RÉACTION DE L'ORGANISME
Ces produits, encore mal définis, ont reçu les noms les plus divers : diastases, ptomaïnes, zymases, ferments solubles, albuminoses, toxalbumines, zoamines, toxines. Cette action chimique du microbe fut indiquée par Toussaint, affirmée par Chauveau, comme expliquant mieux certains résultats de vaccinations; Charrin, Chantemesse et Vidal, Roux et Chamberland, etc., ont établi ces données sur des résultats expérimentaux indéniables. Arloing a même réussi à retirer des cultures du Pneumococcus liquefaciens bovis, une substance qui précipite par addition d'alcool, et qui possède les mêmes propriétés que les cultures vivantes.
Bref, on sait aujourd'hui que la suppuration microbienne est, en dernière analyse, le résultat de la réaction des cellules de l'organisme contre une substance chimique que les microbes ont élaborée.
On ne peut guère isoler les différentes ptomaïnes produites par les microbes, mais on connaît aujourd'hui les propriétés physiologiques différentes de ces produits, qui correspondent peut-être à autant de toxines distinctes. D'après Bouchard (1), certaines sécrétions favorisent la diapédèse, d'autres la retardent ou l'entravent complètement; quelques-uns de ces produits vaccinent les animaux qui les reçoivent ; d'autres les intoxiquent et leur donnent de la fièvre ; quelques-uns agissent comme de véritables poisons sur les centres nerveux, et donnent du coma, du délire et des convulsions ; d'autres mettent en jeu la motilité des leucocytes (chimiotaxisme) ; d'autres exercent, sur ces mêmes leucocytes, une action stupéfiante qui les paralyse ; quelques-unes des ptomaïnes ou des diastases fabriquées par les microbes tuent les leucocytes, dont les cadavres forment les globules de pus; enfin, peut-être quelques-unes favorisent-elles l'infection générale sans entraver la diapédèse, comme le jequirity et la papaïne.
RÉACTION DE l/ORGANISME.
1° Parmi les moyens de défense que possède l'organisme, il faut signaler la facilité de transporter les microbes en certains points, de les y emmagasiner, de les détruire ou de les éliminer par certaines voies. Pendant la plupart des maladies infectieuses on observe des altérations rénales. Il est naturel d'admettre que ces lésions sont dues au passage des microbes (2). Escherich ayant examiné le lait de femmes en proie à la fièvre puerpuérale aurait trouvé des staphy-
(1) Bouchard, Essai d'une théorie de l'infection, guérison, immunité, virus vaccin. Congrès international de Berlin, 1890. — Arloing, De l'influence des produits de culture'du stuphyl. doré sur le système nerveux vaso-dilatateur et la formation du pus, 1891', n° 38. Mercredi médical.
(2) Neumann, Berlin, klin. Woch., 1888.
locoques ; le lait de femmes en bonne santé étant absolument stérile (1). Pour que les pi'opriétés pathogéniques des agents infectieux puissent s'exercer, il faut qu'elles agissent pendant un certain temps sur les mêmes tissus; c'est pour cela que l'organisme sain, doué d'un grand pouvoir de résorption et d'élimination, lutte si efficacement contre la maladie. Notons aussi que la congestion active et l'exsudation qui en est la conséquence au niveau des points malades, diluent les toxines, et peuvent même tuer les microbes.
2° État bactéricide. — En effet, cet exsudât, comme toutes les humeurs de l'économie, comme le sérum sanguin, d'où il dérive d'ailleurs, possède des propriétés microbicides. Cependant, on doit se souvenir que la moindre différence chimique d'un milieu nutritif peut le rendre impropre ou plus favorable à la culture, peut augmenter ou diminuer la virulence, atténuer le microbe, fixer ou non l'atténuation. Aussi comprend-on que, pour des raisons purement chimiques, les humeurs, suivant les espèces et les races animales dont elles proviennent, peuvent agir sur les bactéries, et par suite tantôt gêner, tantôt faciliter leur développement. Au total, le plus souvent, cet état bactéricide de l'exsudat, des humeurs, des tissus, s'il atténue les microbes, est insuffisant pour arrêter leur développement in situ.
3° Prolifération cellulaire. Diapédèse. — Beaucoup plus puissant est l'obstacle opposé aux agents infectieux par la prolifération cellulaire et la diapédèse. C'est la lutte des globules blancs et des cellules fixes contre les bactéries; grâce à la migration massive des premiers et à la multiplication active des secondes, une barrière s'établit, qui va limiter l'action des bactéries et les enfermer dans un cercle infranchissable. Mais quelle est la cause de cette diapédèse abondante? Elle doit être due évidemment à l'action de ptomaïnes sécrétées par les microbes, Bouchard croit que cette action n'est pas une action directe, locale, des toxines sur les vaisseaux et les globules blancs, mais que certaines sécrétions microbiennes excitent les centres nerveux, et surtout le centre vaso-dilatateur, excitation qui rend plus intense la dilatation vasculaire partout où elle est sollicitée par voie réflexe, et en particulier dans la zone envahie par le microbes qui sécrètent cette substance. Celle-ci serait l'antagoniste d'une autre toxine retrouvée dans les produits de sécrétion de sept microbes différents, et qui a pour effet d'empêcher la diapédèse par son action paralysante sur les centres vaso-dilatateurs, et de supprimer même, quand on l'injecte dans les veines, tout phénomène inflammatoire local. Nous ne pouvons pas insister davantage sur cette question si intéressante (2).
(1) Escherich. Fortschritte der Med., 1885.
(2) Charrin et Gley, Mode d'action des produits sécrétés par les microbes sur les