SYMPT0MAT0L0GIE SPECIALE
Ces accès ont eux-mêmes une tendance à se reproduire en nombre plus considérable à certaines époques, et le plus souvent sous Tinfluence de certaines causes occasionnelles; c'est-à-dire sous l'influence des changements de temps, à L'approche d'un orage , sous l'influence d'une marche fatigante , des fatigues corporelles, du froid et de l'humidité. Chez les syphilitiques il arrive, d'après Fournier, que ces accès douloureux se montrent de préférence la nuit. Enfin, quelquefois on peut les réveiller en excitant une plaque d'hyperesthésie qu'on découvre éventuellement au siège des douleurs.
Celles-ci ont été souvent prises autrefois pour des douleurs i douleurs rhumatismales, et vous verrez encore, de nos jours, des médecins p^u^nT commettre cette confusion. L'erreur s'explique dans une certaine prises pour
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mesure par ce fait que souvent les manifestations apparentes du rhumatismales. tabès dorsalis se réduisent, pendant de longues années, à des douleurs fulgurantes qui ne gênent pas les malades dans leurs occupations professionnelles, qui ne se reproduisent qu'à des intervalles assez éloignés, et sous l'influence des changements de temps.
Les malades sont alors les premiers à induire le médecin dans l'erreur que je vous signalais plus haut. C'est à ce dernier de bien rechercher les caractères des douleurs accusées par les malades, en procédant à un interrogatoire très minutieux, en recherchant aussi l'existence éventuelle d'autres signes du labes, au premier rang desquels figure l'abolition du phénomène du genou.
b. Douleurs constrictives. — Un symptôme un peu moins fré- Douleurs quent que les douleurs fulgurantes consiste dans ce qu'on a appelé les douleurs en ceinture. 11 s'agit d'une sensation constrictive que les malades localisent habituellement à la base du thorax, et qu'ils comparent à l'étreinte produite par une cuirasse, par une ceinture de fer, par un corset trop étroit, etc. Souvent, cette constriction n'est pas douloureuse dans le sens propre du mot; elle est plutôt pénible par la gêne respiratoire qui l'accompagne. Quelquefois cette gêne respiratoire peu! revêtirun caractère inquiétant et faire croire de prime abord à un accès d'asthme, de pseudo-asthme cardiaque, ou à une affection aiguë «le- poumons. Il suffit d'ausculter les malades pour se convaincre de l'intégrité de leurs organes respiratoire-.
B aucoup plus rarement les malades se plaignent de sensations
rostricUves aux membres, dans le voisinage des jointures, et
qu'ils comparent à la constriclion produite par un anneau trop
g nxé (douleurs en bracelet) ou par une chaussure trop étroite
mleurs en brodequin):
s s viscéralgiques. — On entend par là des crises douloureuses que les malades localisent dans les viscères abdominaux, estomac, intestin, vessie, urètre.
- crises viscéralgiques ne s'observent que dans un nombre relativement restreint de cas de tabès. Leur étude n'en offre pas moins d'intérêt pour cela, car elles font partie des manifestations delà période préataxique du tabès; quelquefois même elles instituent la première manifestation apparente de cette maladie ; alors leur véritable nature et leur rapport avec une affection des centres nerveux sont facilement méconnus.
Parlons d'abord des crises gastralgiques, les plus fréquentes parmi ces crises viscéralgiques. Leurs caractères ont été bien rits par Charcot, dans une de ses leçons de la Salpêtrière zetle médicale de Paris, 1880, n° 37, p. 461). Elles affectent - des allures variables, mais dans la généralité des cas, elles consistenl en douleurs paroxystiques extrêmement violentes, qui - ••m dans la région épigastrique, qui s'accompagnent de vomissements, qui ont une durée tout à fait insolite, se chiffrant souvent par plusieurs jours, une tendance à se reproduire à des intervalles assez réguliers. De plus elles ne laissent pas à leur suite de troubles des fonctions digestives ; c'est-à-dire que dans l'intervalle de deux crises gastriques, les malades ne présentent aucun e, aucun symptôme propre à faire soupçonner l'existence d'une maladie de l'estomac ou de l'intestin. J'ajoute que les matières vomies pendant ces crises doulousont tantôt du mucus, des glaires, avec ou sans mélange bile, d'autres fois des débris d'aliments, quelquefois même du sang -ni des matières noirâtres telles qu'en rejettent les cancél.Vous concevez dès lors avec quelle facilité des erreurs de
n de Berlin, von Noorden (Charité-Annalen, 1890, t. XV, p. 166),
nméle contenu de l'estomac dans sept cas de tabès avec crises gastriques,
b résultats les plus contradictoires. Il résulte de ces recherches qu'il
•" de filial, o.. à établir entre les crises gastralgiques du tabès
»n acide de l'estomac.
SYHPTOMATOLOGIE SPÉCIALE H
diagnostic vont se produire, si le médecin ne tient pas compte d caractères spécifiques de ces cri-»'-, s'il ne va pas à la recherche d'autres manifestations du tabès. Ainsi Charcot a relaté L'observation d'un homme sujet aux crises gastralgiques depuis plusieurs années, et qu'on avait traité, les uns pour un cancer de l'estomac, les autres pour un ulcère rond, parce que au moment de ses crises le malade vomissait des matières noirâtres. Or en l'examinant de près on constata qu'il avait de L'incoordination motrice aux membres inférieurs, et qu'il ne pouvait se tenir d'aplomb dans l'obscurité (signe de Romberg). On reconnut dès lors la véritable nature de ses crises viseéralgiques.
J'ai publié une observation du même genre, dont je vous parlerai à propos du diagnostic.
Donc, en présence d'un cas semblable, le premier point qui devra mettre votre méfiance en éveil, c'est la longue durée de la crise douloureuse, durée qui, dans le cas d'une affection (!<• l'estomac, n'excède presque jamais quelques heures, tandis qu'elle est de plusieurs jours dans le cas d'une crise tabétique. De plus, pendant les crises tabétiques, le pouls est presque toujours accéléré, contrairement à ce qui a lieu dans les cas de crises cardialgiques en rapport avec une lésion de l'estomac.
Une autre particularité sur laquelle se portera votre attention, c'est, après cette durée si longue des douleurs, la brusque transition d'un état, grave en apparence, au rétablissement complet des fonctions digestives. Au sortir d'une de ces crises gastralgiques, le malade ne demande qu'à s'alimenter, et il digère très bien ce qu'il mange.
Mais ce serait une erreur de croire que ces crises, si pénibles qu'elles soient, n'ont aucune gravité par elle-même. On connaît des cas, heureusement très rares, où les malades ont succombé dans lecollapsus, à la suite d'une de ces attaques. Il peut se faire d'ailleurs que la crise se termine par le col lapsus, sans que pour cela le malade succombe. En pareils cas, une erreur facile à commettre consiste ù mettre les accidents sur le compte d'une atl'ection cérébrale ou de l'urémie.
Cela m'amène à vous dire quelques mots de- formes anor- p0 maies des crises gastralgiques. 11 peut arriver que Les vomisse ments fassent défaut, que La crise soit simplement constituée par une série de douleurs crampoïdes suivant L'expression de Fournier.
anormales
D'autres fois c'est l'inverse qui se produit; les accès se réduinausées et à des vomissements, sans douleurs proprement dit»'-.
Il peut se l'aire aussi que les crises aient une durée extraordinairemenl longue, qu'elles se succèdent presque sans interruplioD pendant des semaines et des mois. D'autres fois on les a vues se répéter à des intervalles très rapprochés, tous les jours, par exemple, tout en ayant une durée très courte. C'est dans ces conditions que l'on est exposé surtout à commettre une erreur de diagnostic, à croire à une lésion organique de l'estomac. Je n'ai plus qu'un mot à ajouter, c'est que le tabès dorsalis est seule maladie du système nerveux qui donne lieu à ces crises ralgiques. On a cité des cas où les crises se montraient avec leurs caractères spécifiques, chez des sujets qui ne présentaient aucun autre symptôme du tabès dorsalis. Ce n'est pas une raison de croire qu'elles étaient indépendantes de cette maladie. J'ai insisté, dans mon précédent travail [Dictionnaire encyclopédique, etc.), sur ce que, comme les douleurs fulgurantes, les - gastralgiques peuvent constituer pendant longtemps l'unique symptôme du tabès.
Quelquefois les crises viscéralgiques sont localisées dans la région du foie, et elles s'irradient vers l'épaule, simulant avec beaucoup de ressemblance une crise de coliques hépatiques : que dans un cas de crises cardialgiques relaté par un auteur allemand, Hoffmann (Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrank., XIX, fasc. 2, p. 432), un des accès s'est compliqué d'une jauni--'- passagère.
Beaucoup plus rarement on a vu les douleurs partir des aines,
s irradier vers l'ombilic, et faire croire à des douleurs ayant pour
1 intestin, méprise d'autant plus facile à commettre que ces
unes douloureux s'accompagnaient presque toujours d'un
flux diarrhéique séreux (entérorrhée).
\ ■ proposje vous rappelle un fait très curieux, dont quelqueslitre vous ont pu être témoins dans nos salles : pendant '' de choléra qui a sévi à Paris dans le courant de l'année n a transporté dans mon service un malade âgé de i,,ai »\ ans, qui était en proie à des douleurs entéralgiques
me violence. Le malade avait en outre une abondante 1 i«e des «rampes dans les mollets. 11 avait la peau
SYMPTOMATOLOGIE SPÉCIALE
refroidie. Kien d'étonnant, d'après cela, qu'à son entrée à l'hôpital on L'ait pris pour un cholérique. C'est en effet le diagnostic de choléra, que je portais lors de mon premier examen. L'étude attentive du cas me lit bientôt modifier ce diagnostic. Déjà quelques heures après l'entrée du malade à l'hôpital, les symptômes que je viens de vous énumérer se calmèrent, pour disparaître momentanément, et pour se reproduire ensuite avec une intensité plus grande. En présence de cette marche qui eût été anormale s'il s'était agi d'un cas de choléra, j'examinai l'état des réflexes et l'état des yeux, chez mon malade. Je fus ainsi amené à nie convaincre que j'avais affaire à un cas de crises entéralgiques chez un malade atteint du tabès dorsalis.
Je ne saurais trop attirer votre attention sur des faits de ce genre, qui, bien gravés dans votre esprit, sont de nature à vous faire éviter des méprises regrettables.
Tout aussi rares sont les cas où les crises viscéralgiques con- Crises rén îles sistaient en douleurs qui, s'irradiant vers les reins, les testicules. ounéPhrél,tlue8< simulaient dans une certaine mesure un accès de coliques néphrétiques.
Ce qui n'est pas moins rare, c'est de rencontrer des tabétiques Crises r< sujets à des spasmes douloureux du côté de la vessie, avec ou sans urétrorragie, et pouvant faire croire à la présence de calculs dans la poche vésicale. Vous trouverez mentionné des laits de cette nature dans l'ouvrage si intéressant du professeur Fournier, sur l'ataxie locomotrice d'origine syphilitique (p. 1 0 G ) .
d. H;/péresthcsie. — Indépendamment de ces manifestations Uypéreathés douloureuses spontanées, douleurs fulgurantes, crises viscéralgiques, on observe assez souvent, à la première période du tabès dorsalis, de l'hypéresthésie, c'est-à-dire de la douleur provoqua
par l'exploration médicale, par le contact de la peau avec des vêtements, avec un dossier de siège, etc. Cette hypéresthésie cutanée est limitée àdes îlots circonscrits, et elle a pour siège de prédilection les membres inférieurs et le dos. Quelquefois on constate l'existence, le long de la colonne vertébrale, au niveau des apophyses épineuses, de véritables points douloureux, qui, d'après Erb, seraient en rapport avec la participation des méninges aux lésions spinales du tabcs dorsalis.
e. Baphalgésie. — Sous le nom d'haphalgésie, Pitre- a décrit
,m [a sensibilité, qui consiste en ceci : Le contact de
avec certains objets, avec des métaux notamment, au
de développer une simple sensation tactile, est perçu dou-
isement. Pitres avait observé ce phénomène chez des
g ériques. M. Lannoiâ vient de publier (Revue de médecine,
562 un cas d'haphalgésic transitoire chez une femme
labélique.
f. Paresthésies. — Vous savez tous, sans doute, que ce terme
s'applique aux perversions de la sensibilité qui se manifestent
par nsations étranges, dont les plus communes sont les
ntrdissements, les fourmillements, les sensations de froid ou
haleur dans les membres, les sensations de corps étrangers
j le rectum, dans la vessie, sensation de constriction thora-
cique, etc. Ces phénomènes de paresthésie s'observent avec une
ide fréquence dans les cas de tabès dorsalis; mais ils ne sont
s moins fréquents dans d'autres maladies nerveuses. Ils n'ont
donc rien de pathognomonique, sauf peut-être les fourmillements
limités à la zone de distribution du nerf cubital, notamment aux
;\ derniers doigts de la main.
. [nesthésie. — L'anesthésie, et surtout l'anesthésie incom-
e, qui consiste dans un simple émoussement de la sensibi-
sl une des manifestations les plus fréquentes du tabès dor-