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INTRODUCTION

Les lésions osseuses déterminées par le taenia échinocoque, à sa période vésiculeuse, sont d'une extrême rareté.

Des chirurgiens, possédant une pratique considérable, n'ont jamais eu l'occasion d'observer d'hydatides du squelette. D'autre part, les différents musées de l'Europe n'en possèdent dans leurs collections que de rares spécimens.

Cette pénurie de pièces et de documents ne peut être attribuée à la négligence ou l'inattention : le plus souvent, en effet, les échinocoques des os ne sont pas des trouvailles d'amphithéâtre, mais se révèlent en clinique par un appareil symptomatique des plus graves. A ce titre, sinon par leur fréquence, ils méritent d'attirer l'attention des cliniciens.

Toujours le parasite paraît s'être développé dans le tissu osseux, mais dans quelques cas rares, discutables, on pourrait admettre qu'il l'a envahi secondairement. Cette hypothèse, que nous devions signaler, ne repose que sur des données insuffisantes et n'offre, du reste, qu'une minime importance. Sous le nom de kystes hydatiques des os, nous comprenons tous les faits de tumeurs hydatiques siégeant dans les os, qu'elles aient pris naissance, dans leur substance, qu'elles l'aient envahie secondairement (?), ou bien encore qu'elles se soient développées dans une cavité osseuse naturelle (sinus).

L'origine des kystes hydatiques est aujourd'hui bien connue : toujours ils résultent de la présence dans les tissus de la larve vésiculeuse du Tœnia echinococcus.

Jadis, on confondait sous la même dénomination d'hydatide, de cysticerque, la phase vésiculeuse des différents cestodes (vers rubanés). Cette synonymie, inexacte, prête à la confusion et doit être rejetée. On réserve, actuellement, le nom de cysticerque à l'embryon hexacanthe du Tsnnia solium devenu vésiculeux, tandis que le terme d"hydalide s'applique à la larve vésiculeuse du Tienia echinococcus. On doit donc appeler seulement hydatiques, les productions

kystiques déterminées par ce dernier parasite. Relativement aux kystes des os, cette distinction n'offre qu'une importance minime; elle nous autorise, toutefois, à éliminer un fait unique (Cysticercus cellulosve), développé dans une phalange.

L'étude des kystes hydatiques exigeant une connaissance exacte du parasite qui les détermine, nous avons placé au début de notre travail l'exposé sommaire des notions admises aujourd'hui sur ce point.

Le Taenia echinococcus (de Siebold) (1) (T. nanaYan Beneden)(2), a pour principal siège l'intestin des chiens. Sa longueur est d'environ 5 millimètres. Il présente une tête ou scolex, très petite, munie de quatre ventouses (rarement six), et d'une double couronne de crochets alternants au nombre de 44 au plus. On ne compte que 3 ou 4 anneaux (proglotiis), dont le dernier seul est ovigère. Arrivé à la maturité, celui-ci se détache, tombe mêlé aux excréments de l'animal ; les œufs qu'il renferme (de 200 à 500;, sont dans la suite mis en liberté par dissolution de la substance qui constitue l'anneau. Ils peuvent dès lors être absorbés par d'autres animaux et déterminer les kystes hydatiques en se développant chez eux. Voyons quelles sont les modifications subies en pareilles circonstances par l'œuf et l'embryon qu'il contient.

L'enveloppe épaisse de l'œuf est dissoute par les sucs digestifs. Dans son intérieur, se trouve une masse homogène finement granuleuse, à la surface de laquelle se distinguent très nettement, après l'action de tapotasse caustique, six petits crochets aciculaires, d'où le nom d'embryon hexacanthe. Grâce à ces crochets l'embryon, mis en liberté dans l'intestin de son hôte, pourra perforer la muqueuse et pénétrer dans l'épaisseur des tissus. 11 traverse vraisemblablement les parois vasulaires, et se trouve emporté dans le torrent circulatoire, jusqu'au moment où, pour une cause difficile à indiquer, il s'arrête en un point donné et s'y transforme en une vésicule ou hydaiide.

DÉVELOPPEMENT DE L'hYDATIDE. — STRUCTURE. — CONTENU.

Leuckart (3) surtout a étudié le développement de l'hydatide. Sur des animaux (cochons de lait) qu'il avait infestés en leur faisant ab-

(1) Siebold (von), Abhandl. iiber die Band-und Blasenwiirmer. Leipzig, 1851, in-8°. — Id. Zeitschrift fiir wiss. Zoologie, 1853, t. IV, p. Ï07, et Annales des sciences naturelles (Zoologie), 4e série, t. IV, 1855.

(2) Van Beneden, Mémoire sur les Vers intestinaux. Paris, 1853. — Id. Bulletin de V Académie royale des sciences de Belgique, t. XXIV, n<! 4 et G, p. 340, 1857, et 2e série, t. II, 1857.

(3) Leuckart, Die Blasenwiirmer und ihre Entwickelung. Giessen, 185G, in-8°. — Id. Die Menschlichen Parasiten und die von ihnen herruhrenden Kra7ikheilen,t. I, et Appendice, t. II, p. 589. Leipzig et Heidelberg, 187G.

sorber des anneaux arrivés à maturité, il observa les détails suivants : au bout de quatre semaines, il existait au-dessous de la tunique séreuse du foie de petits nodules d'un millimètre environ, formés chacun d'une enveloppe connective (kyste adventice), et d'un corps sphérique ou vésiculeux (Vhydatide), mesurant de 0mm,25 à 0mm,35. La structure de celte dernière était très simple : une capsule homogène, transparente, anhiste, élastique, circonscrivait un contenu granuleux formé de particules graisseuses. A la tin de la huitième semaine, les masses pleines avaient fait place à des sphérules creuses de lmm,5 à 2mm,5, remplies d'un liquide aussi limpide que l'eau. La masse granuleuse, dissociée et refoulée par ce liquide, s'était condensée à la périphérie pour y constituer la membrane g erminale ou fertile. Quant à la capsule, son épaisseur s'était accrue; elle était alors formée de lamelles superposées .

On pouvait observer une certaine différenciation dans les éléments cellulaires de la couche germinale, les cellules les plus volumineuses étaient excentriques, les plus internes présentaient un moindre diamètre ; entre ces deux couches, existaient des cellules granuleuses étoilées comblant les interstices.

Au bout de dix-neuf semaines, l'hydatide atteint la dimension d'une noix. Les couches cuticulaires les plus externes paraissent s'exfolier à mesure que la pression excentrique du liquide augmente. La membrane germinale, découverte par Ch. Robin (1), offre àpeine 0m,12 d'épaisseur ; sa structure ne s'est point modifiée ; elle contient seulement quelques corpuscules calcaires lenticulaires.

Si l'on examine le contenu liquide, dont l'abondance croît en raison du volume de la vésicule, on constate sa transparence parfaite (quelquefois une légère coloration jaunâtre), sa réaction neutre ou faiblement acide. Son poids spécifique est de 1,009 à 1,015. Le premier, Cl. Bernard (2) y a constaté la présence du glucose ; on y trouve en outre, de la leucine, de Vinosite, de la tyrosine. Il renferme environ 1,5 p. 100 de substances inorganiques. La chaleur ne le coagule pas, comme l'avaient déjà reconnu Redi (3) en 1684 et Dodart (4) en 1697. Nous y indiquerons, sans insister davantage, Vhématoïdine, Yhémoglobine, la cholestérine ; il semble que ce soient des substances introduites par rupture des parois.

On s'occupe actuellement de rechercher dans le liquide hydatique

(1) Ch. Robin, Société philomathique de Paris et Dictionnaire de Nysten (L. et R., 1858, p. 468).

(2) Cl. Rernard et Axenfeld, Présence du sucre dans le liquide d'un kyste hydatique du foie [Comptés rendus Soc. biol., 2e série, t. III, p. 90, 1865).

(3) Redi (Francesco), Osservazioni intorno agli animait viventi che si trovano negli animait viventi. Firenze, 1684.

(4) Dodart, Rryiœ scientise academiee historiée, lib. V, cap. V, p. 454. Paris, 1701.

une leucomaïne, résultant des déchets nutritifs de l'hydatide. Mourson et Schlagdenhauffen (1) ont signalé la présence de cet alcaloïde. On aurait ainsi l'explication des phénomènes d'intoxication générale (urticaire, péritonites) observés chez divers malades.

L'irruption de ce liquide dans le péritoine n'est pas toujours suivie d'accidents : cela tiendrait peut-être dans ces cas à la moindre quantité de leucomaïne formée par les hydatides.

Ajoutons, enfin, qu'il est toujours possible de reconnaître chimiquement la présence de membranes hydatiques; leur nature chitineuse est prouvée par ce fait que, traitées par les acides, elles donnent du glucose.

Dans des cas exceptionnels, les hydatides peuvent demeurer indéfiniment en cet état. On a dès lors affaire à des acépkalocystes, que Laennec (2) regardait à tort comme spéciales à l'homme et différentes de celles du bœuf et du mouton, dans lesquelles il avait reconnu la présence des têtes. Il n'en est rien; ainsi que l'ont démontré Bremser (1821) (3) et Livois (1843) (4), l'identité est complète.

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