‹ Maladies du système nerveux; leçons faites à la Faculté de médecine de MontpellierChapitre 32 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

Castex * a récemment décrit une éruption vésiculeuse. qu'il considère comme un trouble nutritif, chez une hystérique.

Les congestions locales dont nous avons parlé peuvent aller jusqu'à produire de véritables hémarrhagies^ qui se font par la peau ou par divers organes internes.

D'abord les troubles de menstruation sont assez fréquents dans rbystérie, et alors, quand il y a aménorrhée, des hémorrhagies supplémentaires peuvent se produire. Mais ces hémorrhagies se développent aussi chez les hystériques en dehors des périodes menstruelles, sans qu'il y ait de rapport avec cette fonction : ce sont des troubles locaux d'innervation*.

Les hémorrhagies gastriques ont été observées dans quelques cas isolés. Elles peuvent alors être très-copieuses, survenir tous les jours ou tous les deux jours pendant quelque temps. Le sang dans les vomissements est quelquefois rouge, d'autres fois noir comme du café. On peut en trouver aussi dans les selles. Quelquefois les malades, qui éprouvaient jusque-là une sensation de pression et de plénitude à l'épigastre, sont soulagées par l'hématémèse. Dans d'autres cas, au contraire, elles éprouvent, après les vomissements, des bourdonnements d'oreille, du malaise, des faiblesses, etc.

Il faut soigneusement distinguer ces états des hématémèses symptomatiques d'ulcères de l'estomac, maladie qui peut se présenter chez une hystérique. Vous ferez le diagnostic par l'état général, l'absence des troubles gastriques dans l'intervalle, etc.

L'hémorrhagie peut avoir lieu aussi par les voies respiratoires (Carre).

* France médicale, 1877.

^ Voy. Vulpian ; Leç. sur les vaso-moleurs. — Parrot ; Étude sur la sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques. (Gaz. hebd., 1859.) — Ferran ; Du vomissement de sang dans l'hyst.; Th. Paris. 1874, 368. — Carre: Des hémoptysies nerveuses. {Àrch. méd., 1877.)

Il faut du reste se méfier de la simulation pour les hématémèses et les hémoptysies.

On a noté encore des sueurs et des larmes de sang. ChaujBFard a observé une hystérique de 21 ans qui, pendant les attaques convulsives, lesquelles duraient de 24 à 36 heures, avait une sueur colorée en rouge et mêlée de sang, sur les pommettes et à Tépigastre. Parrot a vu un liquide sanguinolent sourdre, pendant les attaques, aux doigts, au coude, aux cuisses, à la poitrine et sur la conjonctive.

Pour en finir avec les troubles vaso-moteurs de l'hystérie, je vous rappellerai le fait très-curieux que le docteur Armaingaud a récemment décrit sous le nom de forme vaso-motrice intermittente de l'hystérie V

(( Il s'agit d'une jeune fille qui, indépendamment d'une névralgie cervico-brachiale datant de plusieurs années et continue, est atteinte d'accès d'hystérie convulsive, d'abord irréguliers, plus tard régulièrement périddiques. Après quelques semaines, ces accès convulsifs cessent tout à coup et sont remplacés, dès le jour de leur disparition, par un accès de sommeil qui revient chaque jour à la même heure, et d'une durée toujours égale ; bientôt cet accès de sommeil se dédouble, et il s'en produit deux par jour, revenant chacun à la même heure et d'une durée toujours la même pour chacun d'eux ; enfin, il vient bientôt s'y ajouter quatre autres phénomènes nouveaux non moins singuliers , en sorte qu'à partir d'une certaine période de la maladie, la malade est successivement atteinte chaque jour:

» 1 . De onze heures moins un quart à onze heures du matin, d'un premier accès de sommeil d'un quart d'heure de durée ;

))2. De deux heures moins un quart à trois heures vingt

* Sur une névrose vaso-motrice se rattachant à Vétat hystérique, etc. Paris, 1876.

minutes, d'un deuxièm»- accès de sommeil d'une durée d'une heure trente-cinq minutes;

»3. A cinq heures et demie du soir, d'une congestion locale des deux yeux d'une durée de deux heures ;

))4. D'une asphyxie locale des extrémitéssurvenant pendant la congestion des yeux et disparaissant quelques heures après elle ;

»5. A six heures cinq minutes, d'une névralgie intercostale droited'une grande intensité, cessant brusquement à six heures et demie précises, et n'étant apparue pour la première fois que quinze jours après la guérison de la névralgie cervico-brachiale ;

»6. Enfin une chromidrose des paupières est venue s'ajouter, à la fin de la maladie, à tous ces phénomènes.

» Pendant les accès de sommeil, alors que toutes

les parties du corps étaient absolument insensibles aux excitants les plus énergiques et qu'il était absolument impossible de -réveiller la malade, la pression exercée sur l'apophyse épineuse de la deuxième vertèbre dorsale déterminait des signes de sensibilité très-vive chez la patiente, qui^ sans se réveiller cependant, éprouvait des tressaillements et des sanglots, et dont la physionomie prenait l'expression de la douleur la plus vive, phénomènes qui cessaient dès que la pression était abandonnée...

».... Au point de vue pathogénique, conclut M. Armaingaud, la coexistence, chez une même malade et dans la même journée, des accès de sommeil nerveux , de congestion locale et d'asphyxie locale symétriques et intermittents, mérite assurément l'attention des pathologistes , et m'amène à proposer l'introduction dans les cadres nosologiques d'une nouvelle forme de maladie non décrite jusqu'ici : la forme vaso-motrice intermittente de l'hystérie.»

Si des troubles circulatoires nous passons aux troubles sécrétoireSy l'a polyv/i^ie peut nous servir de transition. Déjà l'urine hystérique ou nerveuse est une urine abondante, très-aqueuse, limpide et peu colorée. D'autre part, on a

trouvé aussi des polyuries persistantes, notamment dans sept cas sur les soixante et douze réunis par Lancereaux dans sa Thèse.

Charcot a bien étudié un autre trouble urinaire plus curieux et plus caractéristique : Vischurie et VoUgurie*.

Je ne parle pas ici de la rétention d'urine par spasme ou paralysie de la vessie; il s'agit d'une diminution et môme de la suppression delà sécrétion urinaire elle-même, l'urine étant évacuée par la sonde. Laycock avait déjà parlé de ce phénomène à l'état passager, passant pour ainsi dire inaperçu. Charcot a attiré Tattention sur ce symptôme, devenu permanent , oligurie ou même anurie pouvant durer des mois entiers et s' accompagnant alors de vomissements.

On remarque même que la courbe des vomissements monte à mesure que la courbe de l'urine -descend, et réciproquement. Charcot fit alors rechercher l'urée dans les matières vomies, et Grehant en constata, sans en trouver cependant en excès dans le sang.

L'état de ces malades est alors comparable à celui des animaux néphrotomisés ou bien après l'oblitération des uretères par une ligature. Les expériences de Prévost et Dumas, Cl. Bernard et Barreswill ont montré que dans ces cas, en effet, il se faisait une élimination supplémentaire par l'intestin, soit de carbonate d'ammoniaque, soit même d'urée en nature.

Un fait remarquable, c'est la parfaite tolérance des hystériques, qui vivent dans cet état, tandis que toutes les autres anuries par une cause quelconque sont toujours fatalement mortelles et h courte échéance. Les animaux sont aussi frappés nécessairement de mort : à un moment donné, l'élimination supplémentaire par l'intestin diminue, se supprime; les accidents cérébraux se développent et entraînent l'animal.

* Voy. aussi Secouet; Th. Paris. 1873, 126.

Ce phénomène de l'anurie hystérique est nié par beaucoup d'auteurs et toujours attribué par eux à la simulation. Les hystériques exploitent volontiers le fait, en y ajoutant, par exemple , un flux d'urine par l'oreille , le nez ou le nombril. Mais Gharcot et d'autres ont fait leurs constatations dans des conditions inattaquables, et ont mis l'existence réelle du fait hors de doute.

Il est impossible du reste de déterminer lo mécanisme intime de cette ischurie , mais on voit nettement que c'est un phénomène nerveux comme les autres et qu'il peut disparaître brusquement comme eux , témoin le fait de Fernet, dans lequel la prescription des pilules fulminantes {mica panis) arrêta le vomissement et fit reprendre le cours de l'urine.

Les sécrétions gastriques, intestinales^ sudorales peuvent aussi être influencées. Hoffmann cite une femme dont les seins se tuméfiaient énormément au moment des attaques, et Briquet rapporte une observation remarquable de galactorrhée qui dura sept ans, en alternant avec des attaques d'hystérie.

L'état de la nutrition chez les hystériques mérite de nous arrêter en terminant ce chapitre* . Un fait très-remarque dans tous les cas est la faculté qu'ont les malades de vivre quelquefois très-longtemps avec une alimentation très-insuffisante, et tout en conservant cependant leur embonpoint.

Des études récentes ont démontré chez un grand nombre de malades un ralentissement et une diminution notables dans la désassimilation ; il se produirait là quelque chose d'analogue à ce que l'on observe chez les animaux hibernants. Laquantité d'urée éliminée estsouvent très-diminuée, et, même quand il y a des vomissement urémiques, la quantité de ce produit éliminée est en général bien inférieure à celle que contiendrait une urine normale. L'acide car-

1 Empereur. Th. Paris, 1876, 364.

bonique, les gaz de la respiration, sont également fort diminués; en somme, il y a moins de désassimilation chez l'hystérique, comme chez la marmotte.

Cependant, dans quelques cas rares, ou plutôt à certaines périodes, on peut observer de la fièvre chez les hystériques. Briand l'a vue se présenter sous trois formes* : 1 . Lente, elle est primitive ou secondaire ( déjà décrite par Briquet) ; 2. Intermittente, en général à type tierce; 3. Courte, d'allure typhoïde, elle est généralement primitive; signalant le début de l'hystérie avant toute attaque d'hystérie; les phénomènes de la névrose se développent ensuite.

IV. Troubles psychiques, — L'hystérique a une impressionnabilité excessive à tous les genres d'excitation. La réaction psychique est en tout exagérée ; quelquefois ces troubles affectent une forme spéciale, idiosyncrasique ; chez l'une, ce sont des sympathies ou des antipathies étranges pour un objet particulier; chez une autre, ce sont des idées erotiques à des degrés divers et sous des formes variées. Le plus souvent il y le désir de se faire remarquer, d'attirer bruyamment l'attention sur soi, de poser, d'inspirer de la pitié. De là, une tendance extrême à la simulation et aux exagérations les plus extraordinaires et les plus répugnantes ; elles boivent leur urine ou mangent leurs matières fécales. Ce sont de vraies aberrations psychiques. En même temps la volonté, l'énergie morale, ont une grande influence sur l'état physique même le plus bruyant.

Ces troubles psychiques peuvent être plus ou moins intenses, plus ou moins durables, et arriver même à la vésanie vraie. La transition entre ces divers degrés est vraiment insensible, et la ligne de démarcation impossible à tirer. C'est plutôt par la durée que par l'intensité des accidents que l'on peut les distinguer.

* Briand ; De la fièvre hystér.] Th. Paris, 1877, 54.

Les hallucinations accompagnent ou suivent beaucoup d'attaques. Il y a des crises dans lesquelles les troubles psychiques sont prédominants ou même exclusifs ; on voit des attaques de délire. Dans ces cas, il est rare que l'état mental soit absolument normal dans Tintervalle.

Le délire est souvent religieux, les patientes mettent volontiers de bons ou de mauvais génies derrière leurs visions agréables ou désagréables. Quelquefois elles se croient transportées dans un monde imaginaire avec un prince charmant: les idées erotiques s'y mêlent alors souvent.

Quelquefois c'est encore une mélancolie profonde pouvant aller jusqu'aux idées de suicide, ou bien une folie raisonnante avec des idées d'égoïsme ; elles ramènent tout à leurs pensées et à leur manière de raisonner, qu'elies regardent comme irréfutables. Enfin, dans certains cas, on observe primitivement déjà une sorte de démence, qui est du reste l'aboutissant des autres formes.

V hystérie chez l'homme est un fait aujourd'hui bien démontré. Petit a pu en réunir dans sa Thèse soixante et une observations, plus ou moins démonstratives du reste. Aussilloux en a publié un nouvel exemple intéressant ; on retrouve en général les caractères ordinaires : boule, convulsions désordonnées, etc.

Foët traite et guérit ces malades par la compression des testicules. Aussilloux fait cesser l'attaque par des applications froides sur les parties sexuelles, et spécialement sur le testicule et la région mammaire *.

^ Oreyfuss a récemment vu un jeune homme hystérique chez lequel les attaques étaient classiques : précédées d'une aura qui part de la fosse iliaque gauche (l'ovaire ne serait donc pas toujours le point de départ de cette sensation ? ) et remonte jusqu'à la base du cou, elles sont constituées par une phase de contracture, une phase de contorsions, et enûn une piiase d'assoupissement et d'inditférence. La compression du testicule gauche arrête l'attaque. Il y avait en môme temps un léger degré d'hémianesthésie gauche. (Soc. de Biol., 23 décembre \%71 .— Progr. médical. 1878, 1 .)

Marche, Durée et Terminaisons. — Les circonstances font énormément varier la marche de l'hystérie, qu'il est difficile de décrire. Briquet distingue à ce point de vue une forme aiguë et une forme chronique.

La forme aiguë, qui est beaucoup plus rare, débute brusquement après une émotion, se manifeste immédiatement par des attaques, et se termine en peu de temps. C'est dans cette forme que l'on observerait la fièvre hystérique. Contestée par certains auteurs, rapportée par d'autres à des inflammations locales, comme les lésions utérines, la fièvre nerveuse, la fièvre hystérique pure existerait d'après Briquet, et durerait de trois à quatre mois, complètement distincte des fièvres graves, comme la fièvre typhoïde. Nous avons déjà cité les travaux de Briand à ce sujet.

La forme chronique, qui est la plus fréquente, présente de nombreuses variétés de marche que Briquet ramène à six types : 1. début rapide; les accidents atteignent trèsvite toute leur intensité en se succédant à court intervalle; 2. début tout à fait aigu, avec fièvre et délire, comme dans la méningite ; 3 . phénomènes légers et restant ainsi pendant toute la vie ; 4 . début et accroissement essentiellement graduels et lents; 5. grandes attaques se reproduisant à certains intervalles, séparées par uu calme complet, sans aucun autre signe de la névrose ; 6. marche à grandes rémissions, avec temps d'arrêt de durée variable.

La terminaison habituelle est la guérison ouïe s tatuqiw. Certaines hystéries guérissent complètement sans laisser de traces ; d'autres causent une grande impressionnabilité de divers appareils ou de l'économie tout entière ; certaines entraînent un état nerveux pénible. La phthisie est admise par quelques auteurs comme une terminaison possible ; il faut, dans ce cas. qu'il y ait une prédisposition antérieure, une diathèse déjà existante, et alors il me paraît plus rationnel d'admettre que l'hystérie elle-même était déjà la première manifestation de la tuberculose.

Il fautbien savoir querhystérie peut, quoique rarement,

se terminer par la mort. Vous trouverez dans les auteurs un certain nombre de faits, d'abord de malades mortes dans l'attaque, par suffocation ou de mort subite ; ensuite de malades ayant succombé au marasme progressif et aux suites d'une hystérie chronique prolongée.

Nous avons vu à Saint-Éloi une hystéro-épileptique succomber dans l'état de mal, sans que l'autopsie ait rien révélé ; nous en avons vu une autre mourir subitement , mais elle présentait une sclérose cérébrale étendue.

Hystérie fin).

Hystérib. — Anatomie pathologique. — Diagnostic. — Pronostic, — Traitement: 1. Prophylaxie; éducation, musique, mariage; 2. Traitement curatif : indication causale ; antispasmodiques ; stupéfiants fixes ; agents perturbateurs ; hydrothérapie. Ëlectrisation ; métallothérapie- Traitement moral. — 3. Moyens d'arrêter les attaques-, traitement de l'attaque.

Si nous avons longuement insisté, Messieurs, sur les symptômes de Thystérie, nous serons bref sur TAnatomee

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