MÉCANISME PHYSICO-CHIMIQUE DE LA VIE ÉVOLUTION DES ALBUMINES
Partons des peptones, sels formiques, résultat du dédoublement de l'albumine adulte par le suc gastrique, dont l'élément essentiel est l'acide formique. Ces peptones, formiates d'une base que nous appellerons albumen, sont absorbées par les villosités de l'intestin. Arrivées dans les ganglions mésentériques, elles sont transformées en formiates doubles d'albumen et d'un sel de fer, ou de chaux, ou de soude, ou de potasse, chaque ganglion ayant sa spécificité et produisant un formiate spécial. Elles sortent des ganglions sous forme de formiate double d'albumen et de chaux acide, par exemple, soudé à un formiate double d'albumen et de chaux basique. Ce sera une molécule d'albumine calcique.
Ce formiate, ainsi accouplé, basique d'un bout, acide de l'autre, entre dans le torrent circulatoire. C'est l'albumine à poids mole-
culaire le plus faible, à densité la plus réduite. Ce sera, si l'on veut, de l'albumine jeune. Celte albumine va mûrir et, corps demi-vivant, elle évoluera vers la cellule, vie complète.
Comment se fera cette évolution?
A peine ces albumines jeunes, résultat de la digestion, sont-elles entrées dans le torrent circulatoire, qu'en vertu de la tension de dissociation, de l'élasticité très considérable des sels formiques (tension de dissociation d'autant plus grande que ces sels sont plus compliqués), elles vont se répartir uniformément dans tout le corps, qui est, en somme, un vase clos.
Cette albumine de chaux jeune va se souder alors par son bout basique avec le bout acide de l'albumine du précédent repas et former ainsi un corps ininterrompu, une chaîne allant de l'albumine la plus jeune à la plus mûre.
Nous voyons bien comment, grâce à cette particularité de pouvoir être à la fois acide et basique, l'albumine va former la chaîne, mais comment va-t-elle mûrir?
De même que la formaldéhyde, corps
ternaire, s'est condensée peu à peu sous l'influence de la lumière, de la chaleur et de la pression, pour former les glucoses et l'amidon, de même les formiates d'albumen se grouperont sous l'influence de la tension artérielle, de la chaleur et de la lumière pour former des corps de plus en plus denses.
Les nouvelles albumines se soudent à celles qui les ont précédées et obligent ces dernières à progresser d'un pas, parce qu'elles sont comprimées par. la pression artérielle et que leur tension de dissociation arrive à son maximum à la température de 38^
Supposons que de A à B une chaîne de 20 chaînons soit tendue, maintenue droite par un procédé quelconque. Si on ajoute un vingt et unième chaînon, cette chaîne devant occuper le même espace, un chaînon chevauchera sur son voisin et le doublera. Si l'apport continue, il faudra que le phénomène de doublement continue aussi. Les albumines les plus mûres, c'est-à-dire celles qui se sont le plus souvent doublées, disparaissant peu à peu pour former la cellule, il
y aura, des nouvelles albumines aux plus anciennes, une série augmentant progressivement de doublement. C'est là une image du phénomène physique dû à la pression artérielle.
Le phénomène chimique qui concourt au même résultat est dû à la chaleur.
Nous avons vu qu'à 38°, dans une solution de fôrmiatc de chaux, il se forme un sel nouveau avec dégagement d'acide formique. Ce dernier, rendu plus puissant par cette température, est apte à maintenir soudés un plus grand nombre d'atomes de chaux.
Le même phénomène se produit dans le corps; les formiates d'albumen, sous l'influence de la chaleur, ont une tendance à se doubler. Le côté acide de la molécule la plus mûre prend à l'extrémilé basique de celle qui lui est immédiatement inférieure le groupement albumen, et laisse dégager, sous forme d'acide carbonique et d'eau, l'acide formique qui tenait les atomes constitutifs de l'albumine groupés. Comme la même manœuvre se fait d'un bout de l'échelle à l'autre, on verra que chaque groupement albumineux prend de la main gauche, pour
m'exprimer au figuré, ce qu'il donne de la main droite.
Cet échange continu qui fait passer le groupement albumen d'un centre à un autre, est la vie. Un arrêt, si court soit-il, c'est la mort. Mais pour que ces échanges continus puissent se produire il est indispensable que la molécule d'albumine soit toujours en équilibre instable ; il faut que l'énergie chimique des groupements formiques qui la constituent ne soit jamais saturée.
Tout corps stable ne peut plus faire partie d'un organisme vivant.
La molécule d'albumine supérieure va donc prendre à sa voisine immédiatement inférieure le groupement albumen qui la sursaturerait si l'oxygène du globule rouge ne permettait, à une partie des molécules formiques qui tiennent le groupement albumen réuni, de se décomposer en acide carbonique et en eau.
Grâce à cette oxydation, le groupement albumen ne va être fixé qu'en partie par la molécule d'albumine supérieure qui restera ainsi non saturée.
Une partie de ce groupement albumen va
tomber dans l'inerlie chimique, et les atomes qui le consliluaient n'étant plus groupés par les molécules formiques oxydées, se dissocient et sont expulsés de l'organisme sous différentes formes.
Les tronçons qui contiennent l'atome azoté sont éliminés par les reins sous forme d'urée ou d'acide urique, suivant que l'oxydation a été plus ou moins complète ; ceux qui contiennent les atomes soufre, phosphore* chlore, sont éliminés par le foie sous forme de bile si l'oxydation est insuffisante, ou entraînés par les urines sous forme de phosphates, sulfates, chlorures, si l'oxygène abondant a permis la dissociation complète de ces tronçons.
On voit donc pourquoi une oxydation abondante augmente l'urée, phosphates, sulfates, dans les urines, tandis qu'il y a une augmentation de bile et d'acide urique si elle est insuffisante.
On comprend ainsi un côté du mécanisme de la mort par asphyxie. L'oxygène n'arrivant plus, ce groupement albumen, qui doit se dissocier en partie pour laisser la molécule d'albumine continuellement insaturée et par
conséquent instable, ne va plus pouvoir tomber dans l'inertie chimique; il va rester tout entier fixé sur la molécule d'albumine, dont l'énergie chimique sera saturée, et transformée ainsi en corps stable d'où l'arrêt du mouvement moléculaire , c'est - à - dire la mort. « La vie, c'est le mouvement. »
Une fois entré dans l'organisme, il faut que ce formiate évolue, qu'il passe, malgré tout et quand même, par toutes les phases de sa transformation, et, de par les lois physico-chimiques qui le régissent, il ne peut évoluer qu'ainsi.
Le phénomène physique agira par poussées des peptones vers le nucléole ; tandis que le phénomène chimique ira de haut en bas, du nucléole vers les peptones.
Chacune des séries d'albumines étant régie par les mêmes lois physico-chimiques, il est aisé de comprendre que dans chaque millimètre cube de liquide sanguin, il y aura une quantité constante et proportionnelle de chaque espèce d'albumine à tous les degrés de maturité : c'est ainsi qu'elles seront en contact permanent et qu'elles pourront réagir l'une sur l'autre, formant un corps
unique, homogène, sans solution de continuité, allant des peptones aux nucléoles. Ces groupements moléculaires étant le résultat de la pression et de la chaleur, dès qu'ils seront sortis des vaisseaux, par conséquent à une température plus basse et à une pression nulle, ils se dissocieront.
Ne voyons-nous pas cette dissociation se produire dans l'organisme vivant chaque fois que varie la tension artérielle ?
Toutes les fois que pour une raison quelconque la pression sanguine baisse, les sels contenus dans les urines augmentent, il y a déminéralisation.
Les phosphates, sulfates, etc., qui font partie de la molécule d'albumine s'éliminent d'autant plus vite que ces sels forment avec l'acide formique des composés à tension de dissociation plus grande. Les molécules formiques phosphatées, ou formio-phosphates, étant les plus instables, on n'en trouve plus dans l'albumine morte, si je puis qualifier ainsi ce corps qui, toujours en mouvement grâce à une chaleur et à une pression déterminée, devient inerte et se transforme dès que ces agents physiques disparaissent.
Nous comprendrons ainsi comment la Vie, qui n'est que mouvement .et par conséquent instabilité, sera plus grande dans les organes qui contiendront le plus de molécules phosphorées, le cerveau, par exemple.
C'est pour cela que la chimie biologique n'a pu encore découvrir la vérité du phénomène. Comment, en effet, analyser un corps toujours en 'mouvement ? C'est comme si Daguerre avec ses plaques au nitrate d'argent, si peu sensibles à la lumière, eût voulu photographier le vol de l'hirondelle. Il faudrait que la chimie biologique puisse faire pour ces corps ce que le cinématographe fait pour le mouvement.
Nous voilà arrivés à l'albumine adulte, la plus dense, mais encore fluide. Va-t-elle devenir, sans intermédiaires, protoplasma ou nucléole, c'est-à-dire corps solide ?
Pas encore. C'est à ce moment que vont arriver, entre l'albumine et le protoplasma, toute une série d'albumines semi-solides :
les fibrines.
Entre l'albumine adulte et l'enveloppe de la cellule, il y a donc des intermédiaires. Ce sont des leucocytes.