FORMATION DES FOLLICULES PROLIGÈRES
Lorsque l'hydatide, ou vésicule mère, a suffisamment grandi, le bowgeonnement céphalique commence à se montrer. Mais, contrairement à ce qui a lieu pour les cysticerques, l'hydatide produit, non une seule tête, mais bien des centaines, des milliers même parfois.
Avant Siebold, on admettait généralement que la tête se formait par un bourgeonnement de la surface de la membrane germinale, et qu'elle tombait ensuite dans le liquide, ce qui n'a pas lieu, comme l'ont prouvé Naunyn (5), Leuckart et Moniez (6).
A la surface interne de la membrane germinale, apparaissent de petites papilles qui ne tardent pas à se creuser d'une cavité plus ou moins étendue, formant ainsi des vésicules proligères (Brutkapsehi) ou formatrices des têtes detsenia. Ces vésicules sont formées par une substance granuleuse identique à celle de la membrane germinale; elles sont tapissées d'une cuticule à l'intérieur et non à l'extérieur. D'après Moniez, on voit se constituer un épaississement, en forme de
(1) Blanchard (R.), Traité de zoologie médicale.
(2) Laennec, Mémoire sur les vers vésiculaires (1804). — Id. Mémoires de la Soc. de méd. de Paris. Paris, 1812.
(3) Bremser, Notice sur l'Echinococcus hominis (Journ. complém. Paris, 1821, t. XI, p. 278).
(4) Livois (Ch.). Recherches sur les échinocoques chez l'homme et chez les animaux. Thèse de Paris, 1813.
(5) Naunyn (B.), Entwickelung's Geschichte des Echinococcus (Reichard's Arch. fur Anal, und Phys., 1862, p. 612).
(6) Moniez, Mémoire sur les Cestoïdes. Lille, 1881, in-8.
Gangolphe. — Maladies des os. 40
disque, sur la membrane de la vésicule proligère, épaississement qui fait saillie à l'extérieur en même temps que se soulève la partie centrale tournée vers la cavité de la vésicule. Peu à peu la saillie augmente et, à la surface du mamelon interne se développent le rostre, les ventouses et les crochets.
Les vésicules proligères offrent parfois des culs-de-sac, des diverticules, au fond desquels des échinocoques peuvent se développer. Cette circonstance, sans doute, avait fait supposer à Leuckart que les échinocoques se développent par des bourgeons primitivement saillants à l'extérieur.
Les têtes du cestode se développent donc constamment à l'intérieur des vésicules proligères. Elles restent appendues à leur paroi et les vésicules elles-mêmes demeurent fixées à la membrane germinale tant que l'hydatide est vivante. Dans les parois des vésicules rampent quelques vaisseaux nutritifs, communiquant avec ceux de l'échinocoque, mais que l'on ne peut poursuivre au delà de la membrane germinale.
Les échinocoques renfermés dans une même vésicule proligère sont souvent d'âge et de taille différents. Implantés sur la paroi de la vésicule par un pédicule rétréci, ils présentent à leur pôle opposé, arrondi, une dépression résultant de l'invagination de l'échinocoque sur lui-même. La tête offre les A ventouses et les 58 à 60 crochets parfaitement nets. L'évagine-t-on (par pression par exemple), on reconnaît qu'elle est constituée par une masse cylindrique longue de 0mm,05 environ, divisée par un étranglement en deux parties. L'antérieure porte les ventouses et les crochets, la postérieure présente une dépression dans laquelle vient s'insérer le pédicule. Les crochets ne diffèrent de ceux du taenia adulte que par la forme plus effilée de leur base.
A ce moment, l'hydatide a parcouru tous les stades de son évolution larvaire. Absorbés par un chien, les échinocoques qu'elle contient trouveront l'occasion de se transformer en taenia adulte et rubané. Mais elle peut persister indéfiniment à l'état d'hydatide, mourir et subir la dégénérescence totale.
FORMATION DES VÉSICULES SECONDAIRES (EXOGÈNES, ENDOGÈNES).
Les hydatides ne se reproduisent pas seulement au moyen des vésicules proligères; elles peuvent encore se multiplier par la formation de vésicules secondaires (Tochterbla.se), absolument semblables à la vésicule mère. Voici, d'après Leuckart, comment elles se produisent :
Dans l'épaisseur même de la cuticule, entre les lamelles stratifiées, on voit se déposer des granulations autour desquelles se montre une
petite cuticule stratifiée. Peu à peu, le contenu de cette petite masse s'éclaircit, en même temps que cette dernière se rapproche de plus en plus de la périphérie et tombe en dehors de l'hydatide. Elle se détruit alors ou bien continue à se développer. Chaque vésicule fille offre, en ce moment, la même structure que la vésicule mère (cuticule, membrane germinale) et peut produire, soit des vésicules proligères, soit même de nouvelles vésicules, qui méritent alors le nom de vésicules petites-filles (Enkelblase).
On observe de grandes différences, dans l'état de maturation que présente la vésicule fille, au moment où elle devient libre. Tantôt elle est pleine, solide, tantôt elle présente une cavité; parfois même des échinocoques sont déjà manifestes dans les vésicules proligères.
Quoi qu'il en soit, la vésicule fille s'entoure d'une membrane adventice, et il devient impossible de savoir, en la voyant située à côté de la vésicule mère, s'il y a eu formation de deux vésicules par deux embryons hexacanthes distincts, ou production d'une vésicule fille. Leuckart croit pourtant avoir remarqué que les vésicules secondaires sont, moins tardivement que leur mère, capables de produire des vésicules proligères.
Nous venons de décrire la formation d'hydatides par bourgeonnement exogène. On les a désignées par les noms divers d'Echinococcus exogena (Kuhn) (1) ; E. scolecipariens (Kûchenmeister) (2) ; F. simplex (Leuckart) ou E. granulosus. Les vésicules exogènes ont surtout été observées chez les ruminants et chez les porcs. Elles sont rares chez Vhomme, sauf dans l'épiploon et dans les os. Le plus souvent on a affaire à la variété endogène.
Cette dernière a été désignée sous les noms de Echinococcus endogena (Kuhn), E. altricipariens (Kiichenmeister), E. hydatidosus (Leuckart). Elle est caractérisée par ce fait, que les vésicules filles tombent à l'intérieur de la vésicule mère ; les vésicules secondaires sont alors remarquables par le volume qu'elles peuvent acquérir. Mais leur nombre, comme leur taille, sont des plus variables; on peut en rencontrer cinq ou six, ou plusieurs centaines ; et leur grosseur peut atteindre celle d'une noix et même d'un œuf.
Quand ces vésicules internes ou secondaires ont pris un développement excessif, elles peuvent distendre et dilater la cavité mère, au point d'en rendre méconnaissable la texture.
Contrairement à ce que l'on a prétendu, dans les cas d'hydatides endogènes la vésicule mère et les vésicules filles ne sont pas tou-
(1) Kuhn, Recherches sur les ace'phalocystes et sur la manière dont ces productions parasites peuvent donner lieu à des tubercules, Strasbourg, 1832.
(2) Kûchenmeister, Ueberdie Cestoden in allgemeinen und die des Menschen insbesondere. Dresden, 1853, in-8°.
jours des acéphalocystes . La tendance à la formation de vésicules proligères est certainement amoindrie, mais elle ne peut être niée.
Lorsqu'une hydatide produit des vésicules exogènes, elle développe ordinairement à son intérieur des vésicules proligères et non des vésicules secondaires endogènes. Il s'en faut que ces deux modes de prolifération, endogène et exogène, s'excluent réciproquement, et que les hydatides qui les représentent appartiennent à des espèces différentes. On a également prétendu, à tort, que dans le cas de multiplication endogène, l 'hydatide mère et les hydatides filles étaient normalement stériles. Kuster a relaté un fait semblable dans son observation citée plus loin. (Kyste hydatique de l'humérus. V. fig. 97.)
Moniez aurait observé dans le foie du porc une hydatide de petite dimension, qui présentait, tout à la fois, des vésicules exogènes, des vésicules endogènes et des vésicules proligères (1).
DES KYSTES HYDATIQUES.
En se développant dans les tissus, les hydatides s'entourent d'une capsule de nature conjonctive, désignée sous le nom de kyste adventice. L'hydatide appartient-elle à la variété endogène, la plus commune chez l'homme? Elle forme une tumeur kystique uniloculaire, constituée à la périphérie par la membrane adventice, d'épaisseur, de consistance variables, et par la vésicule mère. Celle-ci contiendra, dans sa cavité, un liquide plus ou moins abondant, étudié précédemment, et au milieu duquel flottent des vésicules filles et petitesfilles. De telles productions parasitaires peuvent persister un temps très prolongé, mais elles subissent fréquemment des altérations régressives. On trouve alors des amas enkystés de substance puriforme ou athéromateuse, au milieu de laquelle on peut retrouver quelquefois des pellicules analogues à celles des graines de raisin écrasées. La coloration blanc jaunâtre de ce liquide l'a fait comparer à une émulsion ; son aspect et sa consistance épaisse tiennent à des plaques rhomboïdales de cholestérine, des cristaux d'hématoïdine, des crochets et des pellicules kystiques. Les parois du kyste adventice sont généralement très épaisses en pareil cas, et contiennent, quelquefois, des plaques calcaires ou même ossifiées. Réduit à cet état de dégénérescence, le kyste est le plus souvent inoffensif, et peut être considéré comme guéri.
Il est une autre variété de kystes hydatiques extrêmement importante à connaître, au point de vue qui nous occupe. Elle diffère totalement de la précédente par ses caractères cliniques et anatomopathologiques. Nous voulons parler de la variété exogène.
(1) R. Rlanchard, Traité de zoologie médicale.
Le plus souvent, avons-nous dit, l'hydatide résultant de la transformation vésiculeuse de l'embryon constitue une vésicule mère dans l'intérieur de laquelle tombent et flottent des vésicules filles et petites- filles.
Dans la forme exogène, la vésicule mère produit, suivant un mode indiqué plus haut, une foule de vésicules filles, qui se détachent de sa surface extérieure et envahissent les tissus avoisinants. A leur tour, ces vésicules filles produisent par voie exogène des vésicules petitesfilles. Il en résulte un véritable semis d'hydatides, très petites le plus souvent, tassées, pressées les unes contre les autres en nombre considérable. Chacun de ces petits corps étrangers vivants suscite autour de lui un certain degré d'inflammation scléreuse, qui leur constitue une minuscule enveloppe adventice. La coupe d'une telle tumeur parasitaire présente un aspect alvéolaire des plus remarquables. Dans les cavités circonscrites par les mailles du stroma conjonctif, se trouvent logées les hydatides sous forme de petits corps arrondis, d'aspect gélatineux, colloïde. Leur nombre s'accroît constamment; la compression qu'elles exercent détermine la nécrobiose des tissus qu'elles emprisonnent entre elles, si bien qu'au bout d'un certain temps, une cavité anfractueuse, véritable caverne, réceptable de détritus variés (vésicules, éléments de désintégration), se creuse dans la masse alvéolaire. Les désordres augmentent de plus en plus, et généralement les kystes uniloculaires amènent la mort des malades. Nous ne croyons pas que l'on connaisse un seul fait démontrant anatomiquement la guérison spontanée d'une telle affection.
Nous ne nous arrêterons pas davantage sur ce point, qu'il nous suffît d'indiquer ici. Nous y reviendrons longuement en traitant de l'anatomie pathologique des kystes des os.