abord : c'est ^analyse indispensable au début. La seconde (nosologie) est la première logiquement j la plus élevée : c'est la synthèse qui forme le fond même de la science constituée.
Je n'aborde ici que la première de ces deux parties. C'est la pathologie du système nerveux ou, pour mieux dire, l'anatomie et la physiologie pathologiques du système nerveux que j'étudie, et non sa nosologie véritable. Pour cela, j'avais deux motifs.
D'abord, l'enseignement élevé, synthétique de la noso-
ïo^e, appartient toat naturellement de droit au professeur de Pathologie médicale, et un Cours complémentaire, comme le mien, devait se contenter du point de vue inférieur.
En second lieu, tous les travaux récents ont surtout porté sur la partie que nous étudions. C'est en effet par là qu'il fallait commencer. On a déjà jeté un très-grand jour sur Tanatomie et la physiologie pathologiques du système nerveux. On n'a encore rien fait ou presque rien pour sa nosologie. Cela viendra après et par la môme voie, c'est-àdire par la clinique.
Du reste, si le temps me le permet, j'espère l'année prochaine, en complétant ce cours, pouvoir indiquer au moins quelques-uns des résultats acquis ou entrevus dans la partie nosologique de cette étude. C'est la dernière phrase do programme que je me suis imposé : Etude sommaire de quelques maladies générales considérées dans leurs localisations sur le système nerveux.
Il était indispensable d'exposer succinctement ici ces principes généraux, nécessaires pour orienter le lecteur. On les trouvera du reste développés dans le livre lui-même, et notamment dans la dernière leçon du volume.
Un exposé, comme nous voulions le faire, des maladies du système nerveux, ne pouvait pas se passer de figures, surtout pour ce qui regarde les questions de localisation.
Avec une libéralité dont je ne saurais trop les remercier, MM. Charcot et Bourneville ont bien voulu mettre gracieusement à notre disposition les diverses figures, empruntées aux belles Leçons de M. Charcot, que Ton trouvera dans le cours de ce volume.
x^:e3ÇOits
SUR LBS
De ïïm Vie et de la Maladie <•
Mon premier devoir, Messieurs, au début de cet enseignement, est de remercier publiquement Péminent Professeur sans la permission duquel ce cours n'aurait pu avoir lieu: M. le professeur de Pathologie médicale, qui, avec l'élévation et la libéralité d'esprit que vous lui connaissez, a bien voulu autoriser, à côté et au-dessous de son enseignement magistral, ces leçons complémentaires sur les Maladies du système nerveux.
Mon second devoir est, en inaugurant ce cours, de faire, je ne dirai pas une profession de foi, mais un exposé de principes, un résumé succinct de la doctrine médicale qui présidera à tout l'enseignement ultérieur.
Je ne suis pas en effet. Messieurs, de ceux qui croient pouvoir se passer de doctrine, qui affectent même de s'en passer. Je suis loin de partager l'enthousiasme de cet empirique qui s'écria, en apprenant la chute du système de Broussais: Tant mieux! il n'y aura plus de doctrine, ni bonne ni mauvaise. Bonne ou mauvaise, je crois au contraire que tout médecin doit avoir une doctrine ; il ne peut
1 Cette leçoa a dAjà été publiée dans le Montpellier tnédical , janvier el février 1877.
même pas ne pas en avoir. Le praticien, même le plus fennement décidé à dépouiller son art de toute espèce de science, est incapable de se soustraire à cette nécessité d'une doctrine.
Permettez-moi, Messieurs, de vous donner ce conseil dès le début. Ne quittez pas les bancs de TEcole, ne vous lancez pas dans la pratique de la ^ie et de la médecine sans avoir une doctrine : ce serait un grand malheur pour vous, un plus grand encore pour vos malades.
* Sans doctrine, la science est impossible; ce n'est plus qu'un catalogue de faits que rien ne relie entre eux, une analyse constante, sans synthèse possible. — Sans doctrine, l'art est condamné à errer au gré de la mode du jour et de l'annonce la plus récente de la quatrième page des journaux.
Certes, ime mauvaise doctrine peut faire beaucoup de mal et est chose bien dangereuse. Je crois cependant que je préférerais un médecin avec une mauvaise doctrine à un médecin sans doctrine. Ce dernier, en effet, n'est sans doctrine qu'en apparence ; en réalité il les a toutes, et il passe de l'une à l'autre, suivant le jour et l'heure, suivant l'impression du moment. Errant d'un système à l'autre, il n'a pas au moins cette conséquence et cette unité dans la conduite qui peuvent amener la conversion de celui qui est, de bonne foi, engagé dans une mauvaise voie.
Le sceptique, conmie dit M. Jaumes, n'est pas indépendant, puisque, bien au contraire, il obéit à plusieurs maîtres. En médecine comme en religion, incrédulité et crédulité sont souvent synonymes.
L'indifférence à la vérité est la plaie de notre époque, et c'est pire que l'erreur. L'erreur se corrige d'elle-même au contact des faits ; l'indifférence décourage le savant au lieu de le guider, et le mène au scepticisme absolu quand il est conséquent avec lui-même.
Ayez donc une doctrine. Messieurs ; ne vous la laisse^ pas imposer par l'autorité des Maîtres, mais réfléchissez-y ;
VIE Et MALAblË. â
contrôlez avec les faits, et adoptez, en toute souveraineté de votre liberté et de votre raison, adoptez la doctrine médicale qui vous paraîtra la plus rationnelle et la plus conformel aux faits.
En fait de doctrine, vous n'avez malheureusement que l'embarras du choix.
Celle que je vais vous exposer ne m'appartient pas. C'est la doctrine traditionnelle de l'antique École où j'ai été élevé; c'est la doctrine que j'ai reçue de mes Maîtres et que j'ai prêté serment de transmettre fidèlement à leurs enfants.
Je voudrais, en vous la rappelant aujourd'hui , vous montrer que cette doctrine n'a pas été renversée par les progrès de la science contemporaine ; qu'elle est toujours vraie ; que c'est toujours un cadre large et solide dans lequel toutes les découvertes peuvent prendre place : en un mot, que cette doctrine est indispensable à l'étude des maladies du système nerveux, c'est-à-dire à la partie de la Pathologie interne qui a fait le plus de progrès à notre époque, et qui semblerait, par suite, devoir le moins bien s'accommoder des doctrines surannées du Vitalisme de Montpellier.
Je vais donc essayer de vous dire aujourd'hui ce qu'on pense, dans l'École de Montpellier, de la vie et de la maladie.
Ce sont là deux notions connexes, inséparables. L'idée que l'on doit'se faire de la maladie dépend rigoureusement de l'idée qu'on se fait de la vie.
Il ne faut pas en effet considérer la maladie comme un être à part, étranger à l'organisme , venant s'attaquer à l'individu vivant et lui imposant alors, pendant tout son règne, des lois nouvelles et entièrement distinctes des lois physiologiques normales. C'est là une grossière erreur.
La maladie est, comme la santé, une manière d'être de la vie. C'est une manière d'être anormale, sans doute,
4 PRE^tIÉRE LKÇUN.
mais qui cependant est soumise aux mêmes lois fondamentales que la vie elle-même. Comme le dit Jaumes, il est faux d'avancer que la maladie est le contraire de la santé, ce Maladie, santé, sont également la vie, et la mort seule est le contraire de la vie. »
Hippocrate avait déjà exprimé cette grande vérité qui devait frapper inévitablement les médecins observateurs |}e tous les temps : « Qu3B faciunt in homine sano actiones sana^ , eadem in œgroto , morbosas » ; et ailleurs : a La même nature suffit à tout, dans Tétat de santé comme dans l'état de maladie ».
Les lois fondamentales essentielles de la maladie sont donc celles de la vie elle-même. L'idée que l'on doit se faire de la maladie est donc étroitement liée à l'idée qu'on se fait de la vie.
Avant d'étudier la maladie, et pour la comprendre, il faut donc vous dire d'abord ce que je pense de la vie, car toute doctrine erronée de la vie a des conséquences fatales sur la conception pathologique et sur la thérapeutique ellemême. Tout se tient en Pathologie générale, et c'est pour cela que les questions en apparence les plus métaphysiques intéressent directement le praticien.
Qu'est-ce donc que la vie ?
Je n'ai pas besoin de vous le rappeler : la doctrine que je veux vous exposer n'est pas la doctrine à la mode ; en dehors de cette École, elle a peu de partisans avoués. La plupart l'appliquent au lit du malade, mais peu la professent et l'avouent. Beaucoup s'en moquent ; quelques-uns seulement la discutent ; le plus grand nombre l'ignore et la dédaigne à cause de cela même.
Cet état de l'opinion sur le Vitalisme montpelliérain était pour moi une puissante raison de vous le résumer ici. Une doctrine bien connue de tous et partout, se trouvant dans tous les livres, n'aurait pas besoin de vous être exposée. Mais quand ou professe une doctrine que la plupart dédai-