TRAITEMENT
C'est à peine si Ton ose parler du traitement d'une semblable affection. Nous avons vu qu'elle n'est pas curable. Cependant^ quelque illusoire qu'il soit, le traitement palliatif nous paraît particulièrement utile ici, parce qu'il s'adresse à des malades profondément découragés, et cela presque dès le début. Si l'on ne se heurtait pas à un mal fatal, la révulsion, sous forme de pointes de feu à la nuque, l'électrisation galvanique de la même région occipitale,'seraient des moyens qui auraient une apparence de justification. Peut-être même la galvanisation de la région cérébelleuse diminueraitelle la titubation ou l'état vertigineux.
En dehors de ces semblants de tentatives à faire contre la lésion, il faut traiter les symptômes pénibles pour le malade et surtout la céphalée et l'état neurasthénique. L'antipyrine ne nous paraît pas indiquée, au moins d'une façon suivie, à cause de son action dépressive, sur laquelle insiste en particulier M. Albert Robin. On pourra employer tout autre médicament habituel.
Les toniques et l'hydrothérapie, dans une certaine mesure, s'adressent à l'état général.
L'ergot de seigle peut être capable de diminuer des phénomènes spasmodiques très prononcés.
Tout cela ne servira évidemment qu'à déguiser notre» ignorance. Pour traiter, ou plutôt pour prévenir Thé-t rédo-ataxie, il faudrait connaître sa cause : et elle! restera encore pour longtemps dans le domaine de rinconnu.
La connaîtrait-on, si, comme il est à croire, elle résulte d'une évolution qui commence avec l'œuf luimême, le médecin serait-il en mesure de la prévoir et de s'opposer à Tunion sexuelle qui sera l'origine de la maladie familiale? Gela même est douteux. Il faudrait que le médecin de la famille possédât son histoire morbide établie par les médecins des générations antérieures.
En sorte que notre seule consolation, en présence de ce mal, ne peut être que de le comprendre, comme disait Pascal. Il faut se résigner à sentie peser sur les malades la fatalité que leurs ancêtres leur ont préparée. Selon le proverbe rapporté par le prophète Ezéchiel^ les pères ont mangé le raisin vert et les dents des enfants en sont agacées (Ezéchiel. Gh. XVlIi, v. II).
Pourtant, le jour où la connaissance de ces maladies familiales de développement serait acquise, nous posséderions les moyens non pas de guérir une maladie évolutive, mais de la prévenir en empêchant la procréation de l'être qui y sera fatalement voué. Le jour où l'homme aurait cette volonté, il améliorerait le sort de l'humanité mieux que par la thérapeutique individuelle (1).
(1) « Avec Je monde a commencé une guerre qui doit finir avec Je monde et pas avant : ceiJe de l'homme contre la nature, de l'esprit contre la matière, de la liberté contre la fatalité ». (Mighelet. Introduction à V histoire universelle).
N'est-ce là qu'un rêve? On a bien peu étudié méthodiquement révolution morbide des générations successives, en se conformant au précepte de Portai qui voulait qu'il existât un registre de santé dans chaque famille.
L'étiologie des maladies n'est pas toute, en effet, dans les causes extérieures. Les affections qui donnent le plus de mortalité sont en rapport avec un vice originel.
Si l'homme taré pendant la courte durée de sa vie ne peut se modifier lui-même, il est capable^ s'il y prend garde, de donner à sa descendance une santé meilleure que celle qu'il a reçue (1).
La race, pour peu que le croisement y prête, tend à revenir au type normal par degrés, à travers les générations successives. C'est le principe consolant, le seul sur lequel on peut baser la prophylaxie des maladies familiales en général ; c'est lui qui justifie l'utilité du desideratum exprimé par Portai.
Pour connaître la cause d'une maladie familiale et, une fois la cause connue, pour modifier la tendance morbide de la famille qui s'achemine lentement sans doute vers cette maladie, il faudrait former d'abord, puis mettre en usage ces dossiers familiaux auxquels fait allusion notre épipraphe, il faudrait que ces dossiers familiaux fussent non pas seulement un registre mortuaire, mais encore une véritable histoire pathologique. Il est facile de prévoir quelles difficultés rencontrerait dans la pratique Tapplication d'un jiareil principe.
(1) On n'a que les enfants que Ton mérite, a dit M. le Prof. Lan-
DOUZY.