ANTI-TOXINES ET SÉRUMS
On comprendra, par ce qui précède, que la théorie de l'anti-toxine me paraisse fort improbable.
Comment admettre que la même cellule puisse être un chimiste assez habile pour fabriquer autant d'anti-toxines qu'il y a de toxines, soit de microbes?
S'il en élait ainsi, comment retrouveraiton la toxine dans les urines puisqu'elle a dû être transformée par l'anti-toxine?
Si l'anti-toxine est faite, comme son nom l'indique, pour neutraliser la toxine, nous ne devons plus en trouver dans l'organisme, car un corps n'en neutralise un autre qu'en se combinant avec lui pour en former un troisième.
Alors comment peut-on admettre que la toxine s'élimine par les urines, tandis que l'anti-toxine reste dans le sang et forme le principe actif de la sérothérapie ?
Si cette anti-toxine existe, spéciale pour neutraliser la toxine qui en a déterminé la
production» pourquoi le sérum de la diphtérie, par exemple» agit-il aussi dans la pneumonie, comme le démontre M. Talamon? Et si cette anti-toxine, capable de neutraliser un poison aussi violent que la toxine, existe dans le sérum, comment peut-on en administrer des doses si élevées dans n'importe quelle maladie?
J'ai la conviction profonde que tous les sérums sont les mêmes, qu'ils ne diffèrent les uns des autres que par la plus ou moins grande quantité de glucoses et d'albumines adultes ou fibrines qu'ils contiennent.
Le sérum le plus actif sera celui qui, dans une même espèce animale, aura été extrait le plus près de Vinjection de la plus violente toxine à la plus haute dose. L'injection de cette toxine produira une rapide transformation des glucoses en formiates et, grâce à ceux-ci, maturation des albumines, saturation du sérum par les fibrines. Les glucoses transformées reviendront de suite abondantes.
Si l'on recueille le sérum bientôt après l'injection, il sera chargé de glucoses et de fibrines et sera très actif; mais si l'on attend
quelque temps, celles-ci diminueront rapidement et Ton n'aura plus que du sérum ordinaire.
Que Ton se rappelle avec quelle rapidité la fibrine augmente dans la pneumonie et diminue avec la défervescence.
La quantité de glucoses et de fibrines contenue dans un sérum va varier considérablement, suivant la santé de Fanimal, suivant le moment et la façon dont il sera recueilli, dont il sera conservé.
Ce sérum, en effet, est un liquide semivivant; il évolue plus ou moins vite, suivant les conditions de lumière, de chaleur, de pression dans lesquelles il se trouve.
Il garde son activité tant qu'il contient des glucoses; celles-ci épuisées, le sérum est mort.
Il en est de même pour tous les liquides semi-vivants issus des fermentations : vin, bière, lait. Dès qu'ils ont usé leurs glucoses, n'ayant plus d'acide formique pour évoluer, ils sont morts.
Comme je suis persuadé que les bons effets des sérums sont dus uniquement à leurs glucoses, je ne doute pas que les formiates
ne les remplacent bientôt. Ceux-ci, en effet, agissent avec une surprenante activité; on peut en quelques heures élever sérieusement le taux de ces éléments dans le sang des sujets atteints de maladies aiguës et les mettre dans des conditions excellentes pour lutter contre l'invasion. Ils sont la défense naturelle de l'organisme, ils sont le mouvement moléculaire, partant la vie.