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vail séculaire (1). » Parmi les philosophes, Schopenhauer a poussé jusqu'à ses plus extrêmes limiies le pessimisme contemporain, tel qu'il résulte des doctrines scientifiques elles-mêmes, et de l’image de la vie conduite par le sentiment de la lutte pour l'existence. Mais le philosophe, dans son système, a élé jusqu’à faire abstraction de l'essence même de la vie, l'amour, et pour cette raison a méconnu la possibilité ou plutôt la fatalité même de la rénovation et de la perpétuité de l’espèce.
Qu'on nous pardonne ceite digression. S'il est vrai, comme tout homme impartial et libre de préjugés doit aujourd'hui le reconnaître, s’il est vrai que l’homme n'est pas une combinaison inexpliquable d'âme et de corps, mais un être unique dans son essence, s'il est vrai que ce que l'on peut appeler âme n’est qu’une résultante des forces vitales qui animent ce corps dans toutes ses parties, s’il est vrai que ce qui survit à l’individu, ce qu’on appelait autre fois l'âme, est l'essence de la vie qu’il perpétue par l'amour, ces questions philosophiques ne sont pas si éloignées de la médecine qu’elles le paraissent.
Le caractère est le résultat d’un tempérament. Le pessimisme n'est qu’un état mental. Le criminel n est, pas tant un ignorant, comme le dit Socrate, qu’un malade. Les maladies de l'amour sont du ressort de la médecine, même l'amour passion. Sauvages avait déjà parlé d'amor morbus. Un certain nombre de maladies
(4) RENAN. — Souvenirs d'enfance et de jeunesse. — Dialogues et fragments philosophiques. .
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mentales, le délire mystique, en particulier, peuvent être considérées comme des déviations de l’amour.
Si l'amour morbide est le résultat d'une tare antérieure, par contre, une union, défectueuse par l'état de santé des conjoints, engendra des tares chez leurs descendants. M. Th. Ribot insiste sur la grave responsabilité de celui qui procrée (grande Encyclopédie, Art. Hérédité) (1). Aussi de longue date les médecins se sont-ils préoccupés de la question du. mariage envisagé au point de vue des maladies familiales. « Un bon choix dans les mariages ne concourt pas peu également à diminuer et à atténuer les vices de familles, et sans doute que, naturellement, ces heureux effets s’opèrent très souvent dans les grandes villes, surtout par des hommes et des femmes de campagne qui en quelque manière renouvellent la race. Il est certain qu'on voit ainsi disparaître de vrais maux d’origine. » (Portal).
Aussi l’on voit, dit le même auteur, des familles atteintes de goître endémique s’en délivrer en habitant des lieux sains ; mais ce n’est qu’à la troisième ou quatrième génération que les individus en sont le plus souvent entièrement délivrés. |
« Ainsi s'explique la disparition de quelques maux
(4) En dehors de la question de santé il y a une question de sentiment sur laquelle ont insisté les poètes :
Nam mullum harmoniæ veneris differre videntur Lucrèce. De scienlia rerum.
SHAKRESPEARE se demande si Îes enfants de l’amour ne sont pas particulièrement vigoureux.
Le Roi LEar. Acte 1<', scène IT.
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héréditaires, et comment la nature tend toujours à se rectifier ; car, sans cela, on ne pourrait concevoir pourquoi, en peu de générations, la plupart des familles ne seraient pas détruites. »
C'est là un côté du bon destin qui n’est autre que la tendance à la bonne santé.Voyons par contre comment on marche vers le mauvais destin.
Ce mauvais destin, cette fatalité, s'explique si la cause de la disposition névropathique héréditaire est, comme le conçoit Arndt (1),dans un arrêt de développement des éléments du système nerveux, les rapprochant de l’état embryonnaire. Nous verrons qu'on a attribué à un arrêt de développement la maladie de Friedreich, l'hérédo-ataxie cérébelleuse. La cause de cet arrêt de développement nous échappe totalement, car il est surprenant de voir certaines maladies familiales, l’hérédo-ataxie cérébelleuse, en particulier, apparaître brusquement dans une génération, sans avoir élé préparée par les générations antérieures (2).
Tout au plus pourrait-on dire, en ce qui concerne la maladie de Friedreich et l’hérédo-ataxie cérébelleuse, qu'elles dérivent quelquefois de l'alcoolisme des parents ou des grands parents en établissant un rapport entre la titubation ébrieuse, qui fut passagère chez ces derniers, et la titubation permanente des descendants atteints d’ataxie héréditaire médullaire ou cérébelleuse. Et encore n'est-ce là qu’une hypothèse vague. La syphi-
(i) Ueber Neuropatische Diathese. — Berlin. klin. Woch., 1875. (2) En dehors de la neuropathologie les’maladies familiales peuvent être dues aussi à un arrêt de développement (chlorose).
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lis héréditaire ne peut expliquer qu’un certain nombre de faits. Il en est de même d’une intoxication quelconque. Un état morbibe transitoire des parents au moment même de la conception intervient sans doute fréquemment dans l'étiologie des maladies héréditaires ou congénitales communes (1). Mais cette explication devient insuffisante pour la maladie familiale : on ne voit pas bien comment le même état se répéterait à chaque conception, exception faite de l'ivresse.
Aussi l’étiologie des maladies familiales est encore très obscure, mais ce qu’on peut dire, dès maintenant, c’est qu’il faudra la rechercher chez les ascendants dans une déviation de la vie normale (2).
Ce qui ressort nettement de l'étude de ces maladies familiales organiques du système nerveux, c’est que l'hérédité peut léguer plus que la prédisposition morbide d’un organe ou d’un système physiologique, la maladie elle-même. On sait que la ressemblance des enfants avec les parents ne se manifeste pas toujours dès la première enfance. En pathologie familiale, il en est de même ; la maladie familiale peut apparaître tardivement. Pour les maladies familiales inorganiques ou regardées comme telles, le legs héréditaire est un trouble fonctionnel, c’est-à-dire plus qu'une prédisposition. Les déviations pathologiques familiales,
(1) L'état variable des parents au moment même de la conception explique surtout la différence très grande qui peut exister entre plusieurs enfants du même sang.
(2) Elle donnera lieu chez les descendants soit à des troubles de nutrition, soit à un trouble du développement, soit à un trouble fonctionnel.
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qu'elles soient fonctionnelles ou organiques, semblent dérivées d'un désordre physiologique, au moins dans un certain nombre de cas. Il est à croire que l'arrêt de développement qui frappe à un moment donné un système physiologique a été préparé par un fonctionnement imparfait ou anormal dans les générations antérieures.
Il est possible, dans ces cas, que les lésions constatées à l’autopsie ne soient qu’un résultat éloigné de cet arrêt de développement. La maladie, jusqu’à un certain point, précéderait ces lésions ou du moins elle deviendrait fatale avant qu'il n’existât aucune modification anatomique appréciable. Ne voit-on pas deux ovules semblables donner naissance à deux êtres complètement différents en apparence? Il en est évidemment de même en pathologie familiale (4).
Nous ne discuterons pas ici la question de savoir si la maladie familiale représente une déviation de type normal accentuée par l'hérédité, un état de réversion dans l’ordre ontogénique comparable à celui qu’on
(1) Bar distingue la force vitale qui présente des variétés multiples comparables aux différents rayons lumineux el la propriété qu’a la cellule vivante de créer des substances dérivées. On ne peut différencier les cellules que par les caractères physico-chimiques des substances dérivées. « Les noyaux et souvent même les protoplasmas possèdent au contraire des propriétés physico-chimiques très semblables dans toutes les espèces. » (Sem. médicale, 1894, La spécificité cellulaire et ses principales conséquences). La force vitale tout entière contenue dans la cellule génératrice, avec ses diverses modalités, échappe donc jusqu’à présent à la physique et à la chimie. La seience a réussi à s'emparer de la loi génératrice des êtres minéraux : parviendra-t-elle un jour à s'emparer de la loi génératrice des êtres vivants, se demande BerraeLor ? (Lettre à Renan, La science idéale et la science positive).
observe dans l’ordre phylogénique ou bien une monstruosité par dissemblance. La dissemblance estincontestable en fait d'hérédité morbide (Moreau de Tours, Morel, Féré) et l'on retrouve fréquemment dans les maladies familiales l'absence d’hérédité homologue. Maïs, comme le dit aussi Féré, la dissemblance n’est pas un caractère exclusif de l’hérédité morbide.
Lucas écrit que les maladies de famille procèdent de la loi d’innéité ou de dissemblance et que les maladies héréditaires procèdent de la loi d’hérédité ou de ressemblance. Mais il ajoute qu’il n’y a pas d'opposition à établir entre elles ; « une foule d’affections héréditaires commencent par être de famille » et « toute maladie de famille peut être héréditaire ».
La maladie familiale nous apparait, en somme, d'une facon générale comme une déviation d’un type normal de l’espèce, déviation qui tend à se prononcer de génération en génération ; quelquefois, mais non toujours, il paraît s’agir d'une véritable régression.
Ainsi dans la paralysie bulbaire progressive Rae et familiale, ce sont les fonctions du rire et de l’expression frontale, fonctions supérieures, qui sont supprimées d’abord.
Dans l’ataxie héréditaire c’est la station et la marche bipèdes qui sont entravées surtout.
Pour la myopathie primitive nous avons remarqué, dans un cas, que ie mouvement d'opposition du pouce était plus défectueux que le simple mouvement d’adduetion ; or, c'est précisément le mouvement d’opposition qui est propre à l’espèce humaine. Nous ne prétendons pas généraliser, d'autant plus que ce fait est