‹ Maladies du système nerveux; leçons faites à la Faculté de médecine de MontpellierChapitre 31 sur 83 · II. La sensibilité peut, comme la motilité, être altérée · texte numérisé non relu

II. La sensibilité peut, comme la motilité, être altérée

586 TRENTE-HCITIÉME LEÇOX.

dans les deux sens ; de là, des hyperesthésies et des anesthésies.

1. Hyperesthésies, — a. Va peau peut être afiectée. La dermalgien'^si cependant pas un phénomène très-fréquent. On la trouverait dans 1/10 des cas. C'est un symptôme bon à connaître au point de vue du diagnostic difierentiel.

L'intensité en est variable : depuis ime simple exagération de la sensibilité à certains moments, notamment en temps d'orage, jusqu'à Tintolérance de toute pression da doigt, qui donne à la patiente une sensation d'aiguilles en faisceaux. — L'étendue est variable aussi. Quelquefois l'hyperesthésie est circonscrite en certains points, Tanestbésie se trouvant sur d'autres points ; ou bien les deux phénomènes alternent dans la même région, ou encore ils se trouvent réunis aux mêmes points. Ainsi, chez notre malade il y avait une anesthésie positive (elle ne reconnaissait pas les objets) avec une hyperesthésie exquise (hyperalgésie).

L'extension complète de T hyperesthésie constitue un affreux supplice pour la malade : elle ne peut rien saisir avec les mains, ne peut pas marcher ou mettre les pieds par terre ; elle ne peut pas même rester au lit et est tourmentée par une insomnie perpétuelle. Quelquefois il y a en même temps une hyperesthésie sensorielle qui crée un état d'impressionnabilité horrible.

On décrit quelques dermalgies particulières. Celle des grandes lèvres et de la vulve produit un vaginisme particulier, pour lequel la dilatation est absolument contre-indiquée ; celle de la mamelle a pu aller jusqu'à en imposer à de grands chirurgiens, qui décidaient l'ablation, etc.

b. L'hyperesthésie des muscles est très-fréquente. Briquet, sur 430 malades, n'en a trouvé que 20 au plus qui fussent indemnes. La douleur se fait sentir dans les masses musculaires et à leurs points d'attache ; elle ne suit pas le trajet des nerfs et ne présente pas de points névralgiques. La masse musculaire, tout entière est douloureuse. La

pression, même superficielle, exagère la sensation ; le pli cutané n'est pas douloureux. Les mouvements, le courant électrique, exaspèrent énormément la douleur. Le repos complet est au contraire un sédatif constant. La. douleur peut atteindre un très-haut degré d'intensité ; la pression détermine alors des attaques.

Nous décrirons quelques espèces particulières.

a. La rachialgie est une des plus importantes. Déjà décrite par Sydenham, elle afifecte le trapèze, le grand dorsal, la masse commune, une partie du sacro-lombaire ou le long dorsal. La fréquence de ce phénomène est extrême, c'est un symptôme presque constant de l'hystérie, seulement il faut quelquefois le chercher.

L'étendue de cette douleur est variable ; elle occupe en général toute la hauteur de la colonne. Si elle n'est qu'à une région limitée, c'est surtout la partie inférieure du rachis, sur une étendue de quatre à cinq vertèbres. Dans ces points, la pression réveille de la douleur au niveau des apophyses épineuses et dans les gouttières avoisinantes. Le phénomène peut aller jusqu'à l'irritation spinale complète.

Quelquefois la pression sur les apophyses épineuses détermine, à la région cervicale, de la strangulation et la constriction de la glotte ; au haut de la région dorsale, l'oppression, la dyspnée, le serrement de la poitrine; plus bas, la constriction épigastrique.

/3. Briquet désigne sous lô nom de cœlialgie l'hyperesthésie des divers muscles composant la cavité abdominale. La thoracalgie ou pleuralgie de Bernutz s'applique aux muscles thoraciques, la miélosalgie aux muscles des membres. Ce dernier phénomène est du reste plus rare ; Briquet l'a observé 64 fois.

y. Briquet place la céphalalgie dans l'hyperesthésie des muscles ; d'autres la mettent dans les névralgies, d'autres parmi les maux de tête plus profonds, comme la migraine ou la céphalée fébrile. En tout cas, c'est un symptôme à étudier à part.

La fréquence en est très-grande. Briquet Ta vue 300 fois sur 356 cas. Elle précède souvent les manifestations vraies de r hystérie confirmée. Il faut se méfier en général des petites ûUes qui sont sujettes à la céphalalgie et à la niigraine.

Rarement générale , elle est souvent hémicr&nienne. Souvent aussi elle est limitée, c'est le clou ou Tœuf hystérique, qui est assez caractéristique. Elle peut dans ce cas se rencontrer un peu partout, le plus souvent à la région temporale ou sincipitale.

L'intensité varie et peut aller jusqu'à arracher des cris à la malade ; on la compare à un clou enfoncé, à un morceau de glace ou à un charbon ardent. Quelquefois il y a en même temps des troubles gastriques

3. En arrivant aux viscères, nous citerons, comme transition des douleurs superficielles aux douleurs profondes, la douleur épigastrique , qui est un mélange de gastralgie et d'épigastralgie. Quelquefois c'est une simple dermalgie épigastrique ou une hyperesthésie des muscles de la paroi exagérée par la pression et par les mouvements, notamment aux attaches des grands droits. Ces formes simples sont rares.

Le plus souvent il y a en même temps gastralgie vraie qui atteint des degrés divers : dépravation de l'appétit avec dégoût pour les substances vraiment alimentaires, douleur gastralgique, crampe allant jusqu'au déchirement atroce. Dans ces cas, la pression du creux épigastrique peut provoquer les attaques.

Les troubles des fonctions gastriques sont toujours à surveiller. Capricieux au début, le phénomène peut devenir grave, entraîner la détérioration de l'organisme et produire la mort directement ou par tuberculose. Ces accidents entraînent le marasme, sans lésion gastrique.

L' hyperesthésie peut atteindre l'intestin lui-môme. Alors il y a des coliques plus ou moins fortes, avec pneumatose, au point de produire l'anhélation. Éphémères, survenant

après chaque repas, chez certaines malades (intestin grêle), elles sont durables et entraînent une tympanite opiniâtre chez d'autres (gros intestin). Le symptôme peut durer alors six mois, un an; il simule une ascite, la grossesse, etc.

Vovarie mérite une mention spéciale, à cause des travaux de Charcot.

C'est une douleur iliaque siégeant dans le flanc, aux limites extrêmes de la région hypogastrique. Elle est trèsfréquente, de l'aveu de tous. Seulement elle est rapportée à des origines diverses.

Les Anglais, et en France Schutzenberger, Piorry et Négrier, la rapportent à l'ovaire; Briquet (et son livre a eu une grande autorité) la rapporte aux muscles de la paroi : myodynie de l'extrémité inférieure du muscle oblique (douleur dite ovarienne) et myodynie du pyramidal ou de de l'extrémité inférieure du grand droit (douleur dite utérine ) .

Charcot a repris et développé la théorie de l'ovaire. Il ne nie pas la dermalgie ni la myosalgie ; il y a même certains cas dans lesquels tout cela se complique avec la tympanite, ce qui produit la fausse péritonite des Anglais. Mais dans d'autres cas iln'y a pas d'hyperesthésie, il peut même y avoir anesthésie. Le muscle peut être pincé sans douleur. .11 faut, pour provoquer la douleur, enfoncer profondément les doigts.

On détermine ainsi un foyer net, à l'intersection d'une ligne horizontale des épines antéro-supérieures et d'une ligne verticale de l'épigastre. Vers la partie moyenne du détroit supérieur, on sent quelquefois l'ovaire même comme une olive ou un petit œuf. C'est alors qu'on provoque la douleur. Et la' douleur ainsi provoquée est spécifique; elle s'accompagne des phénomènes de l'aura hystérique.

Ce foyer correspond au vrai siège de l'ovaire. On ne peut pas en juger sur le cadavre dont le ventre est ouvert, car les rapports y sont essentiellement changés, notamment par suite de la vacuité des plexus érectiles de Rouget.

590 TBENTE'HUITlfeiS LEÇON.

Mais sur les cadavres congelés, ou mieux en enfonçant une aiguille sur le point en question, quand le corps n'est pas ouvert, on atteint F ovaire.

Il y a une relation importante, pour le côté du corps, entre Tovarie et les autres accidents d'hystérie locale. — On ne sait rien de précis sur Tétat même de Tovaire. — Nous devrons revenir du reste sur la manière de provoquer ou d'arrêter les attaques par la pression de cette région.

Hystérie (suite).

Hystérie. — Symptomatologie (suite) : d. Névralgies ; e. Uyperesthésie sensorielle. — 2. Ânesthésies : types généralisé, disséminé, hémiplégique ; sensations anormales. — III. Troubles circulatoires et sécré' toires : troubles vaso-moteurs, hémorrhagies ; forme vaso-motrice d'Armaingaud. Polyurie ; ischurie, oligurie et anurie (vomissements uré« miques) ; état de la nutrition ; fièvre. — IV. Troubles psychiques. — Hystérie chez l'homme. — Marche. Durée et Terminaisoiu ' formes aïgue et chronique (types divers). Guérison et mort.

Nous avons étudié, Messieurs, les diverses espèces d'hyperesthésie viscérale. Je crois inutile d'insister sur les autres douleurs abdominales, telles que : hystéralgie,cystalgie, néphralgie, etc. Ce sont des phénomènes faciles à constater et à comprendre .

d. Les névralgies sont très-fréquentes dans Thystérie. On les confond souvent avec les myosalgies ou myodynies.

Les névralgies intercostales sont celles que l'on observe le plus souvent. Sydenham, Frank, ont signalé Todontalgie, qu'il est bon de connaître, parce qu'elle peut être le prétexte de l'avulsion successive et inutile de toutes les dents de la mâchoire. On observe encore des douleurs articulaires, des névralgies des articulations, dont nous avons parlé à propos des contractures péri-articulaires et de la fausse coxalgie hystérique.

e. Les sens peuvent acquérir une finesse extraordinaire. C'est par là qu'il faut expliquer certains faits bizarres attribués au magnétisme. Les paupières en apparence complètement abaissées, les patientes voient par une fente imperceptible. Elles entendent de très-loin, ce qui simule

592 TRENTE-NEUVIÈMB LEÇON.

une sorte de divination. Cette hyperesthésie sensorielle peut rendre douloureux Texercice des sens.

Tels sont les phénomènes d'hyperesthésie rétinienne ( Kopiopie de Fœrster ) , qui tourmente certaines hystériques, oc II n'est pas de praticien, dit Abadie \ qui n'ait eu à soigner des femmes se plaignant de ne pouvoir fixer un instant sans éprouver de violentes douleurs de tète, accusant une photophobie des plus pénibles, des douleurs frontales et péri-orbitaires presque constantes, s' exaspérant à la moindre lecture. Ces malades sont en outre tourmentées par des sensations pénibles de brûlure , de piqûre, de corps étrangers dans la conjonctive et les paupières, et néanmoins elles ne présentent aucune altération du fond de Tœil, aucune anomalie de \& réfraction. »

2. Anesthésies. — Les phénomènes bizarres deThystérie devaient frapper l'imagination des peuples ; aussi ont-ils fait partie des symptômes de la sorcellerie . Parmi ces signes, l'anesthésie est certainement un des plus saisissants ; il fut particulièrement noté. Il se révélait par l'indifférence du patient aux supplices physiques ; on en arriva ainsi à en faire un caractère, un critérium de h sorcellerie.

En même temps que l'anesthésie, la peau présente habituellement dans ces cas-là une ischémie spéciale : adnsi. Grisolle et Gharcot ont vu des sangsues prendre avec beaucoup de peine sur le côté anesthésié. Ge fait fut remarqué aussi autrefois, et de cet ensemble de signes on constitua ime des épreuves de la sorcellerie.

Quand un individu était suspect, on lui bandait les yeux et on lui sondait la peau avec des aiguilles. L'absence de douleur et d'hémorrhagie le condamnait. Quelquefois alors on le brûlait.

Gette pratique se répandit tellement et généralisa à tel

1 Progr. médical, 1878, 28.

point le nombre des sorciers, qu'il faillît en restreindre la portée et l'application . On en contesta la valeur, et enfin, en 1603, un arrêt du Parlement de Paris défendit cette

épreuve.

Alors (c'est une deuxième phase de cet historique ) on se jeta dans l'excès opposé : on ne crut plus à l'anesthésie, et on attribua à une pure jonglerie tous les faits qu'on avait observés.

Enfin, arriva une troisième période scientifique. Avec Piorry ( 1843), Macario (1844 ), et Gendrin (1846), les études commencent et conduisent au livre de Briquet (1859). Plus récemment, nous citerons les études de Charcot .

La sensibilité cutanée est atteinte dans tous ses modes : tact, douleur, température. Quelquefois le tact peut être conservé, la sensibilité à la douleur et à la température ne l'étant pas, et inversement. Très-souvent ( et c'est là un fait très-curieux) les malades ne se doutent pas de leur anesthésie. D'une manière générale, c'est un phénomène qu'il faut rechercher soi-même chez les hystériques.

La sensibilité réflexe peut être elle-même atteinte: ainsi, la paralysie réflexe de l'épiglotte s'observe très-souvent. Cependant Chairon l'a considérée à tort comme un signe constant et caractéristique ; mais c'est un symptôme fréquent. On peut aller toucher l'épiglotte avec le doigt, en évitant le voile du palais, sans provoquer de réflexes. Ce signe se rencontre également chez quelques épileptiques, certains saturnins et dans la paralysie labio-glossolaryngée ; ce n'en est pas moins un symptôme important de l'hystérie, et facile à constater.

A un degré plus avancé, non-seulement la peau, mais les muqueuses et même les muscles, sont frappés. Les membres sont insensibles dans toute leur épaisseur. Briquet raconte l'histoire d'une malade qui avait une insensibilité des membres si profonde, qu'en lui bandant les yeux on pouvait l'enlever de son lit, la poser presque nue sur le carreau et la replacer dans son lit sans qu'elle eût

594 TRENTE-NBUVIÉME LEÇON'.

la moindre idée de ce qui s'était passé; n'y avait-il pas là en même temps un certain état psychique?

Les sens eux-mêmes peuvent être atteints.

Comme disposition et étendue de Tanesthésie, on distingue trois grands types cliniques : généralisé, dissémiiié et hémiplégique.

1 . Le type généralisé est très-rare. La malade, confinée dans un lit, ne peut pas se mouvoir. La vue a une influence nécessaire sur tous les mouvements. La patiente ne peut rien tenir; elle ne marche que difficilement et ne sent rien : il lui semble être dans le vide.

2. Le type disséminé est plus fréquent. On trouve alors des plaques d'anesthésie bizarrement répandues sur tout le corps. C'est surtout cette forme-là qu'il faut chercher pour la constater. L'insensibilité occupera une épaule, une partie d'un membre, la face, une portion limitée du tronc; et cela sans relation appréciable avec le trajet d'un nerf. Briquet a vu, par exemple, l'anesthésie occuper le pourtour de l'anus et la moitié postérieure des grandes lèvres. D'après Briquet, il y aurait plutôt un certain rapport avec la distribution des vaisseaux sanguins. Le début se fait souvent par les parties de la peau les plus éloignées du centre.

3. Le type hémiplégique est le plus fréquent de tous; il siège plus souvent à gauche. On l'a rencontré 93 fois sur 400 cas, et 70 fois à gauche sur 93. Complète ou incomplète, l'anesthésie ne porte dans ce dernier cas que sur la sensibilité h la douleur et quelquefois à la chaleur. La ligne de démarcation médiane est le plus souvent très-nette à la tête, au cou, sur le tronc. Il y a pâleur et refroidissement du côté insensible. Les muqueuses sont atteintes, encore du même côté. Il en est de même des sens: vue, ouïe, goût et odorat. C'est le tableau complet de l'hémianesthésie

d'origine cérébrale que nous avons décrit l'an dernier *. Il y a de plus ovarie du côté anesthésié.

1 Voy. tom. I, pag. 190.

Du côté de la vue, on constate une diminution de Tacuité visuelle et un rétrécissement concentrique du champ visuel. Ce rétrécissement arrive à faire disparaître certaines couleurs, comme le vert, dont le champ est normalement plus étroit * ; quelquefois la malade ne voit plus les objets que sous une teinte sépia uniforme ^. Regnard a de plus constaté récemment un fait que nous avons retrouvé chez un malade atteint d'hémianesthésie d'origine cérébrale : les couleurs qui ne sont pas perçues se superposent cependant par la rotation. Notre malade, qui ne distingue pas les deux tiers du disque de Newton, a la sensation résultante de blanc, par la rotation, comme nous ; tandis que si nous masquons avec des papiers noirs les couleurs qu'il ne voit pas, pour nous mettre dans des conditions analogues aux siennes, le disque en rotation ne nous apparaît plus blanc, mais rouge. Ce phénomène très-curieux est facile à constater avec les toupies dites Newtoniennes.

Cette hémianesthésie est un type clinique très-net. D'après Briquet, elle n'existerait avec ces caractères que dans l'hystérie, et jamais dans les lésions cérébrales. Cette assertion a été renversée par les travaux de Turck et de Charcot sur l'hémianesthésie d'origine cérébrale. La lésion de la capsule interne produit un syndrome semblable.

Martin a observé un fait d'hémianesthésie analogue, qu'il rapporte à l'hystérie, chez un jeune homme de 1 1 ans. Le petit malade eut une scarlatine avec rhumatisme scarlatineux. Il ne souffrait pas du côté anesthésié, malgré le gonflement des jointures. La maladie évolue, la sensibi-

1 L'ordre des couleurs, tel que nous Tavons indiqué, n'est pas toujours absolument le môme. La série bleue (bleu à la partie externe) est la série normale ; mais il y a aussi la série rouge... (Landolt.)

3 « Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent principalement, comme on l'a dit, dans l'œil correspondant au côté hémianesthésie , mais il est habituel que le champ visuel pour les couleurs se montre en môme temps rétréci, à la vérité à un degré beaucoup moindre dans l'œil du côté opposé. > (Gharcot.)

596 TRENTE-NEUVIÉMB LBÇON.

lité revient, et rhémianesthésie disparaît complètement * . La nature hystérique de ce fait ne me parait pas absolument démontrée.. J'ai vu récenmientun militaire, qui n'avait rien d'hystérique, présenter ime hémianesthésie droite pendant une attaque de rhumatisme ordinaire.

En terminant Tétude des troubles de la sensibilité, nous dirons un mot des sensations anormales^ étranges, que perçoivent certaines malades. Ainsi, les unes voient les objets tout tachés de rouge ou teints en vert ; les autres ont des bourdonnements, des sifflements d'oreille, entendent des bruits imaginaires. Quelques-unes sont poursuivies par une odeur particulière, comme cette malade de Briquet qui après chaque attaque avait une odeur de cadavre. Certaines trouvent délicieuse Todeur de Tassa-fœtida ; ou bien encore le bruit de taffetas, de pomme mangée, la vue d'une épingle, l'odeur d'ail ou de fromage, les impressionnent péniblement et provoquent des crises nerveuses plus ou moins bruyantes.

Gharcot a récemment appelé l'attention surun autre genre de trouble visuel non encore signalé, quoique très-fréquent. Ce sont des hallucinations se produisant dans l'intervalle des orages convulsifs, à leur suite ou encore dans le temps même où ceux-ci menacent d'éclater, a II est très-commun de voir dans le service, dit-il, des hystériques dans leur période de calme, assises tranquillement, occupées à àes travaux d'aiguille, se soulever brusquement et quitter leur siège en poussant un cri comme si elles étaient surprises par la vue d'un objet effrayant dont elles voudraient fuir le contact. De fait, si on les interroge touchant le motif de ces mouvements imprévus, elles racontent qu'elles ont cru voir des animaux, surtout des rats, des chats, d'autres fois des bêtes fantastiques, courir sur le parquet ou sur le mur voisin. Plus rarement, c'est l'apparition de têtes grimaçantes qui a été la cause de l'effroi. On apprend de plus que ces

* Bev. se. méd., XII, 179 .

animaux imaginaires, généralement de couleur noire ou grise, plus rarement d'un rouge vif, se présentent toujours, pour chaque malade, du même côté, et le côté où Thallucination se dessine est toujours celui qui correspond à rhémianesthésie, et par conséquent à l'amblyopie. . . Habituellement les animaux passent en série et courent rapidement, venant de derrière la malade et se dirigeant en avant. Ils disparaissent en général aussitôt qu'elle tourne les yeux directement de leur côté ; cependant il peut arriver que l'hallucination persiste plus longtemps dans toute sa vigueur, lorsque Thystérique est à l'époque d'une grande marée nerveuse, en état demain ou sort d'une crise *. »

III. Troubles circulatoires et sécrétoires * . — Le pouls est en général normal, mais les hystériques sont très-sujettes aux palpitations, et du reste à tous les signes de la chlorose et de l'anémie.

On remarque aussi des oscillations curieuses dans l'état de contraction des muscles vasculaires, oscillations indépendantes du cœur. Tout le monde connaît la facilité avec laquelle la figure rougit ou pâlit chez ces malades. Briquet avait noté une sensation de froid aux extrémités, coïncidant quelquefois avec la rougeur et la chaleur de la figure. Sydenham avait remarqué des sueurs chez certaines hystériques, générales ou partielles, quelquefois unilatérales, survenant sous le moindre prétexte.

A la face, il y a non-seulement les alternatives de rougeur et de pâleur, mais quelquefois des ecchymoses, de l'œdème, des éruptions cutanées ( acné, ecthyma, urticaire ) ; ces phénomènes sont rares cependant et coïncident plutôt avec l'hyperesthésie. Quand il y a anesthésie, on trouve au contraire l'anémie cutanée et la diminution de température ; les piqûres ne saignent pas et les sangsues prennent mal.

i Progr. médical, 1878, 3.

2 Voy. Martin ; Des troubles de l'appareil vaso-moteur dansThyst.; Th. Paris, 1876, 136.

Page 1